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La chimère wallo-brux (II)

Puisque les partis francophones dominants peuvent compter sur la collaboration de nombreux experts, pourquoi donnent-ils l’impression de ne pas savoir où aller, de s’en tenir à des formules, à des velléités ?

Le fameux plan B francophone, agité pour faire croire aux Wallons et aux Bruxellois que, quoi qu’il arrive, ils resteront belges ensemble, a-t-il seulement fait l’objet d’une amorce de début de commencement de réflexion ?

Nous poursuivons ici la publication de l’analyse qu’en fait Jacques Lenain. (Pour relire la partie précédente de cette analyse, cliquer ici.)

Présentation Bruxelles

4.3. La seconde question fondamentale, fort liée à la première, mais distincte, est que la Belgique de langue et de culture française, autrement dit la « Communauté française de Belgique » n’est pas assez distincte et différente de la France pour exister en tant que « nation » à son côté, et donc comme « État indépendant » à côté de l’État français. Car l’existence de cette « base nationale », socle majeur d’un État souverain nouveau, à qui il faudrait déjà naître et puis arriver à survivre, avant de pouvoir exister et durer, outre qu’elle doit se prouver à titre « interne », doit aussi se prouver à titre « externe » : la substance d’une « nation » s’exprime aussi fondamentalement par ce qui la différencie des « nations » qui l’entourent. Or la Communauté française de Belgique, une fois réduite à elle-même, ne peut « exister » par rapport à la France . Ce qui fait l’identité différente de la « Belgique française » par rapport à la France, c’est qu’elle a appartenu et appartient encore à un espace politique belge, opposé politiquement à la France, doté d’une dimension néerlandaise, flamande, qui existe et domine cet espace depuis des siècles. Une fois cette dimension flamande logée dans un État national flamand, que restera-il de l’identité belge « francophone » ? Quelque chose, certainement, qui est l’héritage de ce long compagnonnage, mais certainement pas assez de quoi fonder une « identité nationale » propre face à l’identité nationale française, écrasante par sa force intrinsèque et sa proximité encombrante.

Il y a bien une identité commune à la Wallonie et à Bruxelles, elle est historique, mémorielle, mais il n’y a pas une dimension plus large de cette identité commune qui pourrait faire appel au concept d’identité « francophone », d’identité nationale « francophone ». Une telle pseudo-identité « francophone » n’a évidemment rien « de propre et de commun » au couple Wallonie-Bruxelles, dont la population est d’identité « française », et n’est que cela. Il n’y a pas d’identité nationale « francophone » qui tienne ou qui pourrait tenir à la place et à côté de l’identité nationale française. Et cette identité mémorielle « belge » plus que « francophone » ne peut rivaliser avec cette identité « française », qui l’emportera totalement et fatalement dès que la Belgique franco-flamande aura cessé d’exister.

Le fait qu’on ne peut avoir deux « identités nationales » distinctes et deux États nationaux côte à côte qui partageraient les mêmes fondements linguistiques et culturels, alors que le premier État serait doté d’une existence manifeste et millénaire et le second d’une identité dérivée et d’aucun passé se vérifie aisément : en Europe, ça n’existe pas. En Suisse romande, personne ne revendique une « identité nationale francophone ». Il n’y a même pas d’entité politique de « Suisse romande », autrement dit de « région fédérée » de Suisse romande. On se contente d’y exprimer une « loyauté suisse », avec d’autant plus de vigueur que la Suisse est la triple promesse tenue d’une grande stabilité politique, d’une constante prospérité économique et d’une paix durable. Et toute similitude avec l’Autriche est à rejeter, la comparaison entre elle et la Belgique française étant cependant fort utile à faire. Car si l’Autriche est bien une « nation germanophone » accolée au flan de la « nation allemande », son existence comme État-nation est millénaire, précède de loin celle de l’unité prusso-allemande. La nation autrichienne peut encore exister au côté de la nation allemande car elle dispose d’une mémoire nationale considérable, d’un « centre national » incontestable et prestigieux, Vienne, l’une et l’autre ayant été le centre d’un Empire majestueux, dont l’Empereur a justement été pendant quatre siècles celui de toute l’Allemagne. Rien de tel, vraiment rien, n’existe pour pouvoir affirmer l’existence soudaine d’une « nation francophone » qui serait distincte de la nation française : un espace belge « si français » et « coupé en deux », dépourvu de toute centralité, et dépourvu aussi de passé étatique propre (et le passé de l’ex-Principauté de Liège ne saurait en tenir lieu, car elle ne rassemblait qu’une petite moitié de la Wallonie actuelle et était étrangère à Bruxelles) ne saurait devenir, d’un coup, au côté de la France, ce qu’est l’Autriche, depuis si longtemps, au côté de l’Allemagne.

4.4. La troisième question fondamentale réside dans la faculté très incertaine de deux entités aussi dissemblables de construire les institutions politiques et administratives communes d’un État fédéral. En effet, et contrairement à une opinion répandue, un tel État ne pourrait, sur le plan institutionnel, se borner à continuer l’ancienne Belgique, une fois la Flandre « partie ».

L’organisation des pouvoirs, le partage des compétences entre niveau fédéral et entités fédérées, régionales et communautaires, les dispositifs financiers, fiscaux et budgétaires, sont autant de règles fixées par la présente Constitution belge qui sont conçues en fonction même de l’existence de la partie flamande (composition du Parlement, du gouvernement, répartition des attributions entre Communautés et Régions, lois de financement et transferts financiers, etc.). La Constitution belge serait donc caduque, et une nouvelle constitution serait à construire pour le nouvel État wallo-bruxellois.

Ainsi, dès ses premiers instants, ce couple incertain de lui-même devrait s’accorder pour définir ses institutions politiques communes, donc sa constitution, et notamment s’entendre sur l’équilibre des pouvoirs des deux membres. Or, définir par cette nouvelle constitution, l’organisation des pouvoirs entre la Wallonie et Bruxelles, serait une tâche très ardue, compte tenu des intérêts divergents précités des deux entités.

Une fois traitée la seule chose facile, à savoir de donner/conserver au nouvel État sa forme monarchique, tout ce qui suit paraît insoluble. Car comment organiser le juste équilibre des pouvoirs, ce qui revient à devoir choisir entre le principe de parité, soit le même poids pour Bruxelles et la Wallonie au sein des organes fédéraux, législatifs et exécutifs, et le principe de proportionnalité, qui conduit à tenir compte du fait que les Wallons sont plus de trois fois plus nombreux que les Bruxellois ?

Ce serait tout d’abord le cas de la composition « fédérale » du Parlement et du Gouvernement, qui devrait à la fois reconnaître la parité/égalité des deux membres fédérés, tout en faisant droit au fait majoritaire de la population wallonne, et alors même qu’il faudrait éviter la domination d’une entité par l’autre. Et cet équilibre serait tout aussi difficile à établir dans le champ financier, fiscal et budgétaire, afin de maintenir une solidarité suffisante entre les deux membres, sans que celle-ci « étouffe » Bruxelles au seul bénéfice de la Wallonie, et ne s’exerce aux dépens de l’avenir économique des deux membres.

A cette première série d’obstacles relative à la relation institutionnelle, horizontale, entre la Wallonie et Bruxelles s’en ajouterait une seconde, verticale, portant sur l’organisation des compétences entre les deux entités fédérées et l’instance supérieure fédérale. Où seraient « logées », par exemple, les compétences éducatives et culturelles, aujourd’hui détenues par la « Communauté française » ? Autre exemple, quelles seraient les compétences fiscales et budgétaires de l’État fédéral, et notamment son autorité en ces matières sur les entités wallonne et bruxelloise ? Bruxelles et la Wallonie restent et resteront trop distantes pour, une fois laissées à elles-mêmes par le départ de l’élément dominant belgo-flamand, pouvoir concevoir rapidement un État commun, et encore plus faire vivre immédiatement et durablement cet État dont le fonctionnement serait subordonné à leur entente.

4.5. La quatrième question fondamentale tient à l’aptitude contestable d’une telle union à affronter les énormes difficultés, immédiates, qu’aurait à surmonter un État wallo-bruxellois, pour arriver à naître, dans l’urgence, alors même que les questions institutionnelles précitées ne seraient pas encore réglées. Car, après la séparation d’avec la Flandre, les deux entités seraient plus que jamais en butte à des intérêts dissemblables, qui seraient de surcroît immédiatement accentués, à des problèmes toujours bien différents pour l’une et pour l’autre, qui seraient aussitôt bien plus aiguisés.

Dans ces conditions, peut-on fonder des espérances sérieuses sur la solidité d’un couple wallo-bruxellois qui serait d’emblée confronté aux négociations de la partition de l’État belge et à ses problèmes redoutables ? Peut-on attendre une action unifiée des Bruxellois et des Wallons pour « copiloter » sans division la séparation d’avec la Flandre, une Flandre qui sera dotée d’une vraie unité et animée d’une volonté farouche d’en découdre ? Une telle union parviendrait-t-elle donc à résister au processus même de la partition et de tous ses sujets redoutables qui constituent l’essence de la partition d’un État ? Par exemple, celui de la partition des dettes publiques et autres passifs, engagements et biens de l’ex-État fédéral ? Celui de la partition des administrations fédérales, dont nombre sont largement placées sous direction flamande ? Celui du sort des « francophones » de la périphérie bruxelloise, au moins là où ils sont très majoritaires ? Celui de la teneur de la jonction géographique à établir par le pertuis flamand ? Ce serait là un processus d’une grande urgence, d’une grande brutalité, très douloureux, très exigeant, qui soumettrait à une très rude épreuve les centres dirigeants respectifs de la Wallonie et de Bruxelles. On peut douter fortement que le couple Wallonie-Bruxelles y résisterait alors que, face à la Flandre, la Wallonie et Bruxelles n’auraient, dès cette épreuve-là et à ce moment-là, pas les mêmes priorités, la principale étant financière pour l’une, territoriale pour l’autre, et toutes deux d’urgence immédiate. Et sans que chaque entité soit en situation de contribuer substantiellement à la résolution des problèmes communs comme de ceux de l’autre.

A très court terme encore, et parallèlement aux négociations très dures avec la Flandre, décideurs wallons et bruxellois devraient de plus résoudre un autre ensemble de difficultés immédiates, celles relatives aux premiers pas du jeune État « francophone ». Ainsi, décideurs wallons et bruxellois parviendraient-ils à s’accorder sur les solutions d’urgence à retenir et à mettre en œuvre pour maîtriser la considérable dette publique précitée, pour la part immédiatement reçue en héritage, ainsi que les énormes déficits publics qui se présenteraient sans attendre ? Seraient-ils à même d’arbitrer la multitude de tous les autres sujets en matières financière, fiscale et budgétaire, absolument vitales pour tout État au moment de sa naissance ? Seraient-ils en mesure de s’accorder sans délai sur les premières mesures provisoires de partage des pouvoirs constitutifs du nouvel État wallo-bruxellois, dans l’attente de leur mise au point définitive dans la Constitution future, compte tenu des difficultés susmentionnées ? Seraient-ils en situation de construire très vite une administration centrale fiable avec les débris hérités de l’ex-administration centrale belge largement façonnée par les Flamands ?

(A suivre…)

Jacques Lenain

Régionalisation, bombe à retardement ?

G.R.Nous avons besoin de vrais débats. Sans tabou ni langue de bois. Dans un monde qui change très vite, il faut se méfier des certitudes.

L’horizon s’obscurcit. Le temps n’est plus d’accorder sa confiance à des marchands de rêves. Il appartient aux responsables politiques de voir et de saisir les réalités du changement. Celui-ci condamne l’immobilisme et réclame une adaptation dont la forme est précisément l’enjeu du débat démocratique.

Il y a peu, je me suis rendu à une conférence-débat organisée par une section locale du Parti socialiste, me souvenant que la citoyenneté se vit au pluriel, pas seulement sur un clavier, devant son écran. La circulation des idées est certes facilitée par internet au point de bousculer, parfois, les codes de la démocratie représentative, mais les partis politiques institutionnalisés servent encore de lieux de parole et de relais avec le pouvoir.

Au programme, Jean-Claude Marcourt et Thierry Bodson réunis pour répondre à la question du jour : Régionalisation, bombe à retardement ? Pour un tel sujet, de tels acteurs de la vie politique wallonne, un déplacement de quelques centaines de mètres, à pied, ce n’était pas trop demander. Cela m’intéressait de les écouter mais j’avais aussi quelque chose à leur dire.

Sur place, en guise d’apéritif, j’ai découvert le texte de Marcourt repris sur l’invitation à la conférence-débat. Le ministre le plus régionaliste du gouvernement wallon commençait par évoquer le Congrès national wallon de Liège en 1945 qui s’était presque terminé par un vote en faveur de la réunion de la Wallonie à la France. Cette référence était de bon augure, surtout que, par la suite, Jean-Claude Marcourt multipliait les formules et les citations pour marteler qu’il ne faut pas subir le changement mais le choisir. A la fin de son texte, il rappelait toutefois que si la Wallonie devait prendre en main son destin, c’était dans le cadre évolutif de l’Etat belge, dont il soulignait la « plus-value ». Mon enthousiasme retombait un peu mais cela renforçait mon envie d’ « interpeller » le ministre.

Hélas, Jean-Claude Marcourt ne s’est pas livré davantage car, retenu ailleurs, il n’est finalement pas venu. Pour le remplacer, il avait envoyé un expert de son cabinet, Benoît Bayenet, professeur d’économie politique à l’ULB et, soit dit en passant, fils de Maurice Bayenet, ancien chef du groupe PS au Parlement wallon, aux positions très régionalistes. A côté de lui, Thierry Bodson, Secrétaire général de l’Interrégionale wallonne de la FGTB, était bien présent. Cela restait intéressant.

Qu’ont-ils dit ?

Benoît BayenetBenoît Bayenet a d’emblée insisté sur les contraintes auxquelles était soumise l’action du gouvernement wallon. Il a pointé, notamment, les effets négatifs de la politique suivie actuellement par l’Union européenne, imposant une rigueur budgétaire aveugle sans chercher à protéger l’industrie en Europe. Si rien ne change à ce niveau, la Wallonie souffrira davantage à partir du 1er janvier 2015, quand elle assumera de nouvelles compétences dans les conditions prévues par la 6e réforme de l’Etat.

Signé le 10 octobre 2011 au bout d’une interminable crise politique, ce grand accord institutionnel n’a pas encore sa forme définitive parce qu’on n’a pas fini d’en discuter les détails, ce qui est loin d’être anodin, mais, quoi qu’il en soit, il réclame une attention d’expert et, si l’on veut s’en faire une idée assez précise, il vaut mieux se rapporter à la présentation que Benoît Bayenet lui-même en a faite pour l’Institut Emile Vandervelde,  le centre d’étude du PS (lien). De ce document de 74 pages, je me contenterai de reprendre ici ces quelques lignes : « La sixième réforme de l’État déplace le centre de gravité des politiques publiques vers les Régions et les Communautés par un transfert de compétences pour un montant de 16,9 milliards. Cela devrait correspondre, selon les négociateurs, à une augmentation des moyens des Communautés et des Régions de plus de 40%. »

On a fait un pas vers l’autonomie fiscale des entités fédérées. Concrètement, cela signifie qu’à partir du 1er janvier 2015, l’Etat fédéral ne percevra plus que 75 % des impôts sur les personnes physiques puisqu’avec moins de compétences, il aura aussi moins de charges à assumer. Les 25 % restants de l’IPP seront donc prélevés par les Régions (les Communautés n’ayant pas le pouvoir de lever l’impôt), qui pourront les affecter comme elles le veulent mais aussi les augmenter ou les diminuer.

Toutes choses restant égales, on a voulu que la réforme ne pénalise aucune entité fédérée. Puisque le passage de l’ancien au nouveau modèle faisait perdre 600 millions par an à la Région wallonne, on a mis en place un mécanisme de solidarité qui, dans l’hypothèse où la situation de la Wallonie ne serait pas meilleure, prévoit le versement (maximum) de cette somme, sous forme d’aide annuelle, jusqu’en 2022. En réalité, ce montant fixe, qui ne tient pas compte de l’inflation, a été quelque peu sous-évalué, et la situation relative de la Wallonie s’est déjà détériorée depuis la signature de l’accord.

Parmi les nouveautés, il y a aussi le transfert aux Communautés (à la Cocom pour Bruxelles et à la Communauté… Wallonie-Bruxelles pour la Wallonie) de la gestion des allocations familiales. Dans ce cas, le principe est celui d’une enveloppe calculée sur le nombre d’enfants mais sans tenir compte des situations particulières. On sait déjà que les 5,8 milliards reversés aux francophones ne suffiront pas à honorer les engagements actuels mais tout le monde se veut rassurant.

Pour permettre à la Wallonie de faire face à ses obligations nouvelles et de voler bientôt de ses propres ailes, il faut tout de suite un « plan Marshall au carré », selon Jean-Claude Marcourt. Cela signifie, explique Benoît Bayenet, qu’il faut recentrer le plan Marshall, revenir à la priorité n° 1 : créer de l’activité économique, de l’emploi. Avec des moyens revus à la baisse, il faudra se montrer plus efficace. Autant dire que l’enseignement ne tardera pas à faire débat. Coût élevé, résultats médiocres : Jean-Claude Marcourt ne veut pas seulement la régionalisation de l’enseignement mais aussi la fin de la concurrence entre les réseaux.

Plus tard, quand il reprendra la parole, Benoît Bayenet ajoutera que si les Wallons ne relèvent pas le défi de la 6e réforme de l’Etat, les Flamands ne tarderont pas à leur en imposer une autre, encore plus dure. Ils y travaillent depuis 1999 et ils n’ont pas tout obtenu. Le PS, parce qu’il est le plus fort en Wallonie, doit prendre la responsabilité de proposer un vrai projet d’avenir pour la Wallonie, avec une vision… dans une Belgique de plus en plus confédérale.

thierry bodsonSecrétaire général de l’Interrégionale wallonne de la FGTB, Thierry Bodson n’est pas éloigné des positions de Marcourt, mais c’est un syndicaliste : avec lui, le ton devient plus polémique, la parole se libère, même si le propos reste mesuré. Le fond de son intervention n’est guère encourageant. Ce qu’il dénonce n’est pas le transfert des compétences (il est régionaliste) mais les coups de canif portés à la solidarité dans ce pays.

Cela va faire mal. Aux effets de la 6e réforme de l’Etat, à partir du 1er janvier 2015, va s’ajouter un nouveau train de mesures antisociales décidées par le gouvernement Di Rupo. La situation des chômeurs ne cesse de se dégrader. Bodson est en colère contre l’exclusion du chômage qui, au 1er janvier 2015, va frapper les bénéficiaires de l’allocation d’insertion. Cela concerne 24.000 personnes dont la grande majorité vit en Wallonie. On y trouve beaucoup de femmes qui ont travaillé à temps partiel, repoussées injustement vers les CPAS, dont les budgets vont exploser (c’est un transfert des coûts sociaux vers les communes les plus… pauvres).

Selon le très rouge et très wallon Thierry Bodson, la CSC serait prête à aller plus loin dans l’appauvrissement de la Wallonie. Fortement dominée par son aile flamande, elle voudrait que les nouvelles compétences en matière d’allocations familiales et de soins de santé ne soient plus financées par les cotisations sociales mais par la fiscalité régionale, ce qui arriverait si le PS était rejeté dans l’opposition. Une horreur.

Même s’il juge sévèrement les concessions faites à l’aile droite (et flamande) du gouvernement Di Rupo, le représentant de la FGTB wallonne préfère manifestement que le PS reste au pouvoir. Il ne semble pas rassuré. Ce qui l’inquiète aussi, c’est le projet de réforme fiscale porté par le MR, forcément défavorable à la région la moins riche. A l’entendre, on pense inévitablement au « bain de sang social » dont la menace a déjà été agitée par le Parti socialiste. Bodson va jusqu’à penser tout haut que, pour se refaire une virginité avant les élections, le PS ne doit pas hésiter à provoquer une crise gouvernementale.

Ceci dit, le gouvernement wallon en prend aussi pour son grade. C’est même le monde politique wallon dans son ensemble qu’il accuse d’une incroyable inertie alors qu’il lui appartient de préparer le passage à la situation nouvelle imposée par la 6e réforme de l’Etat. Thierry Bodson préside le Conseil économique et social de la Région wallonne et, à ce titre, il a tous les outils devant permettre à la classe politique de mener une réflexion sur la façon de gérer les compétences  dont la Wallonie hérite à partir du 1er janvier 2015. Mais pas de réaction.

A cette date, qui va s’occuper de l’activation des chômeurs ? On ne sait pas. S’est-on posé la question de savoir ce qu’on pouvait changer dans la politique des allocations familiales ? Non. Avec un budget bloqué et un système en croissance, il n’y aura pas assez d’argent en Wallonie pour utiliser les titres services aux mêmes conditions qu’aujourd’hui : on en discute ? Non. Rien ne se passe. On ne semble pas conscient des réalités (sauf Marcourt, concédera Bodson).

Alors que la Flandre, elle, se prépare depuis longtemps, la Wallonie risque bien de sombrer dans la confusion la plus totale. Or, il est important de faire réussir la 6e réforme de l’Etat, car si elle rate, ce sera la faute des Wallons, inévitablement. Les Flamands nous tiennent à l’œil. L’autonomie accrue ne doit pas faire illusion. Nous resterons tributaires des décisions prises en Flandre. Concurrence sociale (par exemple, si on ne parvient plus à diminuer les cotisations sociales pour des groupes cibles). Concurrence fiscale (on y pense beaucoup mais Bodson minimise ce risque, la Flandre ayant aussi besoin d’argent pour mener ses politiques). Et quid des titres services achetés dans une autre région si leur prix est différent…  Pour la mobilité des travailleurs, autre danger : selon le patron de l’UNIZO, qui s’en est ouvert à Thierry Bodson, le gouvernement flamand ne tarderait pas à durcir les règles linguistiques à l’usage de ceux qui voudraient travailler en Flandre.

Alors, régionalisation, bombe à retardement ?

On aurait pu penser à une question oratoire en découvrant qui allait y répondre. Animés par de fortes convictions régionalistes, Jean-Claude Marcourt et Thierry Bodson nous incitent, en effet, à ne pas nous engager dans la 6e réforme de l’Etat à reculons. Même si on n’a pas voulu cette réforme, il faut en faire une opportunité pour la Wallonie.

Mais l’impression générale est loin d’être encourageante.

Benoît Bayenet a joué son rôle d’expert et, puisqu’on lui demandait de s’exprimer sur l’hypothèse d’une 7e réforme de l’Etat, il a jugé qu’on avait au moins dix ans devant nous, sauf si la N-VA venait à forcer les événements.

Pour conclure, après les interventions du public (dont la mienne, j’y reviendrai dans un autre article), Thierry Bodson a livré son sentiment. Il a parlé de trois paris dont le premier était de former un gouvernement et les deux autres de faire barrage à la N-VA, d’abord à Anvers et ensuite au grand rendez-vous électoral de mai 2014. Globalement, il pense que le pari est perdu. De Wever est bourgmestre d’Anvers et la N-VA gagnera les prochaines élections. Ce qui lui fait mal, c’est que, dans cette hypothèse, la gauche wallonne aura accepté des mesures antisociales pour maintenir en vie un pays de toute façon condamné…

G.R.

La N-VA reprend la main

Ben-Weyts-N-VA-Il y a deux mois, gonflé par des sondages annonçant 40 % des intentions de vote pour la N-VA, Geert Bourgeois a claironné qu’avec le soutien des électeurs flamands, les nationalistes allaient pouvoir déplumer complètement le fédéral. Plus question de concéder quoi que ce soit. Geert Bourgeois lui-même se voyait déjà remplacer Kris Peeters à la tête de la Région flamande. Cette mâle posture a incité les autres partis flamands à durcir leur opposition à la N-VA, accusée d’être un dangereux parti séparatiste.

Plus subtils, Ben Weyts et Jan Peumans ont laissé entendre hier qu’au soir du scrutin de mai 2014, couplant élections régionales et fédérales (et européennes), la priorité serait de former un nouveau gouvernement flamand, parce qu’il reviendrait à ce gouvernement flamand de négocier avec les représentants des autres entités fédérées un accord pour le niveau fédéral. De facto, ce processus imposerait un vrai confédéralisme aux différentes composantes de l’Etat belge. Sachant que le confédéralisme est au programme du CD&V et de l’Open VLD, Ben Weyts et Jan Peumans supposent qu’ils s’associeront à la manœuvre… (G.R.)

Lire le détail de cette information sur le site de La Libre Belgique.

Le plan B francophone, une chimère

Le débat sur l’avenir de la Wallonie et de Bruxelles n’a pas encore commencé. Pour le moment, la classe politique, relayée par les médias, s’en tient à une « évidence » : nous sommes et restons belges et si, un jour, la Flandre choisit de prendre son indépendance, il y aura une Belgique sans la Flandre.

Le Français Jacques Lenain n’a pas les mêmes raisons d’enfermer le débat. Il a réfléchi aux différentes options qui se présentent aux citoyens de Wallonie et de Bruxelles. Dans sa réflexion sur l’avenir de Bruxelles, dont nous avons déjà publié trois volets, Jacques Lenain envisage ici l’hypothèse d’un État Wallonie-Bruxelles fédéral, le fameux plan B francophone. Il consacre suffisamment de lignes à cette question pour nous amener à diviser son texte en trois nouvelles parties.

Présentation Bruxelles

IV. Bruxelles, second membre d’un État Wallonie-Bruxelles fédéral, un projet autant irréaliste que séduisant, dont l’engagement se terminerait fort mal.

4.1. Un État souverain wallon-bruxellois, un État belge résiduel une fois amputé de la Flandre, un État qui resterait de forme monarchique, un État fédéral, qui serait la fédération de deux membres, est une option d’une force si séduisante que c’est déjà l’option principalement avancée par nombre de politiques wallons et bruxellois face à la perspective désormais solide de la scission du Royaume. Elle s’exprime présentement sous une forme atténuée de « Fédération Wallonie-Bruxelles » au sein du Royaume belge finissant, comme réponse à l’entreprise flamande de « confédéralisation » de l’État belge, terme porteur d’une subordination croissante et humiliante de Bruxelles et de la Wallonie à la Flandre. Cette esquisse toute provisoire serait censée déboucher un jour sur une entité plénière, celle d’un nouvel État souverain, un État « francophone » qui serait le pendant du nouvel État Flamand, aussitôt après la dislocation avérée de l’État belge actuel.

Ce discours, largement répandu et partagé dans la sphère politique, manifestation verbale d’un front uni, au moins fictivement, face aux revendications flamandes, prospère d’autant mieux que les principaux partis politiques et les médias écrits et télévisuels « francophones » sont communs aux deux entités wallonne et bruxelloise, et que personne ne se hasarde encore à dessiner l’architecture et à vérifier la viabilité d’un tel État fédéral Wallonie-Bruxelles. Ainsi, en cette année 2013, dans le désarroi qui frappe tous les milieux de la Belgique « francophone », la classe politique franco-belge, qui constate que la réforme de fin 2011, alors même qu’elle n’est pas encore traduite dans la Constitution belge, est déjà caduque, jette, dans le flou le plus total, les mots aptes à répondre à l’angoisse existentielle de tous. A côté du terme « État francophone », on voit même surgir celui de « nation francophone », une « nation francophone » toute neuve, une soi-disant « nation » issue d’une « nation belge » disparue et accolée au flan de la vraie « nation française », millénaire.

Présentement, pourtant, la toute simple « Fédération Wallonie-Bruxelles », proclamation en 2011 d’une forme de résistance, d’un essai de contre-projet, n’a pas encore reçu le moindre début de concrétisation. Cette inertie ne démontre-t-elle pas que les élites franco-belges, dirigeantes ou non, divisées entre « régionalistes » wallons et bruxellois d’un côté et partisans de « l’unité francophone » de l’autre, sont encore inaptes à tout travail prospectif à inscrire dans un contexte post-belge ? Et que ces pouvoirs et élites franco-belges, qui s’interdisent donc de développer publiquement une pensée élaborée sur ce contre-projet, toujours invisible, resteront demain strictement incapables d’amorcer, même en paroles, l’ébauche intellectuelle d’un futur État fédéral Wallonie-Bruxelles dans le giron du Royaume ? Et ce contrairement aux élites flamandes qui y édifient concrètement leur État propre, jour après jour. Nous allons tenter ici de faire apparaître la cause essentielle de cette impuissance, à savoir la futilité d’une telle intention, du fait de la « non-faisabilité », tant politique que technique, d’un tel État « francophone » futur. Pour y parvenir, nous allons tenter de démontrer que les sept questions fondamentales que posent la création d’un tel État bicéphale « francophone » sont toutes quasi-insolubles.

4.2. La première question fondamentale est la capacité très douteuse des Belges « francophones » à se considérer comme un peuple unifié et unique, ce qui se nomme une « nation », ici une soi-disant « nation francophone », dont l’existence est la condition première et essentielle pour se doter d’un État commun qui soit durablement viable. Car, malgré leur identité linguistique et culturelle « française » qui les réunit et leur long passé politique commun, la Wallonie et Bruxelles forment deux entités distinctes, deux populations différentes. Qui sont bien trop distinctes et trop différentes l’une de l’autre pour former une telle communauté « nationale », qui soit et qui resterait politiquement unifiée au sein de leur propre État commun.

Distinction physique d’abord, puisque les entités bruxelloise et wallonne appartiennent à des espaces géographiques nettement séparés bien que proches, de taille et de morphologie absolument dissemblables. Il serait très difficile d’apparenter durablement une Cité sans pays, de moins de 200 km², et un pays entier de près de 17 000 km², trois fois plus peuplé, sachant que ces deux entités sont sans connexion territoriale, puisque séparées l’une de l’autre par une bande de territoire flamand, et alors que la première ne peut être reconnue par la seconde comme capitale commune et centrale, du fait même de cette dissociation territoriale et aussi à cause de la méfiance généralisée des élites et populations wallonnes vis-à-vis de Bruxelles. Et ce n’est pas la création toute hypothétique d’un corridor terrestre entre Bruxelles et la Wallonie, création certes indispensable pour Bruxelles, mais à la concrétisation bien incertaine (si incertaine que les négociateurs des partis politiques « francophones » en ont abandonné la revendication, en octobre 2011, tout en acceptant la demi-scission de BHV, malgré leurs engagements écrits antérieurs de n’accepter celle-ci que contre la création de ce lien territorial), qui pourrait suffire à surmonter cet éloignement et la méfiance wallonne.

Distinction culturelle ensuite, parce que Wallons et Bruxellois, tout en étant proches par une même langue et une même culture d’essence française, sont des populations sociologiquement et humainement distantes, et donc de sensibilité souvent opposée sur bien des sujets. Population d’une Cité internationalisée à dominante bourgeoise d’un côté, population de substance rurale et ouvrière de l’autre. Il n’est pas excessif de dire que, majoritairement, Bruxellois et Wallons ne s’apprécient guère. Du côté des « néerlandophones », si Brabançons et Limbourgeois ont su accepter de se désigner tous comme Flamands, manifestant ainsi leur volonté d’unité pour aboutir à la formation d’un seul peuple, le peuple « flamand », les « francophones » de Belgique furent et restent incapables du même mouvement unitaire. On l’a bien vu dans l’abandon des populations « francophones » de Flandre ces dernières décennies. Les Wallons rejettent très majoritairement tout renforcement du rôle de Bruxelles comme métropole « wallonne », malgré les faiblesses économiques et financières intrinsèques de la Wallonie. Et la majorité des Bruxellois refusent de se considérer comme des « Wallons », et ne pourraient concevoir d’être dirigés à partir d’une « capitale » wallonne. Il y a bien des « francophones » en Belgique, mais il n’y a pas de peuple « francophone » : « francophone » ne peut être le nom d’un peuple, et il n’y a pas de peuple sans nom.

Au demeurant, toutes ces différences entre Wallons et Bruxellois sont l’expression, la cause comme la conséquence, de réalités économiques très dissemblables et destinées à le demeurer, malgré des liens économiques étroits entre Bruxelles et la Wallonie, précisément par le Brabant wallon. Des réalités qui trouvent leur source dans le passé, avec la perte par la Wallonie, au profit de Bruxelles (de Bruxelles d’abord, de la Flandre ensuite), de la maîtrise de son économie, fondement d’une méfiance wallonne profonde vis-à-vis de Bruxelles. Et de réalités qui appartiennent au présent, avec l’internationalisation économique de Bruxelles, facteur qui explique la permanence d’un désintérêt bruxellois pour le devenir économique de la Wallonie. Nous sommes bien en présence de deux territoires économiques distincts, liés et séparés tout à la fois, en aucun cas d’un territoire économique « national » unique, une situation de division qui est appelée à s’éterniser.

C’est clair, la Wallonie et Bruxelles sont deux collectivités géographiquement et humainement très distinctes, de par la morphologie opposée de leurs territoires comme du fait des structures et des mentalités différenciées de leurs sociétés respectives. Ces différences sociales, culturelles, fort sensibles, entre nombre de Wallons et nombre de Bruxellois, s’épanouissent aussi dans le champ politique, par les expressions parallèles d’un autonomisme wallon anti-bruxellois, et d’un autonomisme bruxellois qui tourne le dos à la Wallonie. D’autant qu’il faut compter aussi avec les partis politiques « francophones », d’implantation différente à Bruxelles et en Wallonie, qui ne sont pas seulement d’orientations idéologiques divergentes, mais qui ne peuvent converger pour le traitement concret des questions wallonnes et bruxelloises. Ce qui rend difficile toute action durable concertée, comme le démontre déjà avec évidence la pauvreté de la coopération wallo-bruxelloise dans le cadre de la Belgique actuelle. C’est ainsi qu’aujourd’hui, dans le cadre de l’État belge, des projets communs entre les deux Régions sont quasiment inexistants s’ils ne sont pas portés par l’État fédéral, ce qui est rarement le cas. Et que la « Communauté française », qui est justement une sorte de structure fédérale wallo-bruxelloise déjà existante pour les matières éducatives et culturelles, est sans cesse critiquée et si mal utilisée, et que ceux des décideurs qui proposent de la renforcer ont déjà échoué à y parvenir à travers la « Fédération Bruxelles-Wallonie », annoncée en 2011 et toujours inexistante.

C’est bien parce que Bruxelles et la Wallonie constituent et resteront des entités aussi fondamentalement dissemblables que leurs intérêts ne peuvent converger suffisamment. Cette convergence qui ne peut aboutir interdit la construction d’un « sentiment national » partagé par le plus grand nombre. L’une est et demeurera une ville-libre, entièrement urbanisée, à la triple vocation internationale, européenne et financière affirmée, dont la toute première aspiration est son désenclavement géopolitique de la Flandre, question qui n’est pas du tout un souci wallon. L’autre est un pays-territoire, territorialement autonome, mais économiquement faible et financièrement très dépendant, dont le renouveau économique tant attendu, s’il se concrétise un jour, devra peu à Bruxelles. Ce manque constitutif de solidarité et de cohérence, on le constate depuis des décennies et toujours encore aujourd’hui face aux revendications de la Flandre, ce qui facilite grandement les avancées constantes de celle-ci, qui constitue bien, elle, un « bloc national ». Comment croire que ce manque serait résorbé demain, alors que, au sein de cet État déjà, la Wallonie et Bruxelles sont présentement dans l’incapacité de constituer une structure politique commune ? Une fois dépourvues du lien imposé que constitue l’État belge actuel, Bruxelles et la Wallonie, malgré leur culture française et leur passé politique communs, et la perspective partagée de disparition de l’État belge, seraient dans l’incapacité d’inventer, en un instant, un « être national » doté de la capacité d’affronter des temps entièrement nouveaux et particulièrement durs.

Dès lors, Bruxelles et la Wallonie, déjà trop différentes pour traiter aujourd’hui de concert dans le cadre belge unifié les problèmes qu’elles ont en commun, seraient encore moins aptes demain à résoudre de concert ceux qu’elles auraient à affronter, dans des conditions rendues autrement plus difficiles par la disparition de l’État belge : ceux d’une île-métropole dynamique mais géographiquement isolée et captive d’un côté, ceux d’un pays véritable mais faible économiquement et financièrement assisté de l’autre. Ceux d’une cité « cosmopolite » pleinement intégrée à l’économie mondiale, et ceux d’un pays encore resté foncièrement populaire et rural, toujours en phase de transition économique. Ceux d’une enclave coupée de l’aire « francophone », ramenée constamment à son face à face avec la Flandre et à la menace dissolvante de son internationalisation, et ceux d’un pays qui malgré ses cinq frontières penchera inexorablement vers la France pour s’y rallier à un certain moment, si ce n’est pas tout de suite.

(A suivre…)

Jacques Lenain

Jusqu’ici, tout va bien… ?

michel lemmensMichel Lemmens, Liège

JUSQU’ICI, TOUT VA BIEN… ?

ou : « Relisons Homère : Cassandre avait raison. »

Lecture d’un grand journal du soir (Le Monde) mercredi 8 mai 2013 :

« …après 6 ans de récession marquée par une chute de l’activité de plus de 20%… le pays vient de traverser des années quasi-apocalyptiques… Le déficit public était à 2 chiffres, la compétitivité ne faisait que chuter… Le chômage, qui affecte plus de 20% de la population, dont près de 60% des moins de 25 ans… Le taux de pauvreté a augmenté de 21% et l’activité devrait encore se contracter de 4.2% cette année. On est au début d’un processus qui prendra encore 5, 10 ans peut-être… »

Bref, encore la Grèce, direz-vous : ils l’ont bien cherché… !

Sauf que cet article pourrait être daté du 8 mai 2020, et concerner la Wallonie et les Wallons, dont l’état d’esprit et la cécité sont ceux qui prévalaient en Grèce à la veille encore de la catastrophe.

Nos concitoyens sont pour la plupart dans le déni total de ce qui ne manquera pas d’être la situation en Wallonie lorsque cesseront les perfusions Nord-Sud qui nous ont permis, et nous permettent encore, de franchir les turbulences économiques en limitant la casse au prix de mesures mineures et d’inconvénients supportables.

Ce déni s’exprime sous deux formes, qui se combinent sans s’exclure : les Cassandre se trompent car

* la Flandre n’ira pas jusqu’à de telles extrémités, elle a intérêt à conserver aux Wallons le bénéfice de sa solidarité,

*…et quand bien même la Flandre commettrait cette erreur, le peuple Wallon, courageux et travailleur, fera face à son destin, demeurant belge, et fier de l’être.

Cette posture appelle (au moins) deux commentaires :

  • la Flandre pourrait en effet choisir de conserver une Belgique qu’elle domine et dont elle retire un maximum d’avantages, notamment à l’international ; MAIS de même que l’Union européenne, pour conserver la Grèce qui souhaite rester dans le club, lui impose avec le FMI, la BCE etc, les mesures structurelles et l’abandon de souveraineté dont les charmes ont été évoqués plus haut, de même la Flandre ne manquerait pas d’imposer ses conditions au maintien de ses aides à la Wallonie ! Les Wallons sont-ils vraiment disposés à subir de telles avanies, qui n’épargneront que la nomenklatura qui aura réussi à sauver son statut, et ses privilèges ?
  • et si les Wallons renâclent, se rebiffent, et, fiers et courageux, optent pour le « stand alone » après une inévitable période de troubles sociaux, peuvent-ils croire que la prospérité reviendrait dans un avenir à taille humaine avec le seul concours des forces politiques qui, en 50 ans de déclin de sa sidérurgie, de ses charbonnages, de son appareil industriel hérité du XIXème siècle, en dépit de quelques trop rares succès, n’ont pas su éviter à la Wallonie une dépendance qui en fait un protectorat économique et social de la Flandre ?

Le Professeur Jules Gazon combat cette illusion lyrique et fait de la situation wallonne (lien)  une analyse d’une implacable lucidité: les chiffres imposent leur vérité et ne permettent pas de rêver à une transition en douceur d’une Wallonie économiquement dépendante à une nation Wallonne prospère, autonome et membre de l’Union Européenne; ses finances publiques, charpente de toute structure étatique, ne le supporteraient pas. Ces chiffres sont, en gros, ceux que connaît actuellement la Grèce et que rappelle l’article du Monde déjà cité.

Certes, Jules Gazon y met les formes, car le professeur de sciences économique sait que la Wallonie n’est pas la Grèce, ne dispose pas des chiffres les plus récents et ne peut, académiquement parlant, se permettre les extrapolations qui sont autorisées au profane; en effet, en toute transparence démocratique, ces données sont sous embargo, les experts non-gouvernementaux n’y ont pas accès, et ce ne sont certes pas les médias qui vont violer ce « secret-défense » pour informer le lecteur électeur.

Jules Gazon fonde donc son analyse sur les derniers chiffres disponibles, ceux de 2009. Le citoyen lambda qui écrit ces lignes n’est pas, lui, tenu à cette réserve de scientifique et peut énoncer sans ambages ce que tout le monde peut savoir mais que personne ne veut voir : aucune évolution positive favorable n’est survenue ces dernières années, qui permettrait de controuver les conclusions de l’économiste liégeois ; un scénario-catastrophe à la grecque et une paupérisation massive et durable menacent bel et bien la Wallonie si celle-ci n’opère pas en temps voulu, c’est-à-dire aujourd’hui, des choix radicaux quant à son avenir institutionnel.

Et ce ne sont pas les modestes frémissements bruyamment acclamés ici ou là, méthode Coué ou intox délibérée, qui vont y changer quelque chose : le chômage ne diminue pas, mais seulement la vitesse à laquelle il augmente, etc… Le tout vu au travers de statistiques dites « belges » qui agrègent des réalités totalement différentes : que signifie un taux de chômage « belge » quand on sait qu’il est de 7 ou 8% en Flandre, de 12 ou 13% (au moins !) en Wallonie, de 20% à Bruxelles ?

Est-il nécessaire de souligner que si les mesures de restriction budgétaire (non, non, pas d’ »austérité » !?) sont jusqu’ici restées dans des limites que la population a bien voulu supporter, c’est grâce à la « râpe à fromage » et autres corrections de la mal-gouvernance chronique belge ? Une fois vendu ce qui est vendable, il faudra bien s’en prendre à l’impôt (pas celui des multinationales : il n’existe pas), à la Sécurité sociale, aux services publics, aux salaires, bref au niveau de vie de la plupart, le tout pour une durée imprévisible et sans perspective sérieuse de retour à une prospérité durable.

Chacun sait que la Belgique, puisqu’une entité juridique de ce nom existe, n’est pas le seul État-membre de l’U.E. en difficultés. À l’exception de l’Allemagne et de l’Autriche, tous les autres, ou presque, sont atteints à des degrés divers.

La spécificité belge tient en ceci que cet État se compose de 2 (pour simplifier) zones, dont l’une se compare honorablement à l’Allemagne ou à l’Autriche, et l’autre ressemble plus au Portugal, et bientôt à la Grèce, et qui de surcroît ont chacune une conception différente du « vivre ensemble » . Ou plutôt dont la plus nombreuse et la plus prospère ne voit plus que des inconvénients à cette vie commune, pour ce qu’il en reste.

On peut sans doute parler de « crise » pour certains États, mais il s’agit bien plus en Belgique d’un état critique, de nature structurelle bien plus que d’origine conjoncturelle.

Résumons – la Wallonie est face à trois options :

  • rester ou devenir une merveilleuse terre de vacances, un bantoustan subventionné par une puissance coloniale plus ou moins bienveillante,
  • se constituer en État indépendant, seule et en aucun cas avec Bruxelles qui n’en veut pas (lien), moyennant 10 ou 30 ans de paupérisme et après avoir vendu le trilogiport aux Chinois, la gare des Guillemins aux Hollandais et Bierset à Dubaï,
  • …ou trouver autre chose.

Dans cette configuration peu réjouissante, la Wallonie dispose tout de même d’un avantage sur d’autres États européens en difficultés : nombre de ceux-ci sont sous la menace d’une extrême-droite qui se pose en unique recours et est de plus en plus agressive (Aube-Dorée, Jobik et autres) , alors que la Wallonie peut parfaitement tenter de négocier avec la France, qui reste démocrate, un avenir commun dans une forme spécifique de réunionisme.

On entend déjà les cris d’effroi : en France, « on a déjà nos pauvres ! » ; en Wallonie : « pas de Préfets jacobins en casquette galonnée ! » De plus, par les temps qui courent, il faut reconnaître que la France n’offre pas son visage le plus séduisant, même pour un francophile déterminé…

Mais soyons sérieux : il y va du bien-être et du niveau de vie d’une voire deux générations de Wallonnes et de Wallons, d’une vision politique à long terme, pas d’un caprice romantique ou sentimental !

Et, du côté français, d’un apport non négligeable de population francophone dont le malheur est d’avoir été victime d’une erreur politique en des temps très révolus ; et qui, une fois cette erreur réparée, sera parfaitement en mesure d’apporter à la République le concours de ses travailleurs, de ses chercheurs, de ses entrepreneurs et de ses artistes, et même de son personnel politique dûment recyclé.

Il y a donc vraiment matière à négociation, et si on y met autant d’énergie et d’imagination que celles qui ont été et sont encore, vainement, dépensées pour faire survivre une Belgique désormais virtuelle, un avenir digne de ce nom est à portée des Wallons.

Encore un petit effort.. ! JUSQU’ICI, TOUT VA BIEN.. ?

Quand l’évolution de la situation conforte l’analyse

Jules Gheude, essayiste politique (1)

jules gheude 5Alors que la mouvance nationaliste ne cesse de progresser au Nord du pays, sapant, chaque jour un peu plus, les fondations du Royaume, les responsables politiques francophones continuent à faire l’autruche. Tout semble se passer pour eux comme si la Belgique était vouée à connaître l’éternité.

Que fait un séparatiste, s’il bénéficie de la légitimité démocratique ? Ben, il sépare. Ça t’étonne, Yvonne ?, écrivait, le 23 mars dernier, Pierre Bouillon dans « Le Soir ».

Or, cette légitimité démocratique pourrait bien être atteinte au soir des élections législatives et régionales du 25 mai 2014. Aujourd’hui, la N-VA, le Vlaams Belang et la Lijst Dedecker flirtent déjà avec les 45% d’intentions de vote (sondage Ipsos, Le Soir, RTL-TVI de mars).

Avec Bart De Wever, au moins, on sait à quoi s’attendre : il veut que la Flandre devienne autonome en 2014. C’est l’option confédéraliste, d’ailleurs largement partagée aussi par les démocrates-chrétiens et les libéraux flamands. D’un point de vue strictement stratégique, le ministre-président flamand Kris Peeters est bien forcé de se distancer du leader nationaliste (son parti, le CD&V, se situe actuellement à 16,7%,), mais, pour ce qui est du devenir de la Flandre, il y a, entre les deux hommes, l’épaisseur d’un papier à cigarette… Qui oserait nier que Kris Peeters se comporte déjà à l’étranger comme le chef d’un véritable Etat souverain ? N’a-t-il pas quitté la mission économique princière au Vietnam pour se rendre au Myanmar, afin d’y rencontrer Aun San Suu Kyi ?

A propos du prince héritier Philippe, il est d’ailleurs intéressant de lire les lettres que cinq présidents de partis flamands (N-VA, CD&V, Open VLD, Groen ! et LDD) viennent de lui adresser, à l’invitation de l’hebdomadaire « Knack ».

Si l’on n’est pas surpris par l’argumentation « républicaine » de Bart De Wever et Jean-Marie Dedecker, il convient, en revanche, de constater le ton critique et sans complaisance adopté par les autres.

Reconnais-le, le pouvoir politique que tu reçois parce que tu es, par hasard, le fils de ton père, c’est quand même d’un autre temps. Ne serait-il pas temps d’en finir avec cette relique ?, écrit Wouter Van Besien, le président de Groen !

Wouter Beke, le président du CD&V, qualifie, lui, la monarchie d’anachronisme, un reste d’un temps depuis longtemps révolu lorsque le pouvoir se transmettait par héritage et non par des élections démocratiques.

Quant à Genwdolyn Rutten, la présidente de l’Open VLD, elle appelle le prince à sortir de ce carcan.

Face à cette position qui amène Bart De Wever à constater que presque aucun parti ne veut de Philippe sur le trône, les élites francophones, Louis Michel en tête, proclament leur indéfectible attachement à Laeken. Comme le constate Philippe Martin, dans « Vers l’Avenir » du 10 mai : L’immense majorité des Flamands ne voient pas la nécessité de conserver une monarchie pour préserver un ciment de l’unité du pays, alors que beaucoup de francophones – et de responsables politiques – ont tendance à considérer la fonction royale, d’abord sous cet aspect utilitaire.

J’en viens à présent à cette sixième réforme de l’Etat, que les responsables francophones conçoivent toujours comme « fédérale » et dont ils restent persuadés qu’elle apportera la pacification communautaire (les trois bourgmestres FDF de la périphérie ne sont toujours pas nommés…).

A en juger par les propos tenus par Michel Delbaere, le patron des patrons flamands, dans « Le Soir » du 8 mai, on ne peut qu’être sceptique quant aux chances d’aboutissement de ce vaste chantier : Elle est dans l’accord de gouvernement, mais elle n’est toujours pas mise en œuvre. On avait parlé de Pâques pour un vote cet été. Mais on n’y est toujours pas. Et il faut encore parler de questions aussi complexes que la loi de financement. Nous craignons que ces réformes n’arrivent pas.

Constatant que le dialogue social est bloqué, M. Delbaere estime aussi qu’il serait plus simple de gérer tout cela entre patrons et syndicats flamands, entre lesquels il y a une plus grande convergence de vue…

Entre une Flandre qui se situe clairement à droite et une Wallonie qui reste dominée par un PS en lutte contre le PTB, le fossé, on le voit, est d’une profondeur abyssale.

Une Flandre qui, pour la troisième fois consécutive, parvient à l’équilibre budgétaire, alors que le Wallonie peine toujours à racler les fonds de tiroir (la prévision de solde de la Région et de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour 2013 s’établit à – 338 millions d’euros et on espère retrouver l’équilibre budgétaire en 2015).  Une Flandre qui, pour les trois premiers trimestres 2012, réalise 141,64 milliards d’exportations (+ 0,7%), contre 30,02 milliards seulement (-3,1%) pour la Wallonie. Et il convient de souligner que ces statistiques sont établies au départ des entreprises et non à partir de l’aéroport national ou du port d’Anvers.

Dans une carte blanche publiée par « La Libre Belgique » le 26 octobre 2012, je posais carrément la question : Et si Albert II devait être le dernier monarque belge ?

Les événements de ces derniers mois viennent clairement conforter mon analyse. Une analyse que je développe depuis 2007 et qui m’a amené, via les Etats généraux de Wallonie en 2009 et les travaux du Gewif (2),  à préparer l’après-Belgique.

On connaît mon point de vue : seule une union-intégration à la France, avec, dans un premier temps, un statut particulier, sera susceptible de garantir l’avenir de la Wallonie.

Force m’est aussi de constater que la récente enquête de la VUB, selon laquelle 73,9 des Bruxellois souhaitent l’autonomie (4,6% seulement optent pour l’association avec la Wallonie et 4% avec la Flandre, rejoint ce que j’ai toujours pensé : Bruxelles ne voudra aller ni avec les uns ni avec les autres. De quoi refroidir, en tout cas, sérieusement ceux qui, dans l’unique but de sauvegarder leur rente de situation, s’accrochent à cette irréaliste « Fédération Wallonie-Bruxelles », censée se transformer un jour en « Belgique continuée », avec, à sa tête, les Saxe-Cobourg !

(1) A paraître prochainement : « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique ».

(2) Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net.

« Vive Bruxelles libre… »

Bxl, sondage VUBLe journal Le Soir en a fait un des titres de son édition de mercredi (8 mai) : « 73,9 % des Bruxellois veulent l’autonomie. Moins de 5 % des 2.500 personnes interrogées par la VUB optent pour une association à la Wallonie. Même score pour la Flandre. » Le quotidien bruxellois a commenté ainsi les résultats de l’enquête menée par la VUB, rappelant qu’« en mars dernier », il « avait sondé 540 Bruxellois sur le même thème. A la question de savoir ‘en cas d’éclatement du pays, quel sort ils voulaient réserver à Bruxelles’, près de sept Bruxellois sur dix votaient pour une Région bruxelloise indépendante. Un résultat très similaire, qui confirme, donc, une tendance nette : l’identité bruxelloise est une réalité. »

« Les Bruxellois francophones ne veulent pas de la Wallonie », insistait le journal Le Soir et, dans la foulée, un autre titre : « Laurette Onkelinx: ‘L’identité bruxelloise existe enfin!’ » (lien), suggérant que la classe politique francophone encourage cette évolution vers une véritable autonomie de la Région bruxelloise. Cette identité, sur laquelle on peut construire un projet politique, c’est autre chose que Bossemans et Coppenolle ou la Zinneke Parade. Il y a un fait nouveau révélé par le sondage de la VUB, c’est que les Bruxellois s’identifient davantage à Bruxelles qu’à la Belgique. A côté de cette info, il en est une autre : cette affirmation de l’identité bruxelloise a tout l’air de plaire aux médias bruxellois dont l’influence s’étend sur « la partie francophone du pays ».

« Vive Bruxelles… vive Bruxelles libre », aurait-on envie de conclure. Cette façon de parler de Bruxelles, cela nous réjouit plutôt, mais faut-il que l’identité wallonne, qui a plus d’une fois mobilisé les foules et marqué notre histoire, soit moins prise au sérieux dans les médias « francophones » ? Soit traitée avec moins d’enthousiasme et de considération ? Soit folklorisée ou ringardisée au moment où la Wallonie a besoin de tous ses esprits pour choisir librement son avenir ?

Faut-il que les Wallons renoncent à toute conscience collective pour rester attachés à la Belgique envers et contre tout ? La Wallonie a-t-elle perdu ses repères ?

Heureusement, l’Institut Jules Destrée travaille encore sur l’histoire et le devenir de la Wallonie. Fondé en 1938 par Maurice Bologne et l’abbé Jules Mahieu, pour qui, sans nul doute, l’identité wallonne était une identité française, l’Institut Jules Destrée a certes perdu ses accents francophiles mais, bien qu’il soit proche du pouvoir, on peut saluer son indépendance et la qualité de son expertise autant que son engagement wallon.

Assemblée wallonneSignalons donc ici la publication d’une étude particulièrement documentée sur l’Assemblée wallonne qui, il y a un siècle, a doté la Wallonie de son drapeau et de sa fête annuelle. Son auteur, Paul Delforge, historien, directeur de recherches à l’Institut Destrée, est notamment le coordinateur de l’Encyclopédie du Mouvement wallon.

Pour une présentation du livre de Paul Delforge, cliquer ici.

G.R.

Quelle France est l’objet de notre désir ?

Entre les mursComme la peste, je les fuis, les films sur l’école ! Pensez ! j’ai déjà donné : quarante et un an à enseigner le français. Et pourtant, avec quel plaisir je viens de revoir Entre les murs, ce film de Laurent Cantet, honoré par la Palme d’Or au Festival de Cannes de 2008. La même émotion qu’il y a quatre ans me saisit : quelle pénétration, quelle justesse de ton !

Une scène de ce film m’a frappé, qui révèle la cause profonde de la difficulté de ces enseignants talentueux et dévoués de l’école publique à acculturer ces jeunes issus de civilisations étrangères, à les instituer en leur inculquant les valeurs de la République : lorsqu’une jeune beurette en révolte lance à son professeur de français qu’elle ne veut pas être française, car elle n’en est pas fière, ce dernier lui confie, comme en écho : « moi non plus ».

Là est le mal qui ronge les Français. Alors que l’Histoire, le cœur et la raison devraient les y pousser, si tant de Wallons ne réclament pas la réunion à la France, c’est que beaucoup trop de Français de France ne sont plus fiers d’être Français. Le score si médiocre du parti réunioniste, en dépit des circonstances favorables, s’explique moins par des raisons internes à ce parti que par le peu d’attraction d’une France déprimée, qui ne s’affirme plus. Quel attrait peut avoir cette France qui élit un Sarkozy à son retour de Washington où il était allé s’excuser auprès de Bush de l’arrogance de son pays qui ne s’était pas aligné, mais avait dénoncé l’intervention américaine en Irak ? Quel attrait pour la France peut inspirer un Hollande qui, le béret à la main avec son air d’épicier en faillite, se soumet aux ordres de Berlin ?

La France que je désire et au sein de laquelle  je désire m’engager est celle du discours de Villepin au Conseil de Sécurité des Nations Unies. La France que je désire pense que notre poids dans le monde dépend de la force de notre rayonnement culturel. La France que je désire sait que la création intellectuelle, la créativité scientifique surgissent toujours de minorités de quelques lieux privilégiés et qu’elles ne dépendent pas de notre seul poids démographique, qui n’est que d’un pour cent. La France que je désire affirme : pour que l’esprit continue à souffler, faisons le choix d’approfondir notre singularité dont l’âme est notre langue.

Nous nous désolons que les jeunes désertent le politique et soient si rares dans notre mouvement. Certes, comme toujours et plus que les autres, les jeunes sont avides de trouver leur place, de s’instituer, de se conformer, n’en déplaisent aux flatteurs qui les corrompent. Mais quels modèles leur propose-t-on ? Et les meilleurs d’entre eux, ceux qui seront le sel de la terre, les rallierons-nous si nous aboyons avec les caniches britanniques, si nous nous soumettons aux organismes que les Anglo-Saxons noyautent, si nous préconisons un enseignement utilitaire qui singe les puissants en supprimant nos cours d’histoire et de philo, si nous acceptons leurs critères de classement des universités, si nous servons dans leur machine de guerre, si nous calquons le rêve américain ?

La France que je désire n’est pas nationaliste, car le nationalisme se nourrit de chauvinisme et d’exclusion. C’est une France patriote, qui honore la pensée, la création, qui ne renonce pas à sa langue mais l’illustre, qui dénonce la cupidité d’un monde de marchands et propose une autre voie, fait entendre une autre voix dans une autre langue que l’anglais, une France qui diffuse ses idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité, fussent-ils en rupture avec la doxa néo-libérale.

Mais la France tristounette, ce canton de l’empire anglo-saxon où les Maîtres du Monde toléreront quelques exceptions pittoresques, je la vomis ! Plutôt Lituanien, Kirghize … allons ! j’ose ! … plutôt Flamand !

Pour rallier les Wallons, pour enthousiasmer des jeunes à la recherche d’un idéal, pour ranimer la flamme républicaine, il est urgent que nous invitions, chez nous, en Wallonie, des personnalités françaises, de gauche comme de droite – car nous sommes pluralistes –, des gens sensibles à notre combat pour la réunion à la France, des hommes et des femmes qui célébreront haut et clair, qui consacreront la singularité vivace, l’universalité, la grandeur de notre chère patrie, la France.

                                                                                                Louis Nisse

Philippe Van Parijs, cheval de Troie de la Flandre

Vu sur le site du Vif/L’Express, ce 11 avril 2013 :

Philippe Van Parijs (UCL, Oxford…) est un intellectuel engagé. Il avait déjà soutenu l’idée de circonscription fédérale avec le groupe Pavia. Le voici à l’initiative d’un ambitieux plan Marnix pour développer le multilinguisme à Bruxelles que Le Vif/ L’Express peut dévoiler.

Un plan qui a reçu le soutien de la Fondation Roi Baudouin et qui fédère toutes les forces vives bruxelloises : patronat, syndicats, réseaux scolaires, écoles européennes, Actiris… Présentation officielle en septembre. L’enjeu est double. « Démocratique : il faut créer les conditions linguistiques permettant le dialogue entre communautés à Bruxelles » explique Van Parijs. Le récent baromètre linguistique de la VUB montre que le modèle bilingue est mis sous pression par l’anglais, l’arabe… « Et économique, poursuit-il, Grégor Chapelle, directeur général d’Actiris, souligne que 90 % des demandeurs d’emploi à Bruxelles sont des unilingues francophones. Il faut prendre ce problème à bras-le-corps. » Taux de chômage bruxellois en mars 2013 : 20,6 %.

Au menu de Marnix : site web, cours dès le plus jeune âge, tables de conversation… « Bruxelles est un trésor fabuleux en terme de compétences linguistiques. Nous devons en profiter. » Le nom rend hommage à Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde. Ce Bruxellois fut le premier à prôner l’enseignement en immersion au 16e siècle. Il parlait sept langues. Comme Philippe Van Parijs.

Ce que j’en pense :

Qui pourrait nier que le multilinguisme est une richesse pour l’être humain ? La question n’est évidemment pas là. Il est évident qu’être multilingue est un plus pour chaque citoyen du monde. Pour Bruxelles, les questions ne sont-elles pas :

1. De quel pourcentage de bilingues français-néerlandais la région a-t-elle besoin pour répondre au marché du travail ? Toutes les études répondent 10 %.

2. Chaque individu est-il en capacité de devenir bilingue  ? La réponse est « non ».

3. Quelles sont les exigences demandées pour être considéré bon bilingue ? Nous savons que la Flandre est beaucoup plus exigeante en ce domaine que les francophones bruxellois ou les Wallons qui considèrent comme bilingue un Flamand qui baragouine le français.

4. Combien de personnes ont la faculté de pratiquer plus de cinq langues ? La réponse est : « une minorité ».

Philippe Van Parijs a toujours souffert de constater que la langue de Molière était celle de 90 % des citoyens bruxellois. Il est impossible pour lui d’admettre que les populations immigrées choisissent le français comme langue véhiculaire. Il voudrait que s’impose l’anglais basique, langue de domination anglo-saxonne sur tout le continent européen.  L’anglais n’est-il déjà pas la langue utilisée par tous les Flamands que l’on rencontre dans les allées des institutions européennes ?

 Sous couvert de multilinguisme, P. Van Parijs veut en réalité flamandiser Bruxelles. En témoigne ses déclarations : « A Bruxelles, les enfants devraient apprendre à lire et écrire en Néerlandais » ou encore « l’enseignement néerlandophone à Bruxelles devrait être une véritable machine à néerlandiser la population ».

P. Van Parijs a ses marottes : la circonscription fédérale qu’il prônait avec le groupe PAVIA et l’instauration du flamand à Bruxelles. Pour la première, nous savons l’accueil que la Communauté flamande lui a réservé. Pour la seconde, il y met le paquet : il a l’appui de la Fondation Roi Baudouin qui fédère toutes les forces vives bruxelloises (patronat, syndicats, réseaux scolaires, écoles européennes, Actiris…). Excusez du peu !

Nous pouvons dès maintenant prévoir que la population bruxelloise réservera au combat politique et linguistique du professeur de l’UCL le mépris et le rejet qu’il mérite.

Paul D.

Et si Bruxelles faisait le choix de la Flandre ?

irisPassage de témoin à la tête de la Région bruxelloise. A un an des élections, Charles Picqué a choisi la Fête de l’Iris pour se retirer. Les médias consacrent une attention particulière à la Région bruxelloise. Une région née aux forceps, dont la Flandre ne voulait pas, qui donne aux Bruxellois la possibilité de choisir librement leur avenir.

Le Français Jacques Lenain a lui aussi réfléchi à ce que pouvait devenir le futur institutionnel de Bruxelles et des Bruxellois. Nous poursuivons ici la publication de son analyse. Dans ce troisième chapitre, il envisage la possibilité que Bruxelles fasse le choix de la Flandre.

Bruxelles

III. Bruxelles, entité « intégrée » au futur État flamand, un projet strictement flamand, suicidaire pour Bruxelles et les Franco-Bruxellois.

3.1. Physiquement, c’est presque la première option qui se présente puisque Bruxelles est déjà encastrée territorialement dans le nouvel État flamand, et sous son contrôle de fait, contrôle qui deviendrait plus fort qu’auparavant du fait même de la disparition du cadre étatique belge et de la nouvelle stature étatique de la Flandre. C’est bien cette vérité première qui motive toujours la Flandre à vouloir annexer Bruxelles, un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre. Certes, au moment de l’implosion du Royaume franco-flamand, la Flandre ne pourra pas, d’autorité, prendre le large avec Bruxelles, puisque la Flandre ne « contient » pas, juridiquement, la Région de Bruxelles : aucun État ne reconnaîtrait ce coup de force, et encore moins le Parlement bruxellois. Aussi, les dirigeants flamands, afin de « conserver » Bruxelles, de donner une base juridique, stable et durable, à leur emprise, ne manqueront pas, le moment venu, de proposer aux Bruxellois « francophones » un statut particulier au sein du nouvel État flamand, un statut rassurant pour obtenir leur adhésion.

Il ne faut pas douter qu’une partie de la population et de l’élite bruxelloise se rallieront à cette option, et pas seulement celle d’appartenance néerlandaise/flamande. Une partie francophone la soutiendra aussi, par intérêt matériel, par crainte du désordre, par aveuglement. Il faut donc l’examiner. Et, déjà, une alternative se présente : sera-ce un statut territorial pour une Bruxelles-région bilingue, donc une Région administrative bruxelloise en Flandre ? Ou bien sera-ce seulement un statut « personnel » pour les « francophones » qui habitent les 19 communes constitutives de l’ex-Bruxelles-Région, l’entité régionale étant supprimée ? Et quid du sort des six communes périphériques dont la « majorité francophone » dispose actuellement d’un statut de « minorité linguistique » ? A lire les propos des nationalistes flamands, on comprend que la seconde hypothèse est pour eux la seule bonne. Toutefois, l’impossibilité de la faire accepter d’emblée aux Franco-Bruxellois conduit à examiner ci-après la première, plus vraisemblable en première instance.

3.2. Dans cette hypothèse préférentielle, un statut territorial particulier pour Bruxelles au sein de la Flandre, ce statut serait présenté par les dirigeants flamands comme offrant juridiquement aux Bruxellois « francophones » des garanties équivalentes à celles qui sont actuellement les leurs dans l’État belge, par notamment le respect de leurs droits linguistiques et culturels, et donc du caractère partiellement « francophone » de Bruxelles, et le maintien de son régime d’auto-administration, fondé sur une cogestion bi-communautaire.

Ce statut pourrait sans doute comprendre de plus un mécanisme de soutien financier substantiel et durable, qui ne serait que la contrepartie de la taxation par la Flandre, dont elle conserverait le bénéfice, des revenus du travail des « navetteurs » flamands, taxation alors étendue aux « frontaliers » wallons, taxation nouvelle qui permettrait aisément de financer ce soutien à Bruxelles… Et, pour arracher l’accord des Bruxellois « francophones », les décideurs flamands pourraient même y ajouter, sous la condition du caractère irréversible du maintien de Bruxelles dans le nouvel État flamand, un certain élargissement du territoire bruxellois à une fraction des communes à forte majorité « francophone » de la périphérie.

Ce serait là des sacrifices limités pour la Flandre dès lors que ce statut entérinerait l’annexion effective et définitive de Bruxelles. De plus, un tel statut conviendrait fort bien aux milieux européens et européistes de Bruxelles, aux instances européennes elles-mêmes et aux États voisins de l’ex-Belgique car, une fois accepté par une majorité de Bruxellois, il fournirait un cadre stable au territoire de Bruxelles comme siège des principales institutions européennes, tout comme le fait le cadre belge actuel.

3.3. Mais si une telle inclusion de Bruxelles au sein de la Flandre pourrait revêtir les apparences d’une relation de type fédéral, et serait présentée par ses promoteurs comme une relation partenariale équilibrée, dans la réalité il n’en serait absolument rien. Car, cette option signifie une intégration totale et « pour toujours » de Bruxelles dans la Flandre, entérinée tant par le droit international que par le droit interne flamand. Du coup, Bruxelles ne serait plus qu’une « partie » de la Flandre, qui seule aurait le statut d’un véritable État souverain. Une partie juridiquement « flamande » et non « bruxelloise », placée dans une position subordonnée, définitivement, laquelle position ne pourrait que s’éroder. Car les engagements flamands de respecter la personnalité bruxelloise ne pourraient être réellement garantis, et leur permanence serait par conséquent assez vite remise en cause. De plus, ces pseudo-engagements seraient nécessairement accompagnés de plusieurs conséquences, obligations et contraintes pour les Bruxellois, qui seraient continuellement aggravées. Le caractère irréversible de la subordination à une puissance flamande hostile implique le caractère éphémère des promesses faites.

Une première de ces conséquences gravement néfastes, ce serait l’abandon par Bruxelles de toute prétention à tout autre statut, à titre définitif, donc, que ce soit le statut futur d’État propre et souverain (membre de l’ONU et de l’UE), ou celui d’appartenance à un autre État (constitué avec la Wallonie ou par intégration à la France). Ensuite, et en conséquence, ce serait l’acceptation de la qualité de citoyen flamand pour tous les Bruxellois, et pas seulement pour les Bruxellois « néerlandophones ». Ce serait aussi la conservation, et donc le renforcement, de la séparation physique d’avec la Wallonie, avec ses conséquences humaines, économiques, fonctionnelles. Et ce serait encore la mise sur un strict pied d’égalité du néerlandais et du français à Bruxelles, puis des assauts incessants contre les positions du français. Notamment par la conservation des institutions bruxelloises bi-communautaires, dans des conditions encore plus favorables pour le néerlandais qu’auparavant. Avec notamment pour les nouveaux immigrés installés à Bruxelles l’imposition, comme en Flandre, de la langue néerlandaise comme langue obligatoire, notamment pour leurs enfants. Et la primauté accordée à l’anglais sur le français, partout où ce serait possible, pour promouvoir le déclin de celui-ci. La présence flamande irait en se renforçant dans le champ économique, les entreprises à direction flamande constituant un levier efficace et privilégié pour défranciser les Bruxellois. Ce serait aussi l’interdiction confirmée de tout usage du français sur l’ensemble du territoire flamand non « bruxellois », et donc le renforcement des mesures de lutte contre les « francophones » restés isolés en périphérie.

3.4. Ainsi, les responsables flamands, une fois obtenue l’inclusion juridique de Bruxelles dans la Flandre, pendant institutionnel de l’inclusion complète de son territoire dans le sien, et ainsi parvenus à créer une situation irréversible qui, une fois bien installée, avec l’assentiment des États voisins, serait impossible à défaire, disposeraient de la maîtrise complète et définitive de Bruxelles.

Une telle situation aurait vite de lourdes conséquences sur les institutions publiques bruxelloises, qui seraient majoritairement « colonisées » par les Flamands, à tous les échelons, décisionnels comme subalternes.

S’appuyant sur le caractère de citoyen flamand de sa population entière et la séparation ainsi institutionnalisée d’avec la Wallonie, ayant pris en main les institutions bruxelloises à tous les niveaux, les autorités flamandes pourraient gagner, avec le temps, le pari de la dilution de l’identité « francophone » de Bruxelles, en soutenant la stratégie, déjà amorcée, d’ »internationalisation » de sa population. Il est en effet patent que le processus d’internationalisation de Bruxelles, qui n’entame pas aujourd’hui son caractère « francophone », serait alors soutenu, accéléré, processus qui, conjugué à une réactivation aisée de la présence et de l’identité flamande de Bruxelles, aboutirait cette fois à la marginalisation croissante des « francophones », de leur identité et de leurs intérêts matériels.

En effet, on voit mal comment les milieux dirigeants flamands pourraient se montrer plus accommodants avec l’identité « francophone » et « envahissante » de Bruxelles, totalement illégitime à leurs yeux, après l’indépendance de leur État qu’avant, sauf à se décrédibiliser, tant auprès du peuple flamand qu’à leurs propres yeux. Au demeurant, un statu quo réellement protecteur pour Bruxelles ne pourrait leur convenir, car il serait contre-productif pour la Flandre de « garder » Bruxelles si elle ne pouvait la « défranciser ». Aussi, Bruxelles, entité « flamande », même « autonome », une fois intégrée constitutionnellement à l’État flamand, plus que jamais totalement dépendante physiquement de cet État et de son territoire, et qui lui serait en outre assujettie financièrement, serait constamment confrontée à une action multiforme de flamandisation/défrancisation, sans doute terriblement efficace, mais qui serait aussi très conflictuelle. Alors, le harcèlement incessant des « francophones » pousserait nombre d’entre eux à l’abandon, soit par la fuite du territoire, soit par la soumission aux exigences culturelles flamandes, comme il en a été, par le passé, pour toutes les minorités francophones des villes flamandes, à Gand, Bruges, Anvers, Louvain, etc. La modeste part flamande de la population des 19 communes pourrait alors se mettre à croître. Du coup, sous l’influence contestataire de cette « cinquième colonne », encouragée, soutenue, relayée par l’État flamand, l’existence même de la Région administrative serait remise en cause.

3.5. En effet, aucun compromis durable ne serait possible entre la nation flamande et sa « minorité francophone ». Car la permanence d’une importante minorité « francophone » en Flandre, essentiellement mais pas seulement bruxelloise, même assujettie, constituerait, par sa capacité de contestation, une grave menace pour la cohésion interne de l’État flamand et pour son insertion paisible dans l’ensemble européen. C’est pourquoi il faut aussi concevoir une toute autre hypothèse, celle, toute contraire, selon laquelle les décideurs flamands pourraient eux-mêmes considérer comme risqué le pari de la « dissolution des francophones », alors qu’ils représenteraient, Bruxellois et autres, près d’un million de personnes, soit pas loin de 15 % de la population de la Flandre, et qu’ils seraient collectivement dotés d’une volonté identitaire résiliente, et d’une reconnaissance identitaire susceptible d’être protégée par des engagements européens. Aussi, un tel risque étant structurellement menaçant pour l’identité « flamande » elle-même et pour l’équilibre politique de la Flandre, les décideurs flamands pourraient abandonner le but de s’annexer Bruxelles, pour éviter d’être obligé de faire des Bruxellois « francophones » des citoyens récalcitrants de l’État flamand, lui préférant la voie du contrôle indirect, un contrôle indirect très étroit que permet aisément l’encerclement territorial de Bruxelles par leur territoire, qui sera devenu de plus celui de leur État souverain, avec les moyens supplémentaires de pression que cet État fournira sur une entité bruxelloise au statut international incertain, qui serait celui d’une « Fédération » bancale et éphémère avec la Wallonie ou celui d’une « Cité-État » isolée et manœuvrable, hypothèses examinées ci-après.

Au demeurant, lors du moment de la dissolution du Royaume belge, il est peu probable que les Bruxellois « francophones », encore numériquement majoritaires, accepteront de tenter une telle expérience, alors qu’ils sauront qu’elle serait sans retour s’ils l’adoptaient. Ce que peuvent aisément deviner les Bruxellois « francophones » (qui connaissent le sort funeste des « francophones » de Flandre depuis cinquante ans) : sur le fond, autonomie territoriale improbable, régime linguistique incertain; sur le plan juridique, protection constitutionnelle flamande limitée, protection politique européenne douteuse; dans la vie courante, harcèlement incessant pour tous, marginalisation professionnelle des « résistants », grignotage culturel permanent, etc., autant d’éléments qui conduisent à penser que les Bruxellois « francophones », largement majoritaires, refuseront l’annexion de Bruxelles à la Flandre. Aussi, on peut raisonnablement croire que les milieux dirigeants « francophones » bruxellois, avec les milieux homologues wallons, préfèreront explorer les potentialités supposées d’un projet d’État fédéral et monarchique Wallonie-Bruxelles, parallèlement à celui d’un mini-État princier bruxellois.

(A suivre)

Jacques Lenain