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Parler de république en Wallonie et à Bruxelles est-il devenu inconvenant ?

Nadia GeertsNous connaissons Nadia Geerts pour son engagement républicain ainsi que son combat pour que la Belgique devienne un Etat véritablement laïc. Nous savons aussi que le statut de la femme  à travers le monde fait partie de ses préoccupations. En un mot, Nadia Geerts est une militante. Une démocratie ne devrait-elle pas s’enorgueillir de voir un esprit libre s’engager dans des combats où le politiquement correct n’a pas sa place ?

Pour certains partisans de la pensée unique, il semble que cela ne soit pas le cas. Quand il s’agit d’une préfète d’athénée, cela pose vraiment question. Jugez plutôt en lisant  la lettre ouverte de Nadia Geerts à la préfète des études de l’Athénée royal Paul Delvaux.

Un espoir pour les abeilles

Plusieurs de nos membres engagés dans la lutte pour une agriculture responsable nous demandent de répercuter l’information donnée par le groupe « AVAAZ ».

Nous le faisons avec d’autant plus de plaisir que la France a joué un rôle de pionnière en maintenant son interdiction des pesticides néonicotinoïdes. La France envoyait ainsi un message fort aux autres pays européens.

Chers formidables membres d’Avaaz,
Nous avons gagné! L’Europe vient d’interdire les pesticides tueurs d’abeilles! Les grandes firmes telles que Bayer ont joué tous leurs atouts, mais le pouvoir citoyen, la science et l’éthique politique ont pris le dessus!

Die-in d’Avaaz, Allemagne
« Die in » au siège de Bayer, à Cologne

Vanessa Amaral-Rogers, de l’association pour la préservation des insectes Buglife, a déclaré:

“Le vote a été serré, mais grâce à l’immense mobilisation des membres d’Avaaz, des apiculteurs et d’autres défenseurs des abeilles, nous avons gagné. Je suis certaine que nos milliers d’appels, nos e-mails aux ministres, nos actions à Londres, à Bruxelles ou à Cologne et l’immense pétition ayant rassemblé plus de 2,6 millions de signatures ont été décisifs. Merci à Avaaz et merci à toutes celles et ceux qui ont travaillé dur pour sauver les abeilles!”

Les abeilles pollinisent deux tiers de nos aliments. Quand les scientifiques ont averti que ces petits insectes étaient sur le point de disparaître en silence, Avaaz s’est mobilisée et nous n’avons pas cessé de nous battre jusqu’à la victoire finale. Notre victoire cette semaine est le résultat de deux ans de travail: nous avons envoyé des milliers de messages aux ministres, organisé des actions médiatiques avec les apiculteurs, financé des sondages et bien plus encore. Voici comment nous avons remporté cette victoire:

    • Pression sur la France. En janvier 2011, 1 million de personnes signent notre appel à la France afin qu’elle maintienne son interdiction des pesticides néonicotinoïdes. Les membres d’Avaaz et les apiculteurs rencontrent le ministre de l’Agriculture et envahissent les ondes pour l’obliger à tenir tête au lobbying des grandes multinationales en maintenant l’interdiction des néonicotinoïdes — envoyant ainsi un message fort aux autres pays européens.
Bernie à Bruxelles
Bernie, notre immense abeille gonflable, remet les 2,6 millions de signatures de notre pétition à l’UE à Bruxelles.
    • Résister contre les multinationales toutes puissantes. Bayer a affronté Avaaz et ses alliés, qui ont manifesté lors de ses 3 dernières réunions annuelles. Les cadres dirigeants et les actionnaires du géant des pesticides ont été accueillis dans leurs locaux par des apiculteurs, un bourdonnement sonore et d’immenses banderoles avec notre appel, signé par plus d’1 million de personnes les invitant à suspendre l’utilisation des néonicotinoides tant que les scientifiques n’auront pas évalué leur effet sur les abeilles. Avaaz parvient même faire une présentation durant cette réunion, mais Bayer dit “non”.
    • La science avant tout. En janvier, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) estime que trois pesticides posent des risques inacceptables pour les abeilles. Nous saisissons cette occasion pour amener les responsables politiques européens à écouter les experts. Notre pétition rassemble rapidement 2 millions de signatures. Après de nombreux entretiens avec les décisionnaires européens, Avaaz remet cet appel au QG de l’UE à Bruxelles. Ce même jour, la Commission propose une interdiction d’une durée de 2 ans!
Manifestation des apiculteurs
Les apiculteurs remettent notre pétition au 10 Downing Street
    • Saisir les opportunités. En février et mars, la bataille pour les abeilles s’intensifie. Dans toute l’UE, les membres d’Avaaz sont sur les starting-blocks tandis que les 27 décident du sort de la proposition. Lorsque les poids-lourds que sont le Royaume-Uni et l’Allemagne annoncent qu’ils s’y opposeront, Avaaz publie des sondages d’opinion montrant que l’immense majorité des Britanniques et des Allemands sont en faveur de l’interdiction. Les membres d’Avaaz envoient alors près d’un demi-million d’e-mails aux ministres de l’Agriculture européens. Apparemment plus effrayé par la voix de ses propres citoyens que par les pressions des lobbyistes de l’industrie chimique, le ministre britannique Owen Paterson dénonce une “cyberattaque”; mais les journalistes ne sont pas dupes et soutiennent notre campagne! Entre alors en scène Bernie, notre abeille gonflable de 6 mètres de haut, qui remet notre pétition à Bruxelles lors d’une mise en scène médiatique avant la dernière phase de négociations. Cette mobilisation aurait suscité l’intérêt du ministre espagnol, qui regarde de plus près les rapports d’experts et revient sur sa position. Las, nous n’obtenons pas encore la majorité nécessaire pour obtenir une interdiction des pesticides.
Bernie dans le journal The Independent
Bernie l’abeille dans le journal The Independent
  • Enfin le feu vert! En avril, la proposition de loi est renvoyée en comité d’appel. Pour nous, il s’agit d’une vraie lueur d’espoir. Dans cette dernière ligne droite, Avaaz s’associe à différents groupes tels que la Environmental Justice Foundation, les Amis de la Terre ou le Pesticides Action Network, des apiculteurs et de célèbres stylistes amoureux des abeilles pour organiser une action devant le Parlement britannique. En Allemagne, des apiculteurs lancent leur propre pétition Avaaz adressée à leurs ministres. En à peine 2 jours, elle rassemble plus de 150 000 signatures. Elle est remise à Cologne quelques jours plus tard. Les appels téléphoniques continuent de submerger les ministères européens et Avaaz contrecarre un amendement délétère proposé par la Hongrie en renvoyant Bernie à Bruxelles. Les fabricants de pesticides achètent des espaces publicitaires dans l’aéroport par lequel arrivent les responsables politiques et envahissent les ondes pour proposer des solutions telles que le recours aux plantes sauvages. Mais leur plan de communication tombe à l’eau: d’abord la Bulgarie, puis le pays décisif, l’Allemagne changent de position. Cette semaine, nous remportons enfin notre grande victoire: plus de la moitié des pays européens votent pour l’interdiction!
Cette victoire est le fruit d’une longue bataille, qui n’aurait pas été remportée sans les scientifiques, les experts, les responsables politiques à notre écoute, les apiculteurs et nos partenaires de campagne. Nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli ensemble. L’un des grands défenseurs des abeilles, Paul de Zylva, responsable de la section pesticides et pollinisateurs des Amis de la Terre, a déclaré:

« Merci aux millions de membres d’Avaaz qui se sont mobilisés en ligne et dans la rue. La pétition d’Avaaz et ses campagnes créatives ont sans aucun doute fait pencher la balance avec notre concours et celui d’autres ONG. »

Il est temps de célébrer cette victoire en faveur de l’une des créatures les plus précieuses de la Terre. Mais l’interdiction de l’UE est pour l’instant limitée à 2 ans, en attendant d’autres évaluations. Et dans le monde entier, la survie des abeilles reste menacée par les pesticides qui les affaiblissent et les désorientent, ainsi que par la disparition de leur habitat naturel, détruit par l’industrialisation des espaces agricoles. En Europe et sur toute la planète, il nous reste encore beaucoup de travail pour que seule la science guide nos politiques agricoles et environnementales. Et c’est notre communauté qui parviendra à relever ce défi.

L’institut astrophysique de Paris à la pointe de la recherche

Quel rapport entre cet article et le réunionisme, me direz-vous ? Il est vrai que l’information donnée nous éloigne des problèmes de notre quotidien, des pertes d’emploi, du pouvoir d’achat, des déclarations du gouvernement flamand, du résultat d’élections communales ou provinciales, de politique de rigueur ou de relance de l’économie… Quoique…

Les budgets accordés à la recherche ne sont-ils pas conditionnés par des choix politiques ?

N’est-il pas heureux de constater que le gouvernement français a fait de la recherche un des piliers de sa politique ? A l’heure où l’on parle de réindustrialiser nos sociétés, les budgets accordés à la recherche ne sont-ils pas le meilleur moyen de créer les emplois de demain, à haute valeur ajoutée et non délocalisables ?

Je remercie mon ami wallon, Philippe Lange, de m’avoir envoyé cet article. Il induit la question des contacts à établir dès maintenant entre le Gouvernement wallon et la République française, comme l’énonçait si bien il y a peu M. Pierre Hazette dans le message qu’il nous avait adressé.

Paul Durieux

Communiqué de presse du CNRS

Une exoplanète de masse similaire à la Terre, la plus proche de notre système solaire jamais détectée.

Des astronomes européens, dont François Bouchy, de l’Institut astrophysique de Paris (UPMC/CNRS), ont découvert une planète de masse légèrement supérieure à celle de la Terre, en orbite autour de l’étoile Alpha Centauri B. Il s’agit de l’exoplanète la plus proche du système solaire découverte jusqu’à présent. Elle est aussi la plus légère jamais trouvée autour d’une étoile comparable au Soleil. La planète a été détectée en utilisant l’instrument HARPS installé sur le télescope de 3,6 mètres de l’ESO à l’Observatoire de La Silla, au Chili. Ce résultat représente une étape majeure dans la détection d’une jumelle de la Terre en orbite dans la zone habitable de son étoile. Les résultats sont publiés dans la revue Nature le 18 octobre 2012.

Les étoiles Alpha Centauri A et B, très semblables à notre Soleil, ainsi que la naine rouge Proxima du Centaure, forment un système triple qui est l’un des astres les plus brillants du ciel austral, et surtout le plus proche de notre système solaire : il se situe à seulement 4.3 années lumière de nous, quand notre galaxie fait environ 100 000 années lumière de diamètre.La découverte d’une exoplanète autour d’Alpha Centauri B a nécessité d’accumuler plus de 450 mesures sur une durée de plus de 3 ans avec le spectrographe de très haute précision HARPS, en partie développé en France. Une analyse minutieuse des différents signaux présents dans les mesures de vitesse radiale de l’étoile Alpha Cen B, principalement due à l’activité stellaire, a permis de révéler le signal d’une planète en orbite tous les 3,2 jours. Le mouvement de l’étoile Alpha Centauri B créé par l’attraction gravitationnelle de cette planète est minime – il provoque une variation de vitesse apparente de seulement 51 cm/s, soit moins de 2 km/h. Il s’agit de la plus haute précision jamais atteinte en utilisant cette méthode.

Vue du ciel austral autour du système Alpha Centauri, l’astre le plus brillant sur la gauche de l’image. On distingue au centre de la figure la croix du Sud. L’encart montre une vue d’artiste de la planète tellurique découverte à proximité de l’étoile Alpha Cen B.

La planète nouvellement découverte, avec une masse voisine de celle de la Terre, est en orbite à environ six millions de kilomètres de son étoile, beaucoup plus proche que Mercure ne l’est du Soleil. Sa température de surface doit être beaucoup trop importante pour envisager la présence d’eau liquide. Il n’est néanmoins pas exclu que d’autres planètes plus distantes soient présentes dans ce système, car la plupart des exoplanètes connues de faible masse se trouvent en majorité dans des systèmes multi-planétaires. Ce résultat représente une étape majeure vers la détection d’une jumelle de la Terre en orbite dans la zone habitable d’une autre étoile dans le voisinage immédiat du Soleil.

La fiscalité belge expliquée aux Français

C’est Jean Quatremer qui s’y colle pour les lecteurs de « Libé », journal dont la réaction ne fut pas la moins vive à l’annonce que Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, avait l’intention de devenir belge.

Extrait choisi de son article (à lire sur son blogue) :

« Le système fiscal belge vise la masse à la différence de la France où la moitié des foyers fiscaux sont exonérés de l’impôt sur le revenu », résume Thierry Afschrift, professeur de droit fiscal à l’Université libre de Bruxelles et avocat. En clair, « on prend beaucoup à beaucoup de monde », c’est-à-dire à ceux qui travaillent, afin de financer un État dont la dépense publique rapportée à son PIB est encore supérieure à celle de la France, c’est dire.

Ainsi, un foyer fiscal doit gagner moins de 6430 euros par an pour échapper à l’impôt. Ensuite, ça progresse brutalement, d’autant qu’il n’existe pas de quotient familial (juste un abattement par enfant à charge) : 25 % pour la tranche qui va de 0 à 7900 euros (au-delà des premiers 6430 euros d’abattement), 30 % de 7900 à 11.240, 40 % de 11 240 à 18 730, 45 % 18730 à 34 330 et 50 % au-delà. En France, la tranche maximale est de 41 % et ne débute qu’à 78 830 euros. « Autrement dit, quelqu’un qui gagne 1500 euros par mois est déjà dans la tranche à 45 % », explique Afschrift. On comprend dès lors qu’à la différence de la France, la TVA représente une rentrée fiscale inférieure à celle de l’impôt sur le revenu.

En revanche, il n’existe ni impôt sur la fortune, ni de taxe sur les plus-values mobilières (seuls les intérêts et dividendes sont taxés entre 21 et 25 %), l’imposition des donations est symbolique, la fiscalité immobilière est particulièrement sympathique (les loyers ne sont pas imposés, seule la valeur cadastrale remontant à 1975 l’est ; les plus-values immobilières échappent à tout impôt si le bien est détenu plus de 5 ans -30 ans en France), etc. « Il y a plein de trous béants dans la fiscalité belge », ajoute Afschrift : ainsi les SICAV et les contrats d’assurance sans revenus garantis échappent à toute imposition.

Belgique : jusqu’ici, tout va bien.

Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles du quotidien « Libération », a fait le point sur l’état de la Belgique. « Jusqu’ici, tout va bien », écrit-il. Dans ce titre, le « jusqu’ici » pèse plus lourd que le « tout va bien ». Nous reprenons l’intégralité de son texte. Nous renvoyons également à son blogue où, dans un autre article, il pose la question suivante : 

Est-il normal que le président du Conseil européen participe à des manifestations nationalistes ?

Belgique : jusqu’ici, tout va bien

En Belgique, tout va désormais très très bien. Après cinq années de crises et de fureur, du conflit communautaire qui oppose depuis la naissance du pays la majorité flamande à la minorité francophone, il n’est plus question, ni dans la classe politique, ni dans les médias, ni dans la population. Enfin, côté francophone où on veut à toute force croire que, depuis que le socialiste francophone Elio Di Rupo a pris les rênes du pays, en décembre dernier, la « question flamande » a fondu aussi rapidement que le leader nationaliste, Bart De Wever (au sens propre : il a perdu 60 kg en quelques mois, de 142 kg à 83 kg) .

Les Francophones, trop heureux d’avoir évité la scission du pays et d’avoir placé l’un des leurs à la tête de l’État pour la première fois depuis trente ans, font comme si la sixième réforme de l’État qu’ils ont dû consentir sous la pression des nationalistes (en réalité un dépeçage supplémentaire de l’État fédéral et la fixation définitive de la frontière entre la Flandre, d’une part, et la Wallonie et Bruxelles, d’autre part, grâce à la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Hal-Vilvoorde) avait réglé tous les problèmes. Les petits faits qui montrent qu’il y a peut-être anguille sous roche, que la passion nationaliste continue peut-être de bouillir au nord du pays, sont systématiquement minorés de peur de réveiller les vieux démons.

Ainsi en est-il lorsque la commune mitoyenne de Bruxelles, Zaventem, qui accueille l’aéroport international de la capitale européenne, exige depuis le printemps dernier que tout le monde parle flamand dans les plaines de jeux. Ou lorsque le Parlement adopte des textes préparés par les nationalistes de la N-VA qui font de la Belgique l’un des pays les plus restrictifs en Europe à l’égard de l’immigration (y compris pour les conjoints non européens de Belges qui ont les plus grandes difficultés à s’installer dans le Royaume). Ou encore lorsque le président du Conseil Européen, Herman Van Rompuy, censé incarner les valeurs européennes, participe au Gordel, cette balade cycliste des nationalistes flamands autour de Bruxelles qui a lieu chaque premier dimanche de septembre afin de protester contre l’extension de la « tache d’huile francophone » à partir de la capitale. On se réjouit même qu’il ait réuni moins de monde que l’année dernière (30.000 personnes quand même contre 43.000), ce qui a permis à Di Rupo, bonhomme, de qualifier une manifestation qui n’avait pourtant plus lieu d’être après la fixation définitive de la frontière linguistique, « d’événement sportif et familial »...

En début de semaine, le premier ministre belge a reçu, off, la presse francophone belge pour lui affirmer que le nationalisme était désormais contenu au nord et que Bart De Wever ne prendrait pas la Belgique en « otage », le tout grâce à lui. Celle-ci a consciencieusement relayé ce message anesthésiant en oubliant de citer ses sources (le pot aux roses a finalement été révélé par Le Soir daté de mercredi). Mais bardaf, c’est l’embardée : la ouate s’est déchirée samedi, avec un sondage publié par Le Soir qui confirme que la fièvre nationaliste n’a nullement diminué en Flandre où l’on ne digère pas de voir le pays dirigé par ce que l’on déteste le plus, un socialiste francophone (donc forcément prodigue des sous flamands si ce n’est corrompu).

Selon cette enquête d’opinion, De Wever est bel et bien en passe de rafler la mise lors des élections municipales d’octobre prochain, contrairement aux espoirs des Francophones : en particulier, le leader nationaliste flamand devrait bien devenir le prochain maire d’Anvers (38 % contre 27,8 % pour l’alliance socialiste-démocrate-chrétien, et une victoire souhaitée par 44 % des Anversois), la première ville flamande, ce qui lui permettra de se constituer un bastion comme Jacques Chirac l’a fait à Paris. À partir de là, la N-VA a toutes les chances d’emporter les régionales et les législatives de 2014, y compris d’atteindre à elle seule la majorité absolue, ce qu’aucun parti belge n’a jamais fait. Car elle a encore des marges de progression tant au sein de l’électorat du Vlaams Belang (extrême droite nationaliste) que de ceux des libéraux du VLD et des démocrates chrétiens du CD&V, deux partis qui courent en pure perte derrière la N-VA depuis six ans (comme le montre la présence d’Herman Van Rompuy au Gordel).

Si la N-VA confirme son OPA sur la Flandre, ce qui semble probable, celle-ci étant quasiment la seule opposition dans ce pays (tous les autres partis, sauf les écologistes, sont dans la majorité), la survie de la Belgique deviendra quasiment impossible. Sauf sursaut flamand qu’on ne voit absolument pas poindre à l’horizon, c’est le scénario le plus probable.

Le clin d’œil de Kroll

Sollicité par le Standaard, Pierre Kroll va désormais écrire un billet par mois pour des (é)lecteurs flamands. De quoi a-t-il choisi de leur parler la première fois ?

De l’intérêt des Wallons pour l’élection présidentielle française et de la difficulté d’être un militant réunioniste en Wallonie.

Lire son billet : ici (à la date du 10 mai 2012).

Clin d’œil pour clin d’œil, en voici un autre (de Kroll, évidemment) qui ne laisse personne indifférent :

(Dessins parus dans le Ciné Télé Revue du 9 mai 2012, reproduits ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.)

Ce que José Fontaine en dit

José Fontaine est, notamment, chroniqueur sur le site québécois Vigile.net. A l’attention des souverainistes québécois, il a commenté le numéro de la revue française Economies et sociétés consacré à L’après-Belgique (lien). Nous reprenons l’intégralité de son texte. On sait combien José Fontaine est attaché à la reconnaissance de la Wallonie. Sur ce point, nous le suivons, mais nous pensons que la Wallonie a besoin de la France pour s’affirmer. 

La revue Economies et sociétés a publié un numéro hors série consacré à L’après-Belgique qui peut être aussi considéré comme constituant les actes d’un colloque du Cercle Condorcet de Liège qui eut lieu l’an passé en avril. Le numéro est très bien introduit par le professeur Jules Gazon qui a supervisé l’ensemble du numéro avec une très grande honnêteté intellectuelle.

Les conséquences d’une scission de l’Etat belge sur la Wallonie

Le Professeur Mignolet qui fait partie du groupe informel 4P3U (quatre partis, trois universités, groupe à l’intérieur duquel scientifiques wallons et dirigeants politiques s’échangent les informations utiles) signe un article dont le titre est celui de ce paragraphe. Les écarts de revenus entre habitants des trois Régions du pays sont les suivants : « En 2008, quand un Wallon disposait en moyenne de 90,5 €, un Flamand en comptait 106,1 et un Bruxellois 95,8. » (J.Mignolet, in Economie et Sociétés, p.1973). Les écarts seraient plus grands s’ils n’étaient pas corrigés par la redistribution via les impôts et la sécurité sociale (qui, fondée en 1944, du temps de l’Etat unitaire belge, demeure nationale). Les transferts régionaux qui s’opèrent en Belgique via les impôts et les cotisations sociales sont importants, bien qu’ils soient égaux voire même en deçà de la moyenne des transferts entre Régions à l’intérieur de l’Europe. Mais selon le professeur Mignolet, les montants des transferts interrégionaux ne sont pas indicatifs de la situation dans laquelle se retrouverait par exemple la Wallonie (qui bénéficie de ces transferts), si comme chacune des autres régions elle « se retrouvait nantie des seules recettes qu’elle génère sur ses résidents et était confrontée aux besoins pris en charge par le pouvoir fédéral (services publics, allocations sociales) » (p.1978). Toujours selon le professeur, seul le concept de solde primaire est approprié pour répondre à cette question. Le solde primaire mesure l’écart entre recettes et dépenses courantes et en capital avant paiement des intérêts de la dette publique.

La suppression totale de l’Etat belge entraînerait un bonus de 1,2 milliard d’ € pour Bruxelles, de 11,7 milliards pour la Flandre et un malus de 2,7 milliards pour la Wallonie, un malus correspondant à 3,5% du PIB wallon. Mais il ne s’agit pas des soldes primaires totaux, car il faudrait ajouter aux excédents (flamands) ou aux impasses (wallonnes) budgétaires (consécutifs à l’abandon des recettes détenues par l’Etat fédéral), le solde primaire propre à chaque Région suite à l’exercice des compétences régionales et communautaires qui lui échoit. Et pour obtenir le solde net à financer de chaque région, il faudrait en outre soustraire la fraction des intérêts de la dette publique attribuée à chacune des régions. De toute façon, la Wallonie se trouverait considérablement appauvrie. D’autres économistes ont fait valoir que cela constituerait pour les Wallons une diminution de 15 à 20% de leur standing de vie. Mais ils ajoutent aussi que la Wallonie est la meilleure cliente des produits flamands et que la Flandre n’aurait pas avantage aux difficultés financières de son meilleur client. Certains économistes prônent qu’en cas de scission totale, les Régions se partagent la dette publique belge en proportion du PIB de chacune des Régions. Ou aussi prônent que les Régions organisent un partage efficient des risques créés par la scission de l’Etat belge.

D’une certaine façon, on pourrait dire que le professeur Mignolet – et/ou les économistes qu’il cite – envisagent donc les choses comme ayant à se poursuivre dans le cadre actuel – même radicalement transformé comme d’ailleurs ce sera le cas avec la dernière réforme de l’Etat belge – des trois Régions belges et de l’Etat fédéral qui les encadre ou… ne les encadrerait plus.

Politiquement, j’ai, en un certain sens, défendu le même point de vue dans cette revue sous le titre Un séparatisme wallon paradoxal, article co-signé avec Xavier Dupret qui souligne pour son compte l’importance de l’épargne des ménages wallons (160% du PIB, ce qui est plus important que l’épargne des ménages en Hollande ou en Allemagne).

D’autres points de vue

Jules Gheude, par exemple, estime (ce que le professeur Mignolet se refuse lui à calculer, pensant que c’est impossible), qu’en cas d’indépendance de la Wallonie, le ratio dette /PIB serait de 150% et que les prestations sociales devraient baisser de 20%. Nicolas Thirion pense que la meilleure solution serait le rattachement pur et simple de la Wallonie à la France, mais que cela se heurterait à l’intérêt des élites selon le principe qu’un dirigeant politique souhaitera toujours être le premier dans son village (ou dans les premiers), que le second à Rome.

Michel Quévit, lui, propose, comme solution de remplacement – éventuelle vu le nationalisme flamand – une union entre Bruxelles et la Wallonie dont il assure que tous les chiffres militent en faveur de sa viabilité. Si l’on additionne le PIB wallon et le PIB bruxellois, on atteint un PIB par habitant de l’entité Wallonie-Bruxelles supérieur à celui de la Flandre ou, pour s’exprimer dans les mêmes termes que Michel Quévit, on en arriverait à une situation où Bruxelles et la Wallonie atteindraient ensemble le « même niveau de développement que la Flandre » (p. 2050).

La proposition de Jacques Lenain est encore différente. Comme les autres options rattachistes, elle est fondée sur l’idée que la Wallonie ne pourrait pas s’en sortir seule. Mais Jacques Lenain est un haut fonctionnaire français qui connaît très bien la façon dont fonctionne la Belgique et il estime que Bruxelles et la Wallonie ensemble – ou si ce n’est pas possible la Wallonie seule – doivent devenir des régions de France mais conservant l’essentiel de leurs compétences actuelles (en raison des traditions sociales et politiques – très différentes dela France – de ces deux régions). Il ne dit cependant pas que cet essentiel se verrait amputé de la capacité de la Wallonie de signer des traités ni du rôle que joue la Wallonie au niveau européen où, avec la Flandre (ou avec la Flandre et Bruxelles), elle fixe la position de la Belgique dans tous les domaines où elle est compétente. Dans le projet de Jacques Lenain, tout cela serait assumé parla France. Or, au nom de quoi la Wallonie devrait-elle perdre cette capacité qu’elle a de se rendre présente dans le monde même si c’est modestement ? Notamment dans le monde africain francophone (Afrique noire et Maghreb)… Dans les échanges que j’ai eus avec lui, Jacques Lenain estime que cette capacité internationale de la Wallonie n’existe que sur le papier. Mais il le fonde un peu sur la façon dont la France envisage la chose, du moins officiellement.

Il est vrai que dans les accords politiques entre la Wallonie et la France, la France (comme par exemple dans le traité sur la Meuse), exige que la signature de la Belgique s’ajoute à celles des entités fédérées belges seules compétentes dans le domaine de la gestion du fleuve, mais cet ajout n’est cependant qu’un ajout formel, ce que l’on peut vérifier par le fait que la participation « belge » (Flandre, Wallonie et Bruxelles, donc les régions) est au total de 49,5 % du financement de ce traité mais que l’Etat fédéral n’y prend qu’une part, plus symbolique qu’autre chose, de 0,5 points. Il me semble aussi que l’on peut dire que la France répugne comme Etat à considérer qu’une entité fédérée devrait être prise en compte (la France n’a agi autrement – et autrefois hélas ! – qu’à l’égard du Québec). Alors que ce n’est pas le cas d’autres Etats souverains recevant le Président wallon comme un homologue, comme récemment les Pays-Bas ou la Tunisie.

Le travail de Michel Quévit

Michel Quévit a remis sur le chantier son grand travail historique et sociologique sur la façon dont la Flandre a pu profiter de l’Etat belge. Il arrive que certains disent que ce travail ne portant que sur le passé, n’a pas d’intérêt directement pragmatique comme les travaux destinés à éclairer la manière dont la Wallonie pourrait ou non s’en sortir seule. Il faut cependant dire que le moteur le plus puissant du mouvement flamand, c’est bien un passé d’humiliation de la langue de la Flandre par – essentiellement, il ne faut pas s’y tromper – non la Wallonie ou les Wallons mais la bourgeoisie francophone belge, composée peut-être même majoritairement d’éléments flamands. C’est cette humiliation qui a mobilisé une nouvelle bourgeoisie – flamande celle-ci – qui, à la faveur de la position démographiquement (et donc politiquement) majoritaire de la Flandre dans l’Etat belge, a réussi à détourner une part disproportionnée des ressources publiques en faveur de son développement. Cette semaine, du fait de la fermeture du dernier haut fourneau de Wallonie, on a pu réentendre l’idée que la sidérurgie wallonne aurait dû se reconvertir plus tôt et ne pas être aidée. Pourtant, la sidérurgie wallonne s’est effectivement profondément reconvertie et ce que Michel Quévit montre, c’est que l’ensemble des industries flamandes – dont la plupart ne rencontraient aucune difficulté – ont bénéficié bien plus que la Wallonie des aides de l’Etat belge. Des aides dispensées seulement (et injustement !) en raison de l’idée que des francs investis en Wallonie devaient l’être également en Flandre. Je me permets d’insister sur cela en raison de la clarté de l’exposé de Michel Quévit. Mais aussi parce que la perception générale en Wallonie est faussement l’idée que ce serait celle-ci qui aurait été assistée dans l’Etat belge alors que Quévit a clairement montré le contraire dans cet article de 2011 où il reprend les grandes lignes de son livre de 2010.