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Ensival-Moret Belgique, à mille lieues du coup de pompe !

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire suivre l’article que m’envoie Nico Cué, secrétaire général des M.W.B. (métallurgistes Wallonie Bruxelles). D’abord parce que nous montrons par là que nous sommes sensibles aux victoires que marque le tissu industriel wallon et la SRIW, mais aussi parce que cela se passe à Ensival (Verviers), là où je suis né voici quelques dizaines d’années. Je suis également heureux de vous présenter un exemple qui réunit tous les ingrédients de la réussite : un personnel qualifié et performant, une gamme de produits à haute valeur ajoutée de grande qualité, non délocalisables, un groupe qui exporte aux quatre coins du monde dans plus de 100 pays et qui a su investir quand il le fallait, de vrais patrons qui ne sont pas des financiers comme Mittal, mais des commerciaux dynamiques qui connaissent leurs forces et les marchés qu’ils doivent conquérir, un groupe qui a une vision d’avenir.

Enfin, cerise sur le gâteau, la réussite est le fruit d’un mariage entre deux sociétés, l’une française, Moret, l’autre wallonne, Bertrand, qui a été relayée par la Région wallonne au moment où il le fallait.

Paul Durieux.

ensival-moret« Je travaille chez Ensival-Moret depuis 29 ans », commente un des membres de la délégation MWB-FGTB qui nous reçoit, « et je n’ai pas encore fait le tour de toute la gamme de nos produits ».

Ensival-Moret Belgique conçoit, usine, monte et répare des pompes : de toutes tailles et de tous usages, pour autant qu’il s’agisse de liquide. Même s’il y a un catalogue de base, les pompes qui sortent de chez EMB sont pour la plupart customisées sur un cahier des charges systématiquement personnalisé à la demande du client.  Elles doivent résister à des acides, ou à des hautes températures, ou à des hautes pressions, ou à tout çà à la fois.  Elles sont grosses ou petites, mais elles ont nécessairement une grande valeur ajoutée.  Les pompes standards ou de faible valeur ajoutée sont fabriquées ailleurs, par d’autres ou sur d’autres sites du groupe.

Ensival-Moret Belgique (EMB) fait partie d’un groupe né fin 2000 du rapprochement de deux sociétés familiales, l’une française (Moret) et l’autre belge (les pompes d’Ensival, appartenant à la famille Bertrand).  En 2004, une réorganisation financière a vu disparaître la famille Bertrand de la liste des actionnaires et l’entrée de la SRIW à hauteur de 30% du capital. Le groupe compte des sites de production aux 4 coins du monde, de Shanghai aux Etats-Unis, d’Inde au Brésil ou de Pologne au Chili… et de nouveaux sites sont à l’étude, le monde de la pompe est en développement constant !

Il faut ajouter à cela des filiales de service après-vente et des bureaux de représentation commerciale, pour une société qui livre ses produits, au total dans une centaine de pays de par le monde.  Enfin, le groupe vient de racheter une fonderie en France afin d’accélérer les délais de production.

Pas pour rien que l’entreprise a décidé, il y a quelques années, non pas de rénover ses locaux mais carrément de déménager et de remplacer plus que partiellement le parc machines.  Désormais sur le Zoning des Plenesses, le bâtiment accueille une station d’essai avec la fosse la plus profonde en Europe !

Et les bonnes nouvelles ne semblent pas s’arrêter là puisqu’à l’horizon 2014-2017 on parle d’agrandir les locaux, d’engager 25 ouvriers et 25 employés, d’acheter de nouvelles machines… et d’aménager le temps de travail en 3 pauses désormais.

Ce dernier point fera l’objet d’ailleurs de nombreuses heures de discussion encore entre les représentants des travailleurs et les membres de la direction.  « Nous sommes conscients de la chance que nous avons de travailler dans une boîte qui cartonne et sur une niche de produits dont on repousse sans cesse les limites » (on rêve de pompes destinées à des « solides » tels les cimenteries ou autres produits de carrière).  « Nous souhaitons toutefois souligner que cette chance n’est pas le fruit d’un simple coup de bol. »  C’est le résultat des efforts consentis par des équipes de femmes et d’hommes qualifiés, qui sont passés par les années de vaches maigres d’avant 2000 et qui n’ont jamais cessé de croire dans l’avenir d’EMB.

« Nous souhaitons continuer à aller de l’avant et enregistrer de nouvelles victoires.  Des victoires commerciales bien sûr.  Mais surtout victoires en termes de bien-être social ! »

Rosario Ponsard, Benoit Schmetz, Fabrice Nokin

Mittal, patron voyou ?

Suite à un courriel  envoyé à mes contacts où je taxais Mittal de patron voyou, deux amies me rendent attentives à l’opinion qu’avance le Président du CRISP dans les colonnes du « Soir ». Pour Vincent de Coorebyter, ce serait le système pervers instauré par la classe politique nationale, régionale et européenne qui serait condamnable. Les gouvernements français (pour Florange) et wallon (pour la région liégeoise) seraient les premiers responsables de la liquidation programmée des sites sidérurgiques lorrains et wallons, sans oublier la responsabilité de la politique de la Commission européenne.
Paul D.

Vincent de CoorebyterVincent de Coorebyter, Président-directeur général du Centre de recherche et d’informations socio-politiques (Crisp)

En quelques jours, Lakshmi Mittal est devenu, en Belgique francophone, le symbole du patron voyou. Alors que sa décision de supprimer sept lignes à froid dans le bassin sidérurgique liégeois est d’abord lourde d’enjeux sociaux, avec 1.300 emplois directs menacés, le débat qu’elle a entraîné a immédiatement pris un tour moral, proche de l’imprécation. Et, de fait, certains comportements choquent. Mais, de la même manière qu’on évitait soigneusement de réformer la condition ouvrière, au XIXe siècle, aussi longtemps qu’on l’abordait sous l’angle moral de l’alcoolisme et de la misère éducative, on voit mal comment éviter d’autres désillusions économiques si l’on se focalise sur les choix de l’homme Mittal plutôt que sur les conditions qui les favorisent.

Dans un contexte de crise durable de la sidérurgie européenne, chaque investisseur qui promet de préserver une partie du potentiel de production est accueilli comme un sauveur. C’est là une métaphore commode pour les responsables politiques et pour les experts en communication, quand ils doivent commenter la bonne nouvelle. Et c’est une réalité pour les travailleurs concernés, qui savent quelles difficultés ils rencontreraient pour retrouver un emploi dans leur secteur ou dans leur région. D’où le fait que lors de son OPA sur Arcelor en 2006, au moment où les Français menaçaient de fermer leurs sites wallons, Lakshmi Mittal a fait figure de sauveur en Wallonie. Mais son ambition de relancer le bassin sidérurgique liégeois en prenant le contrôle d’Arcelor n’a été perçue dans ces termes-là que par ceux qui voulaient y croire. Pour tout groupe industriel, chaque investissement est conçu comme une source de profit lorsqu’il est effectué et devient une variable d’ajustement lorsque l’évolution du marché le commande. Et cela vaut d’autant plus pour le groupe Mittal que le pouvoir de décision y reste concentré dans la famille, alors que son horizon est mondial : au moment où, comme aujourd’hui, il est en proie à une dette colossale et à des surcapacités, la Wallonie n’est qu’un pion sur son échiquier.

Au fil d’une série de chocs successifs, entre OPA hostiles et fermetures d’unités de production de grande taille, le monde politique a intégré la volatilité des investissements industriels et a cessé de tabler sur un ancrage durable des entreprises sur le territoire, a fortiori lorsque leur capital est étranger à 100 %. Au plan régional, fédéral et européen, la politique économique prend avant tout la forme de mesures d’attraction et de soutien des entreprises, non plus, comme ce fut longtemps le cas, en jouant d’abord sur la qualité des infrastructures et de la formation, gage de productivité élevée, mais en misant davantage sur des aides financières directes, des diminutions de charges et des mesures fiscales de plus en plus généreuses puisque chaque pays se sent obligé de tenir compte du dumping exercé par ses voisins. À quoi s’ajoute, depuis la mise en place en 2005 d’un système européen d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre, l’attrait que constitue l’attribution de droits à polluer que les entreprises peuvent revendre à d’autres sociétés si elles n’en ont pas fait usage.

Il est vrai que Mittal ne joue pas le jeu. Les aides à l’investissement et à l’emploi doivent encourager les patrons à prendre des risques et à maintenir des outils performants, tandis que le marché européen du carbone devait inciter les entreprises à moins polluer afin de profiter de la revente de leurs quotas de CO2 restés inutilisés grâce à des techniques plus respectueuses de l’environnement. Lakshmi Mittal, lui, a mis en place une stratégie d’achat à bas prix d’aciéries en difficulté, et a joué sur les rivalités régionales et nationales, sur des promesses d’investissement et sur le chantage à l’emploi pour obtenir des aides publiques. Ne tenant pas ses promesses, restructurant sans moderniser, mettant ses aciéries en veilleuse sans accepter de les vendre à des concurrents, Mittal a déçu les gouvernements européens qui avaient espéré, en l’accueillant, éviter la disparition d’installations anciennes que tous les spécialistes jugeaient condamnées. Quant à la revente des quotas de CO2 non utilisés, Mittal a abondamment usé de cette technique au fur et à mesure de l’arrêt temporaire de ses hauts fourneaux les moins rentables, dont ceux de Charleroi et de Liège. Mittal y a trouvé une source de plantureux bénéfices – surtout en ce qui concerne les quotas mis gratuitement à sa disposition en contrepartie de sa promesse de relancer le haut-fourneau d’Ougrée –, tout en provoquant une chute du prix des quotas de CO2 sur le marché européen, ce qui a permis aux entreprises polluantes de racheter à bas prix des droits d’émettre des gaz à effet de serre.

Pour autant, la dénonciation du comportement de Mittal est loin d’être convaincante. Car en insistant sur l’idée que Mittal aurait abusé du système d’aides aux entreprises, on laisse entendre qu’il y aurait eu une rencontre fortuite entre le système et un profiteur du système. Mais, en réalité, il n’y a pas d’un côté ceux qui recourent au système et de l’autre côté ceux qui en profitent. De la manière dont il est conçu, c’est-à-dire en ne conditionnant pas les aides à des engagements contraignants en matière d’emploi ou d’investissement, le système invite à en tirer profit : il organise la recherche de profit, il la consacre par le droit, il est expressément destiné à séduire les entreprises qui, sans lui, renonceraient à investir.

Prétendre que certains détournent le système revient à occulter le fait que le système n’est pas destiné à empêcher les détournements : s’il ne cherche pas à les encourager, il prend sciemment le risque qu’il en existe. Au niveau belge comme au plan européen, le système des aides et des incitants n’est pas conçu pour des entreprises particulières, dont on aurait vérifié au préalable la vertu et les bonnes intentions, mais pour l’ensemble des acteurs économiques, dont on espère que la volonté de profit les rendra sensibles aux opportunités qu’on leur propose. Loin que les patrons voyous soient des hors-la-loi qui bafouent les règles du système, ce sont des procéduriers qui s’engouffrent dans le système pour en utiliser toutes les ressources et, le cas échéant, pour en exploiter également les failles en les transformant en ressources.

Lorsque Sudpresse a dévoilé, il y a trois semaines, la création d’une fondation privée à l’initiative de la reine Fabiola, le grand public a découvert que le statut de fondation privée peut favoriser des buts non lucratifs, mais peut également servir à gérer un patrimoine ou une entreprise en bénéficiant d’un régime fiscal extrêmement favorable. S’agissant de la reine, il n’y avait pas, ici non plus, rencontre fortuite entre un système vertueux et une intention discutable : c’est le système qui suscite l’intention, c’est l’existence légale d’une opportunité qui incite à l’exploiter et qui donne l’idée d’en profiter, comme en atteste l’activité débordante des cabinets de conseil privés et des cellules fiscales d’entreprise qui cherchent en permanence la manière d’optimiser les mesures en place (obtenir un maximum de subsides et d’aides tout en payant un minimum d’impôts).

Si l’on veut moraliser le système, il ne suffira pas de s’attaquer aux individus ou de dénoncer leurs choix après coup. Il faut réfléchir à des contreparties efficaces, c’est-à-dire, dans certains cas, contraignantes, et donc tenter de les mettre en place au niveau européen, puisque le rapport de force est défavorable aux pouvoirs publics à l’échelle régionale ou nationale étant donné la capacité des entreprises à exercer un chantage à la délocalisation. Et il faut réfléchir, même si le terme est passé de mode, au rôle régulateur des interlocuteurs sociaux et de l’État, qui ont fait la preuve, en Allemagne et en Suède notamment, de leur capacité à faire émerger des groupes nationaux ou mondiaux et à préserver leurs intérêts dans un contexte de globalisation.

Quel avenir pour la sidérurgie liégeoise ?

magma 2Plus que jamais, la vidéo vous invitant à écouter José Verdin, expert en sidérurgie, est d’actualité. Nous vous la présentions le 13 septembre 2012…

Cette vidéo vous prendra 45 minutes d’écoute, mais je pense que l’exposé est de grande qualité, loin des slogans faciles ou des incantations.

Alors, si l’avenir de notre région vous intéresse, prenez 45 minutes d’écoute. Après, il vous appartiendra de vous faire une idée sur la question : quel avenir pour la sidérurgie liégeoise ?

Paul Durieux

La déglingue du rail wallon

SNCB : privatisation d’un service public, simple changement de structure ou volonté délibérée de certains ministres ou partis politiques soucieux de ménager leurs homologues flamands afin de ne pas ajouter un volet au débat communautaire avant les élections de 2014 ?

wesphaelUn communiqué de presse de Bernard Wesphael, Député wallon

Le 1er janvier 2005, la SNCB a été scindée en trois entités pour répondre à la volonté des instances européenne désireuses de libéraliser le rail et de l’ouvrir à la concurrence :

– La SNCB exploite le réseau et est responsable de tout ce qui concerne les services des trains (voyageurs et marchandises) ;

– Infrabel gère ce qui est relatif à l’infrastructure des voies et aux systèmes de sécurité.

– La SNCB-Holding chapeaute ces 2 filiales et gère également les ressources humaines, le patrimoine (les bâtiments de gares par exemple) et la sécurité.

Cette structure tricéphale a été mise en place par les socialistes et les libéraux. Les conflits permanents qui en ont résulté ont lourdement affecté tous les indicateurs de performance : problèmes de ponctualité, de sécurité, de service aux usagers, le poids de la dette…

Sur proposition de M. Paul Magnette, Ministre fédéral des entreprises publiques, le Kern (Comité ministériel restreint) de ce 09 janvier 2013 a renoncé à la structure tricéphale et mis en place deux entreprises indépendantes l’une de l’autre (Infrabel pour la gestion du réseau ferroviaire et SNCB pour le transport des voyageurs), mais dotée d’une filiale commune (HR-Rail), en charge du personnel et garante du statut de cheminot.

Cette décision marque une étape dans un débat qui fait rage depuis des années, mais il est clair que le Gouvernement fédéral a une fois de plus manqué de courage et de la plus élémentaire concertation tant avec les syndicats qu’avec les associations d’utilisateurs.

Le gouvernement fédéral aurait en effet beaucoup mieux fait d’en revenir à une société intégrée, comme l’ont fait l’Allemagne et l’Autriche.

Pour rappel, l’avocat général près la Cour de Justice européenne a invité dans ses conclusions la Commission européenne à renoncer à poursuivre l’Allemagne et l’Autriche qui ont opté pour un modèle unique intégré dans le cadre de la transposition du premier paquet ferroviaire.

La France a également décidé du retour au modèle à une tête que pourraient aussi suivre les Pays-Bas.

Par contre, chacun connaît les difficultés que le rail britannique a connues et connaît encore du fait de sa totale libéralisation dans les années 1990.

D’où une première question : pourquoi le gouvernement fédéral a-t-il fait fi des expériences de nos voisins les plus proches et ignoré l’évolution même des politiques européennes en la matière ?

Il est évident que les Wallons se sont fait rouler dans la farine quand ils ont accepté la clef de répartition des investissements entre le Nord et le Sud. Cette clef budgétaire (60% pour la Flandre et 40 % pour la Wallonie) correspond à une réalité démographique, mais pas à celle du réseau dont 47% se trouve en territoire Wallon. Cela explique, du moins en partie, un bien meilleur état du réseau dans le Nord du pays.

Cette même clef explique aussi pourquoi le pharaonique projet « Diabolo » auquel tenait tant la Flandre est aujourd’hui finalisé alors que le RER est chaque année reportée d’un an, que l’aéroport de Gosselies attend toujours sa liaison ferroviaire, que le train pendulaire adapté aux lignes wallonnes sinueuses dort au fond d’un tiroir depuis … 40 ans, que la modernisation de la ligne Bruxelles-Namur-Luxembourg qui devait être achevée en 2013 est reportée à 2022 et qu’on ne compte plus les gares fermées et les lignes désaffectées ou non entretenues sur le territoire wallon !

Pourtant, un rapport interne de la SNCB a établi en 2006 que les gares wallonnes généraient 45% des revenus contre 55% pour les gares flamandes. Personne ne semble aujourd’hui prêt à le ressortir aujourd’hui….

Selon le fournisseur international d’informations sur le trafic Inrix, la Belgique est le pays le plus embouteillé d’Europe et même du monde, les gouvernements fédéral et wallon semblent oublier que la diminution des modes de transport les plus polluants est indispensable pour répondre aux enjeux climatiques, énergétiques et sociaux de notre société.

Il est par ailleurs surréaliste de constater que l’offre du rail diminue en Wallonie alors même que la demande augmente.

D’où une deuxième question : les ministres fédéraux et wallons oublient-ils que tout est indissolublement lié et qu’il est du devoir des pouvoirs publics de mettre en place des solutions de mobilité alternative satisfaisantes afin de ne pas aggraver encore plus les inégalités sociales ?

Et pourtant… Alors que la Wallonie planche sur un plan de relance économique et espère réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20% à l’horizon 2020, le plan d’investissements 2013-2025 d’Infrabel, qui s’établissait encore à une quarantaine de milliards d’euros au début 2012, serait réduit à moins de 25 milliards aujourd’hui.

Les investissements ferroviaires dans le Sud du pays seront lourdement revus à la baisse (nouvelle suspension de la ligne Thalys wallonne, suppression des trains qualifiés de peu rentables,…). Les lignes existantes ont été classées en trois catégories, en fonction de leur importance, de l’intérêt et de l’entretien.

Il est clair que le trafic « marchandises » sera touché tout comme le trafic « voyageurs », et que la Région wallonne risque d’être particulièrement visée. On parle notamment d’interrompre tout investissement dans les gares de triage. Les coupes annoncées dans les investissements ferroviaires seront préjudiciables à ses activités industrielles ainsi qu’à son redressement économique. Elles compromettent également les politiques menées pour développement de centres logistiques intermodaux, sur lesquels la Wallonie compte beaucoup pour sa relance économique.

Lorsque la SNCB a mis fin aux activités de la gare de triage Ronet, fin 2011, au profit d’Anvers, on assura aux Wallons que Monceau-sur-Sambre deviendrait une gare de triage internationale au même titre qu’Anvers. Aujourd’hui, tous les investissements destinés à Monceau ont été gelés. On attend encore une réaction du gouvernement wallon…

Il se dit aussi que la SNCB entend prélever deux milliards d’euros sur son prochain plan d’investissements pour constituer une réserve susceptible d’être ristournée au Gouvernement fédéral en cas de besoin : récession économique, destruction massive d’emplois, restrictions budgétaires.

Il est évident que la révision à la baisse des investissements de la SNCB en Wallonie trouve son origine dans la volonté des différents gouvernements de faire des économies dans tous les secteurs, mais tout particulièrement dans les services publics, où la colère commence à monter.

D’où une troisième question : Alors que les économistes du FMI viennent pourtant de reconnaître qu’ils ont dramatiquement sous-estimé les effets dépressifs des politiques actuelles sur l’activité économique, pour quelle raison les différents gouvernements continuent-ils dans la voie du suicide économique ?

En s’obstinant dans une politique sans issue, les différents gouvernements détruisent les services publics, entravent la mobilité de certains (souvent les plus faibles) et se privent d’un levier indispensable à la transition économique au redressement même de la Wallonie.

Quelques exemples en région liégeoise :

Classées en catégorie C, les lignes qui relient Liège au Luxembourg (42) et Liège à Jemelle (43) pourraient disparaître cette année. En effet, le budget d’entretien prévu pour ces deux lignes est nul en 2013, alors que les relais électriques doivent justement être changés cette année, faute de quoi elles devront être fermées.

La simplification de la ligne Ans-Landen (36) est prévue à moyen terme et diminuerait ainsi les capacités entre Liège et Bruxelles, rendant plus compliquées les liaisons avec l’aéroport de Bruxelles-National.

La ligne Kinkempois-Voroux (36A) serait supprimée à court terme. Les conséquences seraient lourdes en région liégeoise. Le projet Liège Carex (réalisation d’une gare TGV fret –Railport sur le site de Liège Airport) deviendrait en effet impossible à réaliser, tout comme la mise en oeuvre d’une desserte de Liège Airport par une navette de voyageurs depuis Liège Guillemins.

La ligne qui relie le Val-St-Lambert à Hermalle-sous-Huy (285) pourrait aussi être supprimée. Or, elle est utilisée par de nombreuses entreprises sérésiennes. Ségal, Eurogal, Palifor et Winters notamment perdraient leur accès au rail.

La ligne Bressoux-Monsin-Chertal (214) est en sursis, car la suppression des entretiens y est envisagée. La suppression de cette ligne mettrait indiscutablement en péril le présent autant que l’avenir économique de la région liégeoise :

– Chertal, qui reste un des derniers fleurons de l’industrie métallurgique de notre région, ne pourrait plus être desservi. Le combat pour conserver la phase à froid à liège deviendra alors vain.

– La plate forme multimodale Trilogiport doit confirmer le titre de Liège comme leader en matière de logistique. Comment pourrait-elle devenir ce leader si elle perdait toute possibilité d’être un jour connectée au rail ? Le Trilogiport deviendrait ainsi un bilogiport, bien moins intéressant.

Le plus grave est que la situation n’est pas meilleure dans les autres parties de la Wallonie et que la province du Luxembourg est tout particulièrement touchée par ces mesures d’économie complètement déconnectées de la réalité.

D’une manière générale, on peut dire que le rail wallon est en voie de désertification et, vu la façon dont les choses évoluent, craindre que la situation va encore s’aggraver dans les mois et les années à venir, surtout dans la perspective d’une régionalisation du rail dans un contexte de continuation des politiques austéritaires !

Au rythme où vont les choses, la Wallonie aura les gares les plus grandes, les plus belles et les plus somptuaires d’Europe (Liège et Mons), mais il n’y aura plus de voyageurs pour les fréquenter parce qu’ils n’y aura plus de train pour les desservir.

D’où une quatrième question : la Wallonie sera-t-elle la grande perdante de la bataille du rail engagée avec le Fédéral et la Flandre ? Ou pire, le développement économique de la Wallonie – peut-être même celui de Bruxelles – ont-ils été sacrifiés hier et le seront-ils encore aujourd’hui et demain sur l’hôtel des ambitions ministérielles ou carriéristes de quelques excellences en mal d’ego insatisfait ?

Plus vaste, plus accidentée et moins densément peuplée que la Flandre qui bénéficie en outre de l’effet d’agglomération et de l’attractivité résultant de la proximité des deux pôles de développement que sont Anvers et Bruxelles, la Wallonie est systématiquement pénalisée par les paramètres de rentabilité à court terme, communément mis en avant depuis trente ans par l’Europe et l’idéologie dominante, qui communient dans une même adoration du privé et une même abomination du public.

Sur le même sujet, La Libre a publié l’opinion de Paul-Henry Gendebien ce 25 janvier : lire ici .

Un pays de cocagne…

pays de cocagneLa population belge, prise dans son ensemble, disposerait de plus de 230 milliards d’euros sur ses comptes épargne, soit une moyenne d’environ 20 000 euros par habitant. Pas mal, reconnaissons-le. Mais, sans parler de la dette de l’État, il y aurait aussi 2,3 millions de citoyens belges en risque de pauvreté ou d’exclusion. C’est le constat dressé par le journal Le Soir qui, en collaboration avec RTL, a mené l’enquête auprès des nouveaux pauvres en Belgique.

« La Belgique n’est plus un État-providence », déclare Frank Vandenbroucke, qui fut ministre (SP.A) de l’Emploi et des Affaires sociales, et qui travaille désormais pour l’université d’Anvers et la KUL. « Le mythe subsiste », ajoute-t-il, mais « la réalité est plus crue : on assiste à une érosion graduelle de la performance d’un système social – par système social, j’entends l’impact combiné de la protection sociale et de la participation au marché du travail. Notre système, jadis vanté, présente de plus en plus de failles. La performance du système social belge est devenue médiocre, mais nous restons très complaisants face à ce constat. Le mantra persistant sur le prétendu monument que constitue notre Sécurité sociale dissimule une érosion permanente… » (Le Soir, 14 janvier 2013).

Ce jugement est plus accablant si on tient compte de la disparité entre la Flandre et la Wallonie. « En Wallonie, les femmes affichent des taux de risque de pauvreté et d’exclusion particulièrement élevés, quel que soir l’âge… », poursuit Vandenbroucke. Or, dans un avenir proche, il ne faudra plus compter sur les mécanismes de solidarité entre la Flandre et la Wallonie, celle-ci étant poussée à ne plus vivre « au-dessus de ses moyens ».

Nul ne sait comment la Wallonie va assumer cette situation nouvelle. Pour des raisons qu’il appartient à chacun d’apprécier, nul ne se « risque », en Wallonie, à parler d’une solidarité renforcée avec la France. Évidemment, la France a un PIB/hab inférieur à celui de la Belgique « unie » (107 contre 118 en 2011, pour 100 = moyenne UE) et ses difficultés actuelles suffisent à faire oublier que la Belgique réformée, à laquelle tant de Wallons veulent croire, accentuera dramatiquement les difficultés de la Wallonie. Pourtant, même aujourd’hui, avant que la 6e réforme de l’État ne produise ses effets (sans parler de la suivante en gestation), le risque de pauvreté en Belgique (et pas seulement en Wallonie) est plus élevé qu’en France, ainsi que le montre ce tableau publié par le journal Le Soir :

risque pauvretéComprenons bien : les Wallons qui sont exposés à ce risque de pauvreté sont plus nombreux que la moyenne belge indiquée par ce tableau, et le seront de plus en plus, à moins que, dans les années à venir, livrée à elle-même (et pour autant qu’elle ne gêne pas la Flandre attentive à ses propres intérêts), la Wallonie ne connaisse un véritable miracle économique.

Hypothèse plus réaliste (avec de meilleures chances de redéploiement économique) : une Wallonie française.

G.R.

L’AWEX apporte son aide précieuse aux délocalisations !

awexNombreux auront été les Wallons et les Bruxellois francophones qui se sont posés des questions, après avoir entendu ou regardé l’information transmise par la RTBF, concernant la «mission Technologique multisectorielle» organisée par l’AWEX à Houston (Texas).

La présentatrice de la RTBF nous expliquait que cette mission, extrêmement réussie, bien que suivie par trop peu de PME, avait débouché sur un accord entre la direction de GSK-Wavre (Glaxo Smithkline)  et TAMUS (Texas A&M University System) en vue d’ouvrir une filiale de la filiale belge du groupe anglais sur le territoire des USA, avec une division de recherche.

TAMUS est une université publique de l’Etat du Texas, créée en 1876. Cette université est une référence aux Etats-Unis entre autres dans les domaines des sciences du vivant.

Ainsi les téléspectateurs wallons et bruxellois se sont probablement réjouis de comprendre que l’AWEX avait aidé la direction de GSK-Wavre à opérer une délocalisation vers un pays importateur de vaccins, et où la filiale du groupe anglais pourra faire de nouvelles recherches et produire des vaccins en évitant les problèmes syndicaux récurrents à la firme installée dans le Brabant wallon.

Cette décision réjouira plus particulièrement les 45 travailleurs licenciés suite à une décision de la Direction en mars 2012.

En 2009, GlaxoSmithKline annonçait la conclusion d’un accord définitif en vue de créer une coentreprise avec le laboratoire chinois Shenzhen Neptunus.

L’AWEX permet ce type de délocalisation en subsidiant les firmes installées en Wallonie, qui en font la demande, peu importe s’il s’agit de grands groupes industriels étrangers, ou de PME wallonnes, l’argent est disponible, servez-vous!

Il s’agit sans doute d’une politique bien réfléchie et appliquée au travers des normes «ISO 9001» sous le contrôle du «Bureau VERITAS Belgium» localisé à Antwerpen.

Le contribuable wallon ne doit plus s’étonner de la stagnation de nos exportations et encore moins de l’augmentation du chômage ou de la fuite des cerveaux.

Alain Proviste

La France, championne de la protection sociale

Que la France soit dirigée par la gauche ou par la droite, elle se distingue par un très haut niveau de protection sociale. On en pense ce qu’on veut mais on ne peut nier les faits : « santé, vieillesse, invalidité, la France est le pays de l’UE qui dépense le plus par rapport à son PIB, à 33,8%, devant le Danemark et les Pays-Bas » (lien). Ces chiffres sont ceux que publie Eurostat ce mardi.

Autre chose est l’efficacité des politiques mises en œuvre. A lire dans le journal Le Soir de ce mercredi : « Les économistes liégeois Mathieu Lefebvre et Pierre Pestieau ont dressé le classement des systèmes de sécurité sociale européens dans une étude publiée par l’Ecole normale supérieure, à Paris. Les Etats sont classés selon leur capacité à lutter contre la pauvreté, à réduire les inégalités sociales et le chômage ainsi que sur leurs performances en termes d’éducation et de santé. »

Résultat ? Six ex æquo en tête du classement : Autriche, Espagne, France, Luxembourg, Pays-Bas, Suède. Puis, dans l’ordre : Italie (7e), Finlande (8e), Danemark (9e), Irlande (10e), Belgique (11e), Allemagne (12e), Royaume-Uni (13e), Grèce (14e) et Portugal (15e).

Précision des auteurs de cette étude : le mauvais résultat de la Belgique est dû à la Wallonie. Ses résultats la placent au niveau du Portugal. Suffisant pour en faire le gros titre du journal Le Soir, mais pas pour oser parler d’un rapprochement de la Wallonie avec la France.

Pour le détail de l’étude réalisée par Mathieu Lefebvre et Pierre Pestieau, cliquer ici.

Comment Arnaud Montebourg voit l’avenir de Florange

Toute personne qui s’intéresse à l’avenir de la Wallonie en général et de Seraing en particulier porte aussi son regard sur Florange. Il sera intéressant de voir au final le sort réservé aux deux sites sidérurgiques et d’en tirer des conclusions.

Paul Durieux

Les méthodes d’ArcelorMittal « relèvent du non respect des engagements, du chantage et des menaces », a déclaré lundi 26 novembre Arnaud Montebourg, en marge de son déplacement dans l’usine Duralex près près d’Orléans. Dans un entretien au quotidien  économique Les Echos, le ministre du redressement productif avait déclaré ne plus vouloir de Mittal dans l’Hexagone « parce qu’ils n’ont pas respecté la France ». (…)

« Les mensonges de Mittal depuis 2006 sont accablants », souligne M. Montebourg, ajoutant que le groupe « n’a jamais tenu ses engagements » vis-à-vis de l’Etat français. Le ministre a confirmé travailler à un projet de « nationalisation transitoire » de Florange. Selon le quotidien économique, « l’idée serait une association avec un opérateur industriel, minoritaire dans le capital le temps de stabiliser l’activité ». Jeudi devant le Sénat, il avait  déclaré que « le problème des hauts-fourneaux de Florange, ce n’est pas les hauts-fourneaux de Florange, c’est Mittal ».

Pour l’intégralité de cette information, consulter le site du journal Le Monde.

Un article bien loin des vieux clichés

Qui a dit que la France n’avait que condescendance vis-à-vis de la Wallonie ? Voici un article qui en dit long sur la façon dont une grande majorité de Français nous tient en estime, voire en admiration. Nous sommes bien loin des vieux clichés qui voudraient que notre Région devienne la région oubliée ou la cinquième roue du chariot de la République lorsque nous rejoindrons la France.

Paul Durieux

Escapade gourmande en Wallonie : quand le site du Monde.fr rend hommage à notre région, à ses habitants et à sa gastronomie (lien).

A trois heures de Paris, le sud de la Wallonie est un petit joyau méconnu qu’il faut prendre le temps de découvrir à la lumière de l’automne. Entre la vallée de la Meuse et le grand-duché de Luxembourg, on y traverse des paysages brumeux et vallonnés d’où émerge parfois, au milieu d’une forêt, un jardin à la française du XVIIIe siècle, comme celui du château de Freÿr près de Dinant.

Dans la vieille querelle qui les oppose aux « laborieux » Flamands du Nord, les « gentils » Wallons du Sud ont développé avec le temps un sens de l’autodérision aussi sympathique qu’efficace. Ainsi les habitants de Namur, moqués pour leur lenteur légendaire, n’ont-ils rien trouvé de mieux que de prendre l’escargot pour emblème de leur ville. Ce sens de l’humour typiquement wallon, Rémy Belvaux et Benoît Poelvoorde, eux-mêmes natifs de Namur, ont su le traduire il y a vingt ans dans un film culte : C’est arrivé près de chez vous.

Mais la Wallonie est aussi une fascinante terre de goût, à la fois rustique et joyeuse, que nos gastronomes en quête de nouvelles saveurs se devraient d’explorer au plus vite.

Pour une telle escapade, pas de meilleur guide que Jean-Pierre Gabriel. Photographe sensible, amoureux des jardins, ce Wallon né dans une ferme à beurre milite depuis toujours pour la renaissance des produits du terroir belge, comme l’endive de pleine terre ou le fromage au lait cru de Herve (seul fromage belge à bénéficier de l’appellation d’origine protégée européenne). « Depuis quelques années, une nouvelle génération d’artisans passionnés est apparue en Belgique, et particulièrement dans le sud de la Wallonie. Avec eux, ce sont des terroirs, des savoir-faire et une vraie gastronomie locale qui se sont mis à revivre, générant des emplois et un tourisme de qualité », dit-il.

LETTRES DE NOBLESSE

L’exemple de Stephen Destrée est de ce point de vue éloquent. Seul dans son garage de Leignon, près de Namur, ce jeune pâtissier de 27 ans a décidé, il y a peu, de redonner ses lettres de noblesse à la grande tradition du biscuit belge chère à Hercule Poirot. Aux antipodes du spéculoos industriel, ses délicieux biscuits aux amandes, au chocolat, au caramel et aux agrumes, tous sans additifs chimiques, sont aujourd’hui servis à l’heure du thé dans les plus grands hôtels de Bruxelles.

A Falmignoul, près de Dinant, la brasserie Caracole est l’un des trois derniers établissements artisanaux belges, avec Cantillon à Bruxelles et la brasserie à vapeur de Pipaix. Remise en état de marche en 1994 par le très passionné François Tonglet, cette merveilleuse brasserie en brique du XVIIIe siècle n’est aujourd’hui encore chauffée qu’au feu de bois. Procédés de fabrication, outils et matières premières sont exactement les mêmes qu’autrefois et le produit final reste 100 % wallon : de l’eau de source, du malt bio torréfié, de la fleur de houblon, des levures et un mélange d’épices traditionnelles. Il faut entre six et huit semaines pour élaborer une grande bière, comme la Troublette bio, à base de malte et de froment. A mi-chemin entre la blanche et la gueuze, cette bière légère, parfumée au jus de citron, à l’écorce d’orange, à la graine de coriandre et au houblon, séduit par sa fraîcheur et sa rondeur aromatique.

Mais les bières de la brasserie Caracole sont aussi de magnifiques bières de repas, comme le démontre le jeune chef Ludovic Vanackere (sosie de Tintin) qui, dans son excellent restaurant Atelier de Bossimé, au village de Loyers, propose la bière ambrée sur une délicieuse joue de cochon confite dix-huit heures à basse température, accompagnée de pommes de terre cuites dans une croûte de foin. C’est ça, le goût de la Wallonie…

HOSPITALITÉ ADMIRABLE

En pénétrant dans les Ardennes belges, on découvre soudain une campagne qui est restée dans son jus, exactement comme il y a un demi-siècle… « Ici, les gens sont plus têtus, explique Jean-Pierre Gabriel, ce sont des chasseurs, des hommes de la forêt, mais leur hospitalité est admirable. »

A Attert, tout près du grand-duché de Luxembourg, ne manquez pas de rendre visite à un artisan d’exception : Marc Fouss, de la Maison Thill. Poigne de fer, voix de stentor et rire gargantuesque, cet Ardennais de souche est aujourd’hui le dernier à élaborer des jambons fumés entiers avec l’os, non pas avec de la vulgaire sciure mais bien avec des rondins de bois de hêtre bien secs : « Le hêtre offre l’avantage de ne pas avoir d’écorce, sa fumée est très fine et légère, sans tannin excessif », confesse-t-il.

Plongés vingt jours dans un bain de sel et d’épices, les jambons du père Fouss sont ensuite séchés plusieurs semaines dans une cave à 8 degrés avant d’être fumés un mois entier dans une immense cheminée qui surplombe le village. « La semaine dernière, un gars est venu me dire que la fumée l’incommodait et que je devais déménager. Je lui ai dit que la Maison Thill fumait ses jambons depuis le XVe siècle et que celui qui l’arrêterait n’était pas encore né ! », s’enflamme-t-il.

Après le fumage, les jambons sèchent à l’air libre pendant au moins quatre mois, mais c’est après vingt-quatre mois d’affinage qu’ils atteignent leur plénitude, arborant une belle couleur rouge. Leur doux fumé campagnard et leur fondant en font un produit d’exception que l’on ne peut, hélas, trouver que sur place…

NECTAR D’AUTOMNE

Mais la Wallonie du Sud est aussi un pays de pâturages propices à la production de beurre, de crème et de fromages au lait cru d’une qualité insoupçonnée. Lionel Plaquette, 28 ans, est un agriculteur atypique qui s’est rendu célèbre grâce à l’émission de télé-réalité « L’amour est dans le pré » (il y jouait son propre rôle, celui d’un fermier gay à la recherche de « l’âme frère »).

Issus du lait de vaches jersiaises et normandes nourries au trèfle, à la luzerne et au foin, les beurres au lait cru qu’il fabrique dans sa ferme du Mesnil-sur-Blaise n’ont rien à envier à nos fameux beurres Bordier, Echiré et autres Bellevaire. D’un beau jaune pâle, son nectar d’automne baratté à la fleur de sel est élégant, rond et très pur en bouche. Lionel Plaquette produit aussi des beurres à la truffe noire, aux fines herbes et aux oignons-gingembre (délicieux sur des gambas flambées au whisky). On les trouve Chez Catherine, la plus belle crémerie de Bruxelles.

Cette plongée au cœur des terroirs de la Wallonie ne serait pas complète sans le maître fromager Daniel Cloots, véritable pionnier dont la coopérative du Gros Chêne, créée en 1986 à Méan, fait vivre aujourd’hui une cinquantaine de petits producteurs de lait de la région. Au fil des ans, Daniel Cloots a su tisser le lien qui, dans son esprit, doit relier l’agriculteur au consommateur. Fabriqués et affinés sur place, ses fromages de chèvre et de brebis au lait cru bio sont tous d’un goût subtil et font partis du patrimoine gastronomique belge.

Emmanuel Tresmontant