« Charlie Hebdo »

« Charlie Hebdo »… On aime ou on n’aime pas, voire on adore ou on déteste jusqu’à le haïr.

Parmi les amoureux de la caricature, on trouvera de nombreux adeptes. D’autres parlent de vulgarité pour des dessins qui ne font pas toujours, c’est vrai, dans la dentelle. Mais Charlie Hebdo, ce sont aussi des articles de qualité signés par de belles plumes.

Plusieurs membres de l’A.W.F. se rappelleront ce numéro du mercredi  21 novembre 2007 où l’hebdomadaire débarquait à Liège et consacrait ses deux pages centrales à la région liégeoise sous le titre de « Allons Wallons de la patrie ! »

Quelle ne fut pas notre surprise de voir le dessinateur Schvartz et la journaliste Marine Chanel nous rejoindre à une soirée de bowling que nous organisions. Nous avions  apprécié le professionnalisme de nos interlocuteurs mais surtout l’article et les caricatures qui avaient suivi.

Outre la mouvance d’Alliance à la France, le magazine avait aussi interviewé Alfred, un sidérurgiste, sujet ô combien d’actualité, le politologue Pierre Verjans et Philippe Dutilleul, l’auteur du fameux journal télévisé fiction qui annonçait la scission de la Belgique.

Aujourd’hui, Charlie Hebdo se retrouve sous les feux de l’actualité avec les caricatures de Mahomet. D’un côté, la défense de la liberté d’expression de la presse, de l’autre, des islamistes qui ne peuvent supporter la représentation du prophète sous quelque forme que ce soit. Pris en tenailles, des millions de musulmans français qui ne demandent qu’à vivre en paix, mais aussi tous les Français qui vivent dans des pays où l’islamisme politique est au pouvoir. Enfin, la fille Le Pen qui sort du bois et reprend les vieux slogans de son père.

Charlie Hebdo n’a-t-il pas un double mérite ? Celui de nous amener à la réflexion et celui d’animer le débat. A ce double titre, je souhaite longue vie à Charlie Hebdo.

Paul Durieux

La fiscalité belge expliquée aux Français

C’est Jean Quatremer qui s’y colle pour les lecteurs de « Libé », journal dont la réaction ne fut pas la moins vive à l’annonce que Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, avait l’intention de devenir belge.

Extrait choisi de son article (à lire sur son blogue) :

« Le système fiscal belge vise la masse à la différence de la France où la moitié des foyers fiscaux sont exonérés de l’impôt sur le revenu », résume Thierry Afschrift, professeur de droit fiscal à l’Université libre de Bruxelles et avocat. En clair, « on prend beaucoup à beaucoup de monde », c’est-à-dire à ceux qui travaillent, afin de financer un État dont la dépense publique rapportée à son PIB est encore supérieure à celle de la France, c’est dire.

Ainsi, un foyer fiscal doit gagner moins de 6430 euros par an pour échapper à l’impôt. Ensuite, ça progresse brutalement, d’autant qu’il n’existe pas de quotient familial (juste un abattement par enfant à charge) : 25 % pour la tranche qui va de 0 à 7900 euros (au-delà des premiers 6430 euros d’abattement), 30 % de 7900 à 11.240, 40 % de 11 240 à 18 730, 45 % 18730 à 34 330 et 50 % au-delà. En France, la tranche maximale est de 41 % et ne débute qu’à 78 830 euros. « Autrement dit, quelqu’un qui gagne 1500 euros par mois est déjà dans la tranche à 45 % », explique Afschrift. On comprend dès lors qu’à la différence de la France, la TVA représente une rentrée fiscale inférieure à celle de l’impôt sur le revenu.

En revanche, il n’existe ni impôt sur la fortune, ni de taxe sur les plus-values mobilières (seuls les intérêts et dividendes sont taxés entre 21 et 25 %), l’imposition des donations est symbolique, la fiscalité immobilière est particulièrement sympathique (les loyers ne sont pas imposés, seule la valeur cadastrale remontant à 1975 l’est ; les plus-values immobilières échappent à tout impôt si le bien est détenu plus de 5 ans -30 ans en France), etc. « Il y a plein de trous béants dans la fiscalité belge », ajoute Afschrift : ainsi les SICAV et les contrats d’assurance sans revenus garantis échappent à toute imposition.

« La France, c’est l’avenir »

 Le site de « La Libre » donne la parole à Laurent Brogniet, Président du RWF, qui annonce que son parti sera présent dans tous les districts provinciaux hormis Bouillon.

RWF : « La France, c’est l’avenir  »

V.d.W.

Les rattachistes présentent des listes dans les provinces wallonnes. Elles seront les futurs départements, le jour où la Belgique s’évaporera…

Pour les rattachistes – ils préfèrent se dire « réunionistes » – ce fut un petit événement : le dernier baromètre « La Libre »/RTBF a accordé au mouvement 4,2 % d’intentions de vote, soit le double par rapport au dernier sondage de juin dernier. Autant dire que ce chiffre a donné des ailes au RWF (Rassemblement Wallonie-France) et à son président, Laurent Brogniet. Car pour lui, 4,2 % dans les sondages, cela fait au moins 6 % voire 7 % dans la réalité.

Au prochain scrutin local du 14 octobre, le RWF ne sera pas présent dans les communes : le programme ne s’y prête guère. En revanche, les rattachistes ont déposé des listes dans tous les districts provinciaux, sauf à Bouillon. Car le RWF est un des seuls partis qui souhaitent le maintien des provinces : « Dans le cadre de la réunion de la Wallonie à la France, la Région wallonne deviendrait la 23e Région de France au même titre que la Bourgogne, la Picardie, la Lorraine. Quant aux provinces, elles (re)deviendraient des départements français », explique Laurent Brogniet, le président du mouvement.

Le RWF souhaite d’ailleurs renforcer certaines compétences provinciales de manière à ce que les deux institutions (provinces et départements) puissent coller au moment de l’éventuel rapprochement. « Nous sommes partisans de la création d’une Cour des comptes régionale car actuellement la province est une institution peu transparente : il faut améliorer sa démocratisation et son contrôle. »

Curieusement, les rattachistes wallons ne lient pas leur sort aux francophones de Bruxelles. Pourquoi désunir les francophones face à la menace brandie par les séparatistes flamands ? « Tout d’abord, la scission n’est pas une menace, mais une certitude. Que ce soit une évaporation à la De Gucht ou une scission plus brutale. Ensuite, notre programme englobe aussi Bruxelles. Nous plaidons pour le rattachement de la Wallonie, 23e Région, mais aussi de Bruxelles, 24e Région. Nous n’avons pas déposé de liste à Bruxelles parce qu’il n’y a plus de province. Mais au moment du rattachement, chacun pourra se prononcer en toute indépendance », explique Laurent Brogniet.

Cela dit, pourquoi préférer un rattachement à la France à une Fédération Wallonie-Bruxelles, qui, selon l’économiste Michel Quévit, serait viable puisqu’elle aurait un Produit intérieur brut équivalent à la Flandre ? « Michel Quévit est le seul économiste qui se montre aussi optimiste. Tous les autres disent que ce serait impossible, sauf à perdre 20 % de pouvoir d’achat », soupire Laurent Brogniet.

Reste qu’une grande majorité de Wallons et de Bruxellois se sentent Belges et pas Français : « Là est le drame. Aux dernières élections, la Flandre a voté à droite et flamand, les Wallons ont voté à gauche et belge. Mais les sondages sont là : si la Belgique venait à disparaître, les Wallons choisiraient à 49 % l’option française. »

Il s’agirait donc d’un rattachement à la France par dépit et non par amour. « Nous, nous sommes rattachistes de cœur, d’autres le sont par raison. Si les Wallons veulent conserver leur niveau de vie, ce sera la seule option possible. D’ailleurs, il y a bien plus de rattachistes au MR ou au PS. Mais ils n’osent pas l’avouer. Le jour où la Belgique tombera en déliquescence, les premiers qui seront à Paris pour conserver leurs postes, ce seront des gens du PS et du MR. Nous nous contentons de préparer le terrain, de faire ‘le sale boulot’. Mais ce sont les responsables actuels qui iront négocier le rattachement. »

Pourquoi se rattacher à un pays qui semble avoir tant de difficultés économiques, budgétaires, sociales ? Le mouvement est inverse : ce sont les Français les plus fortunés qui viennent en Belgique. « Dire que cela va mieux en Belgique, c’est de la propagande. Regardez le niveau de la dette publique française et belge. Comparez les soins de santé, l’enseignement, l’état des routes. Il n’y a pas de comparaison possible. La Wallonie est bien en deçà de la moyenne européenne, la France bien au-dessus. Vous vous êtes prononcé dans la banlieue de Liège, de Charleroi ? Les gens sont très affectés par la crise. »

Pourtant, il faut reconnaître que certaines Régions françaises sont elles aussi en déshérence. « La France reprendra la dette wallonne. L’ardoise sera effacée. En France, les Régions sont très solidaires entre elles, l’Etat français l’est aussi. Dans les années 80, j’ai entendu : plus un franc flamand pour la sidérurgie wallonne. Je n’ai jamais entendu : plus un franc breton pour l’acier lorrain. Voyez ce que sont devenus le Nord de la France ou le Pas-de-Calais, et regardez où en est le Hainaut. En Wallonie, les fonds sont dilapidés. Le système politique offre tous les pouvoirs au parti dominant, le PS . »

Mais au fait, la France voudrait-elle des Wallons ? « Oui, bien sûr. Nous avons des contacts à l’UMP et au PS français. Au niveau politique, c’est acquis. Les derniers sondages démontrent qu’à 66 % – le pourcentage passe à 73 % dans les régions limitrophes – les Français seront ravis d’accueillir leurs amis wallons, s’ils le demandent. » L’adhésion populaire existe. Pour Laurent Brogniet, l’adhésion existe aussi : « Cette réunion serait excellente pour l’équilibre entre la France et l’Allemagne. »

La rentrée politique 2012 de l’AWF

 Georges-Henri SIMONIS

L’Alliance Wallonie France, qui n’est pas un parti politique mais un mouvement de citoyens, entend néanmoins sacrifier au rite de la rentrée politique, après le temps de recul, de lectures, et de réflexions qu’autorisent généralement les vacances d’été. Elle entend aussi se pencher sur l’actualité politique de cette rentrée.

L’AWF pensait s’exprimer et réunir ses membres à l’occasion des fêtes de Wallonie qui lui tiennent particulièrement à cœur. Plusieurs évènements importants la conduisent à reporter cette rentrée après les élections communales du 14 octobre 2012.

Les élections communales : elles occupent entièrement le terrain médiatique et ont des enjeux importants.

Côté nord, l’AWF entend sans surprise les propos de la N-VA qui illustrent la persistance de la volonté d’autonomie de la région flamande. L’élection à Anvers a une dimension particulièrement emblématique, mais elle ne masque pas les lignes de forces fondamentales du mouvement flamand.

Côté sud, d’importants changements sont prévisibles dans de nombreuses communes, et entraineront des modifications au sein des exécutifs fédéraux et régionaux. Les élections locales ne permettent guère aux rattachistes de s’exprimer. L’AWF restera attentive aux prises de position des candidats, quels que soient leurs partis, qui s’exprimeront pour le retour à la France, voire pour l’adoption urgente d’un « plan B ».

Pour l’AWF, l’hypothèse d’une autonomie totale de la Wallonie et de Bruxelles est totalement à rejeter : la preuve est faite que ce serait économiquement insupportable; l’AWF rejette aussi un confédéralisme qui ne pourrait que maintenir la position dominante de la Flandre. Par contre, l’AWF persiste à penser que les conditions d’un retour à la France sont de plus en plus manifestement réunies : c’est la meilleure des alternatives au niveau historique, économique, culturel, et politique; et ce tant pour la France que pour la Belgique.

Du côté de la région Bruxelloise, l’AWF regrette que le débat sur la possibilité d’une région autonome risque d’être occulté par les enjeux locaux particuliers, malgré le fait que plusieurs voix importantes, comme celle du président Charles Piqué, aient rejoint celles de feu Guy Spitaels ou autre Pierre Hazette pour dire leur scepticisme en ce qui concerne l’avenir de l’État belge actuel. Quant au F.D.F., dont certaines thèses se vérifient, force est de constater qu’il n’a pas encore fait son deuil d’un certain unitarisme et d’une monarchie belge dépassée.

L’AWF constate que le sentiment national des Belges ne se mesure plus guère qu’à l’aune des résultats sportifs des équipes nationales de football, de basket ou de hockey, et ce grâce à des journalistes sportifs particulièrement rouge-jaune-noir… Les jeux olympiques furent pour ces nationalistes inconditionnels un terrain d’exercice magnifique.

« Quand les medias vont-ils aider les Wallons et les Bruxellois à sortir du sable où ils les ont plongés…? Quand vont-ils cesser de rêver à cette Belgique fédérale dont les Flamands ne veulent plus…? » a demandé Paul Durieux, président de l’AWF, sur ce même site.

Le droit pénal et pénitentiaire.

L’AWF prend connaissance avec effroi de l’accord politique intervenu au sein du gouvernement DI RUPO en ce qui concerne la modification de la loi sur les libérations conditionnelles. Elle espère que cette réforme conjoncturelle, qui fait fi de l’avis de tous les spécialistes, ne franchira pas l’étape parlementaire heureusement encore nécessaire… Elle regrette des enjeux électoralistes évidents, qui masquent l’absence de toute réflexion en profondeur sur les problèmes pénaux et pénitentiaires cruciaux : l’AWF souhaite notamment l’amorce d’un dialogue en profondeur avec la France, qui partage avec la Belgique ces douloureux problèmes. Une approche nouvelle, s’inspirant des modèles scandinaves, pourrait avoir pour cadres l’Ecole de la Magistrature en France et le Conseil Supérieur de la Justice de Belgique.

La situation actuelle des prisons belges est pour l’AWF intolérable.

La domiciliation de Français en Belgique pour des raisons financières.

Pour l’AWF, mouvement rattachiste, la demande de nationalité belge introduite par Monsieur Bernard ARNAUD, a quelque chose de surréaliste et même d’amusant, d’autant qu’elle a été rendue publique au sortir d’une audience de l’intéressé avec le Président de la République François HOLLANDE.

Certes, il n’est pas nouveau que des Français célèbres se tournent vers la Belgique, de Louis XVIII à Paul VERLAINE ou Arthur RIMBAUD…

Le fait que les grosses fortunes de l’hexagone se tournent vers la Belgique, phénomène de plus en plus fréquent en région bruxelloise, mérite une réflexion approfondie.

Au fil des années, la notion de domicile, considérée par le code civil de 1807 comme « le lieu du principal établissement », est restée commune à la Belgique et à la France. Elle détermine notamment le lieu de l’imposition fiscale. Ou le lieu de vote, et, dans certains cas, d’éligibilité. Ainsi, situation de droit, le domicile est unique, au contraire de la résidence, situation de fait, qui peut être multiple.

En ces temps de libre circulation des biens et des personnes (physiques ou morales), peut-on tolérer les formes de « shopping fiscal », en Europe ou ailleurs dans le monde, pour des raisons exclusivement financières ?

S’agit-il d’un préalable à une domiciliation au paradis fiscal monégasque, cher à certains belges nantis, et interdit aux Français ? Au risque de déplaire à certains de ces Belges devenus champions de l’évasion fiscale à Monaco, l’AWF souhaite que la Belgique suive à bref délai l’exemple français et mette fin à cette pratique moralement inacceptable.

S’agit-il d’autres outils financiers, comme en matière d’intérêts notionnels ?

L’AWF appréciera les enjeux du débat à intervenir en fonction de ses propres idéaux de liberté, d’égalité, de fraternité et de solidarité.

L’AWF observe enfin, à ce sujet comme dans tant d’autres, l’étroitesse des liens qui unissent la Belgique à la France dans tous les domaines puisque, en l’espèce, il est de notoriété publique que la personne en cause est proche du président évincé, et hostile au nouveau… La politique française a ainsi de facto pénétré en Belgique.

Les enjeux économiques du rattachement.

L’AWF entend une nouvelle fois souligner les importantes différences entre le coût de la vie en France et en Belgique dans de nombreux domaines : électricité, assurances, informatique, biens de consommation courants, panier de la ménagère… D’après des enquêtes journalistiques (cfr « On n’est pas des pigeons », de la RTBF) ou économiques (cfr dernières enquêtes du CRIOC), la vie est moins chère en France qu’en Belgique, et ce n’est pas dû à un différentiel de T.V.A. de 1,5 % : l’a t’on dit à Monsieur Bernard Arnaud ???

En guise de conclusion, l’Alliance Wallonie France persiste en ses analyses sur la situation de l’État Belge, et propose dès que possible le rattachement à la France de la Région Wallonne (et de la Région Bruxelloise si ses habitants en manifestent le souhait).

Elle y voit les perspectives d’un avenir plus heureux pour tous.

Elle souhaite pour la Wallonie un vrai plan d’avenir chiffré pour 2014.

Elle lance un appel à tous les citoyens de bonne volonté, belges et français, de tous horizons, et spécialement aux responsables politiques et aux candidats aux futures élections, pour que son message de retour à la France soit largement diffusé et débattu dans les mois qui viennent.

Elle espère que les électeurs tiendront compte, dans leurs votes, des propositions des candidats sur le rattachement à la France.

Belgique : jusqu’ici, tout va bien.

Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles du quotidien « Libération », a fait le point sur l’état de la Belgique. « Jusqu’ici, tout va bien », écrit-il. Dans ce titre, le « jusqu’ici » pèse plus lourd que le « tout va bien ». Nous reprenons l’intégralité de son texte. Nous renvoyons également à son blogue où, dans un autre article, il pose la question suivante : 

Est-il normal que le président du Conseil européen participe à des manifestations nationalistes ?

Belgique : jusqu’ici, tout va bien

En Belgique, tout va désormais très très bien. Après cinq années de crises et de fureur, du conflit communautaire qui oppose depuis la naissance du pays la majorité flamande à la minorité francophone, il n’est plus question, ni dans la classe politique, ni dans les médias, ni dans la population. Enfin, côté francophone où on veut à toute force croire que, depuis que le socialiste francophone Elio Di Rupo a pris les rênes du pays, en décembre dernier, la « question flamande » a fondu aussi rapidement que le leader nationaliste, Bart De Wever (au sens propre : il a perdu 60 kg en quelques mois, de 142 kg à 83 kg) .

Les Francophones, trop heureux d’avoir évité la scission du pays et d’avoir placé l’un des leurs à la tête de l’État pour la première fois depuis trente ans, font comme si la sixième réforme de l’État qu’ils ont dû consentir sous la pression des nationalistes (en réalité un dépeçage supplémentaire de l’État fédéral et la fixation définitive de la frontière entre la Flandre, d’une part, et la Wallonie et Bruxelles, d’autre part, grâce à la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Hal-Vilvoorde) avait réglé tous les problèmes. Les petits faits qui montrent qu’il y a peut-être anguille sous roche, que la passion nationaliste continue peut-être de bouillir au nord du pays, sont systématiquement minorés de peur de réveiller les vieux démons.

Ainsi en est-il lorsque la commune mitoyenne de Bruxelles, Zaventem, qui accueille l’aéroport international de la capitale européenne, exige depuis le printemps dernier que tout le monde parle flamand dans les plaines de jeux. Ou lorsque le Parlement adopte des textes préparés par les nationalistes de la N-VA qui font de la Belgique l’un des pays les plus restrictifs en Europe à l’égard de l’immigration (y compris pour les conjoints non européens de Belges qui ont les plus grandes difficultés à s’installer dans le Royaume). Ou encore lorsque le président du Conseil Européen, Herman Van Rompuy, censé incarner les valeurs européennes, participe au Gordel, cette balade cycliste des nationalistes flamands autour de Bruxelles qui a lieu chaque premier dimanche de septembre afin de protester contre l’extension de la « tache d’huile francophone » à partir de la capitale. On se réjouit même qu’il ait réuni moins de monde que l’année dernière (30.000 personnes quand même contre 43.000), ce qui a permis à Di Rupo, bonhomme, de qualifier une manifestation qui n’avait pourtant plus lieu d’être après la fixation définitive de la frontière linguistique, « d’événement sportif et familial »...

En début de semaine, le premier ministre belge a reçu, off, la presse francophone belge pour lui affirmer que le nationalisme était désormais contenu au nord et que Bart De Wever ne prendrait pas la Belgique en « otage », le tout grâce à lui. Celle-ci a consciencieusement relayé ce message anesthésiant en oubliant de citer ses sources (le pot aux roses a finalement été révélé par Le Soir daté de mercredi). Mais bardaf, c’est l’embardée : la ouate s’est déchirée samedi, avec un sondage publié par Le Soir qui confirme que la fièvre nationaliste n’a nullement diminué en Flandre où l’on ne digère pas de voir le pays dirigé par ce que l’on déteste le plus, un socialiste francophone (donc forcément prodigue des sous flamands si ce n’est corrompu).

Selon cette enquête d’opinion, De Wever est bel et bien en passe de rafler la mise lors des élections municipales d’octobre prochain, contrairement aux espoirs des Francophones : en particulier, le leader nationaliste flamand devrait bien devenir le prochain maire d’Anvers (38 % contre 27,8 % pour l’alliance socialiste-démocrate-chrétien, et une victoire souhaitée par 44 % des Anversois), la première ville flamande, ce qui lui permettra de se constituer un bastion comme Jacques Chirac l’a fait à Paris. À partir de là, la N-VA a toutes les chances d’emporter les régionales et les législatives de 2014, y compris d’atteindre à elle seule la majorité absolue, ce qu’aucun parti belge n’a jamais fait. Car elle a encore des marges de progression tant au sein de l’électorat du Vlaams Belang (extrême droite nationaliste) que de ceux des libéraux du VLD et des démocrates chrétiens du CD&V, deux partis qui courent en pure perte derrière la N-VA depuis six ans (comme le montre la présence d’Herman Van Rompuy au Gordel).

Si la N-VA confirme son OPA sur la Flandre, ce qui semble probable, celle-ci étant quasiment la seule opposition dans ce pays (tous les autres partis, sauf les écologistes, sont dans la majorité), la survie de la Belgique deviendra quasiment impossible. Sauf sursaut flamand qu’on ne voit absolument pas poindre à l’horizon, c’est le scénario le plus probable.

« Je suis prêt à débattre avec Bart de Wever ! »

Notre ami, Jules Gheude,  s’exprime sur le site du « Vif-L’express » (lien).

« Je suis prêt à débattre avec Bart De Wever ! »

Jules Gheude, 65 ans, est écrivain, ex-directeur au Commissariat général aux Relations internationales de la Communauté française, ancien membre du Rassemblement wallon et biographe de François Perin. Il fait partie des membres fondateurs du Parti des Réformes et de la Liberté et a créé il y a deux ans le Groupe d’études pour la Wallonie intégrée à la France (Gewif). C’est lui qui a oranisé, en 2009, les Etats généraux de la Wallonie, qui ont débouché sur un vote pour la réunion de la Wallonie à la France.

Par Jules Gheude
Essayiste politique

Face à l’irrésistible ascension de la mouvance nationaliste en Flandre – le dernier « Baromètre politique » du « Soir » indiquait un potentiel électoral de 50,7% pour la N-VA -, il faut bien s’interroger sur ce qu’il pourrait advenir si, dans un avenir relativement proche, la Flandre venait à faire sécession en invoquant le fameux principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Pour éviter que ne s’ouvre la boîte de Pandore, le droit international a tenu à réduire la portée de ce principe. Il vise essentiellement des cas d’oppression, d’occupation ou de colonisation.

La question est donc de savoir si une collectivité qui ne se trouve pas dans ce type de situation – ce qui est le cas de la Flandre -, peut exercer son droit à l’autodétermination. A cet égard, le droit international reste dans le flou : il ne dit ni oui ni non.

La Cour internationale de Justice a estimé que la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo n’avait pas violé le droit international. Elle a répondu ainsi, de façon stricte, à la question posée par le Conseil de l’Assemblée générale des Nations unies, en octobre 2008.

Pour les juges, aucune règle de droit international n’interdit donc à une collectivité de déclarer son intention ou son désir de constituer un Etat. La Cour s’est toutefois gardée de se prononcer sur les termes et les conditions qui s’appliquent le cas échéant. Elle n’entendait manifestement pas répondre à la question de l’autodétermination externe, en dehors d’une situation de colonisation ou d’occupation.

Dans « La Libre Belgique » du 14 septembre 2010, la journaliste Sabine Verhest écrivait : «Si l’Europe et le monde reconnaissaient une Flandre qui aurait déclaré unilatéralement son indépendance, cette Flandre indépendante vivrait pour la simple raison que la réalité politique sort du champ du droit.»

Un ambassadeur français m’a confié, au début des années 80, que si la Flandre devait larguer unilatéralement les amarres, la France s’empresserait de la reconnaître. Elle pourrait toutefois conditionner l’adhésion de ce nouvel Etat flamand à l’Union européenne au désenclavement de Bruxelles…

Se pose à présent la question du devenir de la Wallonie et de Bruxelles.

D’aucuns, on le sait, évoquent une « Belgique résiduelle » qui, selon eux, resterait automatiquement liée aux traités conclus par l’ex-Royaume de Belgique.

La chose n’est pas aussi simple. Une adhésion de plein droit à ces traités comme successeur de l’ancienne Belgique pourrait être contestée juridiquement par d’autres Etats, par exemple par le nouvel Etat flamand… Celui-ci se mettrait de facto en dehors des organisations internationales, que la déclaration d’indépendance soit jugée légale ou non par la Cour internationale de Justice. Mais, par là même, la Flandre mettrait aussi la « Belgique résiduelle » hors du jeu international, l’exclurait des organisations internationales de jure. Ce fut d’ailleurs le cas pour la « Yougoslavie continuée » (Serbie-Monténégro), lors des sécessions croate et slovène de la Fédération yougoslave.

Cette « Belgique résiduelle » serait d’ailleurs si substantiellement différente de la première qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Quant au scénario d’une Wallonie indépendante, Jules Gazon, professeur émérite à l’ULg, a clairement expliqué, chiffres à l’appui, qu’il n’était pas tenable au plan des finances publiques.

On en vient ainsi aux propos tenus naguère par le général de Gaulle : «J’ai pourtant la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons.»

Une intégration à la France éviterait, en tout cas, à la Wallonie de connaître les problèmes liés à une reconnaissance internationale. L’adhésion à l’Union européenne, à la zone euro et aux grandes instances internationales serait, de fait, automatique.

Reste à savoir ce que souhaiteront les Bruxellois. Mon sentiment est qu’ils tiennent fortement à leur spécificité et ne voudront finalement aller ni avec les uns ni avec les autres. Un statut de « ville libre internationale » n’est donc pas à exclure et n’a rien de fantaisiste.

La dernière bataille belge est bel et bien engagée. Elle se fera en deux étapes : prise d’Anvers par Bart De Wever en octobre prochain et offensive finale aux élections législatives de 2014, si toutefois le gouvernement Di Rupo tient le coup jusque-là…

Car il est illusoire de croire que la nouvelle réforme de l’Etat engendrera la pacification communautaire. Les accords comportent, en effet, des chausse-trappes potentielles. C’est le cas notamment en ce qui concerne la nomination des bourgmestres dans la périphérie.

Le chercheur français Vincent Laborderie indique que seuls 15% de la population flamande partagent aujourd’hui l’option indépendantiste.

Je pense qu’il s’agit, plus fondamentalement, d’une évolution qui est en marche et que rien ni personne ne pourra arrêter. Le programme de la N-VA est clair et ceux qui votent pour ce parti (ils sont plus de 15% !) le connaissent parfaitement. C’est l’envol, à terme, d’un Etat flamand au sein de l’Union européenne. Et, il faut le rappeler, le terme « Nation » figure expressément en préambule de la Charte que le Parlement flamand a tout récemment adoptée. On voit d’ailleurs Kris Peerters, le ministre-président flamand, se profiler de plus en plus à l’étranger comme le chef d’un Etat souverain.

Dans son édito du « Soir » de ce 31 août, Véronique Lamquin écrit : «…les francophones ne sont pas maîtres de leur sort. L’acter ne doit pas être source de résignation, mais bien de détermination. Celle de se préparer au pire, l’éclatement du pays.»

Pourquoi parler du pire ?
Convaincu du caractère inéluctable de la scission, je me suis efforcé, depuis 2007, de préparer sereinement les esprits francophones à l’après-Belgique, en expliquant que ce ne serait nullement l’apocalypse. Je suis prêt, désormais, à débattre de tout cela avec Bart De Wever.

Les sondages font monter la pression

A un mois des élections communales, ce qui agite la presse, ce ne sont pas les enjeux locaux mais les sondages qui, de façon répétée, annoncent une secousse imminente en Flandre et, par extension, dans tout le pays.

C’est Béatrice Delvaux qui l’écrit : « Vous avez aimé « La Muette de Portici » ? Vous adorerez « Les Carabiniers d’Offenbach ». C’est en tout cas la partition que suivent les francophones. Musique agréable, tempo sympathique, Offenbach ! Mais pendant que les cigales francophones gaspillent le peu de temps qu’elles avaient, les fourmis flamandes prennent leurs positions. D’un côté, un Bart De Wever, posé, sans ironie, expliquant aux francophones dans un français qu’on a découvert excellent, comment les choses allaient se dérouler. (…) De l’autre côté, pas un, mais des francophones. Qui, alors que De Wever les invite à venir préparer le confédéralisme dans quelques semaines, ne savent même pas où, de quoi, comment, avec qui ils vont discuter… entre eux. Des francophones qui recommencent à courir comme des poules sans tête, sans plan B. On attend 2014 pour être certain que De Wever gagnera les élections ? Bonne chance, les amis… »

Béatrice Delvaux n’était pas la dernière à vouloir sauver la Belgique mais son édito, dans le Soir (lien), nous confirme qu’elle a changé son fusil d’épaule. Il est vrai que, de sondage en sondage, l’hypothèse de l’éclatement du pays s’impose à tous les observateurs francophones, et d’abord à ceux qui ont la responsabilité de gouverner (ne dit-on pas que « gouverner c’est prévoir »). Au CDh, le slogan populiste et malhonnête de la campagne de 2010 est oublié (« L’union fait la force » : cela nous a bien fait rire… jaune) ;  aujourd’hui, son nouveau président réclame un plan B pour les Wallons et les Bruxellois, pour ne plus subir les événements. Cela ne suffit pas à rassurer des journalistes qui n’hésitent plus à fustiger l’incapacité des politiques à concevoir l’avenir de leur région sans la Flandre. Ainsi, Pierre Havaux écrit sur le site du Vif (lien) :

« Plan B : les francophones au comble du ridicule

La probabilité devient certitude médiatique: Bart De Wever, l’indépendantiste/ confédéraliste, sera bourgmestre d’Anvers. La perspective suffit à plonger les francophones dans l’effroi, à envisager à nouveau le pire. Jusqu’à ressortir un plan B qu’ils ne sont toujours pas capables de commencer à dessiner. Ce syndrome de la feuille blanche frise le ridicule. (…) »

« Pas de panique », semble dire Elio Di Rupo, venu s’informer de ce qui se fait à Namur pour re-re-relancer la Wallonie. On ne peut reprocher au Premier ministre de garder son calme à la veille du prochain match électoral. Comme d’autres iraient à Lourdes ou à Banneux, lui s’est rendu auprès des Diables rouges cet après-midi. Cela suffira-t-il ?

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