La solution du professeur Gazon

Le CHÔMAGE, UNE FATALITE ?

Pourquoi et comment l’éradiquer

Livre publié chez L’Harmattan (Questions contemporaines), Paris, octobre 2008

Résumé appliqué à la Belgique

 

Le chômage endémique dans les pays de l’Union européenne est devenu la préoccupation majeure des gouvernants.

Les mutations technologiques et l’accélération de la mondialisation de l’économie ont amplifié le chômage structurel car la qualification des travailleurs n’a pas évolué au même rythme que les exigences du marché du travail. Il en est résulté un allongement de la durée du chômage à tel point qu’en Union Européenne, la moitié des chômeurs sont des chômeurs de longue durée.

L’option solidaire, dans son souci d’offrir une vie décente à ces exclus du marché du travail, a réduit de plus en plus la différence entre le revenu net du travail et les revenus nets octroyés aux inactifs. C’est « le piège du chômage » qui n’incite plus, ou peu, certains inactifs à rechercher un emploi et qui pousse les personnes au travail à réclamer des hausses salariales pouvant compromettre la compétitivité. Un cercle vicieux s’installe : plus le système est généreux pour combattre l’exclusion, plus on favorise le chômage de longue durée.

Ces chômeurs de longue durée, tout comme les autres inactifs non éligibles aux allocations de chômage, perdent leurs compétences et la motivation pour retrouver un travail. Ils deviennent progressivement inemployables. Leurs enfants sont formatés dès la naissance pour n’avoir d’autre horizon que celui de l’assistance.

Est-il moral de laisser ces personnes perdre jusqu’à l’estime de soi ? Est-il équitable de laisser des enfants naître et grandir en n’ayant d’autre perspective que l’exclusion du monde du travail ?  Est-il juste de dénier à ces enfants le droit à l’égalité des chances, fondement de toute démocratie, en raison du milieu où ils sont nés ?

Bien que problème économique, le chômage relève donc aussi aujourd’hui de l’ordre éthique et il n’y pas lieu de s’en étonner car l’objet du marché du travail est l’être humain et non une marchandise comme c’est le cas pour les autres marchés. Le fait que des chômeurs de longue durée et autres inactifs en âge de travailler se complaisent dans leur état d’assistés ne peut effacer la portée morale de l’inégalité au regard de la possibilité pour ces personnes et leur famille de mener une vie digne. Il ne s’agit pas de frapper d’ostracisme ces inactifs pour une paresse apparente ou réelle. Ce serait se tromper de cible. C’estla Société qui exclut l’individu et c’est Elle qui doit faire le choix éthique refusant que le chômage soit la variable d’ajustement du marché du travail.

Mais alors que le chômage est considéré comme inéluctable, le choix d’une société sans chômage serait frappé de naïveté et d’angélisme si on n’en montrait pas sa faisabilité économique.  C’est l’objet de ma proposition. Je me suis imposé trois conditions dans le but de ne pas perturber le bon fonctionnement du marché du travail. Premièrement, la solution n’engendre pas des dépenses nettes supplémentaires pour l’Etat. Deuxièmement, son dispositif atténue le risque de poussées inflationnistes. Enfin, la solution favorise davantage la flexibilité sur le marché du travail, car elle facilite la mobilité d’emploi à emploi par la garantie offerte par l’Etat du maintien d’un contrat d’emploi aux personnes en transition d’emploi.

Je propose de ne plus se focaliser sur le « piège du chômage », mais d’inverser le raisonnement en se posant la question de savoir quel serait le coût supplémentaire de la remise au travail par rapport au coût  des diverses allocations octroyées aux inactifs. D’après mes calculs fondés sur les statistiques de l’OCDE et de l’UE, ce coût est réduit : 20% en moyenne pour les 22 pays que je considère, et environ 13% pourla Belgique en 2006.

La remise au travail des chômeurs postule la création certaine de nouvelles activités au delà de ce que font aujourd’hui les entreprises et l’Etat. L’inactivité frappant d’abord les travailleurs peu qualifiés dans les pays où leur coût salarial est relativement élevé, Il faut susciter une demande des consommateurs intensive en travail peu qualifié, non soumise à la concurrence internationale et correspondant à des besoins non encore satisfaits. Les services de proximité tels l’aide ménagère et l’organisation de l’habitat, la garde d’enfants, l’aide aux personnes dépendantes, le transport des personnes, l’assistance scolaire, et même les services informatiques et de secrétariat à domicile sont à même de rencontrer des besoins non satisfaits si on veille à ce qu’ils ne concurrencent pas des activités préexistantes.

Mais comment assurer une demande de ces services alors que le marché ne l’a pas générée parce que l’utilisateur n’est pas prêt à payer le prix qui couvre le coût ? Autrement dit, tout en respectant la neutralité budgétaire de l’Etat, comment garantir une demande de services de proximité censée remettre au travail un quota suffisant de chômeurs pour dégager, grâce à la récupération des allocations de chômage, à la perception des impôts sur le revenu et des cotisations sociales, les ressources nécessaires pour le financement de la remise au travail du solde des chômeurs en dehors des services de proximité ?

Le dispositif consiste à transformer un certain pourcentage du coût salarial de chacun (mutatis mutandis pour les indépendants et les pensionnés) en un moyen de paiement, le « crédit de proximité » appelé CPR, destiné à l’achat de services de proximité.  

Le système engendre un accroissement certain de l’emploi (surtout peu qualifié) car chacun a intérêt à dépenser son « crédit de proximité » ou, s’il n’en a pas le besoin, à l’échanger contre monnaie au sein d’une bourse d’échange créée à cet effet.

Pourla Belgique(2006), il faudrait transformer 4,1% du coût salarial  en « crédit de proximité ». Pour un coût salarial moyen du Belge fixé à 100 unités monétaires, son salaire net est en moyenne de 42,9. Dans mon dispositif, il est d’abord ristourné au contribuable moyen belge 4,1 unités pour l’achat de services de proximité. L’assiette fiscale et sociale devenant 95,9  soit 100-4,1, son revenu poche monétaire se réduit de 1,3 pour passer de 42,9 à 41,6 unités. Mais son revenu disponible augmente pour devenir 45,7 au lieu de 42,9, à savoir 41,6 unités monétaires plus 4,1 unités de CPR pour l’achat des services de proximité.

Les services de proximité coûtent donc au consommateur environ 32% (soit 1,3/4,1 ou perte du revenu monétaire/gain en CPR)  de ce qu’ils valent sur le marché sans qu’il n’y ait de subvention.

Pour qu’il n’en coûte rien à l’Etat, il faut, en Belgique, que 65% des chômeurs soient engagés par les entreprises de services de proximité créées à cet effet. Avec le montant que l’Etat récupère (allocations de chômage, impôts sur le revenu des chômeurs remis au travail, leurs cotisations sociales etla TVA) il compense d’une part, le cadeau fiscal et social fait au contribuable en réduisant  l’assiette qui est passée de 100 à 95,9, et, d’autre part, il dispose des moyens nécessaires pour financer la remise au travail du « solde » des chômeurs, à savoir 35%, en dehors des services de proximité pour rencontrer, par exemple, les nombreux besoins insatisfaits exigeant diverses qualifications dans les domaines de la santé, de l’enseignement et de la formation, de l’environnement et de la culture.

La remise au travail concerne autant les travailleurs, parfois de haut niveau, qui sont en transition d’emploi suite à des restructurations d’entreprises que les autres inactifs devenus inemployables. Pendant leur remise à niveau obligatoire, ces inemployables sont rémunérés au salaire minimum.

La mise en application du dispositif se heurtera à différents problèmes. Parmi ceux-ci, l’un des plus épineux sera sans doute le déficit d’employabilité des chômeurs à remettre au travail. Les emplois-formation et le passage par l’économie sociale marchande constitueront une étape obligée pour beaucoup d’entre eux. Il est toutefois fondamental que tous les chômeurs en bonne santé physique et psychique soient dotés d’un contrat d’emploi, fût-il un contrat d’emploi-formation, qui remplace les allocations de chômage.

Qu’en sera-t-il de la gestion du dispositif? Si le privé, le public et l’associatif sont appelés à se manifester pour entreprendre ou étendre l’activité des services de proximité, la coordination doit être assumée par les pouvoirs publics. La transformation d’une partie du coût salarial en CPR relève du ministre des finances et l’organisation opérationnelle du dispositif, du ministre de l’emploi et de l’économie.

Enfin, ni chômage ni assistance implique, au plan individuel, le droit au travail et le devoir de travailler. Si le droit au travail inspire diverses constitutions européennes, il est resté jusqu’à présent au niveau des bonnes intentions, le droit au travail ne faisant peser sur les gouvernants qu’une obligation de moyens et non de résultats. Dès lors que la faisabilité d’une société sans chômage est démontrée, que le droit au travail est garanti, le devoir de travailler s’impose pour tout individu en âge de travailler et en bonne santé physique et psychique, ce qui permet de mettre fin aux allocations pour inactivité.

Ma proposition d’une société sans chômage n’est pas universelle. Elle est surtout adaptée aux économies avancées où l’assistance aux chômeurs représente un pourcentage élevé du coût salarial inhérent à une remise au travail. Un impôt sur le revenu peu progressif peut également en faciliter la mise en oeuvre.

Une société sans chômage rend à chacun sa dignité, élimine le gaspillage économique que constitue la sous-utilisation des ressources productives, augmente constamment le potentiel de l’économie et le capital humain par la remise à niveau de ceux qui perdent leur emploi. Mais outre ces résultats, elle génère, par rapport à la situation actuelle, des effets externes positifs considérables pour la société, en réduisant l’insécurité et les tensions sociales que favorisent l’oisiveté des jeunes en pleine force de l’âge et la discrimination raciale à l’embauche.

Nos décideurs auront-ils la volonté de changer de paradigme? Sauront-ils renouveler l’option solidaire pour l’adapter aux défis actuels? Dès lors qu’un contrat d’emploi est garanti dans des conditions convenables, sauront-ils imposer pour les personnes en bonne santé,  le travail en lieu et place de l’assistance, même si certains politiques pensent, à tort suivant des sondages, qu’ils peuvent tirer un profit électoral en aidant les inactifs mais néanmoins maintenus dans leur état de dépendance? Je fais le pari de l’imagination au pouvoir et de la capacité de nos décideurs de ne pas s’enfermer dans une société qui en ferait des « marchands d’assistance » par clientélisme politique.

Jules GAZON, Professeur émérite,

HEC Ecole de gestion de l’Université de Liège

00 32 (0) 43 77 59 82

jgazon@skynet.be

 

 

 

Football et culture

Eden Hazard, 20 ans, élu meilleur joueur du championnat de France de football, ne plaît guère au sélectionneur de l’équipe nationale belge. En cause : un peu de nonchalance et, dans le chef de l’entraîneur, un manque évident de psychologie. On ne va pas entrer dans la polémique. Il nous plaît seulement de relever la façon dont Georges Leekens justifie la mise à l’écart de ce joueur wallon promis au plus bel avenir : « Hazard est au top en France, mais ils ont des autres normes que nous. Nous travaillons en équipe nationale avec un groupe de 30 joueurs où le collectif prime sur l’individu. » Le travail et la discipline font-ils défaut dans la société française ? Leekens enfonce le clou : « Ce n’est pas la fin du monde. Ce n’est pas l’équipe de France qui est en grève. »

Trop français, Eden Hazard ? Trop wallon, sans doute aussi, car le travail et la discipline, hein valèt… Et la grève, oufti !

Bon, assez rigolé. A quand la naturalisation française d’Eden Hazard ?, peut-on lire sur un site français : ici.

Quand on sait que tout est fini…

Le temps est suspendu. Avant de se quitter, on refait le tour des occasions manquées.  On se recroqueville dans sa mémoire. On se dit que ça ne pouvait pas marcher, on se demande même comment on a pu vivre ensemble aussi longtemps. Trop de malentendus. Le passé revisité pour mieux rebondir. Car la vie, elle, ne s’arrête pas.

C’est ainsi qu’on peut interpréter la démarche de Jos Bouveroux, auteur de « De barst in België » (« La fracture belge« , éditions Van Halewyck), un livre dont le chroniqueur Jan De Troyer rend compte dans la Libre : ici.

Question de point de vue ?

Ce qu’indique un sondage est forcément approximatif et sa lecture est plus ou moins orientée, mais il y a le pouvoir des chiffres, auquel nul ne peut échapper.

Bien sûr, le choix d’un titre est loin d’être innocent : Les Wallons moins tentés par le rattachement à la France (Le Soir), cela n’a pas le même effet que Ces Belges qui rêvent d’être français (Le Journal du Dimanche, l’hebdo français à l’origine du sondage de l’Ifop). Bien sûr, avec l’agence Belga, qui a traité cette information, on peut relever que 83 % des Wallons  refusent qu’on aille plus loin dans les concessions faites à la Flandre, sans pour autant conclure à la fin du pays, ni même exprimer le plus petit doute. On peut aussi, avec l’agence Belga et tous nos médias, ne pas mentionner que, en trois ans, le nombre de Wallons qui s’attendent à l’éclatement de la Belgique est passé de 22 % à 52 % (chut, c’est trop tôt pour le dire, il faut éviter de provoquer un basculement de l’opinion publique).

N’empêche. Il y a quand même une chose que les Wallons ne pourront plus ignorer : c’est que, oui, les Français leur tendent la main, s’il n’y a plus d’accord possible avec la Flandre. Un tel sondage, dans le contexte actuel, contribue à faire évoluer les esprits.

C’est du reste une nécessité, comme le confirme, à sa façon, Philippe Moureaux himself, dans une interview donnée au journal Le Soir :

 « Je ne suis pas sûr [qu’on ait ‘raté des fenêtres’, en 400 jours de négociation]. On est devant un autre phénomène, plus profond : une volonté, côté néerlandophone, soit d’aller jusqu’à la scission, soit d’imposer une Belgique où le peu de choses qui reste au fédéral soit entièrement dominé par la Flandre. Face à cela, les francophones n’ont pas tous bien compris le danger. » Et d’ajouter qu’« il y a toujours une issue », mais que « la mort aussi est une issue. »

Libre à chacun de penser comme il veut. Mais pour penser, il faut commencer par ne plus se mentir.

Pour le Journal du Dimanche : cliquer ici.

Pour l’interview de Moureaux : ici.

Adaptez-vous et vite.

 

Elle a raison, Béatrice Delvaux. Plus rien ne sera comme avant. Hier, dans un éditorial accusateur pour l’enseignement francophone, elle exhortait les Wallons et les Bruxellois à  devenir tous trilingues F–NL–EN pour se mettre « en ordre de marche du défi belge et de la globalisation ».

Fameux défi.

Un impératif : se détacher mentalement de la France : car, si nous parlons mal les langues étrangères, « c’est aussi la faute… à un environnement dominé par la France, cancre européen du genre » (en caractères gras dans le texte).

Inutile de se demander si, réellement, les Français sont plus ou moins unilingues que les Espagnols, les Italiens, les Allemands et surtout… les Anglais. A nouveau, l’essentiel n’est pas là. Pour que la Belgique survive, il faut se détacher de la France. Encore, encore et encore. Apparemment, les Wallons et les Bruxellois, « pleurant sur la Belgique qui se perd », ne sont pas encore assez belges aux yeux de Béatrice Delvaux.

Comprenons qu’ils ne sont pas encore assez flamands pour garantir un avenir (flamand) à ce pays. En attendant, l’Etat belge, avec tout ce qui s’y rattache, est  de plus en plus sous le contrôle de la Flandre, ainsi que le rappelle le même journal dans son édition d’aujourd’hui.

Administration trop flamande : c’est ici.

Béatrice Delvaux : son édito du 27 juillet.

Pourquoi la France

 WallonieFrance : les raisons d’un rattachement.

21.07.2011

Depuis 60 ans, la Belgique est mal dirigée, par des gouvernements quasi toujours présidés par des Flamands qui n’ont jamais exprimé un projet de société clair, précis, représentant un sentiment collectif. Les structures belges sont devenues obsolètes, voire parfois à ce point confuses qu’on ne les comprend pas, ce qui est source de gaspillages et de double-emplois dispendieux.

La Région wallonne a une dimension analogue à celle de nombreuses régions françaises (population, superficie, produit économique…) qui disposent de ressources financières décentralisées considérables leur permettant des investissements exceptionnels au service des populations concernées.

La France pourra offrir aux jeunes Wallons des perspectives que la Belgique ne pourra jamais leur proposer, qu’il s’agisse de carrières dans la fonction publique, dans l’armée, la diplomatie, les sports d’élite, etc…

Le développement de nombreuses villes françaises peut servir de modèle aux grandes villes belges appelées à devenir chefs-lieux de départements et centres multifonctions attractifs au niveau européen. Même les petites villes, et surtout les villages : en France, chaque collectivité locale, si petite soit-elle, élit un maire, proche de la population ; avec des associations de communes quand c’est utile ou nécessaire.

Le niveau de vie, en France, est supérieur en termes de « salaire-poche », ce qui entrainera très vite une hausse importante du pouvoir d’achat wallon, le « P.N.B. » wallon étant actuellement sous-évalué ; d’autre part, de très nombreux biens et services sont aujourd’hui moins chers en France qu’en Belgique, à commencer par l’électricité, le gaz, l’internet, les médicaments, les assurances… (ces dernières sont souvent constituées sous forme de mutuelles, et non de sociétés commerciales basées sur le profit) ; l’absence de vignette auto ou de taxe télé n’est pas non plus pour nous déplaire…

Une hausse du pouvoir d’achat wallon entraînera une augmentation sensible des ressources financières de la Wallonie (T.V.A., notamment ) lui permettant de réduire progressivement sa quote-part dans la dette héritée de l’Etat belge. D’un point de vue international, la France est de toute évidence mieux armée pour faire face à la crise économique et financière mondiale qui se dessine hélas peu à peu.

En matière d’emploi, les niveaux de chômage sont proches, mais la France a mis en place des systèmes de formation qui font la distinction entre « chômeurs » et « demandeurs d’emplois », offrant spécialement aux jeunes des formations qualifiantes ; d’autre part, pour l’ensemble de la sécurité sociale, et notamment pour les soins de santé, le système français est assez proche du nôtre, c’est-à-dire l’un des meilleurs du monde selon l’OCDE.

L’enseignement, en Wallonie, avec ses multiples réseaux, est trop exigu pour permettre l’édition de manuels scolaires modernes et adaptés, que remplacent aujourd’hui des milliers de photocopies. Quant à la politique familiale, il suffit de jeter un oeil sur le montant de l’allocation familiale de rentrée, nettement supérieur à celui des Belges…

En cas de rattachement à la France, priorité sera évidemment donnée à l’apprentissage des langues internationales ( anglais, allemand, espagnol…), l’enseignement obligatoire du néerlandais étant supprimé. Dans le domaine des transports, la France a montré le chemin avec des autoroutes d’une qualité exceptionnelle, et un réseau routier exemplaire ; d’autre part, l’incurie de la SNCB/sud du pays contraste avec la modernité de la SNCF, qui diversifie ses tarifs, et dont les trains arrivent à l’heure…

En matière de qualité de vie, la France peut aider la Wallonie à améliorer ses pratiques actuelles en ce qui concerne l’alimentation : des repas équilibrés à midi, proches des milieux agricoles « bio », remplaceraient avantageusement les sandwichs gras et onéreux qui font souvent le quotidien de nombreuses personnes, et spécialement des jeunes. Des produits alimentaires de meilleure qualité.

Dans un autre domaine, l’intégration à la France pourrait donner une impulsion nouvelle : le domaine du développement et de l’aide au tiers monde. Dans des pays africains comme le Congo, le Rwanda et le Burundi, l’expertise de bon nombre de Wallons pourrait redynamiser une coopération basée sur des partenariats équilibrés, et renforcer considérablement la présence de la francophonie en Afrique, ce qui est un enjeu géopolitique important. Grâce à la France, la Wallonie pourra aussi trouver de nouveaux débouchés dans le nord de l’Afrique et au Moyen-Orient.

En s’intégrant à la France, la Wallonie accroîtra l’influence de celle-ci en Europe, dont Bruxelles restera la capitale ; cette intégration rapprochera la France de l’Allemagne, moteur économique de l’Europe et carrefour incontournable vers l’Europe de l’est. Avec majoration des aides européennes.

La Wallonie devra faire l’apprentissage d’un nouveau système électoral, majoritaire et non plus proportionnel, ce qui peut lui apporter un souffle nouveau, la responsabilité personnelle des mandataires étant accrue et des alternances possibles.

Les pouvoirs économiques et financiers ont déjà pris le chemin de la France depuis longtemps : Mr Frère ( Consul de France ) et ses sociétés, Petrofina devenue Total, ou, avant, Cockerill-Sambre devenue Arcélor ( avant Mittal ) ; ou encore la Société Générale (ex-Fortis) devenue Paribas…

Les Wallons n’ont pas à craindre la perte de leur « héritage belgicain » : ils garderont en mémoire aussi bien Tintin et Milou que Jacques Brel ou Salvatore Adamo, ou encore Eddy Merckx et Pino Cerami ; ceux qui veulent pourront continuer de regarder Place Royale, ou entendre le dimanche « les Belges du bout du monde » …. Enfin, ils pourront conserver leur respect et leur affection envers les membre de la famille Royale qui, par leurs mérites propres, pourront sans difficulté se voir confier de nouvelles tâches au bénéfice de leurs concitoyens. On pourra être français à 100 %, d’origine belge, cette double appartenance étant un gage de progrès pour le peuple wallon, comme pour le peuple bruxellois le jour où il aura également fait ce choix historique de devenir une région de France à part entière.

En conclusion, il est aujourd’hui démontré à suffisance que le maintien dans un Etat dominé par une Flandre expansionniste n’est plus possible, et que la viabilité d’une Wallonie autonome ne l’est pas davantage. Le choix de la France est donc le bon choix : il est urgent d’entreprendre les négociations internationales nécessaires. On pourrait raisonnablement y parvenir pour le 18 juin 2015, date anniversaire de l’incertaine bataille de Waterloo qui fut, presque fortuitement, à l’origine du petit Royaume de Belgique qui a fait son temps.

Georges-Henry SIMONIS

 

@ Pèèèris

Les Parisiens sont-ils les seuls à se croire au centre du monde ?

Ne parlons pas des Américains, des Chinois… Les Romains vous le diront : le nombril du monde (umbilicus mundi), c’est évidemment Rome, la Ville éternelle, la città più bella del mondo (c’est écrit sur le mobilier urbain). Ils ont le droit de le penser. J’aime Rome. Et j’aime aussi Paris, dont Le Soir a décidé de parler tous les jours sur un ton persifleur, très provincial. Le journal bruxellois devrait le savoir : les capitales sont parfois brocardées, à tort ou à raison, mais leur rayonnement profite à l’ensemble d’un pays. (G.R.)

http://blog.lesoir.be/parisbysoir/

21 juillet : la fête post-nationale

La fête nationale a-t-elle encore un sens ?

Ce pays a-t-il encore un sens ?

Béatrice Delvaux, dans le Soir du 18 juillet, mêlant une fois de plus le sort de l’Europe à celui de la Belgique, a une réponse ferme : l’une comme l’autre, Belgique et Europe, doivent survivre. Car la solidarité est la seule porte garantissant l’avenir d’entités petites face à une mondialisation vorace. 

Il faut donc rester belge parce que la Belgique a besoin de la solidarité entre les Belges pour ne pas disparaître à cause de la mondialisation (je paraphrase en laissant l’Europe en dehors du débat). Béatrice Delvaux le confirme à sa façon : la nation belge continue à inspirer beaucoup de Wallons et de Bruxellois car elle s’enracine au plus profond d’eux-mêmes. C’est viscéral. Cela s’appelle un réflexe identitaire.

Bien entendu, loin d’assumer ces mots-là, Madame Delvaux les agite pour dénoncer tout ce qu’elle n’aime pas. Elle fustige l’égoïsme… et le retour aux valeurs « nation », « identité », au « chacun pour soi ». En Belgique, c’est le nationalisme façon N-VA qui joue ce rôle de nouveau prédicateur du « restons bien au chaud entre nous ». En France, c’est l’UMP de Nicolas Sarkozy… 

A nouveau, voici la France associée à ce que le débat sur l’identité nationale a forcément de plus délétère : Ce n’est pas un hasard, poursuit l’éditorialiste en chef, si dans son interview à la revue française Politique internationale, Bart De Wever se dit très proche de l’UMP de Sarkozy : « C’est un parti patriote qui croit encore à l’idée nationale. »

On peut écrire ce qu’on veut sur le monde politique français. L’essentiel est ailleurs. Béatrice Delvaux, qui veut passionnément rester belge, exprime ici son dégoût pour « un parti patriote qui croit encore à l’idée nationale ». Elle a désigné ce qui la tourmente : la Flandre et la France ou, pour dire les choses autrement : l’identité flamande séparatiste et l’identité française « annexionniste ». Ne sachant plus comment faire exister son sentiment national belge, elle soutient qu’un pays qui n’est plus un pays ne peut pas disparaître. Précisément parce qu’il n’est plus un pays. Et à cause de la mondialisation.

L’opinion flamande sera-t-elle sensible à cette argumentation paradoxale ?

 

Haro sur la nation ?

Après la révolution de 1830, le jeune Etat belge, unitaire, a construit son imagerie nationale avec symboles et trompettes. Son gage de survie était de s’enraciner dans l’esprit de tous les habitants du pays. Si l’émergence de la nation flamande consacre aujourd’hui l’échec de cette entreprise, suffit-il de flinguer l’idée nationale pour faire exister ce qui n’existe plus : la volonté de vivre ensemble ?

La nation, c’est un peu de soi qu’on partage avec ses voisins. C’est la reconnaissance d’un lien, d’un espace public, d’une communauté de destin. L’idée nationale a été un facteur d’émancipation des peuples. A la révolution française, elle a créé les droits et les devoirs du citoyen. Au XXe siècle, elle a contribué largement au processus de décolonisation. Dans de nombreux pays, un sentiment d’appartenance commune a facilité le passage à la démocratie et à la solidarité (devenue problématique avec la Flandre). A la dignité. 

C’est dans la nation que le droit de tous les individus, aujourd’hui, demain et toujours, trouve sa garantie, écrivait Jaurès en 1901 (dans L’Etat social).

Certes, instrumentalisée ou poussée jusqu’au délire, réduite à l’expression d’un instinct tribal, cette idée a servi de prétexte aux pires violences, comme aussi la religion, quand on prétend servir une seule et simple vérité. C’est dans les recoins les plus obscurs de la nature humaine que s’abîment trop souvent les idées pures et généreuses. Le communisme a fait autant de mal que le nationalisme le plus odieux, et pourtant Marx a écrit des choses intéressantes.

 

Vive la mondialisation ?

Le remède à toutes ces folies collectives est-il de pousser au repli sur soi, à l’éclatement des repères, au refuge dans les réseaux sociaux ?

Tout contribue à nous précipiter vers un monde à la fois plus unifié et plus éclaté, depuis le political correctness jusqu’à l’évolution technologique et la frénésie consommatrice. Il est permis, toutefois, de ne pas adhérer sans réserve à  ce fabuleux monde en mouvement, où tout circule, où les entraves à la liberté sont vigoureusement dénoncées, où la morale est subordonnée à la réalisation de soi.

La survalorisation de l’ego nous invite à nous mettre en scène, à nous construire une identité personnelle, originale, à la mesure de nos moyens, de Londres à Shanghai et de New York à  Doha. Nouvelle époque et nouveaux fantasmes.

La promotion d’un monde sans frontière, un peu superficielle, avec une surenchère de bons sentiments, cache mal la puissante action des forces économiques et financières. L’idéal sert parfois d’écran, sous lequel s’agitent des intérêts moins reluisants, socialement nuisibles, à mille lieues de la fraternité universelle. L’idéologie est au service de la classe dominante, enseignait Marx. Il faut se souvenir qu’au XIXe siècle, c’est au nom de la liberté, des droits de l’homme (!), que l’exploitation capitaliste a brisé des générations d’ouvriers, condamnés à travailler jusqu’à 15 heures par jour, sept jours sur sept, à partir de six ans.

Cela ne risque pas de se reproduire, évidemment, mais la fragmentation sociale affaiblit les résistances aux puissants mécanismes du marché. L’effacement des frontières met la politique hors jeu, sauf à créer une gouvernance internationale. Les acquis sociaux, inscrits dans l’histoire des Etats-nations, sont exposés à une pression de plus en plus forte. Le contrôle démocratique est un leurre une fois que les citoyens, dominés par des forces qui les dépassent, sont mis devant le fait accompli. Méfions-nous que la réalité ne ressemble à cette horreur économique dénoncée par un livre à succès de 1996 (Vivianne Forrester, L’horreur économique, Fayard).

 

Passéiste et dangereuse, l’idée nationale ?

Libre à chacun de penser ce qu’il veut. Il n’y a pas une idée qui ne soit susceptible de connaître un développement monstrueux. Fuyons les idées simples. On navigue toujours entre Charybde et Scylla. Les écueils sont partout. Mais quand on ne peut faire son deuil d’un pays qui se désagrège, à la merci d’un chantage permanent, qu’on ne peut se résoudre à devenir orphelin d’une identité de plus en plus fantasmée, a-t-on le droit de stigmatiser l’idée nationale ?

Quand on veut préserver la cohésion sociale et la solidarité consentie, est-il judicieux de s’en prendre à l’idée nationale ?

Madame Delvaux, parlant de « mondialisation vorace », insiste sur la nécessité d’avoir un pays solidaire. Un vrai pays. Un pays où on n’est pas seul. Où on peut exister dans la nouvelle configuration du monde.

La Belgique est-elle ce pays-là ?

G. R.

Pour l’édito de Béatrice Delvaux, http://www.lesoir.be/debats/editos/2011-07-18/le-21-juillet-des-belges-et-des-europeens-851591.php

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde