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Les Wallons paieront

La solidarité des Wallons avec la Flandre, s’élargit aux Pays-Bas.

fyraLa presse narre ces jours-ci les débuts laborieux du nouveau train rapide privé (la SNCB est co-actionnaire) qui relie Bruxelles (plutôt Brussel dans ce cas) à Amsterdam.

Pourquoi pas un tel train !

Mais une lecture attentive montre que, pour répondre aux exigences des Néerlandais, ce train doit être subsidié (11,4 millions € par an) et qu’il le sera, pour moitié, par le contribuable belge, donc aussi wallon.

Or, ce train a peu de valeur ajoutée pour les Wallons.

En outre, pour les Wallons de l’Est, les liaisons Maastricht-Amsterdam sont de qualité.

Quel ministre a négocié cet accord ? P. Magnette ou son prédécesseur en 2005 ou … ? Pas d’information à ce stade.

Sans doute le même que ne gêne pas la suspension/suppression du TGV de la dorsale wallonne vers Paris.

Qui pourra dire si cet investissement de la SNCB est pris ou non sur les 60% octroyés à la Flandre ou sur un poste dé-régionalisé ?

Michel Pieret

SNCB et aéroports wallons : la menace flamande

nollet« On dessine la Belgique de demain », a déclaré triomphalement Jean-Marc Nollet.

Les autorités flamandes se sont déplacées jusqu’à Namur pour négocier directement avec les représentants de la Wallonie et on se réjouit de montrer combien l’entente a été bonne, augurant d’un avenir radieux pour une Belgique en mutation (à ce sujet, voir le dessin de Kroll sur le site du journal Le Soir).

Nous ne cesserons jamais de rester belges, a dit précédemment Paul Magnette. Les querelles entre Wallons et Flamands, c’est ce qui fait de nous des Belges, a-t-il ajouté. Il semblerait que le CD&V songe à se rapprocher de la N-VA en vue du choc électoral de 2014 (à lire sur le site de La Libre) mais souriez car, dans la politique belge, l’automne et le printemps se confondent, le temps des fleurs est revenu, il y a une vie après la vie.

La Belgique change, elle vit : « Pas de solidarité entre la riche Flandre et la misérable Wallonie », c’est la devise nationale de cette nouvelle Belgique à laquelle nous devons croire et nous identifier. Le destin de la Wallonie est d’accepter ce que veut la Flandre.

La Wallonie coûte trop cher à la Flandre, celle-ci veut davantage rentabiliser les avantages de sa position dominante en Belgique. Il ne suffit pas de casser la solidarité qui constitue habituellement les états. Il faut aussi veiller à ce que l’activité économique soit dirigée vers la Flandre.

Le Vif/L’Express publie cette semaine deux articles qui mettent en lumière la façon dont la Flandre agit, discrètement, contre l’intérêt de la Wallonie et de ses habitants. De quoi rendre indécent l’air béat de nos responsables wallons quand ils annoncent une nouvelle ère pour la Belgique joyeuse.

D’un côté, de la communication, bien relayée par nos médias, avec cette rencontre de dirigeants des deux régions/communautés (sans Bruxelles) au parlement wallon. De l’autre, cette « douce » obstination de la nation flamande qui avance ses pions avec pour seul objectif le développement de la Flandre. D’un côté, des paroles. De l’autre, des actes et des écrits.

Voici les deux articles du Vif/L’Express. Cela aidera-t-il quelques responsables politiques wallons à troquer la parole pour des actes ?  C’est notre espoir !

SNCB : l’offensive flamande

Aéroports wallons : le succès qui dérange la Flandre

Les tabous de Paul Magnette

Le gouvernement Di Rupo ne donne pas satisfaction. Sa note est descendue à 4,6/10 (4,4 en Flandre), selon un récent sondage à découvrir sur le site du Soir. Ce déficit de popularité n’est pas anormal, les perspectives étant peu rassurantes en Europe, mais le gouvernement fédéral belge, jugé trop à gauche par l’opinion flamande et trop à droite en Wallonie, a les yeux rivés sur le court terme : le défi, pour lui, c’est avant tout de repousser la menace que la N-VA fait peser sur la Belgique.

Avec une note personnelle de 4,6/10 en Flandre, le Premier ministre est loin d’avoir gagné son pari : séduire la Flandre et sauver ce qu’il reste de la Belgique !

Sans jouer les prophètes, on peut s’attendre à un nouveau blocage de l’État fédéral après le choc électoral de juin 2014. Même en cas de recul de la N-VA, le paysage institutionnel belge est condamné à évoluer vers le « confédéralisme ». Il ne fait pas de doute que ceux qui détiennent le pouvoir en Wallonie finiront par céder à la pression flamande, ils ne tiendront pas jusqu’à la rupture complète avec la Flandre.

Pour s’en convaincre, il suffit de lire l’interview de Paul Magnette dans Le Vif/L’Express de ce vendredi. Au journaliste qui lui demande si « l’avenir de la Belgique (l’)inquiète », voici ce que répond l’homme fort de Charleroi :

« Non. On discourt beaucoup sur la disparition du pays, mais c’est un fantasme. La Belgique est indissoluble. Pendant les 541 jours de négociations, de juin 2010 à décembre 2011, on a eu tout le loisir d’y réfléchir. J’ai consulté beaucoup de collègues juristes : si on se trouvait dans l’obligation de chercher un plan B, comment s’en sortir ? Eh bien, il n’y a pas de voie de sortie ! C’est aussi simple que ça. »

Petit rappel. En 1996, réagissant à la pression flamande, Claude Eerdekens, alors chef du groupe PS à la Chambre, avait surpris tout le monde en lançant dans l’hémicycle : « Nous, Wallons, sommes fiers de nous trouver à côté d’un grand pays comme la France. Si vous voulez que la France se trouve aux portes de Bruxelles, alors, allez-y… » Dans la foulée, le très belgicain Louis Michel, alors président des libéraux francophones, osait dire au Figaro : « Entre un État wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France ». Le rattachement de la Wallonie à la France était devenu le sujet du moment. La Wallonie avait une alternative à la pression continuelle de la Flandre. On respirait. Au moins, cela faisait débat. Finis, les tabous.

Maintenant, selon Magnette, « il n’y a pas de voie de sortie, c’est aussi simple que ça ». Force est pourtant de constater que la Flandre a poursuivi sa marche en avant depuis 1996 et que nous sommes dans les cordes et que, désormais, la République française regarde la Wallonie avec bienveillance, il suffirait d’un signe… Mais nous sommes belges pour toujours, assène le ministre PS, stop aux fantasmes. La discussion est verrouillée, cadenassée. Onbespreekbaar.

« Mais si la Belgique devient ingouvernable, a-t-elle encore un sens ? », insiste le journaliste du Vif/L’Express. Réponse de Paul Magnette :

« Pour séparer la Belgique, il y a trois options. Un : la guerre civile. Personne ne veut en arriver là. Deuxième scénario : une rupture à l’amiable, à la tchécoslovaque. Mais la Tchécoslovaquie a été construite par l’addition de deux anciens États de l’Empire austro-hongrois. Chaque partie du pays avait sa capitale, avec une frontière très claire entre les deux. Chez nous, c’est infiniment plus compliqué. Troisième scénario : la déclaration d’indépendance unilatérale. La Flandre ne le fera pas, car elle perdrait aussitôt sa qualité d’État, elle ne serait plus membre de l’Union européenne, de l’OTAN, de l’ONU. Je ne vois pas la Flandre entamer une grande tournée diplomatique pour regagner son statut d’État. De plus, la Belgique résiduelle pourrait mettre son veto à une entrée de la Flandre dans l’Union européenne. En d’autres mots, personne n’a les moyens de provoquer la disparition de la Belgique. Tout le monde doit jouer le jeu du compromis. Ceux qui ne le font pas prennent le risque de paralyser le système. »

« Le risque de paralyser le système », dit Paul Magnette. Drôle de risque en vérité, puisque la paralysie de l’État fédéral sert d’argument pour renforcer les entités fédérées. Livrées à elles-mêmes, celles-ci évoluent ipso facto vers le confédéralisme. Pour Kris Peeters, le chef du gouvernement flamand, c’est du pain bénit.

« Je ne vois pas la Flandre entamer une grande tournée diplomatique pour regagner son statut d’État. » Myopie ou aveuglement volontaire ? La Flandre a une diplomatie active et ne manque pas de relais au plus haut niveau. Même Bart de Wever, sans autre titre que président de la N-VA, a été accueilli chaleureusement par David Cameron. Certes, la Flandre n’a pas besoin ni peut-être envie de se déclarer indépendante mais, si elle le faisait, peut-on raisonnablement penser qu’elle serait mise au ban de la communauté internationale ? A qui cet argument « tarte à la crème » est-il destiné ? Mise en garde à la Flandre ou volonté de couper court à toute forme de débat sur l’avenir de la Wallonie ?

Mais pourquoi étouffer le débat ?

Pourquoi ne pas imaginer que la Wallonie prenne elle-même l’initiative de la rupture pour échapper à un prochain « compromis des Belges » encore plus difficile à supporter ?

Paul Magnette se trompe en disant que « la Tchécoslovaquie a été construite par l’addition de deux anciens États de l’Empire austro-hongrois ». L’empire des Habsbourg a dû se transformer en une double monarchie après la défaite de 1866 contre la Prusse, mais c’était une concession faite au nationalisme hongrois, sans concession pour les Slaves tchèques et slovaques. Entre ceux-ci, pas de réelle opposition culturelle et linguistique. Le nationalisme slovaque, tardif, fut celui d’une minorité non respectée (dominée essentiellement par les Hongrois). Quant à la capitale de la Slovaquie, Bratislava, elle ne comptait, en 1910, que 10 % de Slovaques. La décentralisation puis la « séparation de velours » (le divorce avec les Tchèques) en 1992, a été voulue par la minorité slovaque, pourtant plus faible économiquement.

La vérité, que Paul Magnette ne veut pas dire, c’est que les Slovaques ont osé prendre en main leur destin, sans même le soutien d’un grand pays comme la France, si proche de la Wallonie.

La vérité, c’est que la Wallonie a peur d’elle-même et s’enferme dans un pays qui, soumis au bon vouloir de la Flandre, se désagrège et ne lui veut pas du bien.

La vérité, c’est que la population wallonne est loin d’avoir une conscience nationale qui lui permettrait de supporter les sacrifices liés à l’indépendance, et qu’elle a même perdu le peu qu’elle en avait, par la volonté de ceux qui la dirigent.

La vérité, c’est que l’appauvrissement de la Wallonie est programmé quand même, au nom de la Belgique et de sa survie apparente, avec trois ou quatre entités autonomes, très peu solidaires (sauf pour permettre au plus fort de garder un œil sur le plus faible).

La conclusion pour Paul Magnette : « Le conflit communautaire fait partie de la Belgique. C’est un trait de son identité. (…) Tout comme la gauche et la droite, éternellement, se confronteront, le conflit linguistique et territorial, lui aussi, sera toujours là. »

Pauvre Wallonie…

G.R.

« Good Morning Belgium »

Vous avez aimé « Good Morning Vietnam », cette histoire de radio comique et bruyante pour distraire les soldats de leur sale guerre ?

Alors vous aimerez (peut-être) « Good Morning Belgium » : c’est le titre d’un ouvrage collectif dont certains médias se gargarisent aujourd’hui.  Des plus ou moins spécialistes y crient à leur façon que la Belgique est appelée à durer toujours, quitte à se renouveler sans cesse. Tandis que certains farfelus décomptent les jours avant la fin du monde, ceux-là jurent leurs grands dieux que la Belgique ne disparaîtra pas. Ni maintenant, ni plus tard. Paroles d’experts.

« C’est un des objectifs du livre de se poser les bonnes questions : sachant que la Belgique ne disparaîtra pas, quelle est la meilleure architecture pour la Belgique ? Sachant que les régions auront plus de compétences, comment les gérer de manière efficace ? » Voilà ce que répond Vincent Laborderie à des lecteurs du Soir quand même un peu beaucoup sceptiques (lien). Vincent Laborderie, le coordinateur de l’ouvrage, est chercheur en sciences politiques à l’UCL et, pour ceux qui ne le savent pas, membre du comité directeur de B Plus.

Selon les animateurs de « Good Morning Belgium », la Belgique doit se trouver une architecture nouvelle, en tenant compte des exigences flamandes, et avec le sourire s’il vous plaît car « il est urgent de sortir de cette résignation mortifère, la première étape est d’ordre psychologique » (ajoute Vincent Laborderie dans La Libre qui fait du livre un événement).

Le point de vue adopté est celui d’une refondation de la Belgique (il faut choisir ses mots) : « Parler d’évaporation est révélateur : ce serait un phénomène naturel indépendant de la volonté humaine. Comme si la fin de la Belgique obéissait à une loi d’essence divine et ne dépendait pas de la volonté des citoyens ni des politiques. » Il a raison, Vincent Laborderie, il a raison de rappeler que la politique est une affaire de choix, de volonté citoyenne, et c’est pour ça qu’il a tort d’affirmer tout de go que la Belgique ne disparaîtra pas.

 « Good Morning Belgium » : à chacun sa vérité, son credo, son besoin d’être. En politique, il n’y a que des opinions plus ou moins dominantes, des luttes d’influence, des choix plus ou moins possibles, en rapport avec des situations mouvantes.

« C’est un des objectifs du livre de se poser les bonnes questions »… et la Wallonie ne pourrait pas devenir française ?

Mauvaise question ?

Bonjour la France quand même.

G.R.

De Sa Majesté à Son Éminence

Le pastiche de Michel Lemmens

15 novembre 2012

   En ce jour de liesse populaire, c’est par le site d’information généraliste Wiki-Lîdje, encore peu connu, que nous est parvenue copie d’une lettre adressée tout récemment à un de ses amis personnels, le Cardinal A-M. L.***, par le chef d’État dont nous avons pu dernièrement lire un futur et virtuel discours.
    Contrairement à ce que semble penser l’illustre auteur de ce courrier, son entourage n’est pas aussi parfaitement sécurisé qu’il le voudrait; hélas, rien n’est parfait dans ce royaume…

À son Éminence le Cardinal A-M. L.***

Premier-Secrétaire de la Congrégation du ***

Cité du V…

  Monsieur Le Cardinal,

  Mon Cher A-M.,

  Permettez-moi tout d’abord de vous remercier encore pour votre accueil lors de l’agréable réception que vous aviez organisée pour nous au V… à l’occasion de ***

  J’ai beaucoup pensé au Saint-Père ces derniers jours, à cause de toute cette histoire causée par un domestique indélicat, qui a dû le contrarier malgré la grande indulgence dont il a su faire preuve.

  Qui aurait pu croire que cet aimable jeune homme, dont le service à table était si attentionné, si professionnel, qui remplissait mon verre de cet excellent Pétrus -le bien nommé- (dont j’ai oublié le millésime, la mémoire des détails me fait parfois défaut) avec discrétion et assiduité, était capable, d’une même main qui ne tremblait pas, ou si peu, de révéler de lourds secrets d’État et de Religion à des ennemis de l’Institution ?

  Pareille mésaventure ne se produirait certes pas dans ma Maison; en effet, comme vous le savez de bonne science, la survie de notre Monarchie a conduit au dédoublement de toutes les fonctions stratégiques; et le service de Notre table, où se traitent tant d’affaires, et de si délicates, qui ne sont pas de celles dont on discute au Parlement, appartient sans conteste à ce domaine sensible.

  Chaque domestique issu du Nord du pays se trouve désormais assisté d’un acolyte venu du Sud, et inversement; ainsi, ils se surveillent l’un l’autre si attentivement que toute attitude suspecte de l’un serait aussitôt découverte par l’autre, qui veillerait à y faire mettre bon ordre; et inversement comme je crois vous l’avoir dit plus haut.

  J’ai introduit ce management subtilement équilibré dans notre Maison après en avoir constaté les effets bénéfiques dans mes gouvernements successifs, où il a permis, sinon de résoudre un état de crise désormais permanent, du moins d’apaiser les élites politiques dirigeantes en leur assurant des emplois ministériels durables et rémunérateurs, à l’instar de ceux auxquels aspirent, bien légitimement me semble-t-il, les masses laborieuses qu’ils représentent.

  Je reconnais que la dépense s’en trouve considérablement alourdie et que l’immobilisme est souvent le fruit de ces neutralisations réciproques, mais enfin ce n’est pas trop cher payé pour la survie de nos institutions et de mon Trône.

  Il me revient que l’un de nos penseurs les plus éclairés, professeur de droit constitutionnel dans une de nos meilleures Facultés, n’hésite d’ailleurs pas à y voir, dans une forte extrapolation, une application des plus judicieuses de Montesquieu lorsqu’il théorise le nécessaire équilibre entre pouvoir et contre-pouvoirs. Voilà qui est fort bien trouvé, et je voudrais l’en récompenser, mais je l’ai déjà anobli: il me serait donc agréable que vous pensiez à lui pour un prochain Grand-Cordon de l’Ordre du Saint-Esprit.

  Voilà pourquoi, mon cher A-M., je ne saurais trop vous recommander d’appeler l’attention du Saint-Père sur l’utilité pour Lui, et pour toute l’Institution, d’engager un second majordome pour le service de Sa table et de Sa chambre, sauf à devoir servir lui-même le Pétrus, ce qui ne serait compatible, ni avec Sa dignité, ni avec Son âge, ni avec la grandeur d’un tel crû dont la moindre goutte requiert les plus grands égards.

  En attendant le plaisir de vous lire à nouveau etc…

Liège au cœur de Paris

Liège, « ce petit coin de France perdu en Belgique », selon les mots d’Alexandre Dumas, s’est installée à Paris dès les premiers mois de la Grande Guerre, quand la station de métro « Berlin » a été rebaptisée au profit d’une ville dont la résistance à l’attaque allemande était plus forte que prévu.

Le gouverneur de la province de Liège, Michel Forêt, dont on connaît la fibre liégeoise, wallonne et francophile, attache la plus grande importance à cette vitrine du pays de Liège à Paris. La décoration de cette station de métro à nulle autre pareille vient d’être enrichie pour que ne cesse jamais le voyage imaginaire entre Liège et Paris.

Voir, à ce sujet, la vidéo postée sur le site du Soir et l’article publié sur le site de la RTBF.

La Wallonie va rater le train

Jules Gheude, carte blanche publiée dans Le Soir du 8 novembre 2012.

L’aveuglement des « responsables » –  mais méritent-t-ils bien ce nom ? – politiques wallons est proprement consternant.

Ainsi donc, le Parlement wallon va se pencher sur le plan Horizon 2022, destiné à préparer l’avenir, quand il s’agira de voler de ses propres ailes. L’échéance, on le sait, a été fixée en fonction des nouvelles compétences qui seront transférées suite à la 6ème réforme de l’Etat. Or, tout cela est d’ores et déjà dépassé.

On sait, en effet, que la Flandre souhaite aller beaucoup plus loin que ce qui a été (laborieusement) négocié. Et cette volonté n’est pas uniquement le fait de la N-VA.

A l’inverse de leurs homologues flamands, les parlementaires wallons n’ont jamais été amenés à débattre sérieusement de la manière dont ils conçoivent l’avenir de leur Région.

Cet exercice a été fait au Nord il y a… treize ans ! Le 3 mars 1999, en effet, le Parlement flamand a adopté, à une large majorité, une « proposition de résolution concernant les lignes de force de la Flandre en matière de réforme de l’Etat ». Soutenue par le CVP, le VLD et la VU (le SP, Agalev et le Vlaams Blok s’abstiendront), ce programme de revendications institutionnelles en cinq points s’engage résolument sur la voie confédérale.

Ainsi, outre une autonomie fiscale et financière accrue, il est question de régionaliser les lois communale et provinciale, les soins de santé et les allocations familiales, l’emploi, la recherche scientifique et technologique, le commerce extérieur, les télécommunications, le transport et la mobilité, les statistiques, la coopération au développement, l’économie et l’énergie, l’infrastructure ferroviaire, l’agriculture, l’horticulture et la pêche. L’on parle aussi de « paquets de compétences cohérents ». Tout cela dans une structure reposant sur deux Etats, la Flandre et la Wallonie, avec un statut spécifique pour Bruxelles, qui se retrouverait cogérée paritairement. Quant à la Flandre, elle devrait être compétente pour l’organisation de la tutelle administrative dans les communes de la périphérie bruxelloise et à Fourons, ainsi que pour la réglementation des facilités (en vue de les supprimer…) dans les communes à statut linguistique spécial.

On sait comment les responsables francophones ont accueilli ce programme. En « snobant » la Flandre, ils ont tout simplement permis à la N-VA de naître et d’entreprendre son irrésistible ascension.

Quand Bart De Wever, le soir de son triomphe anversois, invite les francophones à négocier dès à présent le confédéralisme, il ne fait que confirmer la volonté exprimée par le Parlement flamand en 1999. C’est la fameuse révolution copernicienne, chère au ministre-président flamand CD&V, Kris Peeters, lequel entend déjà se profiler à l’étranger comme le chef d’un véritable Etat souverain. N’oublions pas que le mot « Nation » figure expressément en préambule de la Charte que le Parlement flamand a récemment adoptée…

On se souvient de la définition de Francis Delpérée concernant le confédéralisme : c’est le séparatisme des cons. Les manuels, en effet, parlent d’Etats indépendants qui décident, à un moment donné, d’exercer ensemble certaines compétences, tels que la défense, les affaires monétaires ou les contrôles de frontière. Chez nous, le terme a une connotation ambiguë, dans le sens où il pourrait viser la plus grande autonomie pour les entités fédérées, sans toutefois remettre en cause l’Etat fédéral, c’est-à-dire le Royaume de Belgique. Mais l’on sait aussi que le programme de la N-VA entend clairement faire de la Flandre une République à part entière au sein de l’Europe…

Toujours est-il que la 6ème réforme de l’Etat est, comme nous l’avons dit, déjà dépassée. Et il n’y a pas que la N-VA qui le proclame. Relisons l’interview accordée par Wouter Beke, le patron du CD&V, au « Soir », le 23 juin dernier : « Personne ne niera qu’une 7e réforme viendra un jour. L’approfondissement de la réforme de l’Etat est irréversible. Une série de compétences devront encore être attribuées aux Régions : impôt des sociétés, services d’incendie, police… Nous étions aussi, comme le PS, pour la régionalisation de la Justice. Nous voulons qu’on tienne compte, en matière communautaire, de pensions, de sécurité…, de ce que  veulent 57% de la population belge, donc les Flamands ». Et d’ajouter, à propos de la nomination des bourgmestres en périphérie bruxelloise : « La meilleure façon de pacifier, c’est de respecter les lois et règles. C’est la Flandre qui est compétente ! Les circulaires flamandes doivent donc être respectées. » A bon entendeur, salut !

Il ne faut pas être grand clerc pour saisir que les choses vont se précipiter et que le gouvernement d’Elio Di Rupo risque de ne pas aller jusqu’à son terme.

Le débat que les parlementaires wallons devraient entamer d’urgence, est celui qui concerne l’après-Belgique. Faute de quoi, ils pourraient bien se retrouver le nez sur le poteau de la dislocation belge, contraints à devoir négocier le devenir de la Région dans l’improvisation absolue.

Ce que disait un certain Charles de Gaulle…

09 novembre : jour anniversaire de la mort de Charles de Gaulle.

Les paroles qui suivent sont attribuées au Général par le journaliste Claude de Groulard ainsi que par Alain Peyrefitte, ministre sous de Gaulle. Elles auraient été prononcées lors d’un entretien entre de Gaulle et le professeur Robert Liénard, professeur à l’université de Louvain, mais aussi lors d’un autre entretien avec une délégation de Wallons qui voulaient préparer l’intégration de la Wallonie dans la République.  

Ce qui est certain, c’est que le Général de Gaulle avait une connaissance hors du commun de la Wallonie et des Wallons qu’il appréciait particulièrement.

« Des Wallons m’avaient déjà demandé de les annexer à la fin de la guerre. Je n’ai pas voulu donner suite à leur démarche. En 45, il fallait respecter les frontières que nous a léguées l’Histoire, sauf les frontières des pays vaincus. C’est ce qui a été fait. La Belgique, il ne faut pas y toucher. Mais que les Wallons s’organisent pour défendre leur langue et leur culture, pour éviter que les Flamands ne leur marchent sur les pieds, nous n’y voyons aucune espèce d’inconvénient… Ou alors, il faudrait que les Flamands rendent la vie impossible aux Wallons, et qu’alors les Wallons se jettent dans nos bras. Mais nous n’avons surtout pas à bouger. Ce serait trop facile de nous accuser de vouloir nous arrondir aux dépens de la Belgique.

« Je sais bien qu’après la Libération, il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France. Mais justement, j’estimais qu’il ne m’appartenait pas de claquer des doigts. Il aurait fallu que les Wallons ou leurs représentants légitimes prennent l’initiative. La France n’avait pas à payer une dette comme au Canada. Un moment, j’avais songé à faire un voyage qui aurait commencé à Gand, je me serais arrêté à Dinant où j’ai été blessé en 14, à Namur, capitale de la Wallonie, j’aurais descendu la Meuse jusqu’à Liège, dont Michelet disait qu’elle était plus française que la France. Ç’aurait été comme le Chemin du Roy au Québec. Mais j’ai résisté à la tentation.

« Notez bien que depuis mon retour aux affaires, une de mes premières initiatives a été d’inviter le Roi et la Reine des Belges. On ne m’a jamais rendu l’invitation. On avait trop peur, sans doute, des manifestations populaires en Wallonie. »

Il reprend, après quelques secondes : « J’avais reçu une délégation de Wallons, bien décidée à préparer le rattachement. Elle m’avait expliqué que les Flamands étaient de plus en plus arrogants et finiraient par faire d’eux-mêmes sécession. C’est peut-être comme ça que ça finira.

« La Wallonie existe, mais il n’y a pas une nation wallonne, les Wallons n’ont jamais cherché à devenir un État. Ils demandent à être intégrés au sein de la République française, dont ils ont déjà fait partie. C’est tout autre chose que, pour les Québécois, de s’émanciper de la domination anglo-saxonne.

« Beaucoup de Wallons pensent qu’ils seraient mieux traités par la France que par la Flandre. C’est probable. Ils retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines. »

Wallonisering

Il y a des mots qui font peur. En associant la fermeture de Ford-Genk à la « wallonisation » de la Flandre, Bart De Wever a martelé son credo nationaliste aux oreilles de ceux qui pens(er)aient que les Wallons et les Flamands sont tout simplement dans le même bateau. Les réactions n’ont pas manqué, surtout du côté wallon, pour s’indigner d’un mot jugé vexatoire. Mais les mots n’ont que le sens qu’on leur donne et ce n’est pas la fermeture de Ford-Genk qui va pousser l’opinion flamande à changer son regard sur la Wallonie. D’un point de vue social, économique et politique, celle-ci sert le plus souvent de repoussoir. C’est cela aussi, la Belgique.

Quand il est question de « Belgique flamande » ou de « flamandisation », cela signifie évidemment autre chose, puisqu’il s’agit de dénoncer l’instrumentalisation de la Belgique en faveur de la Flandre. Il y a ce constat : la Flandre, à la fois majoritaire et plus riche,  a une conscience aiguë d’elle-même et de ses intérêts propres. Elle a un rapport complexe avec la Belgique, qu’elle ne domine jamais assez pour servir au mieux ses intérêts. La minorité wallonne étant peu respectée, on lui reconnaît difficilement le droit d’imposer quelque chose à la Flandre. A cet égard, la situation actuelle est particulière, inédite et potentiellement explosive : le gouvernement belge est dirigé par un Wallon (socialiste de surcroît) soutenu par une minorité de députés flamands.

La présence d’Elio Di Rupo à la tête du gouvernement belge contribue, en Wallonie, à marginaliser le courant « rattachiste ». Elle donne aux Wallons l’impression (l’illusion) que c’est dans le cadre belge et en tant que Belges, qu’ils ont la plus grande maîtrise de leur destin. Rattachistes, nous ne voyons pas les choses comme ça, bien sûr. Ce que nous refusons, c’est d’abandonner notre sort à une Flandre en tout point dominante, de nous laisser enfermer dans une relation trop inégale, avec trop peu de solidarité pour garantir l’avenir de la Wallonie. Dans ce constant rapport de force auquel nous condamne la cohabitation « à la belge », nous voyons de moins en moins les « gains » et de plus en plus les « pertes » : il nous semble évident que le prix à payer pour le maintien de la Belgique est devenu trop élevé.  Nous préférons que la Flandre nous lâche complètement, plutôt que de nous tenir à la gorge.

Pour avoir sa place en Europe et dans le monde, il vaut mieux sortir de ce face-à-face. Et d’abord commencer par se faire à cette idée. Ouvrir le champ du possible. Le contexte international lui-même est déstabilisant. Il faut avoir le courage de tout remettre en question. Pour (se) reconstruire.

G.R.

Quoi qu’il en soit, avec leur charge émotionnelle, les mots « wallonisation » et « flamandisation » sont des symptômes, parmi d’autres, d’un mal profond. Celui d’un pays qui n’est pas un pays (sinon celui du surréalisme, dit-on). Ces mots ont inspiré Marc Oschinsky, dont le regard décalé nous plaît davantage, on s’en serait douté, que celui de Charline Vanhoenacker (Le Soir/RTBF).

Parce qu’il vaut mieux en rire, voici ce qu’en dit Marc Oschinsky dans Le Vif/L’Express d’aujourd’hui :

La petite Belgique illustrée de la semaine :

On le sait depuis longtemps, la bruxellisation, ça consiste à détruire une ville en ne laissant que les façades intactes. On le sait depuis une interview de De Wever dimanche dernier, la wallonisation, ça consiste à fermer toutes les usines et à voter rouge. Reste encore à définir ce qu’est la flamandisation (la manie de coller des lions noirs sur les plaques de rue ?) et on pourra partir à la recherche d’une ville détruite, aux usines fermées et aux lions noirs à tous les coins de rue. Evidemment, ce ne sera pas très joli. Mais ce sera typiquement belge.

Le pas de chance de la semaine :

Durcissement du code de la nationalité : dorénavant, devenir belge sera plus difficile. Et le rester après 2014, un exploit. (…)

L’institut astrophysique de Paris à la pointe de la recherche

Quel rapport entre cet article et le réunionisme, me direz-vous ? Il est vrai que l’information donnée nous éloigne des problèmes de notre quotidien, des pertes d’emploi, du pouvoir d’achat, des déclarations du gouvernement flamand, du résultat d’élections communales ou provinciales, de politique de rigueur ou de relance de l’économie… Quoique…

Les budgets accordés à la recherche ne sont-ils pas conditionnés par des choix politiques ?

N’est-il pas heureux de constater que le gouvernement français a fait de la recherche un des piliers de sa politique ? A l’heure où l’on parle de réindustrialiser nos sociétés, les budgets accordés à la recherche ne sont-ils pas le meilleur moyen de créer les emplois de demain, à haute valeur ajoutée et non délocalisables ?

Je remercie mon ami wallon, Philippe Lange, de m’avoir envoyé cet article. Il induit la question des contacts à établir dès maintenant entre le Gouvernement wallon et la République française, comme l’énonçait si bien il y a peu M. Pierre Hazette dans le message qu’il nous avait adressé.

Paul Durieux

Communiqué de presse du CNRS

Une exoplanète de masse similaire à la Terre, la plus proche de notre système solaire jamais détectée.

Des astronomes européens, dont François Bouchy, de l’Institut astrophysique de Paris (UPMC/CNRS), ont découvert une planète de masse légèrement supérieure à celle de la Terre, en orbite autour de l’étoile Alpha Centauri B. Il s’agit de l’exoplanète la plus proche du système solaire découverte jusqu’à présent. Elle est aussi la plus légère jamais trouvée autour d’une étoile comparable au Soleil. La planète a été détectée en utilisant l’instrument HARPS installé sur le télescope de 3,6 mètres de l’ESO à l’Observatoire de La Silla, au Chili. Ce résultat représente une étape majeure dans la détection d’une jumelle de la Terre en orbite dans la zone habitable de son étoile. Les résultats sont publiés dans la revue Nature le 18 octobre 2012.

Les étoiles Alpha Centauri A et B, très semblables à notre Soleil, ainsi que la naine rouge Proxima du Centaure, forment un système triple qui est l’un des astres les plus brillants du ciel austral, et surtout le plus proche de notre système solaire : il se situe à seulement 4.3 années lumière de nous, quand notre galaxie fait environ 100 000 années lumière de diamètre.La découverte d’une exoplanète autour d’Alpha Centauri B a nécessité d’accumuler plus de 450 mesures sur une durée de plus de 3 ans avec le spectrographe de très haute précision HARPS, en partie développé en France. Une analyse minutieuse des différents signaux présents dans les mesures de vitesse radiale de l’étoile Alpha Cen B, principalement due à l’activité stellaire, a permis de révéler le signal d’une planète en orbite tous les 3,2 jours. Le mouvement de l’étoile Alpha Centauri B créé par l’attraction gravitationnelle de cette planète est minime – il provoque une variation de vitesse apparente de seulement 51 cm/s, soit moins de 2 km/h. Il s’agit de la plus haute précision jamais atteinte en utilisant cette méthode.

Vue du ciel austral autour du système Alpha Centauri, l’astre le plus brillant sur la gauche de l’image. On distingue au centre de la figure la croix du Sud. L’encart montre une vue d’artiste de la planète tellurique découverte à proximité de l’étoile Alpha Cen B.

La planète nouvellement découverte, avec une masse voisine de celle de la Terre, est en orbite à environ six millions de kilomètres de son étoile, beaucoup plus proche que Mercure ne l’est du Soleil. Sa température de surface doit être beaucoup trop importante pour envisager la présence d’eau liquide. Il n’est néanmoins pas exclu que d’autres planètes plus distantes soient présentes dans ce système, car la plupart des exoplanètes connues de faible masse se trouvent en majorité dans des systèmes multi-planétaires. Ce résultat représente une étape majeure vers la détection d’une jumelle de la Terre en orbite dans la zone habitable d’une autre étoile dans le voisinage immédiat du Soleil.