The cost of Belgium

Le gouvernement dirigé par Elio Di Rupo, minoritaire en Flandre, ne doit sa légitimité qu’à l’électorat francophone. Il est donc vital, pour lui, de convaincre une opinion flamande encline à voter massivement pour la N-VA. Les principaux intéressés n’en font pas mystère : Di Rupo est prêt à tout pour que le SP.A, le CD&V et l’Open VLD se renforcent aux prochaines élections. Au prix de quelles concessions ?

Quels sacrifices pour quelle Belgique ?

Pour l’article du Soir (info donnée aussi par De Standaard et Het Nieuwsblad) : ici.

Nos hommages à Madame Jarbinet

Marie-France Jarbinet est décédée, apprend-t-on. Cette nouvelle nous attriste. Après André Schreurs, c’est une autre figure du rattachisme qui s’en va. Co-fondatrice du parti France en 1995, Marie-France n’en était pas moins wallonne et toujours prête à se battre aux côtés de ses amis fouronnais. Pour cette femme de cœur, de conviction, pour cette femme intelligente, pour cette femme blessée, forte et fragile à la fois, nous voulons témoigner ici de notre plus grand respect.

Il y a, semble-t-il, des Wallons heureux

Jean-Alexis D’HEUR (Liège)

Quand on consulte les médias, on ne sait pas si les propos de nos cerveaux politiques qu’ils rapportent sont ceux de naïfs, de courtisans ou d’imbéciles.

Ce qu’on sait avec certitude c’est qu’ils ne sont jamais ceux de défenseurs des Wallons.

En ce début de décembre, avez-vous vu leur jubilation de voir que « les relations extérieures de la Belgique sont aux mains des francophones? »

Immense bonheur « de ne pas revivre la situation antérieure où il y avait des néerlandophones partout ».

Quelle belle perspicacité rétrospective !

Quellle courageuse dénonciation de l’impuissance de nos courageux représentants (?) maintenant que cette situation est devenue « antérieure » !

Quelle condamnation de l’indifférence de nos gros et petits poids aux intérêts des Wallons !

Aux sourds et aveugles, souvent très volontairement, expliquons un de leurs derniers méfaits.

Disons-leur que si les relations extérieures sont aux mains des francophones, c’est parce que les Flamands n’en veulent plus, et qu’en échange ils en voulaient plus, et qu’ils l’ont.

Ils n’en veulent plus parce qu’ils savent que très bientôt représenter la Belgique ne sera plus rien. A quoi bon représenter un Etat qui va s’évaporant un peu plus chaque jour.

Voilà de quoi se réjouissent nos bons belgicains.

En échange de ce qui bientôt ne sera plus rien, nos vaillantes intelligences ont bâché à la Flandre les postes à responsabilités socio-économiques qui sont l’important pour la période de temps de maintenant à la fin de cet Etat.

Mais peu leur importe, l’Etat belge continue et avec lui de belles carrières politiques !

Mais qui sont ces « responsables? »

Responsables de tous les malheurs qui nous arrivent.

Des crédules ? Des incompétents ? Des sots ? Des indifférents à tout ce qui n’est pas leur carrière ? Des courtisans de tout ce qui rapporte ?   

Mais ce sont des élus !

Et il n’y a plus rien à dire.

Sauf que les rattachistes disent que ces provisoires le sont d’un régime qui l’est tout autant.

Et peu importe aux rattachistes leur avenir commun.

Ce qui compte c’est les Wallons et leurs descendants.

Ce qui compte pour les Wallons, c’est d’être délivrés d’un régime qui n’est plus défendable et que la majorité des citoyens peu belges de l’autre côté de la frontière intérieure ne veut plus.

Ce qui compte pour nous, fils de France, c’est de rentrer chez nous !

Kroll, le Liégeois …

Merci, M. Kroll, pour ce regard de pur bonheur qui rend moins pénible l’insupportable  …      

Mercredi 14 Décembre 2011

C’est un texte pour le journal De Standaard de demain.

Liège, c’est ma ville. Liège c’est une ville comme une autre. Enfin, les Liégeois pensent qu’elle est différente de toutes les autres. Tous les gens qui sont d’une ville pensent qu’elle est différente de toutes les autres. A Liège, cette semaine, il y avait des jeunes qui passaient des examens, il y avait des vieux qui achetaient des cadeaux de Noël pour des jeunes pendant qu’ils passaient leurs examens, il y avait des jeunes qui, après leurs examens, achetaient des cadeaux pour des vieux, il y avait des vendeurs et des vendeuses qui vendaient des cadeaux à des jeunes et des vieux. Il y avait du vent. Et puis, à midi, chaque jour, tout le monde prend le bus place Saint Lambert pour rentrer étudier et cacher les cadeaux.

Mardi, à Liège, il y avait un tueur. Un type a tiré dans la foule, il a blessé, massacré, même un bébé, et puis lui-même sans doute. On a parlé de Liège dans le monde entier comme on l’avait fait de Columbine, de la Norvège, de tous ces endroits où un jour un fou abat des gens qui n’avaient rien fait d’autre que d’être là.

Liège a son Kim de Gelder, son Anders Breivik, Liège est de son temps. Une ville de son temps ni différente des autres ni comme les autres.

Que savez-vous de Liège ? Une ville du sud dans ce pays du nord dont on retient plus la chaleur des habitants que la beauté des banlieues. A Liège, il se dit qu’on fait toujours tout un peu plus fort que les autres, un peu autrement aussi. On l’a dit des grèves, on l’a dit des affaires, on le dit de la fête. C’est à Liège qu’un ministre d’état se fait assassiner, à Liège qu’on s’offre une gare que New-York trouverait un peu ostentatoire. C’est à Liège qu’on sort les terrasses de bistrot dès qu’il fait 10 degrés pour se la jouer italienne. C’est à Liège qu’on fête le 14 juillet au lieu du 21 parce que ça nous amuse de nous croire un peu français. C’est à Liège que le village de Noël, les petits chalets en bois où l’on vend des gaufres et des bougies, est plus grand qu’un vrai village. C’est à Liège qu’on fait la fête à toute occasion. Le vernissage d’une exposition -et je m’y connais- à Bruxelles commence à 18h15 s’il est annoncé à 18 h et, à 19, après quelques discours en deux langues et deux coupes de champagne, les plus épicuriens cherchent un restaurant. A Liège, annoncé à 18 h, le discours de l’élu local se fera à 20h30 dans un brouhaha général et, vers minuit ou une heure, on se demandera offusqué comment il se fait qu’il n’y a plus rien à boire. J’exagère à peine. Le Liégeois apprend dans « le Carré » à boire de tout en se tapant des grandes claques dans le dos, en embrassant ses potes et nos jolies filles… et bien avant d’avoir l’âge de conduire !

Et puis une fête un peu diffuse, un peu virtuelle que l’on fait à Liège depuis quelques années, c’est celle d’une ville qui se voit sortir de ses marasmes. Le Standard est deux fois champion. La ville construit un peu partout, elle se propose d’organiser l’exposition internationale de 2017… et chaque fois qu’elle veut applaudir une bonne nouvelle, le sort ou Lakshmi Mittal lui gâche la fête.

A Liège, il y a deux ans, à cent mètres de la place Saint-Lambert, deux immeubles explosaient. Des morts, des blessés. Des hôpitaux débordés. Des images qui ont aussi fait le tour du monde. C’était juste après les fêtes.

Liège dorénavant aura peur des fêtes.

Pierre Kroll.
Le 14 décembre 11

« De Morgen » nous rapporte une rencontre interpellante…

Le journal « De Morgen » rapporte une rencontre discrète qui eut lieu, le 4 septembre, dans l’appartement bruxellois d’Elio Di Rupo, alors formateur. Les personnes présentes étaient Anne Poutrain, sa fidèle conseillère, le président du MR, Charles Michel, et le président du FDF, Olivier Maingain.

Maingain n’était pas satisfait du compromis sur la scission de l’arrondissement judiciaire de BHV. Il exigeait que Charles Michel mette un terme aux négociations.

Se déroula alors un dialogue curieux.

Il y a des choses plus importantes que BHV, comme la Sécurité sociale, dit Di Rupo. A quoi Maingain réplique : Mais crois-tu vraiment que de telles concessions sur BHV pourront sauver ce pays pour dix ou vingt ans ?

Réponse surprenante d’Elio Di Rupo : Non, mais nous devons faire un choix. Et après l’accord institutionnel, les francophones devront discuter du Plan B. C’est une certitude. 

Que les choses soient claires : quand les partis francophones parlent de Plan B, ils visent bien la scission de la Belgique.

Nous supposons que le journal a bien vérifié l’exactitude de ces propos. Et vu qu’aucune des quatre personnes présentes n’a cru bon de les démentir jusqu’ici, nous pouvons en conclure qu’Elio Di Rupo continue à travailler à un Plan B avec les francophones.

Elio Di Rupo devrait avoir l’honnêteté de venir répéter ces propos à la tribune de la Chambre. On pourrait prendre alors les dispositions nécessaires pour réaliser ce Plan B de manière ordonnée.

Jules Gheude

NDLR : Rik Van Cauwelaert n’écrit pas autre chose sur le site du Vif/L’Express. Texto : « Si Elio Di Rupo était d’une grande honnêteté, il répéterait ses propos devant la Chambre des représentants. On pourrait alors apporter les modifications nécessaires à son plan B et le mettre en application. » (A lire ici.) Les éditorialistes flamands jugeraient-ils, comme nous, que la Belgique a déjà trop duré ?

Ce qu’en pense Jean Quatremer

Jean Quatremer, c’est un peu « les yeux et les oreilles de la France à Bruxelles ». Allergique aux manifestations les plus mesquines du nationalisme flamand, il a parfois donné l’impression de voir la Belgique à la façon du FDF. Il est donc intéressant que, dans sa longue analyse de la situation politique en Belgique, il pointe notamment ceci :

« Le FDF, dont le fonds de commerce est la défense des Francophones, et qui a quitté les libéraux du MR au lendemain des accords communautaires, n’est donné qu’à 6,5 % à Bruxelles et son leader, Olivier Maingain perd 6 points de popularité dans l’affaire (à 14 %). Ce qui confirme que les Wallons se fichent des Bruxellois et que les Bruxellois se fichent des Francophones de Flandre, assimilés à des « bourgeois qui ne veulent pas apprendre le néerlandais ». S’il existe une nation au nord du pays, il n’existe clairement pas de « nation francophone ». »

Pour le reste, la conclusion de Jean Quatremer est sans appel : « …le volcan est loin, très loin d’être éteint et la prochaine réforme de l’État, la septième, est déjà sur les rails alors que l’encre de la sixième est à peine sèche ».

Pour l’intégralité de l’analyse : ici.

La Belgique demain… ?

Ainsi donc, près de 550 jours après les dernières élections législatives, nous avons un gouvernement. Et un gouvernement dirigé par un Wallon, ce qui n’était plus arrivé depuis 38 ans.

Mais Elio Di Rupo pourrait bien connaître un sort identique à celui de son prédécesseur Edmond Leburton, à savoir la démission après un an d’existence, sans aucune réalisation substantielle.

Car, comme l’écrit Pascal Lorent », dans « Le Soir » du 3 décembre, cette tripartite « papillon » est un édifice fragile bâti sur du sable.

Elio Di Rupo a beau faire des efforts pour s’exprimer dans la langue de Vondel, seul un Flamand sur trois lui fait confiance.

Les pièges qui l’attendent sont multiples.

L’accord budgétaire est déjà torpillé par le monde syndical, alors que les sacrifices qui sont demandés aujourd’hui aux citoyens ne sont certainement pas les derniers. Rendez-vous au premier ajustement budgétaire. Olivier Chastel, le nouveau ministre du Budget, aura bien besoin de testostérone…

L’avenir existentiel de la Belgique reste, quant à lui, extrêmement précaire.

Au lendemain des accords laborieusement obtenus sur la réforme de l’Etat et sur la loi de financement, Béatrice Delvaux, l’éditorialiste en chef du « Soir », livrait ce commentaire : On ose espérer que les négociateurs ont bétonné ces accords jusque dans leurs détails, pour éviter des rebondissements qui seraient désastreux en pleine campagne des communales…

On sait qu’il n’en est rien. Comme on sait aussi que la Flandre est loin d’être satisfaite de ce qui a été conclu. Il suffit de lire les éditorialistes du Nord, dont on sait l’influence qu’ils ont exercée en 1978 pour saborder le pacte institutionnel d’Egmont.

Petit rappel historique : en 1977, ils étaient également tout sourire lors de la signature de ce pacte qui avait amené la Volksunie et le FDF – l’eau et le feu – à se mettre d’accord au départ de concessions réciproques importantes. Mais un anti-Egmont Komitee se mit rapidement place, relayé par les éditorialistes flamands. Haro sur le fameux droit d’inscription prévu pour les francophones de la périphérie ! Le pacte est cent fois pire que ne l’imaginent ses plus grands adversaires, lâcha, le 19 septembre 1978, le député CVP Jan Verroken, celui-là même qui avait fait chuter en 1968 le gouvernement Vanden Boeynants sur l’affaire de Louvain. On connaît la suite : le Premier ministre Léo Tindemans s’en allant remettre sa démission au Roi, avec l’arrière-pensée perfide de renvoyer nus, devant leurs électeurs respectifs, la Volksunie et le FDF qui s’étaient loyalement impliqués. La Volksunie fut proprement laminée…

Aujourd’hui, un scénario identique pourrait fort bien se produire. Pour être concrétisés, les accords intervenus devront être coulés en textes de loi, qui devront ensuite parcourir un long et périlleux parcours parlementaire. On parle de la fin 2013, début 2014, ce qui laissera largement  le temps à la Flandre d’exprimer des opinions divergentes.

Voyons ce qu’écrivent déjà aujourd’hui les éditorialistes flamands.

Pour Guy Tegenbos du «Standaard», la nouvelle Belgique n’est ni belle ni enthousiasmante. C’est une Belgique version 6.0. La préparation de 7.0. (…) C’est un armistice qui donne aux deux parties un petit peu de ce qu’elles voulaient, de quoi «pouvoir vivre» encore un moment. Le dard BHV est-il retiré ? En partie. Mais le poison est toujours là et l’affaire peut encore suppurer.

Dans «Gazet van Antwerpen», Paul Geudens souligne, quant à lui, que ce n’est pas la révolution copernicienne que demandait le ministre-président flamand Kris Peeters. Le citoyen flamand qui avait voté l’an dernier pour des changements radicaux, reste sur sa faim. (…) La demande des francophones pour le statu quo est visible partout.

Et d’ajouter : En fait, c’est un travail fait à moitié, qui va compliquer les choses. De nombreuses compétences ne sont que partiellement transférées aux Régions. Et Bruxelles est carrément une catastrophe. Tout cela, c’est de la matière à conflit pour plus tard.

Une chose est sûre, conclut Paul Geudens, cette sixième réforme de l’Etat ne sera pas la dernière. (…) Il faut aussi constater que les fondements sur lesquels repose la nouvelle loi de financement ne sont pas exagérément optimistes. Si c’est le cas, l’ensemble de la construction s’écroulera comme un château de cartes.

A la question de savoir si l’accord sur BHV judiciaire est un bon accord, Eric Donckier du « Belang van Limburg » n’hésite pas à répondre par la négative. Et d’expliquer tout cela en quatre points.

1° Le parquet est scindé. Mais du même coup, on détache également cinq magistrats de Bruxelles – certes bilingues, mais francophones quand même – pour les affecter au parquet flamand de Hal-Vilvorde. Les habitants francophones ne sont pas donc pas seulement servis dans leur langue, mais aussi par leurs propres gens. Manifestement, ils n’ont pas confiance dans les magistrats flamands. C’est offensant.  

2° Le tribunal n’est pas scindé, mais seulement dédoublé en un tribunal néerlandophone et un tribunal francophone, tous deux – y compris donc le francophone – restant compétents pour l’ensemble de l’arrondissement BHV.

3° Actuellement, 2/3 des magistrats doivent être bilingues à Bruxelles. On porte cela à 1/3, parce qu’il y a trop peu de magistrats francophones bilingues. Quand on ne veut pas apprendre le néerlandais, on est récompensé par une modification de la législation.

4° A Bruxelles, on part d’un rapport 20N/80F chez les juges. Mais ces dernières années, on a eu en moyenne 27% des affaires pour le tribunal du travail et 33% des affaires pour le tribunal de première instance qui concernaient des néerlandophones.  

Et Eric Donckier de rappeler l’éternel problème : ces francophones qui viennent habiter en Flandre et qui ne sont pas capables ou ne veulent tout simplement pas apprendre le néerlandais. Cette mauvaise volonté paie. Le résultat, c’est que le bilinguisme est renforcé à Hal-Vilvorde et démantelé progressivement à Bruxelles.

Il fut un temps, conclut Eric Donckier, où les négociations communautaires revenaient à un deal : des principes pour les Flamands et de l’argent pour les francophones. Ce temps est révolu. La Région bruxelloise est refinancée à hauteur de 600 millions d’euros. On pourrait tout aussi bien parler d’une prime pour mauvaise gestion. Cet argent sera principalement versé par la Flandre. Mais en échange, la Flandre obtient peu de chose : pas de scission pure de BHV, ni électoralement ni juridiquement. (…) Cela engendrera de nouveaux problèmes communautaires.

Son de cloche identique chez Dirk Castrel, l’éditorialiste de « Gazet van Antwerpen », pour lequel le compromis atteint ne recevra pas un prix de beauté. Et de souligner que pour l’opposition flamande, la N-VA en tête, il ne fait aucun doute que l’accord introduit de nouvelles facilités dans l’ensemble de la Belgique. Ce qui vaut pour les francophones en Flandre, vaut tout autant pour les Flamands en Wallonie.

La différence, explique Dirk Castrel, c’est que les Flamands en Wallonie ne demandent pas à être renvoyés devant un tribunal néerlandophone, parce qu’ils se sont adaptés depuis longtemps à la région linguistique dans laquelle ils se sont établis. Et de poser carrément la question : cette réglementation ne viole-t-elle pas le principe de l’unilinguisme des régions linguistiques, à l’exception de Bruxelles ? Bref, pour l’éditorialiste, il n’est pas exclu que le nouveau système engendre à l’avenir des problèmes assez sérieux.

On le voit, les choses sont loin d’être réglées.

D’autant que la N-VA ne cesse de conforter sa position. Elle est aujourd’hui créditée de 39,8% par le dernier sondage de « La Libre Belgique ».  Et son président, Bart De Wever, est bien disposé à rendre la vie impossible à ce nouveau gouvernement qui ne dispose pas de la majorité au Nord. « La N-VA sans pitié pour Di Rupo », tel est le titre de l’article de Dirk Vanoverbeke dans « Le Soir » de ce jour.

Par ailleurs, la dégradation, par Standard & Poor’s, de la note de la Région flamande ne peut que conforter celle-ci dans sa volonté de se dégager d’une Belgique qui l’handicape fortement dans son développement. En effet, l’agence de notation reconnaît que la Flandre fait mieux que l’autorité fédérale et qu’une autonomie financière lui procurerait une solvabilité plus importante.

Enfin, la diffusion, par la RTBF, du reportage consacré au prince Laurent nous a montré une image bien peu ragoûtante d’une famille royale déjà fort critiquée en Flandre.

On connaît le scénario : à peine l’encre d’un accord communautaire est-elle sèche que la Flandre  réclame davantage, l’objectif final étant, comme l’a rappelé hier le ministre-président flamand Kris Peeters lors de la célébration des 40 ans du Parlement communautaire flamand, de réduire la Belgique à l’état de coquille vide : l’autonomie croissante de la Flandre est un processus irréversible.

L’erreur fondamentale des responsables francophones fut d’avoir sous-estimé l’ampleur des revendications flamandes, exprimées clairement dans les cinq résolutions adoptées à une large majorité par le Parlement flamand en 1999. Des résolutions qui s’inscrivent clairement dans un schéma confédéral. Le fédéralisme a atteint ses limites, a précisé Yves Leterme en 2007.

Les ministres d’Etat Antoinette Spaak et Guy Spitaels ont affiché récemment leur profond scepticisme quant à l’avenir de la Belgique. A l’occasion d’un « chat » qu’il a eu avec les lecteurs du « Soir », Christian Behrendt, le constitutionnaliste de l’Université de Liège, a déclaré : La réforme de l’Etat sera très méritoire. Mais elle ne doit pas occulter une dynamique plus fondamentale encore, et qui, elle, est en marche et ne s’arrêtera pas. D’où aussi la nécessité impérieuse pour les francophones de réaliser des travaux de prospective institutionnelle pour le moyen terme. J’exhorte d’ailleurs tout citoyen à y contribuer, car ce sont là des questions essentielles qui nous concernent tous. Des initiatives citoyennes dans ce domaine sont donc fort salutaires ; je le dis aussi à mes étudiants.

Christian Behrendt a tout à fait raison : rien ni personne ne pourra arrêter l’Etat-Nation flamand de prendre son envol.  La scission de la Belgique s’avérera à terme inéluctable. C’est la raison pour laquelle nous avons estimé opportun, en 2008, d’amener les esprits francophones à réfléchir à l’après-Belgique. Via les Etats généraux de Wallonie (www.etatsgenerauxdewallonie.org) et le Gewif (Groupe d’études pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net), des études sérieuses ont déjà pu être effectuées.

Ces études rejoignent tout à fait l’analyse que vient de faire Jules Gazon : un Etat wallon indépendant  ne serait pas soutenable au plan des finances publiques et un Etat Wallonie-Bruxelles ne tiendrait pas non plus la route. Seule l’option de l’intégration dans la République française se révèle être réaliste. 

Il faut cesser de pratiquer la méthode Coué en se persuadant que la Wallonie se redresse. D’aucuns affirment même, sans rire, qu’elle tire la Belgique vers le haut. La vérité, c’est que la situation socio-économique et budgétaire de notre Région est alarmante. Le PIB wallon est inférieur à celui de l’ensemble des régions de France. Et les carences en matière de « bonne gouvernance » restent criantes. Il faut oser le dire haut et fort : dans le cadre belge, la Wallonie n’a aucune chance de se ressaisir.

« On s’en sortira, car il n’y a pas d’alternative ». Cette phrase, on l’a entendue prononcer à de multiples reprises ces derniers mois. Comme s’il était écrit quelque part que la Belgique était vouée à connaître l’éternité.

Dans son remarquable ouvrage consacré à Talleyrand (Payot, 1947), G. Lacour-Gayet reproduit cette conversation que l’intéressé, alors ambassadeur de France à Londres, eut avec la princesse de Lieven, ambassadrice de Russie, le 29 octobre 1832 :

(…) Prince T. – Eh bien ! Parlons de nos deux armées. Qu’en pensez-vous ?

Moi – Que vous avez pris beaucoup de peine pour quelque chose qui ne durera guère.

Prince T. – Ah ! ah ! vous le pensez ?

Moi – Et vous, mon prince ?

Prince T. – Je l’’espère.

Moi – Quoi ! vraiment que votre royaume belge et votre roi belge…

Prince T. – Ne dureront pas. Tenez, ce n’est pas une nation. Deux cents protocoles n’en feront jamais une nation ; cette Belgique ne sera jamais un pays ; cela ne peut tenir.

La Belgique, c’est Yves Letreme lui-même qui l’a dit,  est née d’ un accident de l’Histoire. Les raisons pour lesquelles le Royaume indépendant de Belgique a été mis sur pied, en 1830, ont depuis longtemps disparu. Aujourd’hui, force est de constater que cette construction artificielle se résume, pour reprendre les termes de Karel De Gucht, à une conférence diplomatique permanente entre deux peuples. Deux peuples, dont l’un, soudé par un sentiment national puissant, entend bien s’ériger désormais en Etat propre.

En 2002, alors qu’il était président des libéraux flamands, Karel De Gucht lâcha sur VTM : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. 

Notre propos n’est pas ici de disserter sur l’origine des grandes nations européennes, que Stefan Zweig a très bien décrite dans son livre « Marie Stuart » : Les princes du XVe et du XVIe siècle (…) ne pensent pas le moins du monde à leurs peuples, mais à leur puissance personnelle. Les empires sont taillés et cousus comme des vêtements, ce sont les guerres et les mariages qui forment les Etats et non la libre détermination des peuples. Mais il nous faut bien constater que trois d’entre elles – l’Espagne, l’Italie et le Le Royaume-Uni – sont confrontées aujourd’hui à des courants nationalistes fortement affirmés (Catalogne, Ligue du Nord, Ecosse). De quoi inquiéter une Union européenne, déjà bien malmenée par l’explosion des dettes souveraines.

L’Histoire est faite de revirements imprévisibles. Xavier Mabille le rappelait encore tout récemment : les pays vont et viennent. Qui peut dire de quoi demain sera fait ? 

Une chose, en tout cas, est sûre. La bataille belge n’est pas terminée. On verra bientôt qui, d’Elio Di Rupo ou de Bart de Wever, aura été le meilleur stratège.

Je voudrais, pour conclure, vous rappeler ce qu’a déclaré François Perin, le 26 mars 1980, lors de sa démission de la fonction sénatoriale : Je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre Etat. (…) La Belgique est malade de trois maux, incurables et irréversibles. (…) Le premier mal, est le nationalisme flamand, qu’il s’avoue ouvertement ou non. Le second, c’est que la Belgique est livrée à une particratie bornée, souvent sectaire, partisane, partiale, parfois d’une loyauté douteuse au respect de la parole donné et de la signature, mais très douée pour la boulimie, avec laquelle elle investit l’Etat en jouant des coudes, affaiblissant son autorité, provoquant parfois le mépris public. (…). Le troisième mal, c’est que la Belgique est paralysée par des groupes syndicaux de toutes natures, intraitables et égoïstes, irresponsables, négativistes et destructeurs finalement de toute capacité de l’Etat de réformer quoi que ce soit en profondeur. (…) Et il n’y a rien, ni homme, ni mouvement d’opinion, pour remettre cela à sa place et dégager l’autorité de l’Etat au nom d’un esprit collectif que l’on appelle ordinairement la nation, parce que, dans ce pays, il n’existe plus de nation.

Voilà ce qui s’appelle être visionnaire.

Au début des années 1980, François Perin m’a posé cette question : Jules, êtes-vous prêt, le moment venu, à prendre le bâton et la cape du pèlerin pour poursuivre le chemin ? Sachant ce qu’il voulait dire, je lui ai fait remarquer qu’en tant que fonctionnaire, j’étais tenu à un devoir de réserve, ce à quoi il a répondu : Qu’est-ce que cela voudra dire alors être fonctionnaire d’un Etat qui n’existe plus ?

A présent que je suis dégagé de mes occupations professionnelles, j’entends bien déployer toute l’énergie nécessaire pour réparer l’erreur historique de 1830 et faire en sorte que la Wallonie retrouve grandeur et dignité au sein de la France. Cette France, dont nous partageons la langue, la culture et les valeurs essentielles.

Un dernier mot. Ce n’est  pas pour rien que le surréalisme a pu se développer en Belgique. Hier, Elio Di Rupo a proposé au Roi, ou plutôt à Sa Majesté le Roi, de décerner à Yves Leterme le titre de ministre d’Etat.

Il y a cinq ans, il qualifiait d’insultants les propos tenus par ce dernier à l’égard des francophones et Joëlle Milquet stigmatisait la désinvolture affichée à l’égard de son pays et du gouvernement fédéral dont il ravale l’existence au second plan par rapport aux intérêts de la Flandre. Quant à Didier Reynders, il se demandait comment  l’on pouvait encore avoir l’ambition de participer à la gestion du gouvernement fédéral quant on est à ce point dénigrant pour nos institutions, le Roi et la Belgique en général.

Les responsables francophones se refusent à voir la vérité en face. En fait, leur principal souci est de sauvegarder leur rente de situation. Ils me rappellent le catoblépas, cet animal légendaire à long cou grêle dont la tête traîne à terre et qui broute ses propres pattes.

Allez, la messe belge est dite !  Et les larmes de crocodile ne sont pas de mise.

Jules Gheude

 

L’avenir de la Belgique reste extrêmement précaire

  L’accord sur la réforme de l’Etat doit encore être coulé en textes de loi, lesquels devront suivre un long et périlleux parcours parlementaire. Cet accord est loin de satisfaire la Flandre car, comme n’ont pas manqué de le signaler plusieurs éditorialistes, il ne représente nullement cette réforme copernicienne en faveur de laquelle l’électorat du Nord s’est massivement prononcé en 2010. Par ailleurs, la dégradation, par Standard & Poor’s, de la note de la Région flamande ne fera que conforter celle-ci dans sa volonté de se dégager d’une Belgique qui l’handicape fortement dans son développement. En effet, l’agence de notation reconnaît que la Flandre fait mieux que l’autorité fédérale et qu’une autonomie financière lui procurerait une solvabilité plus importante.

 La proximité des élections communales ne facilitera pas les choses et les éditorialistes flamands prévoient d’ores et déjà de nouvelles contestations concernant la nomination de bourgmestres francophones dans la périphérie flamande de Bruxelles.

 S’ajoute à cela le fait que l’accord budgétaire est d’emblée torpillé par le monde syndical. Avec Ecolo qui menace de faire marche arrière au sujet de la nouvelle loi de financement.

 D’autre part, la diffusion, par la RTBF, du reportage consacré au prince Laurent a de quoi interpeller. Il nous montre, en effet, une image bien peu flatteuse de la famille royale.

 Pour ce qui est de la Région wallonne, sa situation socio-économique et budgétaire reste alarmante. Si elle était livrée aujourd’hui à son propre sort, elle connaîtrait un contexte comparable à celui de la Grèce.

Son PIB est inférieur à celui de l’ensemble des régions de France. Les carences en matière de « bonne gouvernance » sont criantes.

 Je reste plus que jamais déterminé dans l’action que j’ai engagée en vue de préparer l’intégration de la Wallonie dans la République française, seule manière de garantir à la population wallonne un avenir sûr et de qualité. Je m’expliquerai à ce sujet lors de la conférence-débat «La Belgique demain… ? », qui est organisée par l’Alliance Wallonie-France, le 8 décembre prochain, à l’hôtel Leonardo de Charleroi.

Jules Gheude

Coordinateur du GEWIF (Groupe d’Etudes pour l’Intégration de la Wallonie à la France)

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde