« Le syndrome de Munich » par Jules Gheude dans la « Libre »

 Le syndrome de Munich

En 2001, les responsables politiques francophones ont fini par conclure les accords de la Saint-Polycarpe et du Lombard.

 Ce troc a profité essentiellement à la Flandre. Et les importantes concessions faites par les francophones portent toujours leurs fruits.

 A l’époque aussi, souvenons-nous, ils n’étaient demandeurs de rien. Ils finirent toutefois par conclure les accords de la Saint-Polycarpe et du Lombard afin d’obtenir le refinancement de la Communauté française et de la Cocof, refinancement dont il ne reste plus rien depuis longtemps. Même le CDH, alors dans l’opposition, marcha dans l’affaire en échange de quelques liards accordés à l’enseignement libre. Seul le FDF s’abstint, après avoir obtenu de la Flandre la promesse – toujours non tenue – de ratifier la convention-cadre pour la protection des minorités nationales.

 Ce troc profita essentiellement à la Flandre. Non  seulement elle se vit, elle aussi, refinancée, alors qu’elle n’en avait nullement besoin, mais les importantes concessions faites par les francophones portent toujours leurs fruits : régionalisation de la loi communale, avec tout ce que cela implique en périphérie bruxelloise, surreprésentation flamande au Parlement régional bruxellois, renforcement de la présence flamande dans les communes bruxelloises,…  C’est ce qui s’appelle être le dindon de la farce.

 Depuis 2001, la Flandre n’a cessé de se démener pour mettre en application ces cinq résolutions que son Parlement a votées, à une large majorité, en 1999, et qui s’inscrivent dans un cadre résolument confédéraliste. Le fédéralisme a atteint ses limites, a déclaré, il y a deux ans, le Premier ministre Yves Leterme en personne. Quant à la révolution copernicienne dont parle le ministre-président flamand, Kris Peeters, elle ne vise, ni plus ni moins, qu’à dépiauter au maximum l’autorité fédérale et à mettre fin aux transferts financiers.

 Le Flamand ne recule jamais. Il a la douce obstination têtue du fanatisme, écrivait le socialiste wallon Jules Destrée, en 1912. Aujourd’hui, alors que les sondages créditent la N-VA de 40% d’intentions de vote, comment ne pas comprendre que le but final de la Flandre est de s’ériger en nation propre ? Le terme figure expressément dans le projet de Constitution flamande, déposé en 2006 par le cartel CD&V/N-VA. Il y a quelques mois, Bart De Wever a d’ailleurs été reçu, avec tous les honneurs, par le Premier ministre britannique, David Cameron. Et c’est en véritable chef d’Etat que Kris Peeters entend désormais se profiler à l’étranger.

 Plutôt que de reconnaître cette évolution, les responsables politiques francophones continuent à s’accrocher, avec l’énergie du désespoir, au schéma fédéral. Leur volonté de sauver la Belgique vient de les amener à renier leurs engagements solennels pour finalement marquer leur accord sur la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, sans contreparties substantielles. Bien qu’il réagisse de façon négative, Bart De Wever s’empresse d’ailleurs de reconnaître que ce n’est pas un cauchemar. Seul, Olivier Maingain a le courage de dénoncer la supercherie : pas d’élargissement de Bruxelles, pas de ratification par  la Flandre de la convention-cadre pour la protection des minorités, pas de nomination pour les trois bourgmestres contestés de la périphérie,…

 La manifestation des nationalistes flamands, dimanche dernier, à Linkebeek, n’est d’ailleurs pas sans rappeler ce que l’on a vécu, en 1978, après la signature du pacte d’Egmont. Constatant l’impressionnante mobilisation en Flandre contre cet accord institutionnel laborieusement obtenu, le Premier ministre de l’époque, le CVP Léo Tindemans, choisit finalement de le torpiller. Belle fourberie que celle qui consistait à renvoyer, nus, devant leurs électorats respectifs, la Volksunie  et le FDF qui s’étaient tous deux loyalement impliqués dans l’affaire, au départ de concessions réciproques importantes !

 Confronté à l’irrésistible montée de la N-VA en Flandre, le président du CD&V, Wouter Beke sait qu’il doit engranger un maximum au niveau du transfert des compétences et de l’autonomie fiscale. Une évolution que la Wallonie n’est pas en position d’assumer. Que déclarait, en effet, le ministre-président wallon, Rudy Demotte, au « Soir », le 16 mai dernier : « Et je ne vous parle pas des éventuels transferts de compétences, en discussion aujourd’hui : soyons conscients que la Flandre a des facilités que nous n’avons pas. En 2014 par exemple, elle disposera de six fois plus de moyens que la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles… réunies ! La Flandre disposera alors de 2,5 milliards contre 400 millions pour les autres entités. »

 Le professeur émérite Jules Gazon de l’ULg vient de calculer que le solde net à financer d’une Wallonie autonome en 2009, intérêts de la dette publique wallonne compris, soit 10,488 milliards, eût été d’environ 27% des dépenses publiques wallonnes et de 13,5% du PIB wallon pour un objectif de la zone euro fixé à 3% !

 Tel un matamore, Charles Michel, le président du MR, lâchait, il y a quelques jours : « Nous n’accepterons pas l’appauvrissement des Wallons et nous ne lâcherons pas les Bruxellois ! » Après avoir vu ce que cela a donné pour BHV, il y a de quoi ne pas être rassuré…

 Les Bruxellois de la périphérie et l’alliance avec le FDF sont déjà sacrifiés sur l’autel de la Belgique. Cela au moment même où le ministre d’Etat Guy Spitaels affiche son profond scepticisme quant à la survie du pays. Voilà qui nous rappelle ce qu’écrivait Winston Churchill à propos du déplacement de Neville Chamberlain et Edouard Daladier à Munich, en 1939 : Ils ont eu le choix entre le déshonneur et la guerre. Ils ont le déshonneur et ils auront la guerre. Rien ni personne ne pourra empêcher l’Etat-Nation de prendre son envol !

 Aujourd’hui, Jean Gol doit se retourner dans sa tombe. Voici comment Paul-Henry Gendebien raconte la rencontre qu’il eut avec lui à Paris : « Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) Il avait été ulcéré par les « avancées » du nationalisme chez les libéraux flamands. (…) Il pensait que notre avenir, à nous autres Wallons et Bruxellois, serait français. » (1) Pour en avoir longuement discuté avec lui, je peux attester ici que le regard de Jean Gol était tourné vers la France. On sait que ce n’est pas le cas de Charles Michel, qui n’hésite pourtant pas à se revendiquer de l’héritage « gollien »…

 (1) « Splendeur de la liberté » (Ed. Quorum, 1999).

Jules Gheude, essayiste politique

Derniers livres parus : « Le petit guide de l’après-Belgique » (Ed. Mols, 2010) et « On l’appelait Belgique » (Mon Petit Editeur, 2011)

A cet article de la « Libre », je me permets d’ajouter un petit commentaire.  Lors d’une rencontre avec Jean Gol dans son bureau lorsqu’il fut Echevin des finances à Chaudfontaine, Jean Gol me présenta à sa secrétaire en ces termes : « voici un ami qui pense, tout comme moi, que Paris deviendra notre capitale dans le futur. »

Paul Durieux

Communiqué de presse du G.E.W.I.F.

GE WIF

Groupe d’Études pour la Wallonie intégrée à la France

                        COMMUNIQUE DE PRESSE

 Le Gewif prend acte de l’accord intervenu à propos de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

 Il note le rejet de cet accord par Olivier Maingain, président du FDF, ainsi que la prise de position négative (« Ce n’est pas un cauchemar, mais ce n’est pas bon non plus ») de Bart De Wever, président dela N-VA.

 Considérant les points épineux qui restent à négocier – loi de financement, transferts de compétences, autonomie fiscale, autonomie constitutive pour Bruxelles,… – et sur lesquels de profondes divergences subsistent, le Gewif ne voit pas un accord final intervenir. Il observe d’ailleurs le pessimisme affiché par le ministre d’Etat Guy Spitaels quant à l’avenir de la Belgique.

 Il entend donc garder son fil conducteur, à savoir la préparation du scénario visant à intégrer la Wallonie à la France.

 Edgard Baeckeland, Guy Bertrand,  Willy Burgeon, Jean-Alexis D’Heur, Paul Durieux,  Jules Gazon, Jules Gheude, Marc Hansen, Jean-Sébastien Jamart, Philippe Lausier, Jean-Luc Lefèvre, Jean Lerusse, Michel Pieret, Jean-François Renwart

Au PS, cela commence à chauffer

Historien, militant wallon, conseiller de Guy Spitaels pour les affaires wallonnes puis chef de cabinet de Robert Collignon, Freddy Joris est revenu, dimanche passé, sur « l’action wallonne de Guy Spitaels », à l’occasion d’un colloque organisé à Ath. Dans le contexte actuel, son discours avait clairement des airs de réquisitoire à l’encontre de ceux qui, aujourd’hui, tiennent les rênes du PS.  

Morceaux choisis :

« Les premières années de Guy Spitaels en politique, au cabinet de Louis Major en 72 mais surtout comme chef de cabinet d’Edmond Leburton en 73, seront l’occasion d’un deuxième choc d’importance qui allait affermir sa conscience wallonne, après la grande grève de l’hiver ’60, puisqu’il se rendit compte à quel point on faisait sentir à Leburton qu’il n’était pas normal qu’un Wallon occupe encore le poste de Premier Ministre, à quel point donc les Wallons comptaient pour rien, ou pour si peu, dans la conduite de la maison Belgique. 

(…)

« Quand Guy Spitaels choisit de devenir président de l’Exécutif régional wallon, c’est au prix du renoncement à la fonction de président de parti comme l’y obligent les statuts et donc aux pouvoirs inhérents à cette fonction. Compte tenu de son aura à ce moment, de son poids politique et du fait qu’il jette tout ce poids exclusivement dans la balance régionale, il est évident qu’il confère au poste de Ministre-Président un prestige qu’il n’avait pas jusque-là et, au-delà du prestige, qu’il modifie les équilibres entre les divers pouvoirs exécutifs du pays en tendant vers une équipollence jusque là très théorique comme on l’avait encore bien vu en ’88.

« Lorsque d’octobre ’99 à avril 2000 et d’octobre 2005 à juillet 2007, un de ses successeurs choisira de cumuler les fonctions de président de parti et de Ministre-Président wallon en ramenant de facto la seconde à un travail à temps partiel, je ne pense pas, pour ma part, que cela renforçait ni cette dernière ni la lisibilité d’un système fédéral déjà trop complexe pour le plus grand nombre de nos concitoyens.

« Enfin… Guy Spitaels renonce aussi en ’92 à un retour au Gouvernement fédéral. Depuis 1973, il sait quel est le prix à payer pour accéder dans ce pays à la fonction de Premier Ministre et il n’entend pas faire payer ce prix aux Wallons et aux Bruxellois. Il n’entend pas non plus redevenir n° 2 en Belgique quand il est possible de relever d’autres défis en tant que n° 1 en Wallonie. Je note que son état d’esprit quant à la minorisation wallonne dans les instances fédérales n’a pas changé depuis, puisqu’il déclarait au Soir en mars dernier, je cite : « On ne peut pas accepter d’être continuellement sur le siège arrière de la moto. Nous sommes des partenaires, avec des défauts et des qualités, et nous ne pouvons pas accepter un rôle d’auxiliaire. » Fin de citation. J’observe pour ma part qu’après des années d’aveuglement volontaire chez certains devant les revendications institutionnelles de la Flandre, l’actualité n’a pas fini de nous montrer depuis quinze mois et surtout ces derniers jours quel pourrait être le prix que nous pourrions devoir payer pour qu’un Wallon puisse à nouveau tenir quelque temps le guidon convoité de la moto fédérale, fût-elle dégonflée… ou même pour que la moto continue encore simplement à rouler quelque temps. 

(…)

« Dans le recueil de témoignages que j’ai coordonné en 2000, en tant qu’historien cette fois,  pour les vingt ans de la Région, Guy Spitaels épinglait lui-même dans son bilan la reconnaissance de l’éligibilité du Hainaut à l’objectif I, négociée directement par la Wallonie avec l’Europe, ce qui avait permis, pour la première fois, que la Flandre ne s’accapare plus, malgré sa situation économique favorisée, la majorité des aides économiques européennes allouées à la Belgique, et ce qui s’est traduit pour le Hainaut par deux milliards d’euros supplémentaires au total des années ’94 à 2013. 

(…)

« C’est aussi Guy Spitaels qui rebaptisa son Exécutif en Gouvernement et il n’est pas anodin que son action à Namur ait également porté sur des symboles lourds de signification comme savent l’être certains mots, exactement comme ne seraient pas anodins, en ’99, la suppression de la cellule « Identité wallonne » au cabinet du nouveau Ministre-Président et la réintroduction des mots « Royaume de Belgique » sur son papier à lettres.

« Je noterai encore, dans le bilan du Ministre-Président Spitaels, ses efforts pour positionner la Wallonie sur la scène internationale à l’occasion de ses missions économiques notamment mais aussi lorsqu’il rencontra début ’93 à Paris le Président de la République française et son Premier Ministre, et sa volonté affichée de tenir aux Wallons un discours de fierté pour tenter de casser une psychologie sociale culpabilisatrice et défaitiste.

(…)

« Je ferai néanmoins une autre remarque sur les années 88 à 92, pour ne pas occulter qu’un des pires maux wallons, le sous-régionalisme, put se nourrir sans vergogne des nouvelles compétences transférées alors. Guy Spitaels lui-même, évoquant la répartition des aides de l’objectif I, reconnaîtra en 2005 devant son biographe, je cite, « ce n’était pas du sous-régionalisme, c’était pire ». Fin de citation. Mais l’exemple venait – et vient toujours – d’en haut. Aujourd’hui dans les cabinets ministériels les plaisanteries de ces années-là sur les dossiers athois… ont fait place à celles sur Mons 2015. Je le disais au président dès décembre 1990 en quittant l’IEV et j’en reste convaincu, mais sans aucune illusion après deux décennies de pratique, il n’y aura à cet égard à mon avis rien de nouveau sous le soleil wallon, derrière les dénégations de façade, aussi longtemps que restera possible le cumul de toute fonction, quelle qu’elle soit, entre les niveaux de pouvoir communal et régional.   

(…)

« Pour conclure, je ferai mienne cette appréciation de feu Jean Guy en 1997, écrivant de Spitaels qu’il fut, je cite, « le président de la concrétisation du fédéralisme radical qui apporta l’oxygène à ma Région et quelque sursis à la Belgique. La Wallonie ne sera pas mécontente qu’il l’ait rencontrée pour l’inscrire sur la carte européenne » – fin de citation. Aujourd’hui Guy Spitaels lui-même, à en juger par ses propos au Soir en mars dernier, ne semble plus certain, lui non plus, que l’Etat fédéral belge ait encore un avenir, et que sa désagrégation éventuelle serait un événement majeur à l’aune de l’histoire européenne. Ce n’est pas, ou pas encore, le « Finissons-en » de François Perin, mais je dirais que cela commence à ressembler à un Wallon de plus, et non des moindres, près d’arriver sur le chemin si brocardé des Wallons aspirant à des choses devenues introuvables pour eux dans le cadre politique belge, des choses qui pourraient bien s’appeler la paix, le respect et la dignité. »   

Spitaels, tu es là. Tout va bien !

Ce dessin, je l’ai fait il y a vingt ans…

Cette phrase, reprise en titre par le journal Le Soir, renvoie aux moments difficiles que Guy Spitaels a vécus récemment, mais il est permis de lui donner un autre sens, tant la Wallonie a besoin qu’on l’éclaire sur la situation politique actuelle. On pourrait le surnommer Spitfire, car sa parole est de feu : ce que dit cet intellectuel de haut vol, ancien président du Parti socialiste, ex-ministre-président de la Région wallonne, engagé très tôt dans le combat wallon, c’est qu’il faut arrêter de coller des rustines sur un pays qui n’en finit pas de se dégonfler. Ce discours ne pouvait pas laisser Béatrice Delvaux indifférente, elle lui a consacré son édito : ici .

Pour un aperçu de l’entretien avec Guy Spitaels : ici .

Nous y ajoutons l’essentiel de l’article, avec, surtout, la question que Béatrice Delvaux a eu le mérite de poser  :

Se rattacher à la France ?

C’est une solution défendable, répond Guy Spitaels. Mais si on consultait la population wallonne sur cette éventualité, il n’y aurait jamais de majorité.

Dans le bain médiatique actuel, on ne voit pas (encore) monter la vague du rattachisme, en effet, mais l’inimaginable est devenu envisageable, et le débat sur l’avenir de la Wallonie commence à peine. La classe politique doit cesser de s’accrocher au passé, selon Guy Spitaels.

Di Rupo est à la tâche depuis des mois. Que pensez-vous de son abnégation ?

(…) Elio mesure-t-il bien ce que veut le peuple flamand ? Sa stratégie est-elle de gagner du temps ? Je ne l’accable pas, mais la clarté maintenant n’est-elle pas aveuglante sur l’évolution de l’opinion en Flandre ? Et dès lors le moment n’est-il pas venu de nous demander : que voulons-nous ? (…)

La Belgique n’a plus de sens pour vous ?

(…) J’ai essayé de servir la Belgique comme vice-Premier. Mais y suis-je affectivement attaché ? Je ne cherche pas de subterfuge, ma réponse est non.

Vous êtes quoi, alors, si vous n’êtes pas belge ?

(Il marque une pause.) Comme il n’y a pas de solution, l’urgence est de définir le visage de la Wallonie. Elio Di Rupo et Charles Michel doivent définir comment ils vont gérer ces 3,5 millions de Wallons. Le fatras d’institutions actuel, ce coût, ces doublons ! Cela nuit aussi à notre crédibilité. Je n’entrevois pas ce que va devenir cette structure, cette salle de commande wallonne. (…)

Vous trouvez l’idée d’une Fédération Wallonie-Bruxelles bonne, factice, tactique ?

Je ne sais pas. Personne ne voit le plan B, je vous l’ai dit. Je suis né et j’ai travaillé dans une ville où les gens vivent avec Bruxelles. Physiquement, cette réalité m’est présente. Je suis à deux tiers temps à Ath, à un tiers temps à Bruxelles. Je connais donc beaucoup mieux que d’autres le lien entre Bruxelles et la Wallonie. Est-ce qu’il est assumé par tous ? Pas sûr. Même si je l’appelle de mes voeux. (…)

En conclusion :

La séparation du pays ne vous fait pas peur ?

Je ne sais pasmais il n’y a aucune solution dans le fait de céder toujours. Vivre ensemble, oui, mais avec des efforts des deux côtés. J’ai démarré ma carrière en 73 comme chef de cabinet de Leburton et je suis sorti en 94 avec la levée de mon immunité : j’en ai vu assez. (…)

Le diagnostic de Jules Gheude

Intervention de Jules Gheude à la journée d’études « L’après-Belgique »,
organisée, le samedi 21 avril 2011, à la Salle académique de l’Université de Liège.

 

Celles et ceux qui me lisent n’ignorent pas les efforts que j’ai faits depuis cinq ans pour amener les esprits francophones à réfléchir au contexte « post-belge ». Je me réjouis donc tout particulièrement de cette journée d’études organisée aujourd’hui par le Cercle Condorcet de Liège, que je tiens à remercier et à féliciter.

Ceci répond d’emblée à la première question qui nous est posée : oui, le démantèlement de la Belgique est pour moi inéluctable. Et je vais m’en expliquer dans un instant.

Les Etats généraux de Wallonie, que j’ai présidés le 9 mai 2009, ici même à Liège, ont permis d’analyser, à charge et à décharge, les trois scénarios d’avenir possibles : 1° Un Etat wallon indépendant ; 2° Un Etat Wallonie-Bruxelles ; 3° La réunion à la France.

Ces travaux, qui ont fait l’objet d’une publication, ont démontré que les deux premières options n’étaient ni réalistes ni viables. Pour ce qui est de la réunion à la France, l’option d’un statut particulier d’union-intégration, prônée par le Français Jacques Lenain, nous a paru la plus crédible et nous avons décidé, il y a un an, de l’approfondir en créant le Gewif, le Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France. 8 Cahiers ont été confectionnés à ce jour. Ils ont été largement diffusés et peuvent être consultés sur le site internet du Gewif.

J’ai déploré, en 2009, que le monde politique ait snobé cette initiative citoyenne des Etats généraux de Wallonie. Mais je suis heureux de constater que la réflexion « post-belge » a largement progressé depuis, comme en témoignent les émissions et dossiers que les médias lui ont réservés, ainsi que la participation d’éminentes personnalités académiques et politiques à la journée d’études d’aujourd’hui.

La disparition de la Belgique est inéluctable

Je souhaite rappeler d’emblée les déclarations qui ont été faites, respectivement en 2002, 2006,  et 2007, par trois personnalités flamandes qui n’appartiennent pas à la mouvance nationaliste proprement dite.

La première est Karel De Gucht, qui, alors qu’il était président des libéraux flamands, lâcha sur VTM : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre.

La seconde personnalité est Yves Leterme. Alors qu’il était ministre-président flamand, il confia à Jean Quatremer de « Libération » : Que reste-il en commun ?  Le Roi, l’équipe de foot, certaines bières… (…) La Belgique n’est pas une valeur en soi (…). Elle est née d’un accident de l’histoire, il ne faut pas l’oublier.

La troisième personnalité est Wouter Beke, l’actuel négociateur CD&V, qui, dans une interview accordée au journal québécois « Le Devoir », déclara : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Le problème, c’est qu’il y a une forte identité flamande mais pas vraiment d’identité wallonne. Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. (…) A force de se frapper à un mur, les Flamands se sont radicalisés. Ils ne le savent peut-être pas, mais ils jouent avec une bombe atomique institutionnelle. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Et le journaliste québécois de préciser, à propos de Wouter Beke : C’est lui qui a récrit le programme du CD&V pour lui donner sous couvert de rationalité économique une orientation nettement autonomiste.

Dans « Alice au pays des merveilles », Lewis Carroll a introduit la notion de « non-anniversaire ». S’il vivait aujourd’hui, il pourrait parler, à propos de la Belgique, de « non-pays ». 

Cette Belgique, c’est pourtant son pays, l’Angleterre, qui a insisté avec force pour qu’elle voie le jour en 1830.

Je rappelle brièvement les circonstances. Le séisme révolutionnaire de 1830, dont Bruxelles fut l’épicentre et qui secoua plus tangiblement les régions wallonnes que les régions flamandes, entraîne le démantèlement du Royaume des Pays-Bas de Guillaume Ier.

Composé des Provinces Unies et des départements belges, ce royaume était la conséquence de la défaite de Waterloo. Ici aussi, l’Angleterre avait pesé de tout son poids. Il était exclu que la France puisse encore mettre en péril l’équilibre européen. Londres veilla donc à l’enserrer dans un carcan solide.

Conçu d’un trait de plume diplomatique, cet amalgame hollando-belge n’allait tenir que 15 ans. Ainsi en va-t-il souvent des mariages de convenance, sans aucun amour de part et d’autre…

15 ans après Waterloo, la méfiance britannique à l’égard de la France était toujours si vive qu’il fallut se résoudre à accorder à Palmerston cette « tête de pont » qu’il s’obstinait à réclamer. Voilà donc comment, d’un autre trait de plume diplomatique, naquit le Royaume indépendant de Belgique.

Talleyrand qui représentait la France à la Conférence de Londres, ne croyait pas aux chances de viabilité de cette construction artificielle. En 1832, il confiait à la princesse de Lieven : Les Belges ?… Ils ne dureront pas. Tenez, ce n’est pas une nation, deux cents protocoles n’en feront jamais une nation, cette Belgique ne sera jamais un pays, cela ne peut tenir.

Ce constat prend évidemment tout sens à la lumière de ce que nous vivons aujourd’hui. Paraphrasant Magritte, ne pourrait-on pas écrire, sous une carte de Belgique : Ceci n’est pas un pays ? Car le spectacle auquel nous assistons depuis les élections législatives du 13 mai 2010, dépasse tout ce que l’on peut imaginer en matière de surréalisme.

Le 31 décembre dernier, la Belgique est entrée au Guinness Book des Records pour avoir exercé l’entièreté d’une Présidence européenne avec un gouvernement démissionnaire. Depuis mercredi dernier, elle détient le record mondial de la non-gouvernance, détrônant l’Irak qui avait tenu 289 jours sans gouvernement.

Ce qui me paraît extrêmement dangereux, c’est que d’aucuns  semblent s’accommoder de la situation. Après tout, ce gouvernement démissionnaire ne s’en tire pas trop mal, disent-ils. Et d’envisager même la possibilité d’aller ainsi jusqu’aux élections communales de 2012.

Il faut souligner avec vigueur le déni de démocratie que ce contexte représente.

On reste sur les résultats électoraux de 2007 alors que, depuis, le scrutin de 2010 eu lieu et a changé la donne, explique Pascal Delwit, le politologue de l’ULB. Quant à Christian Behrendt, le constitutionnaliste de l’ULg,  il rappelle que depuis 2007, on n’a pas eu le moindre vote de confiance sur une majorité alternative à celle qui est en place. Et d’ajouter : Cela deviendrait dangereux s’il y avait une volonté de sciemment prolonger cela.

Autre aspect pervers de la situation actuelle : la majorité gouverne sans opposition. L’opposition est d’autant plus neutralisée, pour l’instant, qu’elle ne peut menacer le gouvernement de démission ! Yves Leterme a déjà démissionné…, précise Christian Behrendt.

Enfin, les affaires courantes n’autorisent normalement que la gestion stricte du quotidien, pas la conduite prolongée d’un pays. Le gouvernement Leterme tente bien, avec la bénédiction du Palais et du Parlement, d’élargir le concept – on l’a vu, notamment, avec la confection du budget ou la décision d’intervenir en Libye -, mais de nombreux dossiers restent en rade, comme l’octroi de subsides ou la nomination de fonctionnaires, et les grandes réformes ne peuvent être initiées. On pense, entre autres, au régime des pensions et au développement durable.

Je reviens à présent à la création de la Belgique. Dès le départ, le ver est dans le fruit, car le « Vlaamse mens » se voit réduit à l’état d’infériorité culturelle et sociale. Le suffrage censitaire fait la part belle à la bourgeoisie, laquelle, au Nord comme au Sud, ne s’exprime qu’en français. A l’occasion du 25ème anniversaire du Royaume, voici ce que publie le « Nederlands Kunstverbond » d’Anvers :

Flamands,

Depuis vingt-cinq ans, vous êtes méconnus, opprimés et humiliés. (…)

Depuis vingt-cinq ans, le Wallon est l’enfant privilégié du gouvernement ; le Flamand, lui, est rejeté et méconnu. L’un peut tout obtenir parce qu’il ne connaît, par sa naissance, que le français ; pour l’autre, rien, parce que le sort lui a donné une mère flamande.

C’est précisément pour tenter de réhabiliter la langue néerlandaise qu’une poignée d’intellectuels flamands vont se mobiliser. Ils constitueront l’embryon de ce Mouvement flamand dont l’influence ne cessera de grandir au fil des ans. Aux revendications linguistico-culturelles – la première loi linguistique ne sera votée qu’en 1873 -, vont venir s’ajouter les revendications politico-sociales.

Et l’on arrive ainsi à la fameuse « Lettre au Roi » de Jules Destrée en 1912.  Après avoir reconnu le caractère légitime du Mouvement flamand, Destrée écrit : A l’heure présente, le mouvement flamand, enivré de ses succès et sa force populaire, a atteint son but. Il le dépasse. Il menace la Wallonie. (…) Le Flamand ne recule jamais. Il a la douce obstination têtue du fanatisme.

« Alles voor Vlaanderen en Vlaanderen voor Kristus » (Tout pour la Flandre et la Flandre pour le Christ). Cette devise, qui figura longtemps en première page du « Standaard », ne nécessite aucun commentaire. Comme est tout aussi éloquent le sous-tire que Manu Ruys, l’éditorialiste influent du « Standaard » donna, en 1973, à son livre « Les Flamands » : Une nation en devenir.

Trente-huit ans plus tard, cette nation est bel et bien devenue réalité.

Le terme figure d’ailleurs expressément dans le projet de Constitution flamande qui a été déposé, en 2006, par le cartel CD&V/N-VA. Cette évolution, que les responsables francophones s’obstinent à ne pas reconnaître, est cause de l’échec définitif du fédéralisme et compromet la survie même du Royaume.

Il me faut rappeler ici que ceux qui, comme moi, se sont engagés en faveur du fédéralisme à la fin des années 60, étaient alors qualifiés de dangereux dépeceurs de l’Etat par un PSC qui, à l’instar du CDH actuel, n’avait que le slogan « l’union fait la force » à la bouche.  Il s’est d’ailleurs avéré rapidement que la Flandre ne concevait pas le fédéralisme comme un aboutissement, mais bien comme une étape devant lui permettre de progresser plus vite sur la voie de l’autonomie. Aujourd’hui, Joëlle Milquet prône ce fédéralisme avec l’énergie du désespoir, alors que, comme l’a déclaré Yves Leterme lui-même, il a atteint ses limites. C’est ce qui s’appelle être en retard d’une guerre ou ramer à contre-courant de l’Histoire…

Le dernier baromètre de « La Libre Belgique » indique que la N-VA, la Vlaams Belang et la Lijst Dedecker séduisent ensemble la moitié de l’électorat flamand. Et l’on sait que le CD&V et l’Open VLD ne sont jamais en reste dès qu’il s’agit de défendre les intérêts fondamentaux de la Flandre.

A propos de l’Open VLD, je voudrais rappeler qu’au lendemain de l’échec du pacte d’Egmont, en 1978, François Perin s’efforça vainement de réunir la famille libérale autout d’un projet institutionnel commun. L’intransigeance à laquelle il se heurta de la part des libéraux flamands lui fit prendre conscience que les carottes belges étaient cuites : Tous plus ultra-flamingants les uns que les autres, en surenchère du CVP et de la Volksunie.

Le 26 mars 1980, François Perin démissionna spectaculairement de la fonction sénatoriale : Je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre Etat. (…) La Belgique est malade de trois maux, incurables et irréversibles. (…) Le premier mal, est le nationalisme flamand. Le second, c’est que la Belgique est livrée à une particratie bornée (…) Le troisième mal, c’est que la Belgique est paralysée par des groupes syndicaux de toute nature. (…) Et il n’y a rien, ni homme, ni mouvement d’opinion, pour remettre tout cela à sa place et dégager l’autorité de l’Etat au nom d’un esprit collectif que l’on appelle ordinairement la nation, parce que, dans ce pays, il n’existe plus de nation.

Un an plus tard, ce qu’il écrit dans « La Meuse » cadre tout à fait avec ce que nous vivons aujoiurd’hui : Voilà des années que je pressens ce qui va arriver : les Wallons et les Bruxellois vont se retrouver assez bêtements belges tout seuls. Après d’éventuelles élections qui n’auront qu’exacerbé le malaise dû une crise financière et économique insoluble, le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut disparaître par « implosion ».

Et le 9 mars 1983, il livre à l’hebdomadaire « Pourquoi Pas ? » un article intitulé « Et si les Flamands proclamaient leur indépendance ? ».  23 ans avant le fameux docu-fiction « Bye bye Belgium » de la RTBF !

Jean Gol, qui était à l’époque vice-Premier ministre, tint à lui faire parvenir le petit mot suivant : Je suis d’accord à 100% avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long ; je ne suis pas fonctionnellement en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance et une réponse francophone de survie digne, raisonnable et dans l’ordre.

Pour en avoir maintes fois parlé avec lui à l’époque, je peux attester ici que le regard de Jean Gol était tourné vers la France.

Aujourd’hui, je peux comprendre fort bien la frustration flamande. Voilà douze ans que le Parlement flamand a voté, à une forte majorité, ces cinq résolutions qui s’inscrivent clairement dans un schéma confédéraliste. Elles constituent l’essentiel de la note Octopus de l’actuel gouvernement flamand.

En ayant sous-estimé l’importance  du projet flamand, les responsables francophones portent une écrasante responsabilité. On pensait que tout cela n’était que du folklore, a même lâché Paul Magnette.

Les faits, dit-on, sont plus forts qu’un lord-maire. On peut, certes, pratiquer la méthode Coué en se persuadant, comme Elio Di Rupo, que la Belgique est un pays fascinant et qu’on va y arriver. Mais lorsque le patient est en état de mort clinique, pour reprendre les termes d’Eric Van Rompuy, il est vain de poursuivre l’acharnement thérapeutique.

Eric Donckier, l’éditorialiste du « Belang van Limburg »,  parlait récemment de gescheiden geesten, des esprits séparés. Force est, en effet, de constater que Flamands et francophones évoluent dans deux mondes différents. Même la mort de Marie-Rose Morel a suscité la polémique.

Voilà pourquoi la mission de Wouter Beke, comme les précédentes, ne peut se solder que par un échec. Des élections anticipées ne résoudront rien. La seule solution consiste à acter le caractère inéluctable de la scission et à faire en sorte que la procédure du divorce puisse se dérouler sereinement.

Les divers scénarios d’avenir possibles pour les Wallons et les Bruxellois

J’en arrive ainsi aux scénarios d’avenir possibles pour les Wallons et les Bruxellois.

Je commencerai par le Plan B, évoqué par le président du PS, Elio Di Rupo, à savoir la poursuite d’une « Belgique résiduelle », composée de la Wallonie et de Bruxelles. C’est aussi l’option  défendue par le président du FDF, Olivier Maingain.

Ce projet vise manifestement à rassurer Wallons et Bruxellois en leur disant que rien de fondamental ne changerait pour eux. Mais il est surtout commode pour la classe politique, qui tient à préserver sa rente de situation.

Il nous faut toutefois, par rigueur intellectuelle, verser au dossier toutes les incertitudes juridiques que comporte ce scénario et expliquer en quoi il poserait problème au niveau international.

En droit international, la question de la succession d’Etat est réglée par deux Conventions ONU : celle de 1978 en matière de traités internationaux et celle de 1983 relative aux dettes, archives et biens.

Seule l’application de l’article 35 de la Convention de 1978 pourrait permettre à la Wallonie et à Bruxelles de poursuivre la route commune sous l’appellation « Belgique ». Mais le Royaume de Belgique n’a pas ratifié cette Convention. Elle n’est donc pas en vigueur sur les territoires concernés.

Certains diront que cette convention ne fait que reprendre des règles coutumières. Pourtant, la pratique des Etats postérieure à 1978 contredit les règles de la convention. Pensons aux successions des Etats yougoslave et soviétique en 1991 et 1992 qui, à quelques mois d’intervalle, ont conduit à des solutions opposées. Il n’existe donc pas en la matière une règle certaine et stable.

Par ailleurs, cette « Belgique light », avec Bruxelles enclavée en Flandre, serait susceptible de créer des problèmes sur le plan international, qui pourraient compromettre sa reconnaissance comme « successeur » de la Belgique. Ce genre de précédent serait susceptible de rallumer le feu en ex-Yougoslavie. Pourquoi, en effet, la Serbie ne ferait-elle pas de même avec la Republika Srpska de Bosnie ?

Non reconnue, la « Belgique résiduelle » se retrouverait alors, tout comme la Flandre, en dehors des instances internationales et européennes et hors zone Euro…

Outre ce problème, se pose aussi la question du partage de la dette publique belge.

Aujourd’hui, la succession d’Etat en matière de dettes est réglée par la Convention ONU de 1983, que la Belgique a refusé de signer !

On nous rétorquera que la plupart des conventions internationales ne font que codifier des règles coutumières déjà existantes.

Cet argument ne tient pas la route. Les Etats occidentaux ont voté contre la convention de 1983 précisément parce que les solutions contenues faisaient la part trop belle aux pays décolonisés et allaient contre la pratique jusque 1945. La convention de 1978, elle, a fait un compromis entre la vision occidentale de la continuité des Etats et la vision communiste et du Tiers-Monde prônant le principe de la table rase appliqué de 1945 à 1978. Le vote contre ces conventions par de nombreux pays occidentaux, minoritaires à l’ONU depuis 1975, prouve justement que le contenu n’est pas coutumier.

Un Etat flamand serait-il enclin à reprendre sa part de la dette publique belge alors que Bruxelles lui échapperait et que Wallons et Bruxellois reprendraient l’appellation « Belgique » ? Rien n’est moins sûr. Voilà qui devrait faire réfléchir, lorsqu’on sait que cette dette frôle les 350 milliards !

Une chose est sûre : la « Belgique résiduelle » serait si substantiellement différente de l’Etat prédécesseur qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Par ailleurs, il fait préciser que la mise sur pied d’une «Belgique continuée » entraînerait la modification du Traité de Lisbonne. On voit mal, en effet, un  pays comme le Danemark, qui dispose actuellement de 7 voix au Conseil des ministres de l’UE, accepter que cet Etat résiduaire conserve les 12 voix de l’ancienne Belgique.  Idem au FMI où la « Belgique light » aurait encore 2,10% des votes, alors que le Brésil n’en détient que 1,40%

Il faut aussi souligner que cette « Belgique résiduelle » présenterait un ratio dette/PIB qui dépasserait les 100%. Et la perte des transferts financiers en provenance de Flandre (5-7 milliards) serait loin d’être compensée par la recette (environ 2 milliards) provenant de l’imposition à Bruxelles des 235.000 navetteurs flamands qui y travaillent. On peut d’ailleurs imaginer que ce nombre diminuerait sensiblement avec le départ des administrations flamandes. Un Etat Wallonie-Bruxelles ne satisferait donc pas aux critères de l’euro et sa viabilité financière ne serait nullement assurée.

Enfin, la « Belgique résiduelle » aurait un caractère tout aussi artificiel que celui de la Belgique défunte. Elle ne constituerait nullement une nation. On aurait une Belgique en réduction, aussi médiocre que l’autre, avec les Saxe-Cobourg en prime !, estime François Perin. Outre des espaces géographiques de taille et de morphologie absolument dissemblables et, de surcroît, séparés, on se trouve confronté à des populations sociologiquement et humainement distantes, avec des sensibilités souvent opposées sur bien des sujets.

Des sondages montrent d’ailleurs clairement la volonté des Bruxellois de préserver leur spécificité. Comment, dans ces conditions, organiser les pouvoirs, la répartition des compétences et fixer le poids respectif des deux composantes ? Optera-t-on pour le principe de l’égalité (Wallonie = Bruxelles) ou celui de la proportionnalité  (Wallonie > Bruxelles) ?

Bruxelles pourrait fort bien, par contre, s’y retrouver via un statut de « ville libre internationale ». Certains experts parlent même de « jackpot » !

Pour ce qui est de la Wallonie, il ne fait aucun doute que l’option d’un Etat wallon indépendant, avec un ratio dette/PIB de plus de 150%  et des prestations sociales qui, selon tous les économistes, chuteraient de quelque 20%,  ne tiendrait pas la route. La solution passerait ici par un statut particulier d’union à la France, dispositif que prévoit la Constitution française et qui permettrait de concilier une intégration étatique à la France avec une forte autonomie au sein de celle-ci, tout en garantissant, par l’exercice de la solidarité financière nationale, l’équivalence des services publics et des systèmes sociaux.

Une fois cette intégration réalisée, on peut imaginer que la France conditionnera la reconnaissance de l’Etat flamand au désenclavement de Bruxelles. Et celle-ci, si elle en émettait clairement le souhait, pourrait aussi rejoindre la France.

L’après-Belgique, on le voit, ne serait donc pas, comme d’aucuns voudraient le faire croire, le chaos assuré.

En guise de conclusion, je voudrais reprendre deux extraits.

Le premier est issu de l’interview que Jean Rey, l’un des pionniers de la construction européenne, a accordée à l’hebdomadaire « Pourquoi Pas ? », en 1947 : (…) partout, quand un Etat unitaire est travaillé par un mouvement nationaliste, il est impossible qu’il ne finisse pas par craquer. (…) La sagesse, est de s’en apercevoir à temps.

Le second concerne le conseil que donne José-Alain Fralon, l’ancien correspondant du « Monde » à Bruxelles, au roi Albert II, dans son ouvrage « La Belgique est morte. Vive la Belgique ! », paru en 2009 : Mais si vous aviez une Belgique d’avance ? Si, au lieu de ce baroud d’honneur qui risque de mal tourner, voire même de friser le ridicule, tant il est peu conforme à la philosophie de vos sujets, vous la jouiez plus finement ? En admettant, comme nous le ferons tous tôt ou tard, que rien ne pourra arrêter la marche de la Flandre vers son indépendance, et en accompagnant celle-ci au lieu de tenter en pure perte de la stopper ?      

Je suis, pour ma part, disposé à apporter mon concours pour que la scission puisse se faire d’une manière harmonieuse.

En 2007, le très sérieux magazine britannique « The Economist » constatait : The job is done. La Belgique a fait ce pour quoi elle a été créée. Elle peut donc disparaître.

On ne peut mieux dire !

A Dunkerque, la déglingue de la Belgique fait des heureux

Lu dans la presse locale (Le Phare dunkerquois) :

La crise belge profite au tourisme dunkerquois

Comme partout en France, l’été n’a pas vraiment pointé le bout de son nez sur la côte dunkerquoise. Pourtant les touristes belges, en particulier wallons, sont venus en nombre profiter des équipements…

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Les professionnels du tourisme dunkerquois ne s’attendaient sûrement pas à profiter de la « guerre » qui sépare Wallons et Flamands.

Pourtant, force est de constater que cet été, les touristes « belges », en particulier wallons, ont été plus nombreux : +38 % parmi la clientèle étrangère habituelle. (…) « Les Wallons, apparemment, aiment l’accueil, constate Sabine Lhermet, directrice de l’office de tourisme de Dunkerque. Beaucoup d’hôteliers, toutes catégories confondues, ont fait remonter ces remarques. » L’attrait des établissements maritimes serait donc aussi simple qu’un « Bonjour, que puis-je faire pour vous ? » en souriant ? « Pour eux, l’accueil est effectivement bien meilleur ici qu’en Flandre, assure Stéphane Paganini, gérant de l’Hôtel de la plage. Le contact avec les gens leur est beaucoup plus agréable étant donné qu’avec les Flamands, c’est très compliqué. Ils n’y sont pas bien reçus. » Le divorce est en effet consommé. (…)

Pour l’ensemble de l’article : ici .

Ils ont dit…

* « Maintenant qu’ils ont trouvé un accord sur BHV, il reste à trouver un accord sur ACDEFGIJKLMNOPQRSTWXYZ. » (Claude Semal)

* La phrase de l’année, dite par le prix Nobel de médecine … (l’oncologue brésilien Drauzio Varella).
« Dans le monde actuel, nous investissons cinq fois plus d’argent en médicaments pour la virilité masculine et en silicone pour les seins des femmes que pour la guérison de la maladie d’Alzheimer. Dans quelques années, nous aurons des femmes avec des gros seins, des vieux à la verge dure, mais aucun d’entre eux ne se rappellera à quoi ça sert. »

Le Hainaut en voie de réunification

Ichi, in s'edvise in picard

C’est Eric Deffet qui l’écrit dans le Soir :

« 1 Hainaut + 1 Hainaut = 1 Hainaut ».

Il précise : « la frontière entre France et Belgique n’est qu’une péripétie de l’Histoire ». Ce qui motive son article, c’est que  « le préfet de la Région du Nord-Pas-de-Calais a convaincu le ministre-président wallon Rudy Demotte de travailler sur un projet de développement territorial commun ». En soi, la nouvelle est réjouissante, mais le ton de l’article est inhabituellement positif, et le meilleur est pour la fin : « L’enjeu de tout cela ? L’existence et le renouveau d’une région « au milieu de nulle part » dans une Europe qui s’articule autour de pôles urbains puissants. Sans oublier la préparation à un (hypothétique) rattachement à la France… »

Hypothétique ou pas, le rattachement est pensé, imaginé, presqu’annoncé. Cela fait du bien de lire ce genre de chose dans le Soir, journal dont les positions relèvent parfois de l’émotionnel belgicain le plus consternant. Le jour où M. Di Rupo consacrera, à l’hypothèse française, la même énergie que celle qu’il déploie à une négociation belge sans issue, une sorte de grâce éblouira le Hainaut belge et le reste de la Wallonie.

L’article d’Eric Deffet est à lire ici .

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde