François Perin

François Perin n’est plus. « C’est un des derniers pères historiques de la Wallonie qui nous quitte », a déclaré Rudy Demotte, attristé par la nouvelle. Avant de laisser à Jules Gheude ou à Paul Durieux le soin d’en parler plus longuement, nous publions ici, dans son intégralité, la dernière interview que François Perin a livrée au journal Le Soir. C’était il y a un peu plus de deux ans.

François Perin : « Finissons-en ! »

perinGrand témoin et ancien acteur majeur de la scène politique belge, François Perin souhaite que la Flandre proclame son indépendance, que Bruxelles s’organise en ville internationale et que la Wallonie rejoigne la France. Pour lui, il faut en finir. Par David Coppi

Jeudi après-midi, café de l’Europe, la digue, Saint-Idesbald : « Je n’ai pas choisi mais ça tombe bien : c’est une station balnéaire essentiellement pour enfants, donc les mères sont jeunes… » Grisaille, pluie fine : mer, plage et ciel ne font qu’un paysage. À la table, François Perin n’enlève ni blouson ni chapeau, il attaque…

Quand de Gaulle parle d’eux aux Wallons

François Perin nous livre, en historien, ces extraits tirés d’un ouvrage d’Alain Peyrefitte, soit une série d’entretiens avec le général de Gaulle, réalisés en 1965 et publiés en 2000, aux éditions Fallois-Fayard, sous le titre « C’était de Gaulle ».

Eclairant. Provoquant. Jugez plutôt.

« J’avais reçu (après la Seconde Guerre mondiale, NDLR) une délégation de Wallons, bien décidée à préparer le rattachement à la France. Elle m’avait expliqué que les Flamands étaient de plus en plus arrogants et finiraient par faire eux-mêmes sécession. C’est peut-être comme ça que ça finira. »

« La Wallonie existe, mais il n’y a pas une nation wallonne, les Wallons n’ont jamais cherché à devenir un Etat. Ils demandent à être intégrés au sein de la République française, dont ils ont déjà fait partie. C’est tout autre chose que, pour les Québécois, de s’émanciper de la domination anglo-saxonne. »

« Beaucoup de Wallons pensent qu’ils seraient mieux traités par la France que par la Flandre. C’est probable. Ils retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines » (…) « Toutes choses qu’ils ont perdues dans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment pas. Pour les besoins de l’unité de la Belgique, on a raboté ce qu’ils avaient de différent. Ils en sont frustrés. »

Comme dirait le même général sous d’autres latitudes : « Je vous ai compris ! »

Les négociations doivent reprendre le 16 août. Cela vous inspire ? La Belgique continue ? Ou s’achève-t-elle ?

Sur les négociations, je n’ai pas grand-chose à dire. Demandez à Di Rupo. Interrogé à propos de la possibilité de former un gouvernement, le formateur a répondu : « Je n’en sais rien »… En ça, il était parfaitement sincère, et bien informé.

De Wever a réaffirmé, lors de la fête flamande, que la Flandre était une nation.

Et Kris Peeters, président du gouvernement flamand, demande, lui, à être reçu à l’étranger comme un chef d’Etat. Il prend de l’avance si vous voulez. Et il n’est pas N-VA, mais CVP, CD&V si vous voulez, héritier du grand et influent parti catholique flamand. Chef d’Etat…

Le problème, ce n’est donc pas tant les négociations du 16 août.

Le problème n’est pas celui, classique dans les régimes parlementaires, de la formation d’une coalition, mais de l’existence de la Belgique. On a évoqué la « nation » flamande. En face, les bons Belges, eux, qui sont surtout la masse de l’opinion publique francophone, et les hommes politiques élus par les francophones, sont accrochés à l’idée de Belgique. Le comble, c’est Francis Delpérée, qui envisage, si les Flamands devaient partir, une « Belgique résiduaire », avec tout : la Constitution, les institutions, la famille royale, le Roi… De la folie !

« Folie » ? Même la Belgique résiduaire, amputée de la Flandre, ne trouve pas grâce à vos yeux ?

Non. Il y a quelque chose que la presse et les médias ne rappellent jamais, c’est l’histoire, et c’est fondamental : en 1830, à cause de la défaite de Napoléon à Waterloo, les neuf départements du nord – par sanction – sont enlevés à l’Empire, et là, ce que l’on appellera le « congrès national belge », élu après la révolution de novembre, est le fruit du vote d’à peine 2 % de la population ! 2 % émanant de la grande bourgeoisie. C’est tout. Le suffrage universel viendra plus tard.

Vous voulez dire : il y a un vice originel.

Oui. Les gens – en particulier les bons Belges, je l’ai dit – ne se rendent pas compte. Ce n’est pas tout. La fameuse « révolution » de 1830, qu’en est-il ? Elle éclate sur une scène d’opéra, où l’on jouait La Muette de Portici. Avez-vous déjà vu la masse populaire se presser à l’opéra ? À cette époque en tout cas, seuls les bourgeois pouvaient aller à l’opéra. Ce sont eux qui se sont enflammés. La révolte, ensuite, sera celle d’une masse populaire de Bruxelles – d’une seule commune –, ce qui, d’ailleurs, fera peur à ladite bourgeoisie, qui créera alors un pouvoir qui perdurera, notamment une garde civique pour maintenir l’ordre. La voilà, notre Belgique.

 Et j’ajoute : qui intervient à l’époque pour consolider tout cela ? L’Angleterre, vainqueur, avec Wellington, de Bonaparte. En effet, que se passe-t-il ? Le congrès national désigne un roi : un collatéral des Bourbons, un prince français. Les Anglais disent « non ». Ils récusent notre candidat. En désarroi, notre ministre des Affaires étrangères se rend à Londres : « Que faire ? ». Les Anglais lui disent : « Ah !, mais c’est simple… Nous avons un prince disponible… Un certain Léopold de Saxe-Cobourg ». Un personnage que personne ne connaissait chez nous. Qui avait refusé, avant cela, d’être propulsé roi des Grecs. Le congrès national obtempère.

Pourquoi rappelez-vous tout cela ?

Parce que notre opinion publique ne sait pas que la Belgique est un artifice, à l’origine une sorte de protectorat anglais. La voilà, notre histoire ; les voilà, nos origines. On connaît la suite : avec le suffrage universel, à partir de 1919, on assistera à l’affirmation du mouvement flamand. Qui, d’étape en étape, a gagné sur toute la ligne.

« Gagné » quoi ?

Il a gagné de devenir une « nation », avec un esprit collectif qui, de fil en aiguille, deviendra une « conscience nationale ». Bart De Wever est dans la ligne, et logiquement, il dit : « Nous voulons un Etat flamand indépendant ». Et vous aurez noté que pour expliquer ça, il va d’abord à Londres. Chez Cameron, il y a quelques mois. Il connaît l’histoire, De Wever. L’Angleterre – la France n’y verra pas d’inconvénient – sera le premier Etat à reconnaître l’indépendance de la Flandre quand celle-ci sera proclamée.

Car on en est là, selon vous ? C’est la prochaine étape pour le mouvement flamand ? Une déclaration unilatérale d’indépendance en Flandre ?

C’est, en tout cas, ce que souhaitent les principaux leaders flamands, à commencer par ceux de la N-VA, qui ont une grande influence sur les autres. Et moi, personnellement, je le souhaite aussi !

Vous souhaitez que la Flandre proclame son indépendance… Et nous, dans tout cela ? La « nation » wallonne n’existe pas, la bruxelloise moins encore…

La notion de Wallonie n’a été inventée qu’au milieu du XIXe siècle ; même si le mot « Wallon » remonte à la nuit des temps, de la racine « Wahl », germanique, qui veut dire « population romanisée » – on trouve la même racine en Suisse. Mais enfin : les Belges francophones, qui détestent le mouvement flamand ne le comprennent pas, ne connaissent pas ses origines, son fondement populaire, doivent sortir de leur aveuglement… Il n’y a pas de « drapeau belge », pas davantage, je l’ai dit, de nationalisme wallon. Il faut donc qu’ils cherchent une solution. Il n’y en a qu’une.

Laquelle ?

Il n’y a plus qu’une issue, à laquelle les politiques ne se résolvent pas : devenir une région de France, graduellement. Quel est l’intérêt de s’acharner à vouloir un gouvernement belge ? C’est que cela fournit un grand nombre d’emplois de ministres, et de cabinets ministériels. Alors, on tire sur la corde.

C’est un détail.

Pas un détail, une résistance.

Donc, Wallonie, région de France. Et Bruxelles ?

Problème. Les Flamands disent que c’est leur capitale. Ce qui est insensé démographiquement. Ils sont obsédés : à l’étranger, lors d’expositions internationales, ils présentent des cartes géographiques où Bruxelles figure en plein dans leur territoire. Mais Bruxelles est quand même en grande partie francophone et composée d’immigrés. Alors, quoi ? Les Flamands ne vont quand même pas faire donner la troupe ! Bruxelles est une ville internationale. Point. Les Bruxellois, d’ailleurs, sont francophones mais francophobes. Je souhaite donc le scénario suivant : la proclamation d’indépendance de la Flandre, une négociation pacifique de la séparation et du sort de Bruxelles, et la Wallonie en France. C’est mon opinion. On va hurler ! Mais enfin…

Pendant ce temps, Elio Di Rupo, en formateur, essaie de recomposer une coalition, de faire durer la Belgique…

C’est un Italien naturalisé, né en Belgique… Les Italiens ont un attachement spécial au pays qui les a accueillis, donné un emploi… Et puis, pour Di Rupo, comme socialiste, la Belgique, c’est la sécurité sociale, la raison d’être de la social-démocratie. On est sur un autre registre.

Admettons même qu’il réussisse à former un gouvernement. Le pays est-il sauvé pour autant ?

La N-VA ne va pas s’évanouir, le nationalisme flamand est bien ancré. Il est porté tantôt avec virulence, et haine, par certains, tantôt avec un louvoiement prudent par d’autres, mais il ne s’arrête pas, il ne s’arrête jamais.

12 réflexions sur « François Perin »

  1. Dernière interview de François Perrin au Soir : un abrégé de toutes les choses essentielles sur notre histoire. A lire jusqu’au bout. A apprendre jusqu’à en être imprégné. A répéter à nos enfants. Jusque ce que retournement de notre situation s’en suive.

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  2. Bonjour,
    J’ai beaucoup d’estime pour Monsieur Perrin, beaucoup moins pour Collignon. J’habite la France et ne souhaite pas revenir dans ce pays, bien qu’y ayant passé toute ma vie professinelle; je suis triste d’y avoir dépensé tant d’énergie !!!!

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  3. « …la proclamation d’indépendance de la Flandre, une négociation pacifique de la séparation et du sort de Bruxelles, et la Wallonie en France. »

    La Flandre ne proclamera pas unilatéralement son indépendance, ce serait contraire à tout on sens tactique (endossement de la faute politique consistant à mettre fin à la Belgique, perte de la légitimité à succéder à la Belgique sur un pied d’égalité avec le couple « francophone »). Elle attendra la décomposition avancée du Royaume (quelle met en œuvre) de telle sorte que, celui-ci paralysé, les trois communautés et trois régions constatent et assument ensemble la fin de la vie commune.

    Dire « La Wallonie en France », ça ne suffit pas, c’est un objectif, pas un programme…lequel doit offrir une forme d’intégration de la Wallonie qui ne heurte pas les intérêts des milieux dirigeants, puisque F Perin mentionne justement que ces intérêts sont un paramètre majeur

    « Bruxelles est une ville internationale. Point. Les Bruxellois, d’ailleurs, sont francophones mais francophobes. »

    Point de vue erroné, typiquement « wallon ». Une « ville internationale », en droit international, ça n’existe pas…De quel Etat pourra faire partie Bruxelles, une fois le Royaume dissous, voilà la question…Je renvoie à mon article « Bruxelles, Ville internationale ? », suscité par cette affirmation de F Perin

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  4. Monsieur Lenain,

    Vous écrivez : « La Flandre attendra la décomposition avancée du Royaume (qu’elle met en œuvre) de telle sorte que, celui-ci paralysé, les trois communautés et trois régions constatent et assument ensemble la fin de la vie commune. »

    Et la décomposition finale, quand aura-t-elle lieu ? Parce que, là, on a l’impression que cela n’en finit pas d’en finir. Seuls les vrais nationalistes flamands (et s’ils sont influents, ils ne sont pas majoritaires) veulent vraiment une rupture. Les autres cherchent plutôt à redessiner la Belgique à leur seul avantage. Et les dirigeants francophones les suivent. Ce petit jeu risque de durer encore fort longtemps…

    Vous évoquez aussi « une forme d’intégration qui ne heurte pas les intérêts des milieux dirigeants. »

    En gros, il faudrait que la classe dirigeante belgicaine puisse continuer ses turpitudes à la belge tout en étant associée à la France. Quelle différence alors pour nous ? Le totalitarisme à la belge continuerait en Wallonie. Ce qui n’est guère une perspective réjouissante…

    On pourrait aussi se demander pourquoi la France traiterait l’hyperclasse belgicaine avec plus d’égards que ses propres élus et pourquoi elle tolérerait et encouragerait une classe politique aussi indigne ?

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  5. Dans son livre « Histoire d’une nation… introuvable », Legrain, 1988, le Professeur François PERIN termine en souhaitant que chaque entité composant le Royaume de Belgique se réunisse à la Nation correspondante. Le cas de Bruxelles étant, comme depuis le Moyen-Age, particulier, il suggérait une solution de ville libre internationale. Soyez sans crainte, Monsieur LENAIN, le Professeur Perin n’ignorait rien des subtilités du droit international. Pour un Wallon connaissant l’Histoire de sa Wallonie traiter Bruxelles, la francophobe, de ville libre internationale signifie: « débrouille-toi avec les Flamands, ton problème n’est plus le mien, j’ai déjà souffert suffisamment à cause de toi et de la Belgique! »
    Pour la France, Bruxelles signifierait « Un pont trop loin »; Louis XIV en fit les frais, sauf erreur. Pourquoi Bart Dewever (qui ne rerésentait que lui-même à l’époque) se rendit-il à Londres et fut-il reçu par le Premier ministre Cameron ? Pourquoi le belgissime Philippe Van Parijs, grand admirateur des anglo-saxons, s’agite-t-il (comme les politiques de Flandre) pour promouvoir et appliquer son plan Marnix ( voir Marnix de Sainte-Aldegonde, le bras droit de Guillaume Le Taciturne) dans la Région Bruxelloise?
    Bruxelles, même au 21e siècle, reste une chasse gardée des Britanniques. Leur lutte pour que Bruxelles soit le seul siège ( à l’encontre des traités européens) de la Communauté européenne est l’exemple le plus frappant . La Flandre va s’adosser, une fois encore, à la Grande-Bretagne afin de mieux résister face à la France et aux Wallons s’ils choisissent le bon chemin de la réunion naturelle. La meilleure manière de se débarrasser du poids bruxellois est de reconnaître qu’elle se trouve en Région flamande et qu’elle y reste bien au chaud MAIS en lui accordant un statut de ville libre comme cela existe en Allemagne. Il resterait à la France d’y développer des lycées ou des collèges de qualité afin d’y entrenir la flamme de la langue française!

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  6. à LDW
    « Et la décomposition finale, quand aura-t-elle lieu ? ». Comme vous le notez, ce sont les Flamands les maîtres du calendrier…puisqu’il n’y a pas de mouvement populaire rattachiste wallon…Mais les Flamands hésitent… parce s’ils veulent se séparer de la Wallonie, ils ne peuvent le faire au risque de perdre Bruxelles…Ils gardent donc le contrôle du Royaume, contre leur gré, qu’ils organisent donc « à leur avantage »…en attendant mieux mais non par intention (de conserver la Wallonie)…Et il n’empêche que la décomposition progresse, qu’elle progressera encore, dès 2104 possiblement, et que, en conséquence, la survie du Royaume « à trois » va vers son terme…Quand ce terme ? Ca fera en 2014 exactement 200 ans que les rattachistes qui parlent d’un « retour à la France » attendent….Le plus long du chemin est fait, c’est déjà cela…

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  7. LDW « il faudrait que la classe dirigeante belgicaine puisse continuer ses turpitudes à la belge tout en étant associée à la France. Quelle différence alors pour nous ? »

    D’abord la citoyenneté d’un Etat national « éternel »…Ensuite, être débarrassé de la Flandre. Ensuite encore, conserver un niveau de services publics et de protection similaire à celui actuel, équivalent à celui de la France…Avantages qui qui seront perdu soit en restant avec la Flandre (les transferts financiers publics vont diminuer puis disparaître par étapes) soit en optant pour l’indépendance (avec ou sans Bruxelles).Tout cela n’est pas rien.

    Quand au redressement de la Wallonie, moral, économique, social, c’est certes essentiel mais ne pourra résulter mécaniquement de la réunion à la France. Marseille vaut-elle mieux que Charleroi ? La Lorraine va t-elle bien mieux que la Wallonie ? Les inégalités territoriales en France sont considérables…et l’Etat central soit disant « jacobin » n’ a pas de potion miracle à administrer pour les réduire. selon les cas, ses efforts donnent des fruits (Bretagne) ou pas (Provence). Mais ces inégalités sont sans conséquence sur l’unité nationale, il n’y a pas de querelles entre Régions voisines…C’est la « nation » qui fait ce « miracle »-là. Et, ça aussi, ça vaut le coup.

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  8. LDW : « pourquoi la France traiterait l’hyperclasse belgicaine avec plus d’égards que ses propres élus..? »

    Pas avec plus, mais pas avec moins…Quid des « hyper-classes » corse, marseillaise, guadeloupéenne, guyanaise…à côté desquelles la « wallonne » fait « petit bras » ? Qui plus est, la réussite de la réunion est à ce prix…Il faut savoir choisir. Quand on poursuit deux buts ensemble, on rate les deux. La « réunion » et le « redressement » ne sont pas sans liens, mais constituent bien des objectifs différents. On ne peut réussir la « réunion » contre la volonté des milieux dirigeants, auxquels l’électorat wallon (et bruxellois) obéit massivement (sinon donnez votre argumentaire contraire).

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  9. Monsieur Lenain,

    En somme, il n’y aurait qu’à attendre le bon vouloir de nos « élites. » Quand elles auront sacrifié tous les Wallons à la Belgique, quand il ne restera plus qu’un champ de ruines en Wallonie, eh bien, Di Rupo et ses frères se tourneront vers la France.

    Vous ne trouvez pas que c’est à la fois paradoxal et désespérant de se dire que le salut viendra de ceux-là mêmes qui nous ruinent et qui nous détruisent ?

    En fait, c’est tout le drame du rattachisme : faute d’un ancrage populaire wallon, il faut attendre le rattachement ou le rapprochement comme d’autres attendent le messie. Sauf votre respect, cela ressemble à des invocations ou à une prophétie auto-réalisatrice. Jusqu’à preuve du contraire, cette maudite Belgique, elle est toujours là et elle dure encore, encore et encore.

    Plus inquiétant encore : les Français semblent très tièdes. Personnellement, les jeunes Français entre 25 et 35 ans avec qui j’ai discuté méprisaient les Wallons. En tout cas, la jeune génération ne m’a pas donné l’impression de vouloir de nous. Ou alors uniquement quelques spécimens pour amuser la galerie à Paris. On a assez des Chtis, disaient-ils… et encore, je vous passe les détails.

    Quant à la diplomatie et à la classe politique, elles n’en parlent guère non plus. Vous me direz : la non-intervention est la règle. Il existe peut-être une autre explication : et si la France souhaitait *aussi* que tout reste tel quel, quitte à bricoler n’importe quoi ?

    Cordialement,

    Le Dernier Wallon

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  10. En réponse au dernier wallon qui prétend que les français nous méprisent…Je n’ai jamais, absolument jamais pu expérimenter un tel comportement. Je suppose donc que ce régionaliste voit midi à sa porte.

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  11. A Benoît :

    Je ne suis pas régionaliste. Je suis rattachiste, mais lucide. Je ne dis pas que tous les Français nous méprisent. Je dis que les jeunes avec qui j’ai discuté nous méprisaient plutôt et connaissaient mal nos problèmes.

    J’en ai retiré l’impression que :
    1. les jeunes générations n’ont pas les mêmes réflexes gaullistes que les anciens.
    2. les jeunes générations ne connaissent que le point de vue des médias bruxellois et belgicains, donc anti-wallons.
    3. les belgicains sont bien plus nombreux sur les forums français que les rattachistes.

    Quant aux Français, d’une manière générale, jusqu’à preuve du contraire, ils ne manifestent pas en masse à la frontière pour réclamer le rattachement de la Wallonie à la France. Tout au plus, certains sondages, et on sait ce que valent les sondages, affirment qu’ils seraient pour que la Wallonie devienne française… **en admettant que la Flandre fasse sécession**. Ce qui est une condition importante et qui a peu de chances de se réaliser. Mais je peux me tromper.

    Existe-t-il des mouvements rattachistes en France ? Encore une fois, il y a eu quelques déclarations d’hommes et de femmes politiques, mais sans grand effet… c’est cela qui est inquiétant.

    Croyez-vous que TOUS les Français sont rattachistes ? Souvenez-vous de la déclaration de Charasse sur les chômeurs wallons… Encore une fois, la propagande belgicaine a tout intérêt à noircir les Wallons auprès des Français et à encourager ces stéréotypes. Et je crains que cette propagande belgiciane ne gagne du terrain dans certains esprits, mais j’espère me tromper.

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  12. A LDW
    Excès de pessimisme…Les Français ne connaissent pas la question belge, en quoi est-ce surprenant, en quoi est-ce un drame ? Et les élites françaises s’en fichent…C’est exact…depuis 1870 (perte de l’Alsace-Moselle), mais ça n’a rien d’essentiel. Les milieux décideurs français se poseront eux-mêmes ladite question que quand elle leur sera posée par les milieux décideurs franco-belges, lesquels ne bougeront qu’en toute dernière extrémité.

    C’est clair, il ne peut y avoir de « rattachement » sans éclatement préalable du Royaume sous l’effet du mouvement national et souverainiste flamand…Ce qu’il y a de changeant sous le soleil depuis 1830, c’est que le Royaume se dissout peu à peu, et que le point de rupture est proche, car, une fois passé sous un certain niveau d’impuissance, un Etat disparait. La Flandre ne veut pas garder la Wallonie, elle veut garder Bruxelles. Quand elle croira que c’est devenu possible (à tort ou à raison, sur le sort de Bruxelles), ce sera la fin.

    Le rattachement de la Wallonie à la France ne sera pas le fruit d’une volonté wallonne mais la conséquence d’une décision flamande…Comme il en fut du rattachement de la Savoie à la France il y a cent cinquante ans, « décidée » par Turin (prix de l’alliance militaire française contre l’Autriche et pour l’unité italienne), et « acceptée », mais non « voulue » par les Savoyards…et belle réussite tout de même.

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