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15 novembre 2016 : jour de fête…!

La Wallonie altermondialiste

Lu ce vendredi sur le site du journal Le Monde :

André Antoine, président du Parlement wallon : « le débat sur le traité avec le Canada commence »

Le Parlement de la Wallonie a approuvé à une très large majorité, vendredi 14 octobre, une motion déposée par les deux partis de la majorité régionale (socialiste et centriste) prônant le rejet, par la Belgique, du projet d’accord commercial Union européenne-Canada (Ceta). Le texte adopté demande toutefois au gouvernement fédéral belge de renégocier cet accord – ou du moins sa « déclaration interprétative » – avant la signature définitive, prévue initialement pour le 27 octobre.

André Antoine, le président centriste de l’assemblée, détaille pour Le Monde, la position de la Wallonie, susceptible de mettre à mal tout le projet, dès l’instant où l’un des 28 États membres dirait ne pouvoir y souscrire.

Comment faut-il interpréter le vote ?

D’abord comme une victoire de la démocratie. Les traités sont généralement des enjeux pour les technocrates, les multinationales et les lobbies qui mènent des négociations dans la discrétion la plus totale. Puis, c’est aux parlementaires, privés de la capacité de négocier et de fixer des conditions, de voter le texte tel quel. Dans ce cas-ci, nous avons ouvert le capot du CETA, contrairement à d’autres – dont certains députés canadiens, j’ai pu m’en rendre compte.

Nous avons envoyé, dès le mois d’avril, un signal clair à nos amis Canadiens, Français et à la Commission européenne, en priant cette dernière de l’entendre. Nous avons ensuite étudié et réétudié les textes et, jeudi soir, nous avons découvert que la déclaration interprétative qui nous a été soumise par morceaux pouvait être contraignante, à condition toutefois d’être rédigée avec précision. Nous avons aussi découvert que nous pouvions encore ajouter des éléments de fond. Donc, à mes yeux, le débat sur le Ceta commence aujourd’hui.

Vous pensez réellement pouvoir infléchir ce traité ?

Oui. Nous sommes en quelque sorte des lanceurs d’alerte et j’espère vraiment que l’on nous entendra désormais. Des valeurs démocratiques sont en cause, et pas simplement des intérêts privés. Le Ceta est un traité d’une nouvelle génération, qui peut conditionner tous les traités futurs. Nous devons donc nous montrer inflexibles quant à certains principes. Nous ne pouvons, par exemple, accepter que des juges privés conditionnent le droit européen ou le droit national. Nous ne pouvons pas tolérer que, demain, nous puissions édicter des normes mais, pour cela, devoir procéder à des indemnisations. C’est heurtant pour la démocratie et pour les citoyens, qui élisent leurs représentants.

L’enjeu véritable est de savoir si la démocratie peut encore jouer son rôle face aux exigences de multinationales qui ont eu l’oreille de technocrates européens. On ne peut plus déterminer la destinée de nos sociétés sans entendre les représentants des citoyens, élus démocratiquement dans les parlements.

Vos amis du Parti populaire européen, comme les socialistes, admettent l’idée que ce traité est bon, peut-être même le meilleur jamais négocié…

Dès l’instant où il est d’un nouveau type, heureusement qu’il est meilleur que les précédents. Je le reconnais, nous avons parfois voté ceux-ci à l’aveugle, et je le regrette. Mais, désormais, il faut fixer des balises beaucoup plus nettes. Le principe de précaution, par exemple, qui est au cœur des traités européens, n’est pas suffisamment affirmé. Nous voulons, par ailleurs, que l’un continue à faire confiance aux juges nationaux pour trancher les litiges, sans donner l’impression à l’opinion qu’ils sont incompétents. L’exception agricole n’est, elle non plus, pas rencontrée et il est inacceptable que l’on obtienne la reconnaissance de quelques fromages en échange des importations de tonnes de viande produites dans des conditions sanitaires et de recherche de rentabilité incompatibles avec nos normes. Ce qui ne fera qu’aggraver les conditions, déjà difficiles, de nos agriculteurs.

Enfin, le rôle des services publics et des services sociaux doit beaucoup plus affirmé dans le texte.

Une élue de votre opposition libérale a évoqué le risque de voir la Wallonie devenir « la Cuba de l’Europe »…

Jolie formule mais même Cuba s’ouvre aujourd’hui, prouvant que la solitude n’est jamais définitive. Ce n’est pas parce que nous sommes seuls pour l’instant que nous ne pouvons pas partager nos convictions. D’ailleurs, nous avons entendu les réticences du chancelier autrichien ou de parlementaires néerlandais. Nous savons que, jusque dans les dernières heures, Roumains et Bulgares ont négocié ferme pour la question des visas qui leur étaient imposés. Nous avons aussi vu les Grecs batailler. La Wallonie ne doit pas avoir de complexes dès lors qu’elle a la force de justes convictions.

Le ministre-président de votre Région, Paul Magnette, devait discuter avec François Hollande après ce vote. Vous pensez que la France peut encore vous aider ?

Oui. Parce que s’ils manifestent, à juste titre, leur opposition au Traité avec les États-Unis, les Français doivent savoir que, par certains aspects, le CETA ressemble bel et bien au TTIP. Le président Hollande peut faire entendre une autre voix que celles des multinationales et de l’argent. Je me souviens d’ailleurs de sa promesse : « Je ne serai pas le président de l’argent ». Il a donc l’occasion unique d’être à nos côtés pour imposer ses valeurs.

Propos recueillis par Jean-Pierre Stroobants (Namur, envoyé spécial).

P.S. : Si le CETA est soutenu par les autorités françaises, il n’en provoque pas moins, en France, les mêmes réactions qu’en Wallonie. Ainsi, ce 15 octobre, les Economistes Atterrés (« un collectif de chercheurs, universitaires et experts en économie de gauche ») n’ont pas hésité à signer une tribune intitulée : Gloire aux Wallons!

Lire aussi : Rejet wallon du CETA, nouvel accroc pour le libre-échange sur le site du Monde diplomatique.

La Belgique n’aidera pas la Wallonie

Il semblerait que la Wallonie soit poussée à revoir son train de vie. Il y a pourtant des projets qui attendent un financement. Il y a le rôle économique et social de la Région. Il y a la concurrence avec le reste du monde. Il y a le poids des réalités, celui des chiffres et des contraintes. Il y a les premiers effets de la 6e réforme de l’Etat. C’est un appauvrissement collectif qui se dessine. Il faudra s’habituer… ou réagir ensemble.

Lu ce vendredi sur le site du journal L’Echo :

Le ministre du Budget prépare un plan pour améliorer l’état de la dette et éviter un abaissement de la note financière de la Région.

Un léger vent de panique souffle à nouveau sur les finances wallonnes. Après le trou budgétaire qu’il a fallu colmater au mieux pour boucler le budget 2017 sans trop laisser filer le déficit, le ministre du Budget Christophe Lacroix (PS) s’attaque à un autre gros morceau: la dette wallonne.

Après le big bang de 2014 et la requalification du périmètre de la dette wallonne par l’Institut des comptes nationaux pour voir celle-ci flirter autour des 21 milliards dus à l’intégration des dizaines d’entreprises et organismes publics imposée par l’Europe, la coalition PS-cdH, aux commandes en Wallonie, ne s’était plus trop penchée sur le dossier. Le problème refait aujourd’hui surface au point de voir le cabinet du ministre du Budget travailler sur un plan d’optimisation.

Pourquoi toute cette agitation aujourd’hui? La dernière visite de l’agence de notation Moody’s à Namur est l’élément déclencheur. Dans son dernier rapport transmis au cabinet du ministre du Budget cet été, l’agence américaine a tout bonnement dégradé la perspective de la notation de la Région wallonne de A1 perspective stable à A1 perspective négative.

« Un signal »

Moody’s souligne que, malgré l’autonomie fiscale dont dispose la Région, cette dernière n’a pas planifié de lever des recettes supplémentaires pour atténuer les déficits budgétaires. « C’est un signal à prendre en compte », dit-on dans l’entourage de l’Elysette. Moody’s n’en restera pas là! Ses experts ont programmé une nouvelle visite chez Christophe Lacroix en fin d’année. Et, sans un réel changement, la sanction pourrait être sévère. « Nous craignons que Moody’s abaisse notre note financière si rien ne s’améliore », fait savoir un proche du dossier. D’où ce vent de panique!

Dette directe

Les derniers débats politiques autour de la requalification des outils wallons et l’explosion inévitable de la dette globale de la Wallonie ont occulté un point fondamental de la situation financière de la Région: la dette directe. Elle représente les différences entre les recettes du Service public de Wallonie (SPW) et les dépenses du budget wallon. Moins médiatisée, la dette directe est en constante progression depuis plusieurs années. À 6,6 milliards en 2012 selon les calculs du Conseil supérieur des finances, elle ne cesse d’augmenter pour flirter aujourd’hui autour des 9 milliards d’euros. « Pour 2016 par exemple, la Région devra lever un milliard pour financer son solde primaire (c’est-à-dire la différence entre les recettes et les dépenses, NDLR)« , pointe un expert. Bref, la situation est délicate, même si, chez le ministre Lacroix, on relativise la charge de la dette directe. « En 2017, cela représentera 316 millions, soit 2,37% du budget. »

Si la Région a déjà pris quelques mesures pour diminuer son train de vie ces dernières années et limiter les déficits, cela ne suffit pas. « La situation n’est pas à minimiser, il faut agir », admet le cabinet Lacroix. « Des propositions politiques doivent être faites pour alléger et simplifier la dette. »

Parmi les pistes étudiées, on évoque un rapatriement des réserves de trésorerie des unités d’administrations publiques. Les montants ne sont pas négligeables. Des outils publics comme la SRIW, la Sowalfin ou les invests sont assis sur un paquet d’argent qu’on évalue à près de 1,2 milliard. « Cette trésorerie n’est pas prise en compte dans le calcul de la dette de Moody’s. Cette opération permettra d’améliorer la situation de trésorerie de la Région wallonne et impactera donc à la baisse la dette telle que calculée par Moody’s », souligne le cabinet du Budget.

L’autre solution est d’acheter des billets de trésorerie au sein de certaines entités publiques wallonnes. « Cette opération a l’avantage d’optimaliser l’utilisation du cash au sein de notre périmètre. Ceci permettra donc de diminuer le recours externe aux capitaux ». La mise en place de l’agence de la dette wallonne – dont le travail consistera à minimiser les coûts de cette dette – est aussi attendue avec impatience.

Il restera ensuite à attendre le verdict de Moody’s!

Il y a encore beaucoup de travail

Quand la Wallonie existe, la Belgique disparaît

Sur le même sujet, lire notre article Charles de Gaulle et Karel De Gucht.

Nous revenons sur un fait politique dont les médias belges francophones n’ont pas suffisamment parlé, nous semble-t-il : le « non » du Parlement wallon au traité de libre-échange avec le Canada (et, à fortiori, avec les Etats-Unis). Ce fait de résistance au pouvoir économique est de nature à contrarier l’Union européenne, du moins celle dont le projet se résume à lever tous les obstacles à la mondialisation des échanges. Puisque ces traités controversés n’entreront en application qu’après un vote favorable des différents parlements européens, la Wallonie pourrait exercer un droit de veto qui fait déjà bondir la Flandre et donne encore une fois l’occasion de s’interroger sur cette union de la Wallonie et de la Flandre à laquelle on a donné le nom de Belgique.

Voici comment ont réagi Veerle Wouters et Hendrik Vuye, députés N-VA. Leur texte a été publié dans le « Knack » du 2 mai 2016. La traduction est de Jules Gheude.

« Le PS et le CDH en résistance contre la Flandre pour sauver la Belgique : leur Belgique est donc une Belgique sans la Flandre »

veerle-wouters-en-hendrik-vuye-maat-van-de-monarchieLe commerce extérieur est une compétence flamande, mais la Flandre est loin de disposer de tous les leviers pour pouvoir exercer pleinement cette compétence. La résistance wallonne contre le CETA et le TTIP paralyse et appauvrit la Flandre, estiment les députés Veerle Wouters et Hendrik Vuye (N-VA), coprésidents de Objectief V, Studiecentrum confederalisme.

La Flandre se projette économiquement sur la carte avec des missions à Cuba et en Inde. Ce n’est pas un hasard. Dans une double interview accordée au « Standaard », le ministre-président Geert Bourgeois (N-VA) et Claire Tillekaerts de Flanders Investement & Trade (FIT) soulignent l’intérêt de l’export pour la Flandre. Et la politique porte ses fruits.

Tillekaerts explique que l’enquête de satisfaction réalisée auprès des entrepreneurs révèle que 80% des contacts menés par le FIT sont positifs pour les entreprises. Un record en Europe.

L’export belge n’existe pas

Et les résultats flamands sont bons. Selon les chiffres de FIT, la Flandre a exporté en 2015 pour 288,8 milliards d’euros. La part de la Flandre dans l’export belge s’élève à 83,1%. Les exportations wallonnes représentent 14,6% et celles de Bruxelles, 2,3%. La Flandre est ainsi le sixième plus gros exportateur au sein de l’UE, après l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, le Royaume- Uni et l’Italie.

En fait, l’export belge n’existe pas. C’est de l’export flamand, une réalité que les rêveurs de la refédéralisation ne veulent pas voir.

La Wallonie, nouvelle Madame Non

Les accords de libre-échange sont d’un intérêt capital pour la Flandre. Une économie ouverte ne peut s’en passer. La discussion politique porte depuis quelque temps sur deux traités, le traité commercial entre l’Europe et le Canada (CETA) et le traité commercial entre l’Europe et les Etats-Unis (TTIP).

En 2015, la Flandre a vu ses exportations croître de 11% en Amérique du Nord. La quasi-suppression des droits de douane et l’élimination des tarifs pour l’agriculture et l’industrie chimique et pharmaceutique peuvent avoir ici un effet bénéfique.

C’est précisément dans ces dossiers que le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) et le Parlement wallon se manifestent négativement. Il y a quelques jours, le PS, le CDH, Ecolo et le PTB ont voté une résolution contre le CETA.

En Région bruxelloise aussi, il y a une opposition aux traités commerciaux. Dans son édition du week-end, « Le Soir » titrait même : « La Wallonie, nouvelle Madame non ». Le président du CDH, Benoit Lutgen, appuie encore un peu plus sur l’accélérateur lorsqu’il précise que le CDH entre en résistance pour sauver le pays.

A la Chambre et au Parlement flamand, il y a pourtant une majorité en faveur du TTIP et du CETA. Comment les choses vont-elles se passer ? La Flandre va-t-elle plier sous un non wallon ?

Commerce extérieur et traités mixtes

A court terme, l’opposition francophone n’a guère de conséquence, si ce n’est de rendre la Belgique une fois de plus ridicule, en étant le seul Etat-membre de l’UE à s’abstenir par manque de consensus interne.

Mais qu’est-ce qui nous attend ? Depuis 2001, le commerce extérieur est une compétence flamande. Seuls le Ducroire – assureur-crédit public- et Finexpo – soutien financier aux exportations – sont encore fédéraux. Ces compétences sont tellement liées au commerce extérieur qu’il vaudrait mieux les transférer aux régions.

Le commerce extérieur est aussi étroitement lié aux relations extérieures. La règle veut que celui qui est compétent en interne l’est également sur le plan international C’est ici que commence la vraie misère. Sur le plan intérieur, les compétences sont morcelées avec pour conséquence que les relations extérieures le sont aussi. De nombreux traités sont mixtes : ils concernent aussi bien les compétences fédérales que celles des entités fédérées.

« Le PS et le CDH en résistance contre la Flandre pour sauver la Belgique : leur Belgique est donc une Belgique sans la Flandre. »

Les traités mixtes doivent être approuvés par le Parlement fédéral et les parlements régionaux concernés. Selon l’accord de coopération relatif aux traités mixtes, le traité ne peut avoir force de loi que s’il a été approuvé par tous les parlements concernés.

On ne sait toujours pas si le TTIP et le CETA sont des traités mixtes, mais il y a de fortes chances qu’ils le soient. La commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström est en tout cas de cet avis. Un non wallon paralysera la Flandre. Incroyable, lorsqu’on sait que la Wallonie ne réalise que 14,6% de l’export belge. Où est donc la fameuse « loyauté fédérale » ? L’opposition wallonne appauvrira également la Flandre, qui produit 83,1% des exportations belges. Où est donc la fameuse « solidarité » ?

A la place de la « solidarité » et de la « loyauté fédérale », le CDH diffuse même le tweet suivant : « Nous sommes entrés en résistance pour sauver notre pays ».

Paul Magnette utilise les mêmes propos dans « Le Soir ». Il décrit la Région wallonne comme une « terre de résistance de tout temps ». En résistance contre la Flandre pour sauver la Belgique : leur Belgique est donc une Belgique sans la Flandre.

C’est le droit des Wallons de rejeter le TTIP et le CETA. Nous ne le contestons pas. Ce que nous ne pouvons en revanche accepter, c’est que l’opposition wallonne paralyse et appauvrisse la Flandre. Chaque entité fédérée doit faire ses propres choix. Il ne reste dès lors plus qu’une solution : transférer aux régions tous les leviers économiques et fiscaux pour permettre à la Flandre de remplir pleinement son rôle de pays exportateur.

La Flandre restera ainsi un pays exportateur prospère et la Wallonie pourra jouer pleinement son rôle de « terre de résistance ».

Pourquoi paralyser les autres, quand on peut faire autrement ? Les bonnes âmes qui rêvent de refédéralisation se heurtent une fois de plus ici à la dure réalité qu’ils ne veulent pas voir : le fédéralisme de coopération n’existe pas, c’est un fédéralisme d’opposition stérile.

Sur le même sujet, voir aussi l’interview de Paul Magnette dans l’émission « Grand Angle » de TV5 Monde :

La Wallonie pose un acte politique

Lu sur le site de RTL-INFO :

La Wallonie n’accorde pas les pleins pouvoirs à l’Etat belge pour signer un traité transatlantique, la Flandre furieuse

Le parlement de Wallonie a approuvé mercredi, par 44 voix pour et 22 contre, une proposition de résolution inédite demandant au gouvernement wallon de ne pas accorder les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral pour signer le traité commercial de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA).

Les députés PS, cdH, Ecolo et PTB ont approuvé cette proposition, dont le thème avait été débattu durant près d’une vingtaine de réunions ces derniers mois au parlement régional, tandis que les députés MR (ainsi que le député indépendant) s’y sont opposés, défendant un traité « équilibré ».

Tel quel, la Wallonie rejettera ce traité

Le ministre-président Paul Magnette a fait part de son enthousiasme pour cette résolution et confirmé qu’il n’accorderait donc pas les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral. Ce vote doit donc être vu comme le lancement d’un « alerte » selon laquelle, si le CETA était présenté comme tel à la ratification du parlement wallon, ce dernier disposerait d’une majorité suffisante pour le rejeter, ont souligné les partisans de la résolution.

Précurseurs en Europe

Le parlement wallon est le premier, parmi les parlements de l’UE compétents pour donner assentiment aux traités internationaux, à lancer cet avertissement.

Le PS résume tout ce qui ne va pas dans le traité actuellement sur la table

Pour le PS, Olga Zrihen a rappelé que « les citoyens se sont emparés de ce traité, pourtant très technique, car il ne signifie pas seulement une baisse des tarifs (douaniers), mais bien une remise en cause de notre identité européenne ». « Nous ne sommes ni anti-atlantistes primaires, ni anti-échanges commerciaux, ce n’est pas non plus une opposition au Canada, car l’absence de garanties que nous dénonçons l’est aussi par la société civile canadienne ».

A ses yeux, le CETA risque de détricoter le modèle agricole de la Wallonie, notamment au vu de la taille des exploitations canadiennes, mais aussi les droits des travailleurs, les normes sanitaires, de protection des consommateurs et de l’environnement. Quant au règlement des litiges commerciaux, il mettrait en question la capacité à légiférer des États. « Nous ne fermons pas la porte aux traités commerciaux, mais ce vote peut être l’amorce d’un nouveau modèle de négociations commerciales ».

Pas conforme aux traités européens ?

Marie-Dominique Simonet (cdH) reconnaît que « tout n’est pas à jeter, mais nous lançons une alerte: le CETA ne présente pas les balises suffisantes, comme commencent à le souligner désormais l’Allemagne et la France pour un autre traité, le TTIP (UE-USA) ». Le CETA, « c’est un traité du XXe siècle, qui fait plus de ce que nous savons qui ne va pas! Panama Papers, Brexit, Cop21: il faut y mettre les éléments permettant d’atteindre les objectifs auxquels nous nous sommes engagés, or on ne les y retrouve pas », a-t-elle affirmé. Le Fédéral doit actionner sa capacité de demander à la cour de justice de l’UE si le CETA est bien conforme aux traités européens, raison pour laquelle les pleins pouvoirs lui sont refusés. A ses yeux, « notre parlement est un lanceur d’alerte ».

« Ce n’est pas un combat entre l’Europe et le Canada, mais entre les multinationales et la démocratie »

Hélène Ryckmans (Ecolo) va plus loin, voyant dans le vote de mercredi un « barrage au CETA », qui fait de la libéralisation des services la règle, sans garantie pour de nombreux services d’intérêt général non-inscrits. Quant à l’instance de règlement des litiges entre États et multinationales, les seuls gagnants sont les investisseurs et les grandes entreprises. Stéphane Hazée a qualifié le moment d’historique: « ce n’est pas un combat entre l’Europe et le Canada, mais entre les multinationales et la démocratie ».

« Tout le monde en Wallonie est contre ce traité »

Du haut de son perchoir, le président André Antoine (cdH), qui s’est fortement investi dans l’organisation des débats, a souligné à quel point ce dossier avait été « longuement instruit, à charge et à décharge ». Pour Paul Magnette, « tout le monde en Wallonie est contre ce traité, et pas par naïveté, mais au terme d’un vrai grand débat démocratique ». Il y voit un second avertissement à la Commission européenne, dont il a déjà averti la commissaire au Commerce Cecilia Malmström quant au risque de non-ratification par le parlement wallon si le traité était présenté comme tel. « Nous ne disons pas ‘non’ au CETA, mais nous doutons de la conformité aux traités européens et demandons à la Cour de justice des clarifications », a-t-il résumé. « Sommes-nous isolés ? Peut-être. Mais toute résistance a un commencement », a-t-il ajouté.

Le MR, tout seul pour la ratification de ce traité

Le son était diamétralement opposé pour la députée MR Virginie Defrang-Firket, qui a vanté les mérites de ce premier accord commercial entre l’UE et une des principales puissances économiques mondiales, facilitation des exportations et augmentation du PIB à la clé. L’agence wallonne aux exportations (AWEX) y est elle-même favorable, tandis que le ministre-président Paul Magnette déplore le fait que la Wallonie n’exporte pas assez, a-t-elle relevé. Elle a défendu un traité « équilibré », qui ne remet pas en question les standards de production européens et préserve les lignes rouges en faveur des services publics tels que l’eau, l’éducation, etc.

Geert Bourgeois furieux

Le ministre-président flamand, Geert Bourgeois (N-VA), a exprimé son exaspération après ce vote de défiance qui compromet la ratification belge du traité. « Cela va non seulement nous faire complètement perdre la face au niveau diplomatique, mais c’est aussi une menace directe envers notre économie et notre bien-être », a commenté le ministre-président flamand depuis Bangalore, en Inde, où il mène actuellement une mission économique flamande.

André Cools, le tribun républicain

On lui doit la création de la Région wallonne en 1980. Avec son tempérament de tribun populaire, il exprimait ce qu’il y avait de caractère au pays de Liège et dans la Wallonie industrielle. Homme d’action, de combat, de pouvoir, il mettait son poids politique au service de sa région confrontée à la désindustrialisation. Du Congrès national wallon de 1945 au Mouvement populaire wallon d’André Renard, en passant par les manifestations contre le retour de Léopold III, ses débuts en politique ont été marqués par la nécessité de repenser l’avenir de la Wallonie. 

Il y a 25 ans disparaissait André Cools. Sa commune de Flémalle se souvient. Voici ce qui a été publié aujourd’hui dans le journal La Meuse :

La Meuse du 20 avril

 

Le débat sur la suppression de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Le 21 mars dernier, Thierry Bodson, Christophe Collignon et Jean-Luc Crucke ont débattu avec nous de l’avenir de la Wallonie. Ils sont des partisans déclarés de la suppression de la fédération Wallonie-Bruxelles au profit des régions wallonne et bruxelloise. Ils ne poussent pas l’audace jusqu’à envisager ouvertement l’hypothèse d’une réunion de la Wallonie à la France. Sur ce point, c’est à l’AWF qu’il appartient d’apporter au débat, des éléments cruciaux dont le discours politique hésite encore à se saisir.

Nous publions ici le discours que Paul Durieux, président de l’AWF, a prononcé en ouverture de cette soirée consacrée à l’avenir de la Wallonie. L’intervention de Jules Gazon, économiste, professeur émérite de l’ULG, sera publiée demain.

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Mesdames, Messieurs, le rôle agréable de vous remercier de nous avoir rejoints ce soir  m’appartient comme président de l’AWF. Mais je voudrais aussi et surtout remercier les orateurs ainsi que le modérateur  qui nous ont fait l’honneur de répondre positivement à  notre invitation et enfin remercier les membres de l’Alliance qui ont travaillé à l’organisation de cette soirée.    

Pour beaucoup d’entre vous, je suppose que l’existence de l’AWF est une découverte. Permettez dès lors que je vous entretienne un instant de la genèse de notre mouvement, de ce que nous sommes et des objectifs que nous poursuivons.

Notre Alliance s’est créée dans la foulée du colloque organisé  de main de maître le 02 avril 2011 par le professeur Jules Gazon sous l’égide du Cercle Condorcet et de l’Université de Liège. Pendant deux ans et malgré de fortes pressions, nous nous sommes réunis de façon informelle pour réfléchir à la meilleure façon de donner une suite structurelle au thème  « l’après-Belgique ? » qu’avaient développé  d’éminents professeurs d’université (Eric Defoort, Eric David, Michel Mignolet, Philippe Van Parijs, Nicolas Thirion).

Paul DurieuxEn mai 2013 naissait l’AWF lors de sa première A.G. Nous sommes donc  un jeune mouvement qui ne cesse de se développer. Nous voulons insister sur le fait que nous ne sommes pas un parti politique. Il suffit de lire sur notre site les noms des personnes qui nous parrainent pour comprendre que nous regroupons des membres de tous les partis politiques démocratiques wallons, à l’exclusion de l’extrême droite (nos statuts nous protègent à cet égard) et de l’extrême gauche belgicaine qui raisonne toujours en terme de Belgique de grand-papa. Mais notre mouvement s’adresse aussi et surtout à des citoyens non encartés soucieux de l’avenir de la Wallonie.

Nous nous sentons les héritiers du Congrès wallon de 1945 qui, comme l’a très bien rappelé M. Philippe Destatte, Directeur général de l’Institut Jules Destrée  a été un véritable coup de semonce pour l’état belge. Les professeurs d’histoire feraient bien d’enseigner à leurs élèves ce que fut ce Congrès et de se référer pour cela à l’excellent livre du professeur de l’ULG Philippe Raxhon.

Toute prise de position qui force au débat nous intéresse. Il en va ainsi des déclarations de Ms Jeholet et Crucke, députés wallons MR, de Ms Collignon, Dermagne et Martin, députés wallons PS et de M. Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB wallonne. Voir des élus de droite et de gauche ainsi qu’un responsable syndical se rejoindre au-delà de leurs divergences sur la suppression de la fédération Wallonie-Bruxelles au profit d’une Belgique  à 3 voire 4 régions, nous a interpellés.

Nous sommes persuadés que régionalistes, autonomistes et réunionistes wallons ont un chemin à parcourir ensemble au plus grand profit de la Wallonie, mais aussi de nos amis de la Région de Bruxelles.

  1. Le régionalisme nous permettrait de réaliser des économies d’échelle  importantes et de réduire l’hypertrophie politico-administrative de nos deux régions.
  2. Le régionalisme  permettrait d’obtenir une politique de l’enseignement adaptée aux besoins de la société wallonne.
  3. Le régionalisme nous permettrait de promouvoir une politique culturelle étouffée aujourd’hui par le poids de Bruxelles dans la fédération qui nous unit.
  4. Le régionalisme serait également profitable pour nos amis bruxellois parce qu’il permettrait à la région wallonne d’être solidaire de la région de Bruxelles dans son affirmation de région à part entière jouissant des mêmes droits que les autres régions belges, ce que contestent de nombreux leaders flamands malgré le statut accordé à la Région de Bruxelles dans la Constitution belge.

Régionalistes wallons en France demain et citoyens français à 100 % attachés oh combien aux Valeurs de la République (Liberté, Egalité,  Fraternité), sans oublier la laïcité que les événements douloureux de 2015 ont remis en lumière, il est naturel que nous soyons aujourd’hui en Belgique aux côtés des régionalistes.

Le moment de voir le projet de notre mouvement citoyen entrer dans le débat sur l’avenir de la Wallonie est arrivé. Ce projet a pour nom l’intégration-autonomie. Vous en recevrez un condensé écrit après notre conférence-débat.

Elaboré par Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui jeune retraité, il vient d’être avalisé par M. Didier MAUS, constitutionnaliste français et européen unanimement reconnu. Il prévoit l’introduction dans la constitution française d’un article spécialement conçu  pour répondre aux besoins de la société wallonne. Le contenu de cet article sera négocié par les gouvernements français et wallon.  

L’heure du choix va s’offrir à nous : ou nous suivrons la Flandre qui nous imposera sa volonté et son modèle de société à l’anglo-saxonne ou nous entamerons dès à présent des accords de coopération dans toutes les compétences régionales wallonnes avec la République française, ce qui nous permettra d’envisager d’énormes économies d’échelle. Il y va du modèle de société auquel nous tenons.

Je terminerai en citant trois déclarations de  personnalités qui nous sont proches :

L’une est de Robert Collignon qui nous dit :

« La Wallonie est reconnue pour son excellence. Nous sommes un district européen créatif. Il n’y a plus qu’à y croire en oubliant l’adhésion à un pays moribond, en proclamant notre appartenance à la culture française, celle des Droits de l’Homme, en cherchant avec et au sein de la République une union respectant nos particularités, notre passé et en nous débarrassant de tout complexe. » 

L’autre est de Pierre Hazette : je cite

« Une alliance étroite avec la République française s’impose à nous, quel que soit notre attachement à une Belgique que d’aucuns continueront à saboter, jusqu’à la faire disparaître. Dès à présent, nous devons proposer des accords de coopération au seul partenaire naturel qui nous permettra des économies d’échelle. »

La troisième est de Philippe Destatte : je cite

« En tant que Wallonnes et Wallons, nous avons le devoir d’être aux côtés de la France, de l’aider à voir clair en elle-même et d’appuyer celles et ceux – de droite, du centre ou de gauche – nous permettant  de renouer avec une certaine idée de la France. »

Ces trois déclarations s’intègrent parfaitement dans notre projet d’intégration-autonomie de la Wallonie dans la République, projet que nous allons propager dans les semaines et mois qui viennent.

Je vous remercie pour l’attention que vous avez bien voulu m’accorder et cède bien volontiers  la parole à M. Robert Neys, modérateur de cette soirée.

Paul Durieux, Président de l’AWF