Jean-Luc Lefèvre (Emptinne)
L’actualité apprend souvent davantage que les billets inspirés des politologues certifiés et des éditorialistes accrédités. Encore faut-il prendre du recul et, surtout, un peu de hauteur !
A Paris comme à Bruxelles, la Haute Assemblée vient de changer de main. Rien n’avait été prévu, ni un caillou électoral dans le moyeu du char présidentiel, ni une lueur dans le tunnel des «affaires courantes». A Paris, la prise du Palais du Luxembourg a été perçue comme une nouvelle chute de la Bastille, à Bruxelles, la défénestration de Dany n’a pas même suscité l’effervescence du comprimé dans le verre d’eau.
A Paris, tout est toujours possible, à Bruxelles, rien ne changera plus.
A Paris comme à Bruxelles, on prépare l’avenir et on fourbit les armes pour conjurer un destin incertain. On sait les échéances budgétaires, on connaît les enjeux du vieillissement.. A Bruxelles, on doit de surcroît trouver les raisons d’encore vivre ensemble dans un état écartelé.
A Paris, ceux qui se préparent au combat sont ceux du XV de France. Une large équipe donc, couvrant ainsi tout le spectre politique et offrant à l’électeur de réelles alternatives. A Bruxelles, on se contente d’un vestiaire bien plus confidentiel : ce sont les mêmes joueurs qui se retrouvent, toujours et partout, des salons feutrés de la Chambre aux studios de la RTBF ou de RTL-TVI, comme si le banc des réservistes était désert !
Souvent, trop souvent, leurs parents «jouaient» déjà dans la cour des Grands : les tactiques institutionnelles sont devenues pour eux une spécialité familiale. Quand s’installe la mêlée (les matches sont toujours très fermés en Belgique !), on ne parvient plus à distinguer les maillots. Si d’aventure l’un d’entre eux ose une percée, tous se précipitent alors sur lui, comme ces pré-minimes qui oublient d’exploiter toute la largeur du terrain.
A Paris, on aime un stade qui exulte. On associe les spectateurs ! Ce sont ces «primaires» qui permettent à chaque candidat d’annoncer la couleur, sa couleur, celle qui fait sa singularité et dont il est fier. Qui permettent aussi au candidat malheureux, entre les deux tours, comme aux législatives d’ailleurs, de dire à l’électeur le choix de son cœur…La liberté de chacun demeure entière.
A Bruxelles, rien de tout cela ! On y préfère le vase-clos, le «Huis clos» sartrien. A Bruxelles, on joue à bureaux fermés ! A Bruxelles, foin des sensibilités de chacun : le parti décide seul des alliances pré- et même post-électorales. En Belgique, seuls les électeurs néerlandophones savent les revendications institutionnelles de leurs candidats au moment de déposer leur bulletin dans l’urne ! A Bruxelles, le pays s’arrête aux joies et aux deuils familiaux des conspirateurs. En terre romane, avec le graal du gouvernement d’union nationale, sans opposition parlementaire donc, on rêve même d’un gouvernement en «affaires classées» après celui en «affaires courantes» !
A Bruxelles, des boutiquiers ont pris la place des visionnaires, de celles et de ceux qui ont toujours un projet d’avenir pour le pays. Et les débats de boutiquiers n’intéressent jamais, c’est bien connu, les citoyens… même en démocratie. Ils n’y comprennent rien ! A quoi bon les associer ?
Et ils reprochent encore aux autres d’avoir leur projet : aux Italiens avant-hier, aux Suisses et Sabena, hier, aux Hollandais et I.N.G., aux Français, surtout ces Français, avec BNP-Paribas, Suez-Gaz de France et Dexia…
Après le huis clos, «l’enfer, c’est les autres», Calimero !!!
Ils ont encore une dizaine d’années devant eux pour changer… pour initier la grande révolution copernicienne du sud du pays !
Courage, donc, et, surtout, croisons les doigts !
La foi, paraît-il, soulève les montagnes.
