Affirmer notre identité… française

Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique et coordinateur des travaux du Gewif (Groupe d’Études pour la Wallonie intégrée à la France)

jules gheude 4Une fois de plus, les Fêtes de Wallonie ont fourni l’occasion de rouvrir le débat sur l’identité wallonne.

Cette année, Rudy Demotte, le ministre-président wallon, a lancé le concept de “nationalisme wallon”, lequel, à l’inverse du flamand, serait “positif”.

Dans “nationalisme”, on trouve “nation”. C’est ainsi que la Flandre se considère aujourd’hui, comme le précise le préambule de la Charte adoptée il y a deux ans par un Parlement flamand unanime.

Un atlas historique permet de constater que la Flandre figure sur les cartes depuis le Xe siècle, tout comme l’Ecosse, dont on sait le rôle important qu’elle joua en tant que royaume. Ces deux entités ont toujours développé un profond sentiment d’identité, qui explique qu’elles se retrouvent aujourd’hui à la pointe du combat nationaliste. 2014 verra l’organisation du référendum écossais sur l’indépendance, tandis que la N-VA et le Vlaams Belang pourraient rafler la majorité des sièges flamands à la Chambre, à l’issue des élections législatives du 25 mai.

Cette assise historique fait défaut en ce qui concerne la Wallonie, dont le mot n’apparut qu’à la moitié du XIXe siècle. Jusque-là, l’histoire parlait des Flamands et des Ecossais, pas des Wallons.

Les vicissitudes de l’Histoire ont tenu ces derniers en dehors des frontières politiques de la France (hormis durant la période 1792-1815), alors que depuis le XIIIe siècle, ils avaient adopté spontanément le français et s’étaient placés, avec une fidélité jamais démentie, dans l’orbite intellectuelle et culturelle de Paris.

Pourquoi, dès lors, s’esquinter aujourd’hui à forger une identité qui existe ? Elle est française, tout simplement. Ceci sans méconnaître ou mépriser les particularités locales et les aspects dialectaux, qui caractérisent aussi chaque région de France et ne sont aucunement brimés.

On dénombre chez nous, outre le picard et le gaumais, trois variétés de wallon. Mais ces dialectes, éminemment respectables, ne permettent pas la compréhension mutuelle. Le véritable tronc commun reste la langue française, qui fut d’ailleurs l’unique véhicule d’expression du Mouvement wallon, depuis le Congrès de 1905 jusqu’au Mouvement populaire wallon de 1961, dont le fondateur, André Renard, reconnaissait que “notre cœur reste attaché à la France […], le grand flambeau, […] la grande lumière de culture”.

Le sentiment d’appartenance ne se décrète pas. Il s’entérine.

En 1992, la présidence du gouvernement wallon, confiée à Guy Spitaels, fit paraître dans les quotidiens une pleine page présentant 17 figures de Wallonie, parmi lesquelles plusieurs artistes. Il s’agissait de souligner “la volonté de plus en plus forte d’affirmer notre identité”.

La démarche irrita l’artiste liégeois Patrick Corillon : “N’y aurait-il pas dérive nationaliste ? La récupération d’artistes à des fins politiques est aussi néfaste pour les artistes qui s’y voient réduits, que pour les hommes politiques qui outrepassent leur crédit et discréditent leur action”.

La Wallonie peut certes s’enorgueillir d’un patrimoine culturel et artistique foisonnant. Mais n’est-ce pas Paris qui fit la gloire de Grétry, de Franck, de Rops, de Simenon ou de Michaux, lequel opta d’ailleurs pour la nationalité française ? N’est-ce pas la France qui contribue massivement aujourd’hui à la promotion de nos artistes et créateurs ?

Alors que la scission de la Belgique apparaît de plus en plus inéluctable, les propos de Rudy Demotte sont particulièrement malheureux.

On sait qu’un Etat wallon indépendant ne serait financièrement pas viable et verrait ses prestations sociales diminuer de 10 à 15 %. On sait aussi qu’une majorité des Bruxellois n’est pas favorable à une association avec la Wallonie.

Mais il reste la France, dont nous avons été arrachés par les hasards de l’Histoire mais dont nous sommes si proches, tant sur le plan de la langue et de la culture qu’au niveau des valeurs essentielles. Comme l’indiquent divers sondages, elle serait prête, à 60 % de sa population (75 % dans les régions frontalières), à nous accueillir. Et il y a aussi ce sondage “Le Soir – La Voix du Nord” de 2008, qui révélait qu’un Wallon sur deux opterait pour la France en cas d’éclatement de la Belgique.

Tomber dans la dérive nationaliste c’est rendre le plus mauvais service à la population wallonne. Ce n’est pas l’identité wallonne qu’il convient d’affirmer, mais bien notre identité française !

Imbroglio wallon et charte constitutionnelle flamande

Rudy Demotte, fêtes de WallonieRudy Demotte, président wallon et président de la fédération Wallonie-Bruxelles a suscité bon nombre de réactions en évoquant mardi dernier, en marge de la présentation à la presse des Fêtes de Wallonie, un nationalisme wallon positif qui consoliderait la Belgique, à l’inverse du nationalisme flamand, « venin » pour le pays (lisez pour la Belgique). La réaction la plus virulente est venue du n° 2 socialiste du gouvernement wallon, Jean-Claude Marcourt, qui préfère l’idée d’un patriotisme wallon, « un patriotisme économique » qui serait la « fierté de bien faire les choses ». Ceci ressemble comme deux gouttes d’eau au fameux « Ce que fait la Flandre, la Flandre le fait mieux ». Marcourt continuait son interview au micro de Bel RTL en confirmant que son ambition était d’être tête de liste aux prochaines élections régionales à Liège. De son côté, José Happart se réjouissait des propos de Rudy Demotte qui avait tout compris : « Si on se dit nationaliste dans le sens où l’on souhaite présider à son propre destin, gagner son droit à l’autodétermination, je trouve cela positif… Bart de Wever n’est pas le mauvais, c’est d’abord un autonomiste, comme moi. Pour moi, l’évolution inévitable de la Belgique, c’est la dissolution. »

Que tirer de tout cela… Des effets d’annonce, des slogans, un positionnement politicien à 9 mois de la mère de toutes les élections, un imbroglio, aucun projet précis pour la Wallonie.

Quand donc nos politiciens comprendront-ils que la population wallonne attend tout autre chose d’eux (voir les résultats de l’enquête d’opinion du groupe « Sud Presse »). Leur attitude tranche avec celle des membres du gouvernement flamand qui eux, ont travaillé sérieusement à une charte constitutionnelle pour la Flandre. Lors de la présentation de celle-ci à la presse par le président flamand Kris Peeters (CD&V), point de fausse note. SPa, N-VA, CD&V ont parlé d’une voix. Cette charte reste aujourd’hui plus que jamais la ligne d’horizon de l’ensemble des partis flamands.

Cette charte a été révélée à la presse en mai 2012. A l’époque, nous l’avions mise en ligne. Je pense qu’il est utile de rappeler ce que nous disions et les liens que nous établissions.

Paul D.

Une charte constitutionnelle pour la Flandre

Le gouvernement flamand a peaufiné son projet de charte pour la Flandre. Info principale : Le mot « nation » figure en préambule de la charte, mais le texte ne se veut pas une véritable Constitution ni une déclaration d’indépendance, selon ses rédacteurs. Fallait-il le préciser ?

Lire ici l’article du Vif/L’Express et celui du Soir.

Pour aller plus loin : l’avis de Christian Behrendt dans  L’Avenir et celui de Marcel Sel sur son blog.

A FAIRE SUIVRE SANS MODERATION. L’INFORMATION A SES DROITS. MERCI !

Philippe, nouveau souverain d’une Belgique en crise d’identité

De retour de vacances, je découvre ce regard aiguisé de Jean-Pierre Stroobants, correspondant du quotidien « Le Monde » à Bruxelles, quant à l’accession au trône de Philippe de Belgique. (Paul D.)

Philippe de BelgiquePhilippe de Belgique est devenu officiellement  le septième roi des Belges en prêtant le serment constitutionnel devant le Parlement, une heure et demie après l’abdication de son père, le roi Albert II. « Je jure d’observer la Constitution et les lois du peuple belge, de maintenir l’indépendance nationale et l’intégrité du territoire », a solennellement déclaré Philippe en néerlandais, français et allemand, les trois langues nationales, devenant officiellement à 53 ans le nouveau chef de l’Etat.

Depuis l’annonce de l’abdication du roi Albert II, le 3 juillet, deux questions sont posées un peu partout en Belgique. Son fils aîné, Philippe, est-il capable d’assumer la fonction de chef d’Etat ? Et quel genre de roi sera-t-il ? En clair, comment cet héritier âgé de 53 ans parviendra-t-il à assurer simultanément l’avenir de la dynastie des Saxe-Cobourg, mise à mal par diverses péripéties récentes, et celui d’un pays à l’unité tellement fragile ? Rien n’indique, en tout cas, que la nation belge sera, après les législatives de mai 2014, préservée d’une nouvelle crise de grande ampleur : en Flandre, le national-populisme incarné par le parti indépendantiste de Bart De Wever, le chef de l’Alliance néo-flamande (N-VA), conserve toute sa vigueur.

Ni faste démesuré, ni défilé des têtes couronnées : comme le veut la tradition, Philippe, septième roi des Belges, prêtera serment devant les Chambres – députés et sénateurs – réunies dimanche 21 juillet, jour de la fête nationale. Une cérémonie sobre, en harmonie avec le tempérament tout en retenue du nouveau roi. Un homme timide, réputé peu empathique et parfois maladroit, guère à l’aise avec les médias.

Il attendait, plus que d’autres, cette abdication paternelle, lui qui crut déjà monter sur le trône en 1993, après la mort de son oncle, Baudouin Ier. Mais il fut obligé d’attendre, meurtri d’être parfois présenté comme « le pire héritier d’Europe ». Alors qu’Albert II révélait progressivement qu’il n’entendait pas être un simple souverain de transition, il aurait même souffert de ce qu’un ancien conseiller du palais de Laeken appelle « une véritable crise d’identité ».

Sous le règne de son père, décrit au début comme « le roi par hasard », le prince héritier avait souvent fait connaître son refus d’être un éternel prétendant, façon Charles d’Angleterre. Il voulait, il pouvait, assumer la plus haute fonction et devenir « le guide et le conciliateur » d’un pays tiraillé. Il se sentait capable d’assumer, comme il le disait, sa « mission », un terme qui, pour certains observateurs, renvoyait surtout à ses convictions ultra-catholiques et aux conceptions de son oncle Baudouin et de son grand-père Léopold III, peu enclins à s’accommoder du corset étroit imposé par les règles de la monarchie constitutionnelle qui veut que chef de l’Etat belge « règne mais ne gouverne pas ».

Pour l’immense majorité des Belges, son père, Albert II, qui aura gouverné pendant vingt ans avant de s’avouer épuisé et malade, est un homme débonnaire et bon vivant. Mais, surtout, une sorte de sauveur qui aura évité l’éclatement du pays en s’élevant au-dessus des divergences politiques, linguistiques et religieuses. Pour Philippe, en revanche, ce père longtemps absent et qui, une fois devenu roi, l’aura longtemps tenu à l’écart de la vie de l’Etat, aura surtout été l’obstacle à l’accomplissement d’une ambition longuement mûrie, cultivée par un entourage conservateur.

RAGOTS

Fuyant micros et caméras, le prince héritier a, en outre, dû affronter des ragots et des rumeurs d’autant plus persistants que le palais de Laeken s’est longtemps fait une règle de ne répondre ni aux questions, ni aux critiques, ni aux pires insinuations. Des auteurs ont évoqué ses tentations homosexuelles, son « autisme » ou son absence de vie conjugale, expliquant sa quadruple paternité par un recours aux techniques de procréation assistée… D’autres n’ont pas hésité à décrire ses « limites intellectuelles » ou, du moins, ses « problèmes de communication ».

Même « scandaleusement faux », selon un grand patron qui se vante d’être un intime du palais, ces propos ont marqué les esprits, renforçant les doutes sur les aptitudes du prince héritier. Des deux côtés de la « frontière » linguistique, certains ne cachent pas leur scepticisme, même si l’opinion publique semble accorder le bénéfice du doute à l’héritier du trône. En Flandre, la moitié seulement de la population se dit favorable à l’arrivée du nouveau roi. Et, dans toutes les régions, une majorité aurait préféré qu’Albert II n’abdique pas.

C’était aussi le cas des six partis – et surtout des trois francophones – qui composent la majorité fédérale du premier ministre, le socialiste wallon Elio Di Rupo. Ils ont fait pression sur le roi pour qu’il reste en place au moins jusqu’en 2014, espérant qu’il rejouerait son rôle de médiateur… et de meilleur adversaire de M. De Wever. Le chef de la N-VA avait fait un pronostic : qu’on lui donne un Wallon comme premier ministre, le prince Philippe comme roi, et son projet indépendantiste s’en trouverait grandement facilité… Il aura bientôt les deux et il table déjà sur le fait que l’état de grâce du nouveau roi ne durera que quelques semaines. Pas assez, assure-t-il, pour entamer sa popularité et celle de sa formation, créditée de 30 % à 40 % des suffrages en Flandre.

« L’AVENIR DU PAYS »

Soucieux de ne pas tenter un dangereux quitte ou double, les autres partis néerlandophones (chrétien démocrate, socialiste et libéral), qui soutiennent Elio Di Rupo, ont renoncé à modifier les pouvoirs du roi, qu’ils voulaient pourtant réduire à un rôle purement protocolaire. La Liste civile (les moyens alloués par l’Etat au monarque) a été réduite, et les dotations à la famille royale limitées, histoire de calmer le choc causé par des tentatives d’évasion fiscale orchestrées par la reine Fabiola, la veuve de Baudouin. Pour le reste, la majorité a décidé de renvoyer à plus tard une réforme censée notamment limiter l’intervention du chef de l’Etat dans la formation du gouvernement fédéral. Un député écologiste, Marcel Cheron, résume au mieux le débat actuel : « La question n’est pas celle du maintien, ou non, de la monarchie. Derrière tout cela, il y l’avenir du pays. »

« Les francophones ont intérêt à ce que la Belgique subsiste pour des raisons financières. Et, pour subsister elle aussi, la famille royale a besoin de rester au centre du jeu », renchérit Philippe Moureaux, ancien ministre et ex-numéro 2 du PS francophone.

Davantage qu’un roi désiré, Philippe sera donc surtout un roi nécessaire. Comme ses prédécesseurs, il tirera surtout sa légitimité de la sympathie populaire, explique l’historien Vincent Dujardin. Et, pour la conquérir, il pourra au moins compter sur son épouse, Mathilde d’Udekem d’Acoz : depuis son mariage en 1999, cette jeune aristocrate, ambitieuse et élégante, est devenue le meilleur « coach » du futur roi et le meilleur atout d’un palais qui en manquait cruellement.

Jean-Pierre Stroobants

Les partis politiques s’attribuent 8 millions d’euros supplémentaires

Parlement belgeA lire sur le site du Vif/L’Express : Les partis politiques se sont attribués 8,1 millions d’euros de plus grâce à la nouvelle loi sur le financement des partis.

A l’heure où une grande majorité de citoyens veulent que les  partis politiques de pouvoir tendent vers plus d’éthique et cessent de pratiquer un clientélisme effréné, l’information que nous donnent les quotidiens flamands « De Standaard » et « Het Nieuwsblad » a de quoi surprendre sinon révulser la population.

Cette décision ne fera que creuser un peu plus le fossé qui existe entre  grands partis et partis émergents quant aux moyens donnés à ces derniers pour communiquer avec l’ électeur. Qui dit élargissement de ce fossé dit aussi réduction de la démocratie.

La Reine Mathilde sur les traces de la Reine Fabiola

Nous pouvons dire que la Reine Mathilde est particulièrement douée. 10 jours après l’accession au trône de son cher Philippe, la Reine des Belges crée une fondation afin de gérer une partie de la fortune d’Udekem d’Acoz, mais aussi pour en retirer des avantages fiscaux non négligeables.

Tout va bien… Les républicains vont devenir majoritaires en Wallonie.

Lu sur le site du « Vif » du mercredi 31 juillet 2013.

Fabiola-MathildeLa reine Mathilde a mis sur pied une fondation avec ses frères et sœurs pour gérer une partie de la fortune familiale. C’est ce qu’écrivent De Standaard et Het Nieuwsblad ce mercredi.

Il y a peu, Fabiola subissait les foudres des critiques à propos de sa propre fondation avec laquelle elle aurait pu contourner des droits de succession. Aujourd’hui, il semble que Mathilde, ses deux sœurs et son frère, ont fondé leur propre société : le Groupement Forestier de Losange (GFL). Ce groupement comprend les terrains autour du château de Losange, l’endroit où l’épouse du roi Philippe a passé son enfance. La société vise à prévenir le morcellement du domaine de Losange en cas de décès de Mathilde ou d’un de ses frère et sœurs. Si un tel cas de figure se produit, les héritiers percevront des actions de la société, et non pas les territoires en eux-mêmes.

Cependant, la fondation présente également certains avantages fiscaux. « Par exemple, tous les frais d’entretien et de rénovation peuvent être déduits » déclare l’avocat fiscal Michel Maus. « Et le transfert du patrimoine peut s’opérer sans frais en faisant don des actions aux enfants royaux. Tout comme une fondation, une société de patrimoine peut être utilisée pour contourner les droits de succession ».

Pour Jos Ruysseveldt, professeur à l’École Supérieure Fiscale de Bruxelles et avocat spécialisé en gestion du patrimoine, la famille d’Udekem d’Acoz pourrait néanmoins se retrouver en situation difficile si d’aventure il s’avérait que GFL est uniquement motivé par des raisons purement fiscales.

Retour sur une enquête consacrée à l’avenir de la Wallonie

La Meuse, tableauxAu cours du mois de mai, le groupe « Sud Presse » consacrait une enquête à la Wallonie. Elle avait pour ambition de dire ce que voulaient les Wallons. Dans son éditorial, le directeur en chef adjoint, Demetrio Scagliola titrait : « Les Wallons veulent du changement… maintenant ».

Le fait est trop rare que pour ne pas y revenir. Que disait le journaliste ?

« A un an d’élections qui risquent de bouleverser le visage du pays, nous avons posé plus d’une centaine de questions aux habitants de la Wallonie. Sans tabou, sans éviter les questions qui fâchent et sans se limiter aux seules intentions de vote. Pour la première fois, un journal regarde les Wallons dans les yeux en écoutant leurs avis sur la monarchie, la politique, la Flandre, l’école, les syndicats, la santé, la religion, les services publics, l’économie, l’industrie,… Les résultats de ce sondage sont pour le moins surprenants. Et s’il est possible de résumer ce travail titanesque, nous dirions que les Wallons sont lucides sur la situation actuelle de leur région, convaincus que le pays va changer profondément et que la Wallonie pourrait tirer son épingle du jeu à condition de se remettre en question. Mais ce que veulent surtout les Wallons, c’est un changement en profondeur, de la nouveauté au niveau des hommes, des partis, des idées et des pratiques… Les Wallons veulent qu’on leur dise la vérité, qu’on leur présente un projet fédérateur… »

Les résultats de cette enquête faisaient apparaître :

a) que 31 % des Wallons se prononçaient pour un rattachement avec Bruxelles, solution rêvée par la grande majorité du personnel politique qui garderait ainsi ses rentes de situation. Cette solution est largement relayée par les médias, mais comment retenir ce « Wallobrux » qui est rejeté par 95 % des Bruxellois ? Ne confondons pas ici  » Wallobrux », sorte de Belgique résiduelle et collaboration étroite entre les régions wallonne et bruxelloise.

b) la bonne santé de la réunion à la France (24 %) malgré la volonté des médias d’écarter cette solution dans les débats sur l’avenir de la Wallonie. Rappelons le sondage du « Soir »-« La Voix du Nord » de 2009 où l’option du réunionisme remportait 49 % des sondés wallons en cas de scission de l’Etat belge. Plus de 60 % des Français étaient pour une intégration de la Wallonie à la France.

c) que 16 % des Wallons se prononçaient pour l’indépendance de la Wallonie, mais cette solution tient-elle la route à la lumière des chiffres avancés par nos économistes ?

d) que 25 % des Wallons faisaient les yeux doux au Luxembourg, mais comment imaginer que les 500 000 Grands-Ducaux accepteraient de partager la dette publique qui serait celle de la Wallonie ?

e) que 50 % des Wallons se déclaraient républicains. Ce résultat est surprenant au regard du battage médiatique qui ne cesse de vanter aux Wallons les vertus de la monarchie.

Paul D.

Une bombe sous le volet judiciaire de l’accord BHV

Moi qui pensais que l’accord BHV était scellé dans le béton, je découvre sur le site du « Vif », en date du 6 août,  qu’il n’en est rien. Mais rassurez-vous, le constitutionnaliste Delpérée bombe le torse…!

accord BHVIl est fort probable que les francophones et les néerlandophones doivent renégocier la scission de l’arrondissement judiciaire Bruxelles-Hal-Vilvorde. L’accord conclu ne prévoit pas assez de juges néerlandophones. C’est ce que rapporte le journal de Tijd.

Delpérée : « Il n’est pas question de renégocier le BHV judiciaire »

Déjà en octobre 2011, il s’est avéré que l’accord sur la scission de l’arrondissement judiciaire était basé sur des statistiques erronées. Le journal De Tijd a pu étudier le rapport et confirmer cette supposition. Jusqu’ici le problème avait été tenu secret « pour ne pas brusquer les francophones », écrit le journal.

Chiffres erronés

L’accord BHV stipule qu’à l’avenir il y aura seulement 20 pour cent de juges bruxellois néerlandophones alors qu’à présent un juge sur trois à Bruxelles est néerlandophone. Même si quelques mois plus tard il s’est avéré que les chiffres utilisés lors des négociations étaient erronés et qu’il fallait plus que 20% de juges néerlandophones, les partis francophones n’ont plus voulu changer l’accord d’un iota.

En juillet l’année passée, la ministre de la Justice Annemie Turtelboom (Open Vld) a demandé au réseau de conseil KPMG de mesurer la charge de travail des juges bruxellois. Sur base de sources bien informées, De Tijd révèle que les rapports de KPMG concluent que le tribunal de travail, par exemple, nécessite 34 % de juges néerlandophones.

Si l’accord BHV prévoit 5 juges du travail néerlandophones, il en faudrait 12 selon KPMG. C’est même davantage que les 9 juges du travail néerlandophones actuellement actifs à Bruxelles. Pour le tribunal bruxellois de première instance – le plus grand tribunal – KPMG conclut que le département civil doit compter plus de 35 % de juges néerlandophones. Et pour le tribunal de première instance dans sa globalité, KPMG estime qu’il faut 29 % de néerlandophones, donc également davantage que ce qui a été convenu.

L’impasse totale

Selon De Tijd, le rapport KPMG est prêt depuis des semaines, mais on n’en parle pas pour ne pas offusquer les francophones. La ministre de la Justice Annemie Turtelboom (Open VLD) et le Secrétaire d’État aux Réformes institutionnelles Servais Verherstraeten (CD&V) font savoir que le rapport a été transféré à un comité de suivi qui continuera à y travailler après les vacances.

Certains magistrats côté francophone mettraient en doute la stratégie de KPMG et se seraient plaints de sa méthode de calcul. « Si les politiques francophones reprennent cette critique, l’impasse est totale », écrit le journal.

Les diables rouges, arme anti N-VA

diables rouges, brabançonneDès le lendemain du match test de football Belgique-France, le journaliste Olivier  Mouton rédigeait un article au titre agressif sur le site du Vif-l’Express : « Les Diables Rouges, arme anti N-VA ? ». Dans la foulée, l’hebdomadaire de langue française le plus lu en Wallonie et à Bruxelles faisait du titre sa page de couverture à une nuance près : le point d’interrogation disparaissait. L’équipe nationale de football belge serait donc une arme pour influencer le vote flamand et le détourner de la N-VA. Cette instrumentalisation du sport le plus populaire mérite que l’on s’y arrête.

Chaque match des footballeurs belges donne lieu à un battage médiatique où chaîne privée et publique s’adonnent à une surenchère virulente. C’est à qui en fera le plus pour créer en Wallonie et à Bruxelles un climat euphorique et sublimer ainsi un sentiment de fierté « nationale » qui se veut unanime.

Pense-t-on un instant à tous nos concitoyens qui se sentent étrangers à tout sport ou encore à celles et ceux qui détestent tout esprit de compétition ? Pense-t-on à tous ces sportifs qui pensent qu’il n’y en a que pour les « fouteux » et ce au détriment de la discipline sportive qui leur tient à cœur ?

Personnellement, je me range du côté des citoyens qui aiment tous les spectacles sportifs. Un beau match de football peut donc susciter chez moi un grand enthousiasme, mais de là à transformer en guerrier politique chaque diable rouge, il y a un pas sinon un gouffre que je me refuse à franchir.

Nous savons qu’aujourd’hui le sentiment belge est soigneusement et honteusement cultivé en Wallonie. A Bruxelles, le sentiment régional devient majoritaire. En Flandre, l’identité flamande est majoritaire et continue à se développer. Trois régions, trois sociétés différentes sont la réalité de la Belgique.

Au-delà du spectacle proprement dit, plusieurs choses ont retenu mon attention dans ce match.

1. La Marseillaise sifflée par le public « belge ». Ce comportement des « supporters » sera regretté le lendemain à la radio par l’entraîneur belge, Marc Wilmots.

2. La Brabançonne chantée en français par le public, ce qui prouve que les Diables rouges trouvent une majorité de supporters en Wallonie et à Bruxelles.

3. La main posée sur le cœur des joueurs belges pendant la Brabançonne. La mise en scène est parfaite, semblable à celle de pays peu démocratiques.

4. Une foule bariolée de noir-jaune-rouge. Coqs wallons et lions flamands sont bannis.

5. Le commentaire du « journaliste » ne manque pas de parler de l’absence du roi et des membres de la famille royale tout en insistant lourdement sur l’attachement de Philippe 1er aux Diables rouges.

6. La majorité des joueurs sont des Wallons ou des Bruxellois entraînés par un asexué linguistique, parfait bilingue, mais Wallon, même s’il ne revendique que sa belgitude.

7. Chacun sait que rien n’est plus versatile que l’engouement d’un public sportif, particulièrement en football. L’équipe belge a du talent, certes, mais elle doit encore se qualifier et un accident est vite arrivé. Les déplacements en Ecosse et en Croatie ne seront pas les parties de plaisir que certains imaginent.

Ivo Belet, eurodéputé CD&V, spécialiste des questions liant football et politique soulignait : « Les succès des Diables réveillent un sentiment belge, c’est indéniable. Dans les tribunes, c’est tout rouge-jaune-noir. C’est évidemment fort embarrassant pour ceux qui n’y croient pas. Je l’ai tweeté plusieurs fois : oui, cet engouement a une signification politique. Ce qui est dérangeant pour ceux qui ne croient plus en la Belgique. »

Rien n’est moins sûr que cet état d’esprit ne soit pas celui d’électeurs séduits par la N-VA. La Brabançonne chantée en français, la foule bariolée en noir-jaune-rouge, une majorité de joueurs « francophones », un entraîneur wallon, la mise en scène belgicaine, tout cela fait resurgir la Belgique unitaire de papa. Cette Belgique mythique n’est-elle pas l’exemple même de ce que déteste une grande majorité de Flamands ?

Récemment, Robert Collignon me disait : « La Belgique a une belle équipe composée d’individualités talentueuses. Je me réjouis de voir l’éclosion d’un Wallon comme Eden Hazard. Pendant le match, l’état d’esprit des joueurs met de côté les appartenances régionales. Mais quand les joueurs flamands rentrent chez eux, ils laissent le rouge à Bruxelles pour ne garder que le jaune et le noir à la différence des joueurs wallons et bruxellois qui restent belges avant tout. »

Paul D.

Profonde tristesse.

Au retour des vacances, il y a les bonnes, les moins bonnes et les mauvaises nouvelles. Parmi ces dernières se glisse parfois celle que l’on ne voudrait jamais recevoir.

Ainsi, j’ai le pénible devoir de vous faire part du décès de notre ami Jean Lerusse. Ses funérailles ont eu lieu le mardi 13 août dans sa commune de Blegny.

Nous présentons à son épouse Kathleen, à ses enfants et petits-enfants ainsi qu’à sa famille nos condoléances les plus sincères.

J’avais découvert Jean en 2009 au cours des multiples réunions de la Commission  « Retour à la France » dont j’assumais la présidence et qui préparaient les Etats Généraux de Wallonie portés à bout de bras par Jules Gheude.

Docteur en médecine et gynécologue, Jean était un homme souriant, affable, discret, intelligent et compétent dans bien des domaines. C’était un réunioniste de cœur et de raison. Ses avis et commentaires étaient toujours écoutés avec la plus grande attention.

Après les Etats Généraux de Wallonie, Jean continua tout naturellement à participer aux travaux du GEWIF (Groupe d’études pour une Wallonie intégrée à la France) toujours sous l’égide de Jules Gheude. Parmi les cahiers élaborés par le groupe, il fut particulièrement actif dans l’écriture du cahier qui comparaît les systèmes de santé français et belge.

Je me souviens aussi des repas d’après-réunion où Jean, accompagné très souvent de son épouse, nous offrait son humour et sa bonne humeur.

Membre de l’ A.W.F., Jean nous fit l’honneur d’accepter de figurer parmi le groupe de parrainage de notre mouvement.

Nous perdons un ardent défenseur du retour de la Wallonie à la France. Nous garderons en nous le souvenir d’un homme qui était particulièrement apprécié. Merci Jean pour le combat que nous avons mené ensemble.

Paul Durieux

Petit abécédaire du retour à la France

petit abécédaireMagistrat honoraire, Georges-Henry Simonis s’est beaucoup investi dans le cadre d’associations de lutte contre les exclusions. Avec l’enthousiasme et la générosité qui le caractérisent, ce Carolorégien très actif au sein de l’AWF a rédigé un Petit abécédaire du retour à la France. Il s’est amusé, comme il l’écrit lui-même, à faire le tour des lettres de l’alphabet pour exprimer des impressions qui en appellent d’autres. Il s’agit, dans son esprit, de stimuler le débat. Ni plus ni moins.

Pour obtenir cet ouvrage, il suffit d’en faire la demande à l’auteur en utilisant l’adresse suivante : ghsimonis@voo.be.

Le livre sera envoyé gratuitement aux membres de l’AWF. Pour les autres personnes intéressées, il est demandé de verser 10 € (frais d’envoi compris) sur le compte 260-0174332-92. Ne pas oublier de communiquer son adresse postale.

Voici comment Georges-Henry Simonis introduit lui-même son abécédaire :

Georges-Henry SimonisComment augmenter le désir de France des Wallons ? Comment augmenter le désir de Wallonie des Français ?

Tels sont les deux objectifs de cet ouvrage qui ne se veut pas une analyse complète et scientifique, mais qui souhaite qu’existe au moins un large débat sur la question.

Actuellement, ce débat n’existe pratiquement pas dans l’opinion publique, sauf au sein de cénacles spécialisés le plus souvent composés de militants convaincus de longue date de la pertinence de la cause wallonne, de la nécessité du rassemblement des Wallons et du retour à la France.

Souvent, ces militants sont relativement âgés, car le problème ne date pas d’hier… Il remonte à la création du Royaume de Belgique, en 1831, sur des bases déjà aléatoires… Il a connu ses grands moments, comme en 1912, à la veille de la grande guerre, quand Jules Destrée écrivit au Roi qu’il n’y avait pas de Belges mais des Wallons et des Flamands… De nombreux ouvrages ont été consacrés à l’histoire de cette dualité.

Le problème est aujourd’hui plus que jamais d’actualité : un gouvernement de large coalition est né, dont l’accouchement fut particulièrement difficile, qui s’est donné comme mission de marier l’eau et le feu, le nord et le sud, la gauche et la droite…

Il tente, une fois encore, de sauver la Belgique en la fédéralisant davantage.

On sait, en ce début 2013, que les milieux flamands revendiquent déjà le pouvoir pour après les élections de 2014. On sait aussi que l’alliance flamande s’est ressoudée, comme à Anvers à l’occasion des élections communales qui ont réuni la droite nationaliste N-VA, les chrétiens démocrates CD&V et les libéraux Open-VLD.

On sait depuis longtemps que leur combat est celui de l’indépendance de la Flandre, et on sait que celle-ci représente grosso modo 60 % du nombre des Belges.

Or, le débat public sur le retour à la France est largement absent dans l’opinion comme dans la presse : on parle peu du retour à la France en Belgique, la plupart des décideurs étant aux affaires…

De même, en France, où les problèmes sont aujourd’hui conjoncturellement nombreux et variés, on évoque peu la situation de la Wallonie, au nom du principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays voisin et ami.

En outre, la façon dont la Région wallonne est perçue à l’étranger n’est pas assez positive : elle traîne encore l’image d’une région en souffrance, victime d’une crise industrielle extrêmement lourde.

Or, la future mariée devient jolie : elle se met en lumière en bien des aspects post-industriels, et assume mieux son héritage difficile du XXe siècle. Elle est même en pointe dans de nombreux domaines scientifiques, industriels, culturels, artistiques…

Le retour à la France s’inscrit dans le sens de l’Histoire.

Commençons donc par le début : ce sera l’ABC d’un rêve et d’un souhait partagés par de nombreux Wallons et Bruxellois.

Faisons-le en nous amusant, de manière parfois un peu simpliste, mais surtout en faisant quelques comptes et en ayant pour but essentiel de lancer largement ce débat public qui concerne toute la société : les jeunes, les adultes, les associations, les partis politiques, les responsables en tous genres…

Et ce des deux côtés de la frontière qui sépare encore la Wallonie et la France. La réunion de la Wallonie – et de Bruxelles – à la France est une grande idée, mais aussi une succession de petites préoccupations quotidiennes. Notre but ultime  est d’aider les gens à avoir des conditions de vie plus faciles, et un brin de bonheur en plus… Lançons-nous, pour un inventaire à la Prévert, qui orientera sans doute nos choix…

Et tant pis s’il n’y a pas assez de lettres dans cet alphabet provisoire : peut-être y aura-t-il un jour l’un ou l’autre dictionnaire amoureux plus complet sur la France et la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Nous comptons sur toutes les réactions !

Georges-Henry Simonis

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde