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Un article bien loin des vieux clichés

Qui a dit que la France n’avait que condescendance vis-à-vis de la Wallonie ? Voici un article qui en dit long sur la façon dont une grande majorité de Français nous tient en estime, voire en admiration. Nous sommes bien loin des vieux clichés qui voudraient que notre Région devienne la région oubliée ou la cinquième roue du chariot de la République lorsque nous rejoindrons la France.

Paul Durieux

Escapade gourmande en Wallonie : quand le site du Monde.fr rend hommage à notre région, à ses habitants et à sa gastronomie (lien).

A trois heures de Paris, le sud de la Wallonie est un petit joyau méconnu qu’il faut prendre le temps de découvrir à la lumière de l’automne. Entre la vallée de la Meuse et le grand-duché de Luxembourg, on y traverse des paysages brumeux et vallonnés d’où émerge parfois, au milieu d’une forêt, un jardin à la française du XVIIIe siècle, comme celui du château de Freÿr près de Dinant.

Dans la vieille querelle qui les oppose aux « laborieux » Flamands du Nord, les « gentils » Wallons du Sud ont développé avec le temps un sens de l’autodérision aussi sympathique qu’efficace. Ainsi les habitants de Namur, moqués pour leur lenteur légendaire, n’ont-ils rien trouvé de mieux que de prendre l’escargot pour emblème de leur ville. Ce sens de l’humour typiquement wallon, Rémy Belvaux et Benoît Poelvoorde, eux-mêmes natifs de Namur, ont su le traduire il y a vingt ans dans un film culte : C’est arrivé près de chez vous.

Mais la Wallonie est aussi une fascinante terre de goût, à la fois rustique et joyeuse, que nos gastronomes en quête de nouvelles saveurs se devraient d’explorer au plus vite.

Pour une telle escapade, pas de meilleur guide que Jean-Pierre Gabriel. Photographe sensible, amoureux des jardins, ce Wallon né dans une ferme à beurre milite depuis toujours pour la renaissance des produits du terroir belge, comme l’endive de pleine terre ou le fromage au lait cru de Herve (seul fromage belge à bénéficier de l’appellation d’origine protégée européenne). « Depuis quelques années, une nouvelle génération d’artisans passionnés est apparue en Belgique, et particulièrement dans le sud de la Wallonie. Avec eux, ce sont des terroirs, des savoir-faire et une vraie gastronomie locale qui se sont mis à revivre, générant des emplois et un tourisme de qualité », dit-il.

LETTRES DE NOBLESSE

L’exemple de Stephen Destrée est de ce point de vue éloquent. Seul dans son garage de Leignon, près de Namur, ce jeune pâtissier de 27 ans a décidé, il y a peu, de redonner ses lettres de noblesse à la grande tradition du biscuit belge chère à Hercule Poirot. Aux antipodes du spéculoos industriel, ses délicieux biscuits aux amandes, au chocolat, au caramel et aux agrumes, tous sans additifs chimiques, sont aujourd’hui servis à l’heure du thé dans les plus grands hôtels de Bruxelles.

A Falmignoul, près de Dinant, la brasserie Caracole est l’un des trois derniers établissements artisanaux belges, avec Cantillon à Bruxelles et la brasserie à vapeur de Pipaix. Remise en état de marche en 1994 par le très passionné François Tonglet, cette merveilleuse brasserie en brique du XVIIIe siècle n’est aujourd’hui encore chauffée qu’au feu de bois. Procédés de fabrication, outils et matières premières sont exactement les mêmes qu’autrefois et le produit final reste 100 % wallon : de l’eau de source, du malt bio torréfié, de la fleur de houblon, des levures et un mélange d’épices traditionnelles. Il faut entre six et huit semaines pour élaborer une grande bière, comme la Troublette bio, à base de malte et de froment. A mi-chemin entre la blanche et la gueuze, cette bière légère, parfumée au jus de citron, à l’écorce d’orange, à la graine de coriandre et au houblon, séduit par sa fraîcheur et sa rondeur aromatique.

Mais les bières de la brasserie Caracole sont aussi de magnifiques bières de repas, comme le démontre le jeune chef Ludovic Vanackere (sosie de Tintin) qui, dans son excellent restaurant Atelier de Bossimé, au village de Loyers, propose la bière ambrée sur une délicieuse joue de cochon confite dix-huit heures à basse température, accompagnée de pommes de terre cuites dans une croûte de foin. C’est ça, le goût de la Wallonie…

HOSPITALITÉ ADMIRABLE

En pénétrant dans les Ardennes belges, on découvre soudain une campagne qui est restée dans son jus, exactement comme il y a un demi-siècle… « Ici, les gens sont plus têtus, explique Jean-Pierre Gabriel, ce sont des chasseurs, des hommes de la forêt, mais leur hospitalité est admirable. »

A Attert, tout près du grand-duché de Luxembourg, ne manquez pas de rendre visite à un artisan d’exception : Marc Fouss, de la Maison Thill. Poigne de fer, voix de stentor et rire gargantuesque, cet Ardennais de souche est aujourd’hui le dernier à élaborer des jambons fumés entiers avec l’os, non pas avec de la vulgaire sciure mais bien avec des rondins de bois de hêtre bien secs : « Le hêtre offre l’avantage de ne pas avoir d’écorce, sa fumée est très fine et légère, sans tannin excessif », confesse-t-il.

Plongés vingt jours dans un bain de sel et d’épices, les jambons du père Fouss sont ensuite séchés plusieurs semaines dans une cave à 8 degrés avant d’être fumés un mois entier dans une immense cheminée qui surplombe le village. « La semaine dernière, un gars est venu me dire que la fumée l’incommodait et que je devais déménager. Je lui ai dit que la Maison Thill fumait ses jambons depuis le XVe siècle et que celui qui l’arrêterait n’était pas encore né ! », s’enflamme-t-il.

Après le fumage, les jambons sèchent à l’air libre pendant au moins quatre mois, mais c’est après vingt-quatre mois d’affinage qu’ils atteignent leur plénitude, arborant une belle couleur rouge. Leur doux fumé campagnard et leur fondant en font un produit d’exception que l’on ne peut, hélas, trouver que sur place…

NECTAR D’AUTOMNE

Mais la Wallonie du Sud est aussi un pays de pâturages propices à la production de beurre, de crème et de fromages au lait cru d’une qualité insoupçonnée. Lionel Plaquette, 28 ans, est un agriculteur atypique qui s’est rendu célèbre grâce à l’émission de télé-réalité « L’amour est dans le pré » (il y jouait son propre rôle, celui d’un fermier gay à la recherche de « l’âme frère »).

Issus du lait de vaches jersiaises et normandes nourries au trèfle, à la luzerne et au foin, les beurres au lait cru qu’il fabrique dans sa ferme du Mesnil-sur-Blaise n’ont rien à envier à nos fameux beurres Bordier, Echiré et autres Bellevaire. D’un beau jaune pâle, son nectar d’automne baratté à la fleur de sel est élégant, rond et très pur en bouche. Lionel Plaquette produit aussi des beurres à la truffe noire, aux fines herbes et aux oignons-gingembre (délicieux sur des gambas flambées au whisky). On les trouve Chez Catherine, la plus belle crémerie de Bruxelles.

Cette plongée au cœur des terroirs de la Wallonie ne serait pas complète sans le maître fromager Daniel Cloots, véritable pionnier dont la coopérative du Gros Chêne, créée en 1986 à Méan, fait vivre aujourd’hui une cinquantaine de petits producteurs de lait de la région. Au fil des ans, Daniel Cloots a su tisser le lien qui, dans son esprit, doit relier l’agriculteur au consommateur. Fabriqués et affinés sur place, ses fromages de chèvre et de brebis au lait cru bio sont tous d’un goût subtil et font partis du patrimoine gastronomique belge.

Emmanuel Tresmontant

Belgique : jusqu’ici, tout va bien.

Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles du quotidien « Libération », a fait le point sur l’état de la Belgique. « Jusqu’ici, tout va bien », écrit-il. Dans ce titre, le « jusqu’ici » pèse plus lourd que le « tout va bien ». Nous reprenons l’intégralité de son texte. Nous renvoyons également à son blogue où, dans un autre article, il pose la question suivante : 

Est-il normal que le président du Conseil européen participe à des manifestations nationalistes ?

Belgique : jusqu’ici, tout va bien

En Belgique, tout va désormais très très bien. Après cinq années de crises et de fureur, du conflit communautaire qui oppose depuis la naissance du pays la majorité flamande à la minorité francophone, il n’est plus question, ni dans la classe politique, ni dans les médias, ni dans la population. Enfin, côté francophone où on veut à toute force croire que, depuis que le socialiste francophone Elio Di Rupo a pris les rênes du pays, en décembre dernier, la « question flamande » a fondu aussi rapidement que le leader nationaliste, Bart De Wever (au sens propre : il a perdu 60 kg en quelques mois, de 142 kg à 83 kg) .

Les Francophones, trop heureux d’avoir évité la scission du pays et d’avoir placé l’un des leurs à la tête de l’État pour la première fois depuis trente ans, font comme si la sixième réforme de l’État qu’ils ont dû consentir sous la pression des nationalistes (en réalité un dépeçage supplémentaire de l’État fédéral et la fixation définitive de la frontière entre la Flandre, d’une part, et la Wallonie et Bruxelles, d’autre part, grâce à la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Hal-Vilvoorde) avait réglé tous les problèmes. Les petits faits qui montrent qu’il y a peut-être anguille sous roche, que la passion nationaliste continue peut-être de bouillir au nord du pays, sont systématiquement minorés de peur de réveiller les vieux démons.

Ainsi en est-il lorsque la commune mitoyenne de Bruxelles, Zaventem, qui accueille l’aéroport international de la capitale européenne, exige depuis le printemps dernier que tout le monde parle flamand dans les plaines de jeux. Ou lorsque le Parlement adopte des textes préparés par les nationalistes de la N-VA qui font de la Belgique l’un des pays les plus restrictifs en Europe à l’égard de l’immigration (y compris pour les conjoints non européens de Belges qui ont les plus grandes difficultés à s’installer dans le Royaume). Ou encore lorsque le président du Conseil Européen, Herman Van Rompuy, censé incarner les valeurs européennes, participe au Gordel, cette balade cycliste des nationalistes flamands autour de Bruxelles qui a lieu chaque premier dimanche de septembre afin de protester contre l’extension de la « tache d’huile francophone » à partir de la capitale. On se réjouit même qu’il ait réuni moins de monde que l’année dernière (30.000 personnes quand même contre 43.000), ce qui a permis à Di Rupo, bonhomme, de qualifier une manifestation qui n’avait pourtant plus lieu d’être après la fixation définitive de la frontière linguistique, « d’événement sportif et familial »...

En début de semaine, le premier ministre belge a reçu, off, la presse francophone belge pour lui affirmer que le nationalisme était désormais contenu au nord et que Bart De Wever ne prendrait pas la Belgique en « otage », le tout grâce à lui. Celle-ci a consciencieusement relayé ce message anesthésiant en oubliant de citer ses sources (le pot aux roses a finalement été révélé par Le Soir daté de mercredi). Mais bardaf, c’est l’embardée : la ouate s’est déchirée samedi, avec un sondage publié par Le Soir qui confirme que la fièvre nationaliste n’a nullement diminué en Flandre où l’on ne digère pas de voir le pays dirigé par ce que l’on déteste le plus, un socialiste francophone (donc forcément prodigue des sous flamands si ce n’est corrompu).

Selon cette enquête d’opinion, De Wever est bel et bien en passe de rafler la mise lors des élections municipales d’octobre prochain, contrairement aux espoirs des Francophones : en particulier, le leader nationaliste flamand devrait bien devenir le prochain maire d’Anvers (38 % contre 27,8 % pour l’alliance socialiste-démocrate-chrétien, et une victoire souhaitée par 44 % des Anversois), la première ville flamande, ce qui lui permettra de se constituer un bastion comme Jacques Chirac l’a fait à Paris. À partir de là, la N-VA a toutes les chances d’emporter les régionales et les législatives de 2014, y compris d’atteindre à elle seule la majorité absolue, ce qu’aucun parti belge n’a jamais fait. Car elle a encore des marges de progression tant au sein de l’électorat du Vlaams Belang (extrême droite nationaliste) que de ceux des libéraux du VLD et des démocrates chrétiens du CD&V, deux partis qui courent en pure perte derrière la N-VA depuis six ans (comme le montre la présence d’Herman Van Rompuy au Gordel).

Si la N-VA confirme son OPA sur la Flandre, ce qui semble probable, celle-ci étant quasiment la seule opposition dans ce pays (tous les autres partis, sauf les écologistes, sont dans la majorité), la survie de la Belgique deviendra quasiment impossible. Sauf sursaut flamand qu’on ne voit absolument pas poindre à l’horizon, c’est le scénario le plus probable.

Le chagrin des Belges (de Wallonie et de Bruxelles)

Les Belges (francophones) n’ont pas le moral. C’est ce qu’a révélé une enquête à laquelle le journal Le Soir a consacré quelques pages tout au long de cette semaine. Il n’était pas dans notre intention d’évoquer ce sujet.  Mais voilà que, pour les lecteurs du journal Le Monde, Jean-Pierre Stroobants remet cette information dans le contexte général d’un pays qui disparaît lentement… Nous reprenons l’intégralité de son article.

Les Belges vont mal, très mal. « La déprime des Belges, il y a urgence », titrait le quotidien Le Soir mardi 12 juin en présentant un sondage accablant pour le pays. Dans son versant francophone du moins, puisque seuls des Wallons et des Bruxellois ont été interrogés dans cette enquête, menée par une mutuelle, Solidaris, sur un échantillon de 1 000 personnes, 80 médecins généralistes et 60 psychologues et psychiatres. Au royaume d’Albert II, la déprime aussi est régionalisée.

57 % des sondés ont besoin d’un accompagnement psychologique, et autant redoutent pour leurs enfants un avenir obscurci. Six jeunes francophones sur dix ont peur d’être au chômage. Une femme sur dix a tenté de mettre fin à ses jours. La dépression frappe, avec une intensité variable, près d’une personne sur deux. Si l’enquête dit vrai, 2 à 3 millions de Belges se lèvent quotidiennement avec un sentiment de profond accablement.

Les raisons ne peuvent être liées au climat : il pleut autant dans l’Allemagne voisine, qui compte, proportionnellement, trois fois moins de dépressifs… Peut-être alors la montée de l’individualisme et de l’égoïsme, cette « fragmentation » qui laisse chacun livré à lui-même, détaché de la religion, de la famille et des institutions ? Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris, évoque « une culture de la peur, un repli identitaire et un monde du travail de plus en plus dur. Et des crises sociales, économiques et morales, ainsi qu’un meccano institutionnel belge (…) qui ne permet pas de prendre de la hauteur ».

La crise politique qui s’est – provisoirement ? – achevée à la fin de2011 a sans doute joué un rôle néfaste. Le risque de la disparition du pays et de la perte d’une identité déjà fragile a joué d’une manière importante, estiment des observateurs. Le psychiatre William Pitchot juge que la menace de désintégration de l’Etat, « banalisée », est venue s’ajouter à l’insécurité socio-économique générée par la crise financière. « En somme, les gens n’entendent plus de message d’espoir », déclare ce médecin.

PÉRIODE DE DEUIL

Le plus inquiétant est la persistance du désenchantement. Une enquête de… 1997 titrée « Noir, jaune, blues » (noir, jaune et rouge sont les couleurs du drapeau national) avait déjà détecté des symptômes. C’était un an après la célèbre Marche blanche, qui avait rassemblé 300 000 personnes exprimant un malaise aigu. Mais aussi une demande d’éthique face à un avenir jugé menaçant.

Institutions fédératrices, valeurs partagées, normes sociales qui font consensus, projets et raison de vivre ensemble : tout semblait déjà affaibli en 1997. La fameuse affaire Marc Dutroux, avec les disparitions d’enfants et les grandes institutions qui dysfonctionnaient, ne fut que l’accélérateur de tendances lourdes. « La Belgique vit une période de deuil à multiples facettes », diagnostiquait à l’époque Benoît Scheuer, responsable scientifique de l’enquête de 1997. Les Belges ne vivaient pas une crise, mais une transition fondamentale vers un « autre chose » encore flou. Quinze ans plus tard, le flou a viré au gris sombre. Les citoyens belges, confirmant qu’ils sont les cobayes d’une sorte de laboratoire européen, n’ont plus confiance dans leurs institutions et dans des dirigeants accusés d’avoir déserté les questions essentielles.

Avant, le citoyen belge critiquait les institutions qui avaient échoué. Aujourd’hui, il se demande si elles continueront à exister. Le premier ministre, Elio Di Rupo, a récemment mis en garde ses concitoyens – au travers des médias, eux aussi épinglés – contre leur « défaitisme ». Son diagnostic était juste ; ses remèdes – considérer que tout ne va pas mal ou, en tout cas, va un peu moins mal que chez les voisins -, trop courts. En témoigne cette étude.

                                                      Jean-Pierre Stroobants (correspondant à Bruxelles)

Dossier : le rapport des députés français et les réactions dans la presse

Pour consulter le rapport des députés français Lecou (UMP) et Kucheida (PS), chargés par l’Assemblée nationale de rendre compte de la situation intérieure de la Belgique, cliquer ici.

Pour l’article de l’AWF (03/05/2012) : cliquer ici.

Pour lire les articles de la presse belge francophone s’y rapportant, cliquer sur les images suivantes.

Le Vif/L’Express (18/05/2012)

 

 

 

La Libre (31/05/2012)

 

 

 

Le Soir (01/06/2012)

 

 

 

Pour voir les séquences des journaux télévisés, cliquer RTBF et RTL.

Parmi les chroniqueurs, voici la réaction  d’Edouard Delruelle (pour la RTBF) et celle de Vincent Peiffer (pour le Moustique).

Et puis il y a aussi Pierre Kroll qui a écrit pour… De Standaard.

Jacques Lenain répond à Edouard Delruelle

Le débat sur la «Belgique française» : ce qu’en pense Jacques Lenain. Citoyen français, jeune retraité, M. Lenain était haut fonctionnaire de la République.

 1. L’article d’Edouard Delruelle, intitulé « Une Belgique française ? » est la transcription de sa chronique audio du 23 mai 2012 à la RTBF, qui traitait du récent rapport de l’Assemblée nationale française, de février dernier, sur « la situation intérieure de la Belgique ». Un rapport qui a eu quelque peine à franchir la « censure belgicaine ».

 2. Le terme « Belgique française » (utilisé par Daniel Ducarme) est un terme qui a mes faveurs. Car il permet à la fois de désigner exactement ce qu’est la Belgique « de langue et de culture française », dans ses deux composantes, wallonne et bruxelloise, en évitant le terme stupide de Belgique « francophone » (la Reine d’Angleterre est une excellente « francophone », ça ne définit pas son identité…). Il permet aussi de manifester de la considération pour l’héritage « belge », y compris dans la perspective du rattachement à la France, et il traite sur un pied d’égalité la Wallonie et Bruxelles, chacune étant libre de choisir son destin, quand le moment sera venu de la séparation d’avec la Flandre. C’est pourquoi c’est le nom du site que je tiens, « www.belgique-francaise.fr » sur lequel se trouve le texte d’un essai consacré au « destin de la Belgique française », et divers autres textes dédiés à la « question belge » et à sa « solution française ».

 3. Dans son commentaire, E. Delruelle présente une distinction qui m’est familière (et à ceux qui me connaissent), entre « assimilation » et « union-intégration », ce second terme ayant été créé par moi, et « popularisé », pour la première fois, aux Etats généraux de Wallonie organisés par Jules Gheude en mai 2009. Dans ma contribution écrite et le texte de mon intervention verbale à la journée organisée par « Le Cercle Condorcet de Liège » avec le professeur Jules Gazon le 02 avril 2011 sur « L’après Belgique ? », auxquels je renvoie, j’explique notamment la distinction à faire entre union-association, union-assimilation et union-intégration. J’en viens maintenant à l’opinion de E. Delruelle.

 4. « En fait, il y a deux scénarios. Premier scénario : une pure et simple assimilation. Nos Provinces deviennent des départements avec des préfets parachutés de Paris, nos députés sont élus au scrutin majoritaire, toute notre législation change, le mariage gay est supprimé, la loi sur l’euthanasie aussi, le pacte scolaire vole en éclats, les cultes ne sont plus subsidiés, etc. Difficilement imaginable… C’est tout le socle de la société belge qui risque de s’effondrer et on verra très vite alors naitre un mouvement nationaliste belge, ce qui serait le comble. »

Ce commentaire fait valoir, à juste titre, la nécessité de ménager les intérêts de la classe politique franco-belge, et de l’ensemble des intérêts des élites franco-belges,   pour pouvoir leur faire accepter, peu à peu, une « solution française », ce que certains réunionistes refusent encore de comprendre. Fort bien.

 5. « Autre option : une sorte d’union-intégration qui laisserait à peu près intact notre mode de fonctionnement juridique et administratif. C’est tout à fait possible dans le droit constitutionnel français qui reconnaît des statuts différenciés pour les territoires d’Outremer. C’est un héritage de l’époque où la France était un empire colonial. Mais assimiler la Wallonie à la Nouvelle-Calédonie ou à l’Ile de la Réunion, ça fait bizarre. Le risque est alors que nous ne soyons des citoyens français de seconde zone, pas vraiment intégrés, pas vraiment respectés. »

 Là, si E. Delruelle débute bien, ensuite il se trompe ou cherche à tromper ses  concitoyens franco-belges (pas « francophones »)… Un détail d’abord : si la Nouvelle-Calédonie dispose d’un statut d’autonomie (et d’autres entités territoriales françaises ultra-marines…), la Réunion, région mono-départementale, est dotée d’un statut de droit commun, identique au statut de la désormais célèbre Corrèze (Tulle), qui fait partie de la Région du Limousin. La distinction qu’il fait entre métropole et outre-mer, qui correspondrait à deux niveaux de citoyenneté, n’a donc aucune réalité… et est un peu méprisante pour mes concitoyens d’outre-mer, mais je conçois bien qu’un Belge (belgicain et européiste) peine à concevoir qu’un pays européen puisse « exister », aujourd’hui, en dehors de la péninsule européenne… Plus globalement, il faut savoir que la Constitution française ne limite pas à l’outre-mer les statuts particuliers et la possibilité d’en créer de nouveaux. La Corse est dotée d’un tel statut particulier, et l’Alsace pourrait amorcer la création du sien bientôt (toujours après le vote référendaire d’approbation de la population concernée, pratique inconnue en Belgique). Et ces statuts particuliers sont différents les uns des autres… Un statut « francais » d’autonomie pour la Wallonie et un statut semblable (mais distinct) pour  Bruxelles seraient donc spécifiques, ce serait une reprise de leur statut « belge » actuel, sous la réserve de quelques ajustements. Dans mes écrits,  j’explique tout cela en détail.

 6. « Mais il y a une raison beaucoup plus terre à terre pour laquelle le rattachement à la France, je pense, ne se fera pas : c’est que, dans la Belgique actuelle, le personnel politique est comme un coq en pâte, avec les 7-8 Parlements et gouvernements et ministres à tous les étages. Ça fait beaucoup de postes et de places. Mais dans une France hyper-centralisée avec un seul gouvernement, un seul Parlement, que deviendrait tout ce petit monde ? Combien de nos 20 ministres francophones auraient une chance de se retrouver aujourd’hui dans un gouvernement de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy ? Deux ou trois tout au plus. Les autres n’ayant pas le niveau, tout simplement. C’est, à mon avis, le plus gros obstacle au rattachement à la France. »

 E. Delruelle pointe là un problème réel, mais lui donne trop d’importance. Tout d’abord, dans mon schéma d’union-intégration (dit aussi « intégration-autonomie »), tous les « postes » locaux (régionaux notamment, mais pas les postes « communautaires ») sont maintenus (donc un Parlement et un Gouvernement wallon identique à aujourd’hui, et de même pour Bruxelles), avec leur statut de « coq en pâte ».  Ensuite, sachant que la République compte 920 Députés et Sénateurs, une simple règle de trois (environ 4,5 millions de Franco-Belges pour 66 millions de Français) permet de voir que la Wallonie et Bruxelles auraient le bénéfice de plus de soixante sièges : la perte ne serait pas trop grande, en nombre, pour ce type de poste (au regard de l’effectif actuel des Franco-Belges au Parlement belge), et le standing ne serait pas moindre… Reste la question des postes ministériels « nationaux ». Un ou deux, certes, et pas plus, pour des politiciens franco-belges au Gouvernement français, c’est exact (et leur niveau n’est pas en cause). Mais quand les politiciens wallons de premier plan seront confrontés, après l’effondrement des transferts financiers inter-régionaux, à l’alternative de devoir  imposer une baisse drastique de niveau de vie aux Wallons ou de pouvoir l’éviter en adoptant la « solution française » (voir l’analyse du Professeur Gazon sur le site de l’A.W.F.), ce petit « handicap » ne pèsera pas lourd (et d’autant moins lourd que nos éminences garderont « tout le reste »). Et quand Bruxelles sera  encerclé par le nouvel Etat flamand hostile, les politiciens bruxellois penseront de même.

 7. « D’ailleurs, un des parlementaires français notait comme une preuve qu’il n’y a pas de volonté de scission du pays le fait que « les responsables politiques du nord et du sud ont l’air de bien s’entendre sur le plan personnel ». On ne saurait mieux dire que les politiques francophones préféreront sans doute longtemps s’arranger avec les nationalistes flamands plutôt que de se fondre dans le moule rigide de l’Etat  français. »

 Non justement, ça ne pourra plus durer bien longtemps, parce que les nationalistes flamands ne le veulent pas… En 2011, on est passé assez près de la « fin », et un sursis a été obtenu au prix du sacrifice des intérêts des Franco-Belges péri-bruxellois et d’une étape de plus dans le démembrement de la structure fédérale (défavorable à la  Wallonie). La prochaine fois sera la bonne (une fois que la fiscalité aura été « régionalisée » et les transferts « épuisés »), comme l’ont compris nos rapporteurs « français ». Mais, diplomatie française et souveraineté belge obligent, ils ne pouvaient  aller plus loin et donc en dire plus… Il s’agissait d’un « rapport d’information », rien d’autre.

 8. Il y a 153 ans, les Savoyards et les Niçois, populations et élites confondues, dirigés de Turin, et qui s’en trouvaient bien, n’imaginaient pas et ne voulaient pas devenir « français » (pourtant ce qu’ils étaient déjà, tout en voulant l’ignorer, comme la plupart des Franco-Belges de nos jours). Deux ans plus tard, en 1860, ils le devenaient, « français », avec leur assentiment, et sans coup férir… puisqu’ils le sont toujours.

                                                                                               Jacques Lenain

« Le Monde » découvre à son tour le rapport Lecou-Kucheida

Le rapport français sur la situation politique belge continue à faire parler de lui. Ce vendredi 25 mai, c’est Jean-Pierre Stroobants, correspondant du quotidien « Le Monde » à Bruxelles, qui s’est emparé du sujet.

C’est un rapport de l’Assemblée nationale passé inaperçu en France mais qui fait du bruit au royaume d’Albert II.

Une mission de la commission des affaires étrangères s’est rendue à deux reprises en Belgique, en juillet 2011 et janvier 2012, pour «chercher à comprendre les ressorts profonds de la crise» qu’a connue le pays. Après 541 jours sans gouvernement (record mondial battu), celui-ci a trouvé une issue à la fin 2011 mais il est vraiment «passé au bord du gouffre», écrivent les rapporteurs, Robert Lecou (UMP) et Jean-Pierre Kucheida (PS) dans leur document prudemment intitulé «La Belgique en quête d’un nouvel équilibre».

Ce regard extérieur devait forcément intéresser une population qui, pour être habituée aux interrogations existentielles et aux ressentiments réciproques des Flamands et des Wallons, s’inquiète quand même des divers pronostics quant à son propre avenir. Cette mission officielle qui commençait par souligner qu’elle avancerait «en s’abstenant de toute considération sur les nombreux scénarios qui peuvent être échafaudés» n’annonçait toutefois rien de très neuf.

Erreur ! Dans ce document de 110 pages, les députés brossent non seulement un tableau complet de l’histoire complexe de «ce pays qui mérite bien plus que l’indifférence dans lequel on le tient bien souvent» mais ils formulent des constats qui font mouche.

Comme celui-ci: «Le thème de la séparation est devenu une hypothèse de travail crédible pour les acteurs de la vie politique.» Et donc plus seulement pour les observateurs.

Au total, c’est un panorama assez sombre que la mission a retiré de ses entretiens en Belgique,  «comme si Flamands et francophones n’avaient plus grand-chose à se dire», relèvent les rapporteurs, soulignant le risque de ne lire la société belge qu’au travers du prisme communautaire mais évoquant, en même temps, l’omniprésence de celui-ci.

Echec complet

Pas étonnant, dès lors, que les députés aient cherché à en savoir plus sur le parti qui menace les derniers équilibres de cet Etat fragile, l’Alliance néo-flamande (NVA) de Bart De Wever. Ils ont rencontré ce dernier et concluent que sa formation menace tant le système traditionnel des partis que le système fédéral.

M. De Wever leur a expliqué que la Belgique n’est rien d’autre que «l’addition de deux démocraties» et «un échec complet».

Les proches du président De Wever ont vu rouge en lisant dans un magazine que celui-ci avait été qualifié par le rapport d’«idéologue froid» et que sa formation avait «une composante fasciste».

La première affirmation venait, en fait, d’une conseillère de l’ex-premier ministre Yves Leterme, la seconde d’un autre membre de la commission des affaires étrangères, lors de l’examen du rapport.

Protestant contre «une méconnaissance de la réalité flamande», un sénateur de la N-VA s’est insurgé contre l’image ainsi livrée de son parti. Karl Vanlouwe a cependant fini par donner raison aux députés français. Ils ne croient plus en l’avenir belge ? «Leur analyse est correcte, ils ont raison de se montrer inquiets», a-t-il expliqué au Vif-L’Express.

Jean-Pierre Stroobants

Comment l’Etat français voit l’évolution de la Belgique

Robert Lecou, député UMP de l’Hérault, et Jean-Pierre Kucheida, député PS du Nord-Pas de Calais, ont déposé un rapport de 113 pages  à la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale sur “La situation intérieure de la Belgique”.

Si le diagnostic de ce rapport est très correct et si l’analyse est  fouillée, la conclusion, rédigée en 4 §, n’est pas de nature à enflammer les réunionistes wallons : Belgique “conférence de diplomatie permanente”, “démocratie consociative”, “laboratoire de l’Europe” sont des clichés au refrain bien connu. Des mots pour ne pas conclure trop vite à la mort de la Belgique. Il en va de même sur l’estimation à 15 ou 20 % de l’option séparatiste en Flandre en complète contradiction avec les résultats électoraux… Diplomatie oblige !

On aurait tort, pourtant, de ne pas voir, au-delà du devoir de réserve et du souci d’informer, combien la France officielle a intégré l’hypothèse de la fin prochaine de la Belgique. Et combien la France est accueillante. Que les autorités françaises ne forcent pas la main des Wallons, c’est assez normal.

La balle est clairement dans le camp des Wallons. Que l’on en juge par cet échange à l’Assemblée nationale (française) :

Jean-Pierre Kucheida (PS), co-rapporteur

« Quel avenir peut-on entrevoir pour la Belgique ? Mon sentiment est que ça va durer ce que ça va durer… Le principal message de la plupart de nos interlocuteurs était : « on va bien voir ». (…) J’ai l’intime conviction que les Flamands ne seront jamais satisfaits dans le cadre actuel de la Belgique; ils ne pourront être satisfaits que si le cordon belge est coupé ou, tout au moins, largement distendu. J’en veux pour preuve la critique permanente qu’ils adressent aux Wallons, en oubliant que la prospérité passée de la Wallonie a été bénéfique pour la Flandre. »

Jacques Myard (député UMP)

« Ça fait 30 ans que les rapports de fin de mission des ambassadeurs de France en Belgique nous disent que « la Belgique n’existe plus ». La question que l’on doit se poser, c’est : que fera la France ? »

Jean-Pierre Kucheida (PS), co-rapporteur

« La France doit-elle ignorer les difficultés des Wallons ou offrir de les accueillir ? Nous avons posé cette question à nos interlocuteurs wallons, qui n’ont pas exprimé le souhait de rejoindre la France. »

Nous vous invitons à découvrir l’ensemble de ce rapport (facile à consulter) sur le site de l’Assemblée nationale : ici.

La Wallonie s’invite dans les présidentielles françaises

Comme d’ habitude, l’élection  présidentielle française passionne les Wallons et  les Bruxellois francophones. Il n’est que Bel-RTL et la Première de la RTBF pour, dans leur chronique journalière, trouver la campagne morose, ennuyeuse, de bas échelle. Il est quand même paradoxal de voir ces deux stations de radio consacrer une part d’antenne journalière à un événement qui vole aussi bas !

Il n’entre pas dans les intentions de l’A.W.F., mouvement pluraliste, de prendre parti pour l’un ou l’autre candidat.

Cela ne doit pas nous empêcher de vous faire part d’écrits ou de paroles de candidats qui osent s’aventurer sur le terrain de la Belgique française. Cela nous change du couplet diplomatique du Quai d’Orsay qui concerne notre avenir : « ni ingérence, ni indifférence ».

Par contre, vous ne trouverez pas ici d’écrits des extrêmes dont les programmes sont en contradiction évidente avec les statuts de l’A.W.F. : ainsi, vous n’y trouverez nulle trace de Mme Le Pen, ni de Mme Arthaud.

Deux candidats se sont exprimés sans ambiguïté pour la réunion de la Wallonie à la France : Nicolas Dupont-Aignan, candidat gaulliste, et Jean-Luc Mélenchon, candidat du front de gauche. Ne boudons pas notre plaisir.

Vous trouverez ci-après des extraits significatifs du livre de J-L Mélenchon « Qu’ils s’en aillent tous ! » qui concernent la Belgique puis l’interview du candidat du Front de gauche par la journaliste de la RTBF Charline Vanhoenacker. Dans la dernière ligne droite qui précède le premier tour des élections présidentielles, nous nous ferions un plaisir de voir d’autres candidats parler de l’avenir de la Wallonie. Nous ne manquerions pas de répercuter sur notre site le contenu de leur déclaration…

Paul Durieux

       1 . Extraits du livre de J-L Mélenchon

 (…)

 A mesure que les problèmes sociaux s’accroissent, les solidarités se brisent. Les uns ont tendance à vouloir se séparer des autres pour pouvoir vivre mieux. C’est ce qui arrive en Belgique, par exemple. Les Flamands veulent se séparer des Wallons pour constituer une entité indépendante. Que feront les Wallons si un tel projet aboutissait ? Personne n’en souffle mot.  Pourquoi ?

 Tout le monde sait que la Belgique est un État totalement artificiel, inventé à une autre époque par les Anglais pour tenir les Français à distance des ports les plus proches de leurs côtes. Ceux qui aiment l’Histoire savent combien les Wallons se sont impliqués dans les démêlés français. On peut imaginer sans peine, dans le cas où les Flamands se sépareraient, que les Wallons veuillent leur rattachement à la République française.

 Nombre de Français — comme moi — s’en enthousiasmeraient. Pas vous ? Mais ce serait quand même un sacré changement du tracé des frontières dans l’Union. Ah ! mais, direz-vous, il y a le précédent de l’unification allemande. N’empêche ! Ça ferait vraiment une très grande France. Et quelques inquiets, pas vrai ? Notons que la réunification allemande aussi souleva des problèmes, même si on les a bien étouffés. D’autres cas de ce genre, à l’est de l’Europe ou au sud seraient autrement plus tendus. On ne peut prévoir grand-chose sur ce point. Mais on ne peut ignorer le sujet. Et notre devoir est d’y penser, même si on n’en parle jamais.

Et nous, Français, première population de l’Union dans quinze ans, premier territoire par l’étendue, deuxième PIB du vieux continent, puissance nucléaire, nous ne pouvons nous contenter d’attendre ce que trouveront utile de faire des ectoplasmes du genre du chrétien-démocrate belge Van Rompuy et de la baronne travailliste anglaise Ashton, ces poules mouillées de l’Union européenne élevées sous le parapluie américain. Au contraire, nous devons assumer et proposer, sans complexe.

(…)

Postface à la 2e édition d’octobre 2011

Un an après

(…)

Je veux parler encore d’Europe. Certes, j’y consacre de longues notes sur mon blog. Je sais à quel point le sujet ennuie tout le monde. On a tort. La partie du monde se joue là. En tout cas pour nous. Et l’incurable nullité des autorités qui la dirigent ne peut servir de prétexte à se dissuader d’agir. Ni de parler avec la puissance que nous donne notre pays.

 La France n’est pas la cinquième roue du carrosse, mais la deuxième puissance économique de l’Union, pour l’instant, après la sénescente Allemagne. Le trouble qui secoue l’Union est notre affaire intérieure (…).

 J’ai bien remarqué qu’on n’aimait pas du tout mes anticipations sur l’implosion de la Belgique ! Après avoir vu passer plus d’un an sans gouvernement du fait des ethnicistes flamands, le silence est tombé ! Dommage. Que la région capitale de l’Union européenne dont est issu le président permanent du Conseil européen soit dans cet état ne soulève aucune passion et guère de commentaires. Les feux de la rampe sont ailleurs. La question reste (…).  N’avons-nous rien à dire aux Wallons délaissés et méprisés ? J’ai donné ma réponse personnelle. Il faudrait ouvrir les bras.

Et ne pas repousser ceux qui voudraient venir. Cette idée court depuis au moins quatre siècles. Que m’objecte-t-on ? Rien. Des haussements d’épaules futiles. L’Histoire broie ceux qui se moquent d’elle. J’aime ma patrie républicaine, je ne siège pas chez les étourdis (…).

       2.      L’interview

Au micro de Charline Vanhoenacker (RTBF), Jean-Luc Mélenchon s’est prononcé pour un rattachement Wallonie-France si la Flandre devait jouer cavalier seul.

Le candidat du Front de gauche à la présidentielle française l’a annoncé, s’il était élu président de la République, il se prononcerait en faveur d’un rattachement de la Wallonie à la France.

Cette déclaration, il l’a faite à la journaliste Charline Vanhoenacker, de l’émission « Arrêt sur images » qui l’a interpellé à sa sortie de France 2, après l’émission « Des paroles et des actes ».

« Je crois que le cœur des Wallons est majoritairement républicain, a-t-il dit. Nous sommes unis par des liens extraordinairement forts ». Il a également promis de s’intéresser à la question quelle que soit l’issue de l’élection.

Pour entendre l’ensemble de la réponse donnée par Jean-Luc Mélenchon, voici le lien.

Valmy au-delà du brouillard

Christian Darlot, chercheur au CNRS, militant souverainiste actif au Comité Valmy, a écrit en 2008, pour l’Observatoire de l’Europe, un article intitulé La crise politique belge et le droit international (à lire absolument ici).  Il nous envoie ce commentaire au texte de Jacques Lenain sur la façon dont Nice et la Savoie sont devenues françaises en 1861. La force de son propos, qui touche à l’avenir proche autant qu’au passé, nous pousse à lui donner plus de visibilité, ne serait-ce que pour nourrir la réflexion et le débat.

D’autres exemples illustrent les évolutions sociales décrites dans cet excellent article :
– Le Nord de la Picardie passa de la souveraineté française à la souveraineté habsbourgeoise, puis repassa dans l’autre sens un siècle après. Les élites furent constamment fidèles au prince, même lorsqu’elles changèrent de prince.
– La Franche-Comté fut conquise par les armes. Le peuple fut soulagé de ne plus devoir supporter les va-et-vients des armées espagnoles, mais les élites grognèrent de devoir abandonner leurs privilèges. La paix, et les dépenses de construction des fortifications qui donnèrent du travail et firent circuler de la monnaie, rallièrent les mécontents.
– La Lorraine, malgré une dynastie pluri-séculaire, se rallia au pouvoir qui assurait la paix.
– Plus caractéristique encore : l’Alsace, purement allemande jusqu’en 1648, subit les atroces dévastations de la Guerre de Trente Ans. Les soldats français furent, comme on dit, “les moins pires” et évitèrent le retour d’autres bandes armées. L’annexion progressive par la France, en un demi-siècle, soulagea les habitants dont la fidélité ne s’est depuis jamais démentie.

Mais des échecs fournissent des contre-exemples :
– En 1945, après un quart de siècle d’oppression, les habitants du Val d’Aoste auraient voté comme un seul homme en faveur de la France, au dire des observateurs de l’époque (le premier vainqueur du Tour de France n’était-il pas valdôtain ?). Mais les Anglo-saxons s’y opposèrent, tant pour ménager l’Italie que pour affaiblir la France. Un agrandissement territorial est en effet une preuve traditionnelle de victoire et de puissance, et les Anglo-saxons s’activaient à éliminer la France du Proche-Orient.
– Le régime politique colonial français n’était pas plus injuste que le régime de domination de classes en France métropolitaine, mais il s’exerçait sur des peuples différents, auxquels étaient imposées des “injonctions contradictoires”. La durée et l’âpreté de la guerre d’Algérie s’expliquent en partie par le fait qu’une proportion notable d’Algériens étaient en voie d’assimilation à la culture française, ce qui incita les gouvernements français à tenter chimériquement l’assimilation complète, et les nationalistes algériens à relancer sans cesse la politique du pire.

Pour préparer l’avenir, il faut considérer les relations sociales :
– Les classes dominantes françaises militent activement pour la vassalisation de la France à l’empire anglo-saxon et à ses relais européens, l’Union européenne et l’Allemagne. La disparition de l’Etat républicain leur paraît en effet indispensable pour maintenir leur domination sur le peuple. Elles rêvent de devenir anglo-saxonnes de langue et de culture pour se séparer du peuple. Depuis quarante ans, au nom de la “construction européenne”, les gouvernements français successifs ont constamment favorisé les intérêts de l’Allemagne, de l’Angleterre et des Etats-Unis. Au besoin, les classes dominantes françaises feront tout pour soumettre la France et nuire à ses intérêts nationaux.
– Au nom de l’internationalisme, les gens qui s’imaginent de Gauche soutiennent cette politique d’abaissement. Réfléchir à une situation réelle dépasse leurs moyens intellectuels. Envisager l’existence même d’intérêts nationaux les scandaliserait, au nom de l’idéal et des bons sentiments.
– Le désastre économique, politique, social, culturel et moral, qui est en cours en France comme partout en Europe et dans une grande partie du monde, a pour causes le libre-échange absolu, l’abandon de la souveraineté monétaire et l’émigration mentale des classes dominantes. Ce désastre n’est toutefois pas encore irréversible.
A moins d’un coup de force, l’euro et l’Union européenne vivent vraisemblablement leurs derniers mois, et la Belgique a peu de chances de survivre à l’euro.

Pour le moment, les personnalités capables de fédérer les énergies sont éliminées du champ politique par les médias. Mais des événements se déclencheront, sans que l’on puisse en prévoir l’origine, ni la date, ni la nature. Le principal risque est que le système politique soit déjà détruit lorsqu’ils se produiront, mais l’expérience politique des peuples palliera en partie ce manque.

Comme toujours, c’est une dynamique sociale et politique qui l’emportera, mais elle n’est pas prédéterminée, et les actes politiques compteront. Si l’on demandait aux Wallons et aux Bruxellois : “Préférez-vous la reine Paola ou la reine Carla ?”, la réponse serait évidente, mais ce n’est pas ainsi que les questions se poseront !

Bref, comme toujours, la question nationale et la question sociale auront même réponse.

Christian Darlot (France)

Note de l’AWF : A tous ceux qui voient dans la crise actuelle une opportunité pour approfondir la solidarité européenne et faire un pas décisif vers de futurs « Etats-Unis d’Europe », nous signalons que Franco Frattini, ancien Commissaire européen, Président de la Fondation Alcide De Gasperi, vient d’écrire un article intitulé L’Union européenne, un projet d’unification continentale, un projet d’avenir (à lire sur le site de la Fondation Robert Schuman : ici). Un condensé de cet article a été publié par Le Monde dans son édition d’aujourd’hui (ici). Perspective réelle d’une Europe enfin citoyenne ou discours incantatoire en marge de la réalité ? A chacun de se faire une opinion, dans l’attente d’y voir plus clair…

Sur l’Europe d’aujourd’hui, voici aussi l’avis de Jean-François Kahn : ici.