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« Les choses sont loin d’être réglées »

Jules Gheude

 Dans son éditorial de ce jour, Mme Delvaux, l’éditorialiste en chef du « Soir », n’hésite pas  à parler de miracle renouvelé à propos de l’accord qui vient d’être engrangé sur le volet judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Et de verser, une fois de plus, dans l’imprécation solennelle anti-N-VA, ce parti qui perd…le nord et met simplement sa crédibilité démocratique en péril.

 Nous sommes toutefois loin de partager l’enthousiasme de Mme Delvaux, qui la pousse à conclure que le cercle a désormais toutes les allures du vertueux. Et nous sommes convaincus que nous ne devrons pas attendre longtemps avant de ressortir son édito où elle dit espérer que les négociateurs ont bétonné ces accords jusque dans leurs détails, pour éviter des rebondissements qui seraient désastreux en plein campagne des communales…

 Tout ce qui vient d’être décidé ne pourra être appliqué tambour battant. De nombreux mois seront nécessaires pour que le parcours parlementaire s’accomplisse, et l’on ne manquera pas, du côté flamand, de faire valoir des interprétations divergentes.

 Ce qu’écrivent déjà aujourd’hui certains éditorialistes de la presse flamande pourrait bien être le prélude d’une mobilisation comme celle que nous avons connue en 1978, avec le comité anti-Egmont.

A la question de savoir si cet accord sur BHV judiciaire est un bon accord, Eric Donckier du « Belang van Limburg » n’hésite pas à répondre par la négative. Et d’expliquer tout cela en quatre points.

1° Le parquet est scindé. Mais du même coup, on détache également cinq magistrats de Bruxelles – certes bilingues, mais francophones quand même – pour les affecter au parquet flamand de Hal-Vilvorde. Les habitants francophones ne sont pas donc pas seulement servis dans leur langue, mais aussi par leurs propres gens. Manifestement, ils n’ont pas confiance dans les magistrats flamands. C’est offensant.

 2° Le tribunal n’est pas scindé, mais seulement dédoublé en un tribunal néerlandophone et un tribunal francophone, tous deux – y compris donc le francophone – restant compétents pour l’ensemble de l’arrondissement BHV.

3° Actuellement, 2/3 des magistrats doivent être bilingues à Bruxelles. On porte cela à 1/3, parce qu’il y a trop peu de magistrats francophones bilingues. Quand on ne veut pas apprendre le néerlandais, on est récompensé par une modification de la législation.

 4° A Bruxelles, on part d’un rapport 20N/80F chez les juges. Mais ces dernières années, on a eu en moyenne 27% des affaires pour le tribunal du travail et 33% des affaires pour
le tribunal de première instance qui concernaient des néerlandophones.

Et Eric Donckier de rappeler l’éternel problème : ces francophones qui viennent habiter en Flandre et qui ne sont pas capables ou ne veulent tout simplement pas apprendre le néerlandais. Cette mauvaise volonté paie. Le résultat, c’est que le bilinguisme est renforcé à Hal-Vilvorde et démantelé progressivement à Bruxelles.

 Il fut un temps, conclut Eric Donckier, où les négociations communautaires revenaient à un deal : des principes pour les Flamands et de l’argent pour les francophones. Ce temps est révolu. La Région bruxelloise est refinancée à hauteur de 600 millions d’euros.
On pourrait tout aussi bien parler d’une prime pour mauvaise gestion. Cet argent sera principalement versé par la Flandre. Mais en échange, la Flandre obtient peu de chose : pas de scission pure de BHV, ni électoralement ni juridiquement. (…) Cela engendrera de nouveaux problèmes communautaires.

 Son de cloche identique chez Dirk Castrel, l’éditorialiste de « Gazet van Antwerpen », pour lequel le compromis atteint ne recevra pas un prix de beauté. Et de souligner que pour l’opposition flamande, la N-VA en tête, il ne fait aucun doute que l’accord introduit de nouvelles facilités dans l’ensemble de la Belgique. Ce qui vaut pour les francophones en Flandre, vaut tout autant pour les Flamands en Wallonie.

 La différence, explique Dirk Castrel, c’est que les Flamands en Wallonie ne demandent pas à être renvoyés devant un tribunal néerlandophone, parce qu’ils se sont adaptés depuis longtemps à la région linguistique dans laquelle ils se sont établis. Et de poser carrément la question : cette réglementation ne viole-t-elle pas le principe de l’unilinguisme des régions linguistiques, à l’exception de Bruxelles ? Bref, pour l’éditorialiste, il n’est pas exclu que le nouveau système engendre à l’avenir des
problèmes assez sérieux.

 On le voit, les choses sont loin d’être réglées. Les ministres d’Etat Antoinette Spaak et Guy Spitaels ont affiché récemment leur profond scepticisme quant à l’avenir de la Belgique. Rien ni personne ne pourra arrêter l’Etat-Nation flamand de prendre son envol. La scission de la Belgique s’avérera à terme inéluctable.
C’est la raison pour laquelle nous avons estimé opportun, en 2008, d’amener les
esprits francophones à réfléchir à l’après-Belgique. Via les Etats généraux de
Wallonie (www.etatsgenerauxdewallonie.org) et le Gewif (Groupe d’études pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net), des études sérieuses ont déjà pu être effectuées.

C’est le Professeur Behrendt qui le dit …!

Evolution remarquable de la pensée du professeur Christian Behrendt.

Extrait du chat sur le site du journal « Le Soir »

Jules Gheude : « Il va vraisemblablement y avoir bientôt un gouvernement. Mais pensez-vous que les accords trouvés ici sont fondamentaux, qu’ils sont les garants d’une nouvelle stabilité sur le long terme ? Ou pensez-vous au contraire que c’est juste un répit avant une nouvelle tempête et scission du pays ?

Christian Behrendt :
« Vous avez bien raison et je partage votre sentiment. La réforme de l’Etat sera très méritoire. Mais elle ne doit pas occulter une dynamique plus fondamentale encore, et qui, elle, est en marche et ne s’arrêtera pas. D’où aussi la nécessité impérieuse pour les francophones de réaliser des travaux de prospective institutionnelle pour le moyen terme. J’exhorte d’ailleurs tout citoyen à y contribuer, car ce sont là des questions essentielles qui nous concernent tous. Des initiatives citoyennes dans ce domaine sont donc fort salutaires ; je le dis aussi à mes étudiants. »

Jules Gazon nous fait remarquer l’évolution remarquable de la pensée du Professeur Christian Berhendt : « Et bien , il change ce cher jeune collègue qui, il y a moins d’un an, considérait la fin de la Belgique comme une hérésie. »

Le CD&V se positionne en fonction des élections…

Sans accord sur tout, il n’y a d’accord sur rien. Nous sommes très loin de nouer des accords sur tout.

Imaginons que les huit partis arrivent à des accords sur tout.

Ce ne serait que partie remise. Qui peut imaginer que le refinancement de la région bruxelloise soit « bétonné » dans le temps. Qui peut imaginer que la Flandre n’exigera pas un financement limité dans le temps avec droit de regard sur l’emploi qui sera fait de la manne financière. La Flandre ne pourra jamais accepter que Bruxelles soit une région avec les mêmes pouvoirs que les autres. 

Qui peut également imaginer que les transferts exigés par la Flandre dans les domaines sociaux et économiques n’aboutiront pas à un appauvrissement de la Wallonie ?

Que cessent ces jeux politiques du CD&V, hanté par une nouvelle défaite électorale face à la NV-A.

Ce ne sont ni Annie Cordy, ni Maurane, ni Cécile Defrance, ni Philippe Geluck, tous très belges, mais très éloignés de la chose publique, qui apporteront des solutions.

Quant au rôle de désinformation qu’auront joué les médias bruxellois, il sera gigantesque, n’est-ce pas Mme Béatrice Delvaux ?

Les voix wallonnes sont, elles, inexistantes, incapables d’imaginer un avenir pour la Wallonie. Leur pays reste la Belgique fédérale condamnée par une importante majorité de Flamands, n’est-ce pas M. Leterme ?

Et pendant ce temps, Dexia se meurt avec toutes les conséquences que cette mort aura sur les finances de nos communes. Attendez-vous, Citoyens wallons, à payer une nouvelle fois la note, d’une façon ou d’une autre.

Quand donc trouverez-vous qu’il est temps de crier comme le disait récemment François Perin  : « Assez, séparons-nous ». J’ajouterai : « il y a urgence… »

Paul Durieux

Blocage du CD&V sur BHV judiciaire

Extrait du journal « Le Soir »

samedi 01 octobre 2011, 09:11

Les discussions sur BHV judiciaire ont repris ce samedi midi. A bonne source, on indiquait que la réunion d’hier soir s’était très mal passée. Le président du CD&V, Wouter Beke, se serait mis en colère, aurait quitté la séance avant de revenir une demi-heure plus tard.

Le 14 septembre, les négociateurs du PS, du sp.a, du CD&V, du cdH, du MR, de l’Open Vld, d’Ecolo et de Groen! ont conclu un accord sur BHV, qui portait sur l’arrondissement électoral et sur les principes à mettre en oeuvre pour une réforme du BHV judiciaire. Depuis plusieurs jours, les huit partis essaient de mettre en oeuvre ceux-ci mais, à en croire une source francophone, le CD&V remet en cause les principes eux-mêmes.

Selon cette source, l’accord de principe confirmait la note de formation d’Elio Di Rupo et faisait en sorte que les justiciables francophones de cet arrondissement ne perdaient pas de droits. Il prévoyait en outre que les nouvelles dispositions seraient ancrées dans la Constitution et dans une loi spéciale, c’est-à-dire modifiable à la majorité des deux tiers et à la majorité dans chaque groupe linguistique du parlement. Pour les partis francophones, MR et cdH en tête, il n’est pas question que les justiciables francophones perdent des droits.

Le blocage du CD&V pourrait d’ailleurs avoir des conséquences graves, c’est-à-dire la remise en cause de l’ensemble de l’accord sur BHV, y compris sur le volet électoral. Il pourrait aussi empêcher le démarrage des travaux sur le budget 2012, attendu en principe lundi soir. Du côté flamand, et singulièrement au CD&V, la conclusion d’un accord institutionnel constitue le préalable à toute discussion sur le budget et l’accord de gouvernement.

Vendredi, vers 21h, le formateur Elio Di Rupo a présenté une nouvelle proposition de compromis dans ce dossier juridiquement très complexe. Les partis l’ont examinée en étant séparés par groupe linguistique avant de se retrouver en réunion plénière. Certains partis voulaient y apporter des amendements mais l’attitude de M. Beke aurait empêché la discussion de réellement commencer. Les négociations reprendront samedi à midi.

Lu dans « Vers l’Avenir »

La Fédération Wallonie-Bruxelles

Jean-Sébastien Jamart, Liège

Ainsi, nos hommes politiques et nos constitutionnalistes ne voient pas malice dans la nouvelle appellation « Fédération Wallonie-Bruxelles ». Monsieur Luperto dit que cette appellation va « entrer dans la vie des gens ». Qu’essaie-t-il de faire avec cette nouvelle démonstration ? En fait, de préparer les esprits à l’après-Belgique et de devenir un Etat Wallonie-Bruxelles, lorsque la Flandre bloquera définitivement le pays. On essaie de faire croire en plus qu’une solidarité entre Bruxelles et la Wallonie existe institutionnellement depuis 40 ans, ce qui est évidemment faux puisque la Communauté française avec ses compétences d’enseignement n’existe que depuis 1988. Ne nous réjouissons pas trop vite de cette nouvelle appellation, car elle crée immédiatement un problème territorial et pose une question quant au respect des minorités.

 

Lu dans la presse flamande. La confiance règne. Tout va bien !

 « Flamand, fais attention à tes oies ! » – Edito d’Eric Donckier dans « Het Belang van Limburg » du mercredi 28 septembre

Quand le renard prêche la passion, fermier, fais attention à tes oies ! Cela vaut aussi lorsque le ministre-président wallon, Rudy Demotte, prend la parole et déclare que la transformation de la Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles ne peut, en aucun cas, être considérée comme une forme d’agression contre la Flandre. Car c’est ce qu’elle est naturellement.

Il faut que cela soit clair pour tous les Flamands : les francophones préparent à fond l’indépendance de la Wallonie. Ce n’est pas pour demain, ni pour après-demain, mais bien pour le jour où les transferts devraient s’inverser parce que la Wallonie fait mieux, sur le plan économique et financier, que la Flandre suffisante, endormie, où plus rien n’est possible.

Les choses peuvent donc encore durer un certain temps. Selon une étude de la KBC, vingt ans. En attendant, on prépare à fond cette indépendance wallonne.

– L’arrondissement électoral de Bruxelles est définitivement élargi aux six communes flamandes à facilités.

– Bruxelles reçoit de l’argent supplémentaire : 461 millions d’euros pour 2015, montant qui ne cessera après de grimper, car il est lié à l’index et à la croissance économique. La demande flamande, polie, de réformer un tout petit peu les institutions bruxelloises en échange, a été dédaignée.

– Bruxelles devient de plus en plus une Région à part entière, avec également des compétences communautaires. Elle sera désormais compétente aussi pour les allocations familiales.

– La loi de financement favorable à la Flandre sera revue à court terme dans l’intérêt de Bruxelles et de la Wallonie. La Flandre y trouvera son avantage à plus long terme, mais seulement en cas de croissance économique élevée. A la Banque nationale, on a de fortes réserves à l’égard des pronostics des huit partis.

– Les liens entre Bruxelles et la Wallonie sont renforcés par la création de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Bruxelles ne s’est jamais profilée comme la capitale de la Flandre. Rhode-St-Genèse – qui n’est pas par hasard le nouveau chef-lieu du nouveau canton électoral dans lequel les six communes flamandes à facilités sont regroupées – servira de corridor entre Bruxelles et la Wallonie.

Ce sont des faits, rien que des faits. La plupart d’entre eux ont été décidés lors de ces négociations gouvernementales, également par les quatre partis flamands – CD&V, SP.A, Open VLD et Groen – qui sont autour de la table. Et les choses risquent d’être pires encore lorsque, lors de l’assainissement des finances publiques, on travaillera surtout aux nouveaux impôts, à payer par les gens qui travaillent, donc principalement les Flamands.

« C’est étrangement calme en Belgique francophone » – Edito de Paul Geudens dans « Gazet van Antwerpen » du mercredi 28 septembre

(…) On pourrait attribuer cela au fait qu’il n’y a plus d’opposition, à l’exception du minuscule FDF. Tous les partis sont à la table du formateur Elio Di Rupo.

De qui donc la critique devrait-elle venir ? Onkelinx, Milquet, Michel et Javaux ne vont tout de même pas protester contre quelque chose qu’ils ont eux-mêmes bricolé.

Non. C’est exact. Mais avec la scission de BHV, c’était aussi comme cela. Et puis, il y eut beaucoup de réserves à Bruxelles et au sud de la frontière linguistique. Les concessions furent publiquement confessées. Pour les rendre acceptables, on esquissa une perspective à long terme. Louis Michel déclara ainsi qu’il était inscrit dans les astres que les six communes à facilités reviendraient « plus tard » à Bruxelles.

Avec la loi de financement, ce n’est pas le cas. Il faut diablement chercher dans la presse francophone pour trouver une note dissonante. On peut donc supposer que cet accord plaît vraiment aux francophones.

Et c’est curieux. Pendant plus d’un an, tous les partis francophones, Elio Di Rupo en tête, ont claironné que la nouvelle loi de financement appauvrirait la Wallonie. Ils avaient une peur sainte de commencer les négociations, convaincus qu’ils étaient que la Flandre abandonnerait la pauvre Wallonie à son sort. C’est l’une des raisons principales pour lesquelles les discussions ont duré si longtemps.

Et maintenant, vous n’entendez plus rien. Très curieux, mais également inquiétant d’un point de vue flamand.

Le pessimisme de la N-VA serait-il tout de même justifié ? Cela se pourrait-il que la Flandre se retrouverait en 2030 avec une gueule de bois de 2,5 milliard d’euros ?

Aussi longtemps que les textes de l’accord ne sont pas publiés, l’incertitude persistera. Ce n’est que lorsque tous les détails seront connus et analysés par des experts indépendants que nous saurons exactement ce qu’il en est. En attendant, nous retenons notre souffle.

« Le Soir » vs « De Standaard »

Le 23 juillet, Béatrice Delvaux, éditorialiste du « Soir » laisse éclater sa joie : la Belgique est encore sauvée …! « Il faut même respirer profondément et savourer. Mélange de soulagement et d’intense satisfaction… On peut être raisonnablement optimiste sur le fond. Les points de vue se sont fortement rapprochés sur l’ensemble des sujets. Des concessions réelles ont été faites, notamment par les francophones. Il faut saluer le sens des responsabilités de Wouter Beke et du CD&V. Que ce parti se soit affranchi de la tutelle de la N-VA inspire un profond contentement.  Les éditorialistes flamands ont eux aussi choisi la raison contre la propagande … »

Le même jour, l’éditorialiste, Bart Sturtewagen, du quotidien « De Standaard » écrit : « Pas d’euphorie, pas de désespoir. Un coureur n’a gagné le Tour de France qu’une fois la ligne franchie à Paris, puisqu’il peut encore glisser sur les pavés mouillés des Champs-Elysées. C’est dans cette situation que se trouve Wouter Beke. Pour l’instant, il n’a guère de raisons de céder à l’euphorie. L’espoir, exprimé par le roi à la fin de son allocution du 21 juillet de voir un rapprochement entre tous les citoyens est futile. Une Belgique de cette nature ne verra pas le jour. Tout au plus le mariage de raison peut-il être poursuivi. Ce n’est déjà pas mal (…) Une méfiance qui s’est constituée pendant des générations ne disparaît pas comme par magie. Maintenant que, bon gré mal gré, la N-VA a placé Wouter Beke aux commandes, elle est devenue la mauvaise conscience du CD&V. Du point de vue de la technique des négociations, c’est une bonne chose. Cela maintient la pression sur la marmite. » *

A vous de juger…!!!

* la traduction en fançais de l’article du « Standaard » a été réalisée par notre ami Jean-Paul Roos.

« Le syndrome de Munich » par Jules Gheude dans la « Libre »

 Le syndrome de Munich

En 2001, les responsables politiques francophones ont fini par conclure les accords de la Saint-Polycarpe et du Lombard.

 Ce troc a profité essentiellement à la Flandre. Et les importantes concessions faites par les francophones portent toujours leurs fruits.

 A l’époque aussi, souvenons-nous, ils n’étaient demandeurs de rien. Ils finirent toutefois par conclure les accords de la Saint-Polycarpe et du Lombard afin d’obtenir le refinancement de la Communauté française et de la Cocof, refinancement dont il ne reste plus rien depuis longtemps. Même le CDH, alors dans l’opposition, marcha dans l’affaire en échange de quelques liards accordés à l’enseignement libre. Seul le FDF s’abstint, après avoir obtenu de la Flandre la promesse – toujours non tenue – de ratifier la convention-cadre pour la protection des minorités nationales.

 Ce troc profita essentiellement à la Flandre. Non  seulement elle se vit, elle aussi, refinancée, alors qu’elle n’en avait nullement besoin, mais les importantes concessions faites par les francophones portent toujours leurs fruits : régionalisation de la loi communale, avec tout ce que cela implique en périphérie bruxelloise, surreprésentation flamande au Parlement régional bruxellois, renforcement de la présence flamande dans les communes bruxelloises,…  C’est ce qui s’appelle être le dindon de la farce.

 Depuis 2001, la Flandre n’a cessé de se démener pour mettre en application ces cinq résolutions que son Parlement a votées, à une large majorité, en 1999, et qui s’inscrivent dans un cadre résolument confédéraliste. Le fédéralisme a atteint ses limites, a déclaré, il y a deux ans, le Premier ministre Yves Leterme en personne. Quant à la révolution copernicienne dont parle le ministre-président flamand, Kris Peeters, elle ne vise, ni plus ni moins, qu’à dépiauter au maximum l’autorité fédérale et à mettre fin aux transferts financiers.

 Le Flamand ne recule jamais. Il a la douce obstination têtue du fanatisme, écrivait le socialiste wallon Jules Destrée, en 1912. Aujourd’hui, alors que les sondages créditent la N-VA de 40% d’intentions de vote, comment ne pas comprendre que le but final de la Flandre est de s’ériger en nation propre ? Le terme figure expressément dans le projet de Constitution flamande, déposé en 2006 par le cartel CD&V/N-VA. Il y a quelques mois, Bart De Wever a d’ailleurs été reçu, avec tous les honneurs, par le Premier ministre britannique, David Cameron. Et c’est en véritable chef d’Etat que Kris Peeters entend désormais se profiler à l’étranger.

 Plutôt que de reconnaître cette évolution, les responsables politiques francophones continuent à s’accrocher, avec l’énergie du désespoir, au schéma fédéral. Leur volonté de sauver la Belgique vient de les amener à renier leurs engagements solennels pour finalement marquer leur accord sur la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, sans contreparties substantielles. Bien qu’il réagisse de façon négative, Bart De Wever s’empresse d’ailleurs de reconnaître que ce n’est pas un cauchemar. Seul, Olivier Maingain a le courage de dénoncer la supercherie : pas d’élargissement de Bruxelles, pas de ratification par  la Flandre de la convention-cadre pour la protection des minorités, pas de nomination pour les trois bourgmestres contestés de la périphérie,…

 La manifestation des nationalistes flamands, dimanche dernier, à Linkebeek, n’est d’ailleurs pas sans rappeler ce que l’on a vécu, en 1978, après la signature du pacte d’Egmont. Constatant l’impressionnante mobilisation en Flandre contre cet accord institutionnel laborieusement obtenu, le Premier ministre de l’époque, le CVP Léo Tindemans, choisit finalement de le torpiller. Belle fourberie que celle qui consistait à renvoyer, nus, devant leurs électorats respectifs, la Volksunie  et le FDF qui s’étaient tous deux loyalement impliqués dans l’affaire, au départ de concessions réciproques importantes !

 Confronté à l’irrésistible montée de la N-VA en Flandre, le président du CD&V, Wouter Beke sait qu’il doit engranger un maximum au niveau du transfert des compétences et de l’autonomie fiscale. Une évolution que la Wallonie n’est pas en position d’assumer. Que déclarait, en effet, le ministre-président wallon, Rudy Demotte, au « Soir », le 16 mai dernier : « Et je ne vous parle pas des éventuels transferts de compétences, en discussion aujourd’hui : soyons conscients que la Flandre a des facilités que nous n’avons pas. En 2014 par exemple, elle disposera de six fois plus de moyens que la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles… réunies ! La Flandre disposera alors de 2,5 milliards contre 400 millions pour les autres entités. »

 Le professeur émérite Jules Gazon de l’ULg vient de calculer que le solde net à financer d’une Wallonie autonome en 2009, intérêts de la dette publique wallonne compris, soit 10,488 milliards, eût été d’environ 27% des dépenses publiques wallonnes et de 13,5% du PIB wallon pour un objectif de la zone euro fixé à 3% !

 Tel un matamore, Charles Michel, le président du MR, lâchait, il y a quelques jours : « Nous n’accepterons pas l’appauvrissement des Wallons et nous ne lâcherons pas les Bruxellois ! » Après avoir vu ce que cela a donné pour BHV, il y a de quoi ne pas être rassuré…

 Les Bruxellois de la périphérie et l’alliance avec le FDF sont déjà sacrifiés sur l’autel de la Belgique. Cela au moment même où le ministre d’Etat Guy Spitaels affiche son profond scepticisme quant à la survie du pays. Voilà qui nous rappelle ce qu’écrivait Winston Churchill à propos du déplacement de Neville Chamberlain et Edouard Daladier à Munich, en 1939 : Ils ont eu le choix entre le déshonneur et la guerre. Ils ont le déshonneur et ils auront la guerre. Rien ni personne ne pourra empêcher l’Etat-Nation de prendre son envol !

 Aujourd’hui, Jean Gol doit se retourner dans sa tombe. Voici comment Paul-Henry Gendebien raconte la rencontre qu’il eut avec lui à Paris : « Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) Il avait été ulcéré par les « avancées » du nationalisme chez les libéraux flamands. (…) Il pensait que notre avenir, à nous autres Wallons et Bruxellois, serait français. » (1) Pour en avoir longuement discuté avec lui, je peux attester ici que le regard de Jean Gol était tourné vers la France. On sait que ce n’est pas le cas de Charles Michel, qui n’hésite pourtant pas à se revendiquer de l’héritage « gollien »…

 (1) « Splendeur de la liberté » (Ed. Quorum, 1999).

Jules Gheude, essayiste politique

Derniers livres parus : « Le petit guide de l’après-Belgique » (Ed. Mols, 2010) et « On l’appelait Belgique » (Mon Petit Editeur, 2011)

A cet article de la « Libre », je me permets d’ajouter un petit commentaire.  Lors d’une rencontre avec Jean Gol dans son bureau lorsqu’il fut Echevin des finances à Chaudfontaine, Jean Gol me présenta à sa secrétaire en ces termes : « voici un ami qui pense, tout comme moi, que Paris deviendra notre capitale dans le futur. »

Paul Durieux

Communiqué de presse du G.E.W.I.F.

GE WIF

Groupe d’Études pour la Wallonie intégrée à la France

                        COMMUNIQUE DE PRESSE

 Le Gewif prend acte de l’accord intervenu à propos de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

 Il note le rejet de cet accord par Olivier Maingain, président du FDF, ainsi que la prise de position négative (« Ce n’est pas un cauchemar, mais ce n’est pas bon non plus ») de Bart De Wever, président dela N-VA.

 Considérant les points épineux qui restent à négocier – loi de financement, transferts de compétences, autonomie fiscale, autonomie constitutive pour Bruxelles,… – et sur lesquels de profondes divergences subsistent, le Gewif ne voit pas un accord final intervenir. Il observe d’ailleurs le pessimisme affiché par le ministre d’Etat Guy Spitaels quant à l’avenir de la Belgique.

 Il entend donc garder son fil conducteur, à savoir la préparation du scénario visant à intégrer la Wallonie à la France.

 Edgard Baeckeland, Guy Bertrand,  Willy Burgeon, Jean-Alexis D’Heur, Paul Durieux,  Jules Gazon, Jules Gheude, Marc Hansen, Jean-Sébastien Jamart, Philippe Lausier, Jean-Luc Lefèvre, Jean Lerusse, Michel Pieret, Jean-François Renwart

Au PS, cela commence à chauffer

Historien, militant wallon, conseiller de Guy Spitaels pour les affaires wallonnes puis chef de cabinet de Robert Collignon, Freddy Joris est revenu, dimanche passé, sur « l’action wallonne de Guy Spitaels », à l’occasion d’un colloque organisé à Ath. Dans le contexte actuel, son discours avait clairement des airs de réquisitoire à l’encontre de ceux qui, aujourd’hui, tiennent les rênes du PS.  

Morceaux choisis :

« Les premières années de Guy Spitaels en politique, au cabinet de Louis Major en 72 mais surtout comme chef de cabinet d’Edmond Leburton en 73, seront l’occasion d’un deuxième choc d’importance qui allait affermir sa conscience wallonne, après la grande grève de l’hiver ’60, puisqu’il se rendit compte à quel point on faisait sentir à Leburton qu’il n’était pas normal qu’un Wallon occupe encore le poste de Premier Ministre, à quel point donc les Wallons comptaient pour rien, ou pour si peu, dans la conduite de la maison Belgique. 

(…)

« Quand Guy Spitaels choisit de devenir président de l’Exécutif régional wallon, c’est au prix du renoncement à la fonction de président de parti comme l’y obligent les statuts et donc aux pouvoirs inhérents à cette fonction. Compte tenu de son aura à ce moment, de son poids politique et du fait qu’il jette tout ce poids exclusivement dans la balance régionale, il est évident qu’il confère au poste de Ministre-Président un prestige qu’il n’avait pas jusque-là et, au-delà du prestige, qu’il modifie les équilibres entre les divers pouvoirs exécutifs du pays en tendant vers une équipollence jusque là très théorique comme on l’avait encore bien vu en ’88.

« Lorsque d’octobre ’99 à avril 2000 et d’octobre 2005 à juillet 2007, un de ses successeurs choisira de cumuler les fonctions de président de parti et de Ministre-Président wallon en ramenant de facto la seconde à un travail à temps partiel, je ne pense pas, pour ma part, que cela renforçait ni cette dernière ni la lisibilité d’un système fédéral déjà trop complexe pour le plus grand nombre de nos concitoyens.

« Enfin… Guy Spitaels renonce aussi en ’92 à un retour au Gouvernement fédéral. Depuis 1973, il sait quel est le prix à payer pour accéder dans ce pays à la fonction de Premier Ministre et il n’entend pas faire payer ce prix aux Wallons et aux Bruxellois. Il n’entend pas non plus redevenir n° 2 en Belgique quand il est possible de relever d’autres défis en tant que n° 1 en Wallonie. Je note que son état d’esprit quant à la minorisation wallonne dans les instances fédérales n’a pas changé depuis, puisqu’il déclarait au Soir en mars dernier, je cite : « On ne peut pas accepter d’être continuellement sur le siège arrière de la moto. Nous sommes des partenaires, avec des défauts et des qualités, et nous ne pouvons pas accepter un rôle d’auxiliaire. » Fin de citation. J’observe pour ma part qu’après des années d’aveuglement volontaire chez certains devant les revendications institutionnelles de la Flandre, l’actualité n’a pas fini de nous montrer depuis quinze mois et surtout ces derniers jours quel pourrait être le prix que nous pourrions devoir payer pour qu’un Wallon puisse à nouveau tenir quelque temps le guidon convoité de la moto fédérale, fût-elle dégonflée… ou même pour que la moto continue encore simplement à rouler quelque temps. 

(…)

« Dans le recueil de témoignages que j’ai coordonné en 2000, en tant qu’historien cette fois,  pour les vingt ans de la Région, Guy Spitaels épinglait lui-même dans son bilan la reconnaissance de l’éligibilité du Hainaut à l’objectif I, négociée directement par la Wallonie avec l’Europe, ce qui avait permis, pour la première fois, que la Flandre ne s’accapare plus, malgré sa situation économique favorisée, la majorité des aides économiques européennes allouées à la Belgique, et ce qui s’est traduit pour le Hainaut par deux milliards d’euros supplémentaires au total des années ’94 à 2013. 

(…)

« C’est aussi Guy Spitaels qui rebaptisa son Exécutif en Gouvernement et il n’est pas anodin que son action à Namur ait également porté sur des symboles lourds de signification comme savent l’être certains mots, exactement comme ne seraient pas anodins, en ’99, la suppression de la cellule « Identité wallonne » au cabinet du nouveau Ministre-Président et la réintroduction des mots « Royaume de Belgique » sur son papier à lettres.

« Je noterai encore, dans le bilan du Ministre-Président Spitaels, ses efforts pour positionner la Wallonie sur la scène internationale à l’occasion de ses missions économiques notamment mais aussi lorsqu’il rencontra début ’93 à Paris le Président de la République française et son Premier Ministre, et sa volonté affichée de tenir aux Wallons un discours de fierté pour tenter de casser une psychologie sociale culpabilisatrice et défaitiste.

(…)

« Je ferai néanmoins une autre remarque sur les années 88 à 92, pour ne pas occulter qu’un des pires maux wallons, le sous-régionalisme, put se nourrir sans vergogne des nouvelles compétences transférées alors. Guy Spitaels lui-même, évoquant la répartition des aides de l’objectif I, reconnaîtra en 2005 devant son biographe, je cite, « ce n’était pas du sous-régionalisme, c’était pire ». Fin de citation. Mais l’exemple venait – et vient toujours – d’en haut. Aujourd’hui dans les cabinets ministériels les plaisanteries de ces années-là sur les dossiers athois… ont fait place à celles sur Mons 2015. Je le disais au président dès décembre 1990 en quittant l’IEV et j’en reste convaincu, mais sans aucune illusion après deux décennies de pratique, il n’y aura à cet égard à mon avis rien de nouveau sous le soleil wallon, derrière les dénégations de façade, aussi longtemps que restera possible le cumul de toute fonction, quelle qu’elle soit, entre les niveaux de pouvoir communal et régional.   

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« Pour conclure, je ferai mienne cette appréciation de feu Jean Guy en 1997, écrivant de Spitaels qu’il fut, je cite, « le président de la concrétisation du fédéralisme radical qui apporta l’oxygène à ma Région et quelque sursis à la Belgique. La Wallonie ne sera pas mécontente qu’il l’ait rencontrée pour l’inscrire sur la carte européenne » – fin de citation. Aujourd’hui Guy Spitaels lui-même, à en juger par ses propos au Soir en mars dernier, ne semble plus certain, lui non plus, que l’Etat fédéral belge ait encore un avenir, et que sa désagrégation éventuelle serait un événement majeur à l’aune de l’histoire européenne. Ce n’est pas, ou pas encore, le « Finissons-en » de François Perin, mais je dirais que cela commence à ressembler à un Wallon de plus, et non des moindres, près d’arriver sur le chemin si brocardé des Wallons aspirant à des choses devenues introuvables pour eux dans le cadre politique belge, des choses qui pourraient bien s’appeler la paix, le respect et la dignité. »