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Que nous réserve l’avenir ?

Paul MELOT (Tohogne)

A l »instar des échanges traditionnels de vœux – qui ne se réalisent bien souvent pas plus que ceux de l’année précédente -, la mise en perspective du passé vers l’avenir constitue un exercice aléatoire visant le plus souvent à exprimer des souhaits plutôt que des avancées réelles vers plus de démocratie, plus de solidarité, plus de bien-être, plus de renouveau économique… Quoique ! A l’évidence, le lien entre ce qui précède et ce qui suit ne nous conduit vraisemblablement vers rien de très bon. Voyons plutôt et citons :

– Luc COENE (très flamand et libéral Gouverneur dela Banque nationale de Belgique) avertit déjà que le contrôle budgétaire de février-mars fera apparaître la nécessité de nouvelles économies de l’ordre de 500 millions à un milliard d’euros (TRENDS). Qui sait pas plus si le PNB diminue à nouveau sous les effets de la crise… On le prévoyait, mais pas le gouvernement en formation ! C’est inimaginable!

– La durée de vie du nouveau gouvernement belge (2014) doit s’apprécier en regard de la durée de vie -présumée ?- de la nouvelle Loi de Financement, au reste non encore votée au Parlement; et qui appauvrira encore davantage la Wallonie à l’issue de ses dix ans de vie.

– Les partis francophones de la majorité doivent tout faire pour que les partis flamands de cette même majorité fédérale gagnent les prochaines élections, déclare Elio DI RUPO, dont les propos sont repris par LE SOIR.

– Le vote, à la hussarde, des nouvelles dispositions relatives aux pensions, tant du public que du privé, massivement réprouvé et combattu par les travailleurs de ces secteurs regroupés par leurs organisations syndicales, met surtout sur le personnel politique socialiste une pression qui n’augure rien de bon pour un dialogue social constructif. Et le fait que ces projets n’ont en rien cheminé de conserve avec l’une ou l’autre (très) maigre avancée sociale « arrachée » à la droite indique à quel point cette dernière menée par les forces conservatrices du Nord, tient les vraies clefs du pouvoir en ce pays délabré.

Soyons réalistes et envisageons les conséquences politiques de ces différents éléments :

1) Le Premier Ministre mène sa stratégie suicidaire (qui peut croire que faire le jeu du CD&V , du VLD et du SP.A. va calmer les ardeurs communautaires et économiques de la N-VA, dont les sondages… jamais démentis en ce jour par les votes du peuple flamand) et concédera encore des avancées significatives, dit-on, aux partis du Nord, accentuant le chaos wallon qu’une toute récente étude de l’ULg montre. L’étude tient compte des différents écarts creusés en matière de niveau et durée de vie, salaires et, plus surprenant encore, de maillage social discordant, alors que la Sécu reste, et pour combien de temps encore, fédérale. Etude décidément bien défavorable à la Wallonie. N’en déplaise à la propagande du pédant DEMOTTE !

2) Le réveil se fera plus durement sentir pour l’appareil politique socialiste caporalisé par ses barons locaux tout à la dévotion du chef, personne n’étant dupe de la liberté de manœuvre laissée au gentil et intelligent Président intérimaire lorsque les rafales de tempête montreront les dégâts collatéraux sur les peuples de gauche dont certains se tournent déjà vers ECOLO, mais pour combien de temps ?

3) La marche inarrêtable dela Nation flamande (oui, elle existe bel et bien, contrairement à ce qui n’est pas palpable au Sud) vers son autonomie, apaisée le temps d’un accord gouvernemental qui vivra ce que les roses vivront, sauf équilibre des terreurs à l’idée de ne pas chuter, sera d’autant plus rapide que les partis wallons en voie de balkanisation – voir à ce sujet l’éclatement dela Fédération MR, conséquence de la distanciation de sa droite avec le FDF au détriment des francophones de Bruxelles et de sa périphérie – continueront de subir les diktats de la Flandre triomphante.

4) La nouvelle Loi de Financement réduira progressivement les moyens de la Wallonie, ceci sur une durée de dix années, alors que la politique menée ici comme ailleurs en Europe contractera plus encore l’emploi au détriment de la croissance et du bien-être, ainsi que nous l’affirment les économistes les plus réputés. Triplement pénalisée par les marchés, l’Europe et son propre « pays », la Wallonie ne peut décemment pas s’attendre à des lendemains meilleurs. Bien au contraire!

5) Enfin, et le pire (si l’on peut dire) se profile : alors que l’application de la clef D’HONT (LE SOIR du 30/12/11: « La majorité des sièges sans la majorité des voix : une aubaine pour les indépendantistes flamands ? ») risque bien de ne plus donner une majorité de sièges à tous les partis flamands réunis face au triomphe électoral de la N-VA, tout porte à penser que l’actuel gouvernement cornaqué par un francophone est, détail piquant de l’histoire, le dernier de la Belgique résiduelle. La Constitution, en effet, impuissante la démocratie dans le cas précis où le nombre de voix n’est pas majoritaire, alors que le nombre de sièges le sera…vraisemblablement… en 2014. Et 2014, c’est demain : pour s’en convaincre, souvenons-nous que 2007 et 2009, c’était il y a quelques minutes à peine dans notre bestiaire politique !

François PERIN, visionnaire qu’il était et reste, a raison : au plus vite la fin dela Belgique,  au plus vite l’indépendance de la Flandre ! Et au plus vite la Nation française élargie à nos contrées.

Il y a, semble-t-il, des Wallons heureux

Jean-Alexis D’HEUR (Liège)

Quand on consulte les médias, on ne sait pas si les propos de nos cerveaux politiques qu’ils rapportent sont ceux de naïfs, de courtisans ou d’imbéciles.

Ce qu’on sait avec certitude c’est qu’ils ne sont jamais ceux de défenseurs des Wallons.

En ce début de décembre, avez-vous vu leur jubilation de voir que « les relations extérieures de la Belgique sont aux mains des francophones? »

Immense bonheur « de ne pas revivre la situation antérieure où il y avait des néerlandophones partout ».

Quelle belle perspicacité rétrospective !

Quellle courageuse dénonciation de l’impuissance de nos courageux représentants (?) maintenant que cette situation est devenue « antérieure » !

Quelle condamnation de l’indifférence de nos gros et petits poids aux intérêts des Wallons !

Aux sourds et aveugles, souvent très volontairement, expliquons un de leurs derniers méfaits.

Disons-leur que si les relations extérieures sont aux mains des francophones, c’est parce que les Flamands n’en veulent plus, et qu’en échange ils en voulaient plus, et qu’ils l’ont.

Ils n’en veulent plus parce qu’ils savent que très bientôt représenter la Belgique ne sera plus rien. A quoi bon représenter un Etat qui va s’évaporant un peu plus chaque jour.

Voilà de quoi se réjouissent nos bons belgicains.

En échange de ce qui bientôt ne sera plus rien, nos vaillantes intelligences ont bâché à la Flandre les postes à responsabilités socio-économiques qui sont l’important pour la période de temps de maintenant à la fin de cet Etat.

Mais peu leur importe, l’Etat belge continue et avec lui de belles carrières politiques !

Mais qui sont ces « responsables? »

Responsables de tous les malheurs qui nous arrivent.

Des crédules ? Des incompétents ? Des sots ? Des indifférents à tout ce qui n’est pas leur carrière ? Des courtisans de tout ce qui rapporte ?   

Mais ce sont des élus !

Et il n’y a plus rien à dire.

Sauf que les rattachistes disent que ces provisoires le sont d’un régime qui l’est tout autant.

Et peu importe aux rattachistes leur avenir commun.

Ce qui compte c’est les Wallons et leurs descendants.

Ce qui compte pour les Wallons, c’est d’être délivrés d’un régime qui n’est plus défendable et que la majorité des citoyens peu belges de l’autre côté de la frontière intérieure ne veut plus.

Ce qui compte pour nous, fils de France, c’est de rentrer chez nous !

Billet d’humeur…grrrr

Paul Mélot (Tohogne)

Un titre rigolo du journal LA MEUSE de ce 22 novembre, en première page: « LES MINISTRES LIEGEOIS SONT PRETS A NE PAS AUGMENTER LEUR SALAIRE »… Rappelons que les projets d’accord gouvernemental (?), au fédéral, sembleraient prévoir une diminution des salaires des ministres et secrétaires d’état de 5 % et que, dans la foulée, bébé ANTOINE, le ministre régional a lui, pour se faire remarquer, proposé de renoncer à une indexation pour les ministres régionaux, bientôt suivi par le  prétentieux puceau DEMOTTE…

Il n’en faut pas plus pour que les ministres régionaux liégeois se manifestent à leur tour…

Vite, parcourons la page douze!

La révérende Mère supérieure Marie-Dominique SIMONET, Eminence humaniste, nous apprend qu’ « évidemment , ça ne me poserait aucun problème de renoncer à l’indexation de notre salaire. D’ailleurs, il pourrait même y avoir d’autres mesures ». Pour sûr, épouse de notaire et vraisemblablement toujours directrice du Port autonome de Liège – supposons qu’elle ne gagne pas sa vie en cette fonction, actuellement – elle peut voir venir, hic et nunc.

Son vert collègue toujours sur sa lancée fuite en avant, allure FEF, nous révèle benoîtement que « par ce genre de mesure, le gouvernement wallon et celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles se mettent au niveau des citoyens ». Waouw ! Démagogie, quand tu nous tiens. Il poursuit en enfonçant la porte ouverte de son cabinet en répondant au journaliste qui fait remarquer que cela ne fait pas vraiment réaliser de grosses économies: « Non, c’est évident. Mais ça vaut la peine ». A bien lire, Philippe Henry -le-Vert avaliserait déjà des sauts d’index pour que l’Etat, docile à l’Europe, elle-même aux marchés, volant au secours des banques, y retrouve des couleurs financières, puisque cela vaut la peine de toucher à l’indexation des salaires en se mettant comme si on était le peuple, au niveau du petit pensionné, du chômeur ou du bénéficiaire du revenu minimum d’insertion. Du propre ! Du bien vu ! De la vista prémonitoire !

Quant à l’Eminence grise socialiste MARCOURT (car, derrière, se trouve le toujours sémillant Elio DI ROUBLARDO), avec un peu plus d’intelligence que les autres, il affirme « je le répète donc : je suis attaché PAR PRINCIPE à l’indexation, mais je reste évidemment ouvert pour discuter avec mes collègues du gouvernement de quelle manière nous pouvons, ensemble, contribuer à l’effort budgétaire de notre côté ». La question qui se pose est de savoir ce que PRINCIPE veut signifier. Le principe de PETER, je connais, eux aussi, peut-être; le principe de précaution, itou; y compris celui d’Archimède. Mais, comme PAR PRINCIPE = THEORIQUEMENT, vas-tu, Jean-Claude, passer du principe à la pratique et t’opposer, le moment venu, à toute mesure visant l’indexation des salaires et pensions ?

Pour être complet, il convient de signaler que le journaliste, lui, signale que les ministres refusent de tomber dans le poujadisme. Un peu comique quand, manifestement, les trois guignols ne savent plus que faire pour venir au secours de l’agonisante Belgique…

Allez, bonne journée quand même!

Paul Mélot

Je sais que cet article ne va pas plaire à tous nos lecteurs. J’entends déjà les cris de « populistes » qui vont nous être lancés par certains. J’ai pourtant décidé de le mettre en ligne parce qu’il a pour titre « Billet d’humeur » et que le ton décalé qu’il adopte ne pourra que favoriser le dialogue.

Paul Durieux

La Belgique à l’épreuve de la rigueur

Voici quelques propos personnels simplistes. Je dirais même simplissimes.

Ainsi donc, les comptes seraient faits. Enfin, momentanément…

La Belgique passe d’une économie à faire de 3 milliards d’€ à 11 milliards (le 11/11/11, c’est normal, finalement…).

Je comparerai à la France -cela ne vous étonnera pas – qui en est, elle, à 7 milliards.

Rapides calculs :

Belgique : 11 milliards divisés par 11 millions d’habitants = 1 000 € par tête de pipe (aussi bien les centenaires que les bébés).

France : 7 milliards divisés par 60 millions d’habitants = 116 € par tête de pipe.

Par rapport au Français, le Belge est donc 8,6 fois plus sucré !

Mais attention ! Bien qu’il ne s’agisse que d’une supputation tout à fait gratuite de ma part, je vous fiche mon billet que les Wallons devront assumer 60% de ces 11 milliards, soit plus ou moins les 7 milliards de la France.

Le problème, c’est que nous ne sommes que 4 millions de cochons payeurs, ce qui nous donne 1 750 € par habitant ! En d’autres termes, le Wallon devrait cracher 15 fois plus au bassinet que le Français moyen… !!! Une situation à la grecque, quoi !

Alors, que ceux qui croient encore en l’avenir de la Belgique lèvent le doigt… !!!

Francis Monzée

Histoire de petits sous

M. Didier Rabosée nous envoie cet intéressant article.

Pourquoi « cents » et non pas « centimes » ?

C’est en France, sous le Directoire (1795-1799), que le système décimal fut pour la première fois introduit dans le monnayage par des pièces d’un décime ainsi que de un et cinq centimes. Le terme « centime » y figurait clairement en toutes lettres et se maintint jusqu’à nos jours dans le langage parlé et écrit.

En Belgique, sous le régime hollandais (1815-1830), les divisionnaires du florin étaient marqués d’un « C. » et dénommés « cent » (prononcez « sènt ») comme c’est encore le cas aujourd’hui aux Pays-Bas. Après l’indépendance, selon Didier Snauwaert et Fr. Duquet, la dénomination néerlandaise « sènt » subsista en Belgique dans le quotidien de la population pour les pièces en cuivre d’un et de deux centimes, de même module que les cents hollandais. Cet usage aurait même perduré jusque dans les années 1930 (1). C’est peut-être pour cette raison que, dès 1832, les premières pièces belges en cuivre portaient l’inscription CENTdont il est difficile de dire si c’était une abréviation de « centimes » ou si l’intention était d’éviter une rupture trop brutale avec le cent hollandais accepté par la population et encore largement en circulation. Dès 1861, une petite pièce en argent portait clairement la légende « 50 centimes ». Le terme centimes s’imposa ensuite dans la langue courante jusqu’à la disparition du franc belge. Le français de France et de Belgique restaient alignés l’un sur l’autre. A noter que sur les monnaies à légende néerlandaise, apparues en 1866, figurait « CENT n »   ou « Centiemen », ce dernier terme étant utilisé dans le flamand courant de la fin du XXème siècle.

Puis vint l’euro. Officiellement, un euro est divisé en cent cents (2). Sur les monnaies, pour des raisons liées à une nécessaire uniformité entre les différents Etats de la zone euro, figure « Euro Cent ».

En France, au départ, en vertu d’un avis du Conseil supérieur de la langue française il devait se prononcer comme le nombre cent (comme « sang ») (3). Toutefois, le règlement CE sur l’introduction de l’euro (2) disposait en son deuxième considérant que « la définition du mot « cent » n’empêche pas l’utilisation de variantes dans la vie courante dans les Etats membres ». C’est pourquoi, pour favoriser l’usage commode de la monnaie, la Commission générale de terminologie et le Conseil national de la consommation, ont prescrit que le terme « centime » devait être utilisé (4). Pour sa part, le Code monétaire et financier dispose que « La monnaie de la France est l’euro. Un euro est divisé en cent centimes » (art L111-1). L’emploi du terme « centime »  fut spontané et se répandit dans la population, balayant le mot « cent » (comme sang) ou « eurocentime », un temps toléré durant la période transitoire. Dans les autres pays latins de la zone euro, le même usage prévalu : céntimo en espagnol, cèntim en catalan, cêntimo en portugais (5). En Italie, centimes se disent centesimi.

En Belgique francophone, la position de la Communauté Wallonie-Bruxelles s’aligna sur celle de la France. D’une part, un avis d’avril 1998 du Conseil supérieur de la langue française (de Belgique) sur la dénomination de la monnaie divisionnaire de l’euro disposa que le terme officiel « cent » apparaissant sur les monnaies devait se prononcer comme l’adjectif numéral cent, c’est-à-dire comme « sang ». Toutefois, poursuit le texte, « Dans la communication courante entre francophones, le Conseil supérieur de la langue française recommande d’utiliser le mot centime en lieu et place du terme cent. Ce mot est en effet connu du plus large public et pourra utilement se substituer à cent comme appellation usuelle de la centième partie de l’euro ». Il ajoute « L’avis ici rendu est conforme à la position adoptée, en France, par la Commission générale de terminologie et de néologie, et approuvée par l’Académie française » (6). En outre, une recommandation adoptée le 20 juin 2001 par ce même conseil préconisa de nouveau l’emploi du bon vieux mot centime (7). Le parallélisme franco-belge était assuré. Cependant, en Flandre, le terme cent, prononcé « sènt » s’imposa facilement : respect de l’appellation officielle et proximité linguistique évidente.

Aujourd’hui, paradoxalement, dans l’usage courant en Wallonie et à Bruxelles, l’appellation « cent » est le plus souvent préférée à « centime », et ceci contre l’usage en
France, contre notre propre usage au cours de la circulation du franc belge, contre l’avis des autorités monétaires et linguistiques tant françaises que belges francophones, contre l’usage des autres pays latins. Comment une telle trahison de notre langue est-elle possible ? Une seule explication semble s’imposer : ce nouveau belgicisme, comme tant d’autres, provient de l’influence de la langue flamande, renforcée par le caractère officiel de la légende figurant sur les pièces.

A chacun de choisir !

Didier Rabosée

La bonne impatience

Jean-Alexis D’Heur (Liège)

Il y a deux sortes de nationalistes flamands, les patients et les impatients.

Les patients veulent que la Flandre continue à profiter des avantages nombreux que lui apportent son emprise sur l’Etat belge et son chantage perpétuel à sa disparition auprès des belgicains affolés.

Les patients disent à leurs compatriotes que la somme de ce qui a été ainsi acquis par la Flandre et qui continuera de grossir, va s’approcher de l’indépendance et cela sans renoncer à la « lutte finale » qui est inéluctable et qui se fera au moment le plus favorable que la Flandre choisira, celui où l’Etat belge ne lui rapportera plus rien, coquille vide à jeter.

Les patients disent aux Flamands qu’en attente de cet heureux dénouement, la Flandre peut tout récolter de l’effroi panique des politiciens du Centre et du Sud de voir disparaître le régime qui les nourrit. Et puis, ajoutent-ils, pourquoi la Flandre renoncerait-elle trop vite à ses deux gouvernements de la Belgique et de la Flandre ?

Mais qui sont ces « sages » et raisonneurs patients ? Ce sont ceux qui ont mis la Flandre où elle est aujourd’hui par un combat anti-belge constant tantôt feutré tantôt bruyant mais sans jamais casser le jouet belge tellement manipulable. Ils appartiennent à la génération politique flamande qui disparaît toujours un peu plus avec le temps qui passe. Ses survivants influencent toujours moins la stratégie flamande de moins en moins dissimulatrice de ce qu’elle poursuit. Ils s’appellent et s’appelaient Van Acker, Huysmans, les deux Eyskens, Van Houte, Tindemans, Martens, De Clercq, Dehaene, Verhofstadt, … Leur temps s’achève.

Quant aux impatients, ceux de la nouvelle génération politique flamande, ils veulent tout tout de suite. Pour eux, il est temps que les Wallons cessent de vivre aux grands dépens de la Flandre travailleuse. Boulet pour la Flandre, la Wallonie l’empêche d’être la région la plus riche d’Europe. Que d’argent flamand file chez ces Wallons paresseux, gaspilleurs, ennemis de l’effort, et arrogants. Il faut s’en débarrasser au plus vite, comme aussi de cet Etat avec sa solidarité à sens unique qui coûte beaucoup à chaque contribuable flamand. Et peut-on avoir autre chose que du mépris pour des rampants bêlant leur peur de ne plus être des Belges assistés par la Flandre ?

 ***

Des battements de ses ailes espérées aérantes, le papillon rouge tente de soulager la respiration striduleuse du moribond. Y arrivera-t-il ? La Flandre décidera. Ce serait pour faire quoi ? La Flandre décidera. Il sera là pour longtemps ? La Flandre décidera. Et s’il ne l’est plus ? C’est parce que la Flandre aura décidé qu’elle ne le veut plus. Et si il présidait un des ou… le dernier gouvernement belge ? Ça, la Flandre l’a déjà décidé. Que peut faire un papillon face à un lion ? Comme les hérissons doivent faire l’amour : avec précaution. S’il se pose sur une touffe de poils léoniens, que ce soit loin de la gueule et des griffes. Et ne pas remuer, surtout !

 ***

Les rattachistes disent aux Wallons : décidez vous-mêmes pour vous-mêmes et ne laissez plus les autres décider pour vous. Qui sont ces « autres » ? Les Flamands et ceux qui, chez nous, les courtisent en quémandeurs obséquieux. Wallonnes, Wallons, décidez de sortir d’un Etat dans les mains de la Flandre aidée de sa cinquième colonne en Wallonie et à Bruxelles… Décidez que l’après-Belgique a commencé… Décidez qu’être de la France par le cœur et l’esprit exige d’en être politiquement. Décidez que vous rentrez dans votre véritable patrie. Elle vous accueillera comme la famille accueille l’enfant prodigue…

Wallonnes, Wallons, soyez dans la bonne impatience, dans celle de la France.

Indigné, je le suis !

Jean-Alexis D’Heur (Liège)

Nos grands cerveaux politiques sont ravis et radieux. Leurs petits replis tressaillent de bonheur. Pensez donc, ils sont des sauveteurs d’essentiel. Grâce à leur valeureux combat, les 93 % de Bruxellois francophones conservent la jouissance de droits démocratiques que menaçait le fanatisme belliqueux de leurs « chers amis flamands ». D’ici peu ils auront celle de continuer à parler français même en dehors de chez eux ! Quelle victoire ! Quel triomphe ! Les lauriers de la victoire poussent sur les têtes fatiguées des nuits à battre et rebattre les cartes biseautées du vieux jeu politique belge. La porte est ouverte à de nouvelles victoires, c’est pour elles que nos vaillants se réinstallent dans le même tripot.

Cette fois, il s’agit de faire survivre économiquement et socialement un Etat politiquement moribond. Quel bonheur pour nos fatigués de retrouver le terrain familier des vieux slogans idéologiques gauchistes et droitistes que l’on dut remiser trop longtemps. De nouvelles cartes sont dans les mains affolées des éternels perdants que les Wallons élisent depuis plus de cinquante ans avec une consternante continuité. Nos maquignons vont maquignonner à nouveau pour sauver le régime qui les nourrit, pour que survive le vieux marché où l’on se tape dans les mains, affaire conclue, après avoir fait semblant de se taper sur la tête. Ils reviennent à table en s’échangeant des « ayons confiance ». Confiance en qui, en quoi ? Ils ne le savent pas. Mais le répéter, même en l’air, donne du cœur aux ventres qu’il faut remplir.

Du courage, il leur en faudra pour affronter ceux qui savent ce qu’ils veulent et qui l’auront seulement parce qu’ils le veulent beaucoup. Ce qui tracasse nos fuyards, ce n’est pas les futures capitulations, c’est de trouver les tromperies qui les maquilleront en victoires. C’est aussi comment sauver « l’essentiel », le régime qui satisfait leurs nombreux grands appétits. Et peu importe le prix payé par les naïfs qui les élisent. Nos valeureux sauveteurs d’Etat vont à nouveau réunionner, tableronder, carrefourer à trois, à six. Plus à huit. Moins on est, plus les parts sont grandes ! Comme toujours, ceux du nord vont s’agiter, crier et menacer ceux du centre et du sud, qui vont solliciter, supplier et implorer. Ils se reposeront quelques heures par semaine quand le papillon-chef ira chez le Grand-Chef-Roi pour lui dire si tout est à point ou seulement à poings. L’important c’est que tout dure.

Et les Wallons ? Ne seront-ils jamais que les spectateurs distraits et indifférents à l’avenir que d’autres leur fabriquent ? Presque assoupis dans leur siège, continueront-ils à applaudir et rappeler les guignols-farceurs s’agitant sur les tréteaux du vieux théâtre belge qui va fermer ? N’écriront-ils jamais leur propre pièce qu’ils joueront ailleurs ? Si, ils l’écriront et la joueront. Ce sera demain, peut-être aujourd’hui s’ils le décident. Alors un nouveau rideau s’ouvrira sur une nouvelle scène où les Wallons joueront les rôles qu’ils se sont choisis…

Moi, j’étouffe…

Jean-Luc Lefèvre (Emptinne)

L’actualité apprend souvent davantage que les billets inspirés des politologues certifiés et des éditorialistes accrédités. Encore faut-il prendre du recul et, surtout, un peu de hauteur !

A Paris comme à Bruxelles, la Haute Assemblée vient de changer de main. Rien n’avait été prévu, ni un caillou électoral dans le moyeu du char présidentiel, ni une lueur dans le tunnel des «affaires courantes». A Paris, la prise du Palais du Luxembourg a été perçue comme une nouvelle chute de la Bastille, à Bruxelles, la défénestration de Dany n’a pas même suscité l’effervescence du comprimé dans le verre d’eau.

A Paris, tout est toujours possible, à Bruxelles, rien ne changera plus.

A Paris comme à Bruxelles, on prépare l’avenir et on fourbit les armes pour conjurer un destin incertain. On sait les échéances budgétaires, on connaît les enjeux du vieillissement.. A Bruxelles, on doit de surcroît trouver les raisons d’encore vivre ensemble dans un état écartelé.

A Paris, ceux qui se préparent au combat sont ceux du XV de France. Une large équipe donc, couvrant ainsi tout le spectre politique et offrant à l’électeur de réelles alternatives. A Bruxelles, on se contente d’un vestiaire bien plus confidentiel : ce sont les mêmes joueurs qui se retrouvent, toujours et partout, des salons feutrés de la Chambre aux studios de la RTBF ou de RTL-TVI, comme si le banc des réservistes était désert !

Souvent, trop souvent, leurs parents «jouaient» déjà dans la cour des Grands : les tactiques institutionnelles sont devenues pour eux une spécialité familiale. Quand  s’installe la mêlée  (les matches sont toujours très fermés en Belgique !), on ne parvient plus à distinguer les maillots. Si d’aventure l’un d’entre eux ose une percée, tous se précipitent alors sur lui, comme ces pré-minimes qui oublient d’exploiter toute la largeur du terrain.

A Paris, on aime un stade qui exulte. On associe les spectateurs ! Ce sont ces «primaires» qui permettent à chaque candidat d’annoncer la couleur, sa couleur, celle qui fait sa singularité et dont il est fier. Qui permettent aussi au candidat malheureux, entre les deux tours, comme aux législatives d’ailleurs, de dire à l’électeur le choix de son cœur…La liberté de chacun demeure entière.

A Bruxelles, rien de tout cela ! On y préfère le vase-clos, le «Huis clos» sartrien. A Bruxelles, on joue à bureaux fermés ! A Bruxelles, foin des sensibilités de chacun : le parti décide seul des alliances pré- et même post-électorales. En Belgique, seuls les électeurs néerlandophones savent les revendications institutionnelles de leurs candidats au moment de déposer leur bulletin dans l’urne ! A Bruxelles, le  pays s’arrête aux  joies et aux deuils familiaux des conspirateurs. En terre romane, avec le graal du gouvernement d’union nationale, sans opposition parlementaire donc, on rêve même d’un gouvernement en «affaires classées» après celui en «affaires courantes» !

A Bruxelles, des boutiquiers ont pris la place des visionnaires, de celles et de ceux qui ont toujours un projet d’avenir pour le pays. Et les débats de boutiquiers n’intéressent jamais, c’est bien connu, les citoyens… même en démocratie. Ils n’y comprennent rien ! A quoi bon les associer ?

Et ils reprochent encore aux autres d’avoir leur projet : aux Italiens avant-hier, aux Suisses et Sabena, hier, aux Hollandais et I.N.G., aux Français, surtout ces Français, avec BNP-Paribas, Suez-Gaz de France et Dexia…

Après le huis clos, «l’enfer, c’est les autres», Calimero !!!

Ils ont encore une dizaine d’années devant eux pour changer… pour initier la grande révolution copernicienne du sud du pays !

Courage, donc, et, surtout, croisons les doigts !

La foi, paraît-il, soulève les montagnes.

« Le syndrome de Stockholm »

Jean-Luc Lefèvre (Emptinne)

Dans une belle unanimité, la classe politique francophone plaide aujourd’hui en faveur d’un gouvernement d’union nationale qui ferait le vide autour d’elle et la débarrasserait d’une opposition parlementaire crédible.

Pour réduire les importuns au silence, on se contentait jusqu’ici de minables dispositions destinées à cadenasser le dépôt des listes lors des scrutins assorties de seuils d’éligibilité. Place désormais aux gouvernements d’union nationale !

Comme si les périls, en Wallonie, et en Wallonie seulement, étaient graves et imminents…

La guerre en Afghanistan ou en Libye, peut-être ? Talibans et kadhafistes auraient-ils les moyens de mettre à mal les infrastructures wallonnes, le plan Marshall peut-être ? La crise bancaire et les dettes souveraines ? Que nenni ! Aucun grand pays démocratique n’a renoncé à ses alliances électorales au profit d’un front contre l’adversité économique ! L’ennemi flamand ? Impossible : un grand accord de pacification, historique, est à peine signé, dont l’encre n’est pas encore sèche. Où est-il, ce péril jaune de notre particratie triomphante ?

Le véritable danger pour les institutions francophones ne peut être que le citoyen du coq hardi. Dame ! Jamais, comme son homologue flamand, il n’a été informé avant le scrutin de 2010 des réformes coperniciennes qui seraient tolérées par ses élus ! Et demain, chez nous comme ailleurs, des Indignés surgiront qu’il faut museler !

Le gouvernement d’union nationale, c’est vraiment le vaccin contre une démocratie d’opinion : si débat il y a, ce sera dans les salons de la Chambre, mais jamais en séance plénière, entre les oligarques de notre régime, notre nomenklatura en quelque sorte !

Applaudir à un pacte communautaire qui érige la prise en otages permanente des citoyens en méthode de gouvernement relève bien du «syndrome de Stockolm».

L’homme qui arrêtait les trains

Dans L’homme qui arrêtait les trains, publié récemment chez L’Harmattan, notre ami Louis Nisse libère une parole qu’il maîtrise avec beaucoup de style et d’intelligence. Au cœur d’un portrait familial sans concession, taillé dans l’écorce dont sont faits les hommes lucides, il y a la question de l’identité, des racines. Ce qui fait vibrer ses mots, claquer ses phrases, c’est notamment l’amour de Liège et de la France. Amour exigeant, amour souvent déçu.

Voici un extrait de ce livre éminemment personnel, à la fois témoignage et réflexion.

« Wallonie française ! Wallonie française ! Monsieur le Président ! »  François Mitterrand sortait de la Violette ; sur le point d’entrer dans sa voiture, il se ravisa et se dirigea vers la foule. À quelques mètres, au pied du Perron liégeois, nous étions nombreux à nous presser contre les barrières pour acclamer le président de la République française en visite à Liège, ce 14 octobre 1983. Beaucoup de rattachistes, bien sûr. J’étais avec deux amis philosophes : Jean-Renaud Seba, au deuxième rang, près de moi, et Daniel Giavannangeli, à quelques mètres sur ma droite. Mitterrand ne réagissait pas et continuait à serrer des mains qui se tendaient vers lui. Voyant qu’il avait dépassé l’endroit où nous l’attendions, j’ai crié avec force : « Citoyen ! », aussitôt relayé par la voix de stentor de Jean-Renaud : « Camarade ! »

Du coup, Mitterrand s’est retourné, est revenu sur ses pas et a demandé : « Qui m’appelle ? » J’ai répondu : « Nous, Monsieur le Président ». Alors, il nous serra la main et, avec une sorte de tendresse, il retint longuement la mienne, comme à un ami de toujours. (…) Je lui confessai notre amour pour la France, notre patrie, et lui reprochai de ne guère avoir soutenu les réunionistes. Il me fit remarquer avec onction qu’il se devait au devoir de réserve d’un invité mais qu’il avait insisté sur la profonde amitié, sur les grandes affinités qui unissaient Liège, la Wallonie et la France. (…)

De Gaulle n’est jamais venu à Liège. Et pour cause. Dès 1958, le gouvernement belge avait tenu en suspens la visite officielle de ce héros dont un mot à la Libération aurait pu faire éclater la Belgique. Ensuite, après juillet 1967, échaudé par le scandale du « Vive le Québec libre ! » de l’hôtel de ville de Montréal, pas question pour lui de s’exposer à la gifle d’un « Vive la Wallonie libre ! » (…)

Lors de la visite de Pompidou, je vois encore le vieux Robert Vivier courir sur les Terrasses pour tenter d’acclamer une seconde fois le président. Il criait « Vive la France ! », ce cher professeur dont nous avions bénéficié des deux dernières années de cours : une lecture vibrante des Confessions puis des Fleurs du Mal. Il courait en criant, le poète de Tracé par l’oubli et de Chronos rêve. Plus de son âge, déplacé ? Émouvant.

Quelle est cette France qui nous ferait encore courir ? La sienne était peut-être très différente de la mienne, mais elles avaient en commun la même langue.

Notre langue est notre patrie. Nous ne possédons que des mots. Une France qui s’affirmerait en anglais, n’affirmerait plus rien. Elle ne serait plus l’objet de notre désir. Croupion de l’Amérique, elle aurait cessé d’exister. C’est pourtant cet ersatz-là que beaucoup de politiciens te proposent comme horizon indépassable, Français de France. Et tu restes amorphe. Comme un veau, aurait ajouté de Gaulle.

François Mitterrand… se permit de moucher en public une petite journaliste qui avait osé prononcer « OK ! » devant lui, alors qu’à la même époque, il refusait de s’engager auprès de Václav Havel qui lui avait manifesté son désir de faire du français la première langue étrangère de la Tchécoslovaquie ; alors qu’il n’apportait aucun soutien aux douze mille professeurs de français de Russie qui appelaient à l’aide… (…)

Depuis, nous volons de défaite en défaite. Sans heurt. Comme on dit à Liège, on stronle l’poye sins l’fé brêre (on étrangle la poule sans la faire crier). Sans coup férir, nous disparaissons de la scène internationale, même des Jeux Olympiques. (Aux Jeux d’Athènes, les délégations des pays de l’Afrique francophone quittèrent la cérémonie d’ouverture pour protester contre l’usage exclusif de l’anglais. Ils furent les seuls…) La trahison sévit au plus haut niveau. Valérie Pécresse ne vient-elle pas de recommander à ses fonctionnaires européens de renoncer à l’usage du français dans les contacts avec les autres pays de l’Union ? Sans débat ni concertation interministérielle : simple décision technique.

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