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Un ancien ministre nous écrit

Monsieur Hazette a été ministre de l’enseignement secondaire à la Communauté française de 1999 à 2004. Nous le remercions pour ses messages. Il est rassurant de constater que des personnalités politiques ne s’enferment pas dans la croyance en une Belgique éternelle. Sous la chape de plomb imposée par les présidences de parti, la réflexion n’est pas encore étouffée. Ni le souci de l’avenir.

Voici le point de vue de Pierre Hazette :

« J’apprécie que le ton de l’AWF traite la question de notre avenir avec modération. La crise institutionnelle débouche sur des accords que le parti majoritaire de Flandre va s’employer à dénigrer pendant les derniers mois de cette législature. La crise économique et sociale va susciter un mécontentement citoyen inévitable. La N-VA le récupérera au nord du pays. Les prochaines élections législatives risquent de confronter les Wallons à un problème existentiel. Mon avis est que le gouvernement de la fédération Wallonie-Bruxelles doit proposer, dès à présent, des accords de coopération sur la plupart de ses compétences au seul partenaire naturel qui nous permet d’envisager des économies d’échelle. Une alliance étroite avec la République française s’impose à nous, quel que soit notre attachement à une Belgique que d’aucuns continueront à saboter, jusqu’à la faire disparaître. »

Et dans un autre message :

« Ce n’est pas dans une Belgique sans la Flandre, ni dans une Fédération Wallonie-Bruxelles débarrassée de la tutelle fédérale qu’il faut chercher un avenir pour les francophones ou les Wallons. Nos regards convergent vers la France.
« Nous devons cependant nous garder de tout lyrisme incantatoire ou encore d’une agressivité verbale, inopportune en la circonstance.

« L’autonomie que réclame Jean-Claude Marcourt existe dans les compétences dévolues aux entités fédérées.
« Je propose qu’on en fasse un usage massif dans des accords de coopération avec la France.
« Des synergies de fait doivent être organisées institutionnellement, dans l’enseignement supérieur, par exemple.
« Mais c’est vrai aussi dans la coopération internationale.
« Philippe Suinen vient de révéler que nous pourrions nous appuyer, avec plus de profit, sur un autre partenaire que la Flandre, en ce qui concerne le commerce extérieur.
« Dans l’enseignement secondaire, nous pourrions relever le défi de proposer les épreuves du bac à nos grands adolescents.
« Dans l’audiovisuel, une collaboration avec France Télévision enrichirait nos programmes en soulageant notre trésorerie.
« Dans les matières proprement régionales: agriculture, aménagement du territoire, environnement, économie régionale…, j’aperçois maintes occasions de mieux faire et à moindres coûts ce que nous allons nous époumoner à faire seuls.
« La promotion des accords de coopération montrerait progressivement aux Wallons et aux francophones que la France est accueillante et respecte nos particularismes.

« On a trop souvent brûlé les étapes. Nous avons besoin d’une approche plus diplomatique, plus calculée, plus prudente qu’elle ne l’a été depuis que la séparation apparaît inévitable. Certains, à Liège en particulier, l’ont compris avant bien d’autres. Grâces leur soient rendues.
« Il s’agit seulement aujourd’hui de forger un large consensus. »

La Belgique à l’épreuve de la rigueur

Voici quelques propos personnels simplistes. Je dirais même simplissimes.

Ainsi donc, les comptes seraient faits. Enfin, momentanément…

La Belgique passe d’une économie à faire de 3 milliards d’€ à 11 milliards (le 11/11/11, c’est normal, finalement…).

Je comparerai à la France -cela ne vous étonnera pas – qui en est, elle, à 7 milliards.

Rapides calculs :

Belgique : 11 milliards divisés par 11 millions d’habitants = 1 000 € par tête de pipe (aussi bien les centenaires que les bébés).

France : 7 milliards divisés par 60 millions d’habitants = 116 € par tête de pipe.

Par rapport au Français, le Belge est donc 8,6 fois plus sucré !

Mais attention ! Bien qu’il ne s’agisse que d’une supputation tout à fait gratuite de ma part, je vous fiche mon billet que les Wallons devront assumer 60% de ces 11 milliards, soit plus ou moins les 7 milliards de la France.

Le problème, c’est que nous ne sommes que 4 millions de cochons payeurs, ce qui nous donne 1 750 € par habitant ! En d’autres termes, le Wallon devrait cracher 15 fois plus au bassinet que le Français moyen… !!! Une situation à la grecque, quoi !

Alors, que ceux qui croient encore en l’avenir de la Belgique lèvent le doigt… !!!

Francis Monzée

Quand les Wallons feront-ils le deuil de la Belgique ?

A voir l’éclat de l’automne sur le fond bleu du ciel, à sentir la douceur du soleil, à goûter le caractère intemporel de la nature, on oublierait les péripéties de l’histoire des hommes, l’instabilité du monde, le sentiment diffus de ne pas maîtriser les changements qui s’annoncent. Mais il suffit d’un rien, d’un nuage, d’un peu de vent qui emporte les feuilles mortes, pour saisir la fragilité des choses.

Beaucoup de Wallons se reposent sur une Belgique incertaine pour affronter les incertitudes de l’avenir. Ils sont comme la chair et le sang de ce pays qu’ils n’imaginent pas mourir sans disparaître eux-mêmes. Ils nous déconcertent autant que nous les agaçons. L’incompréhension est mutuelle. Il ne suffit pas d’argumenter pour convaincre. Ni même pour avoir raison. La pensée dominante se justifie par le seul fait qu’elle est dominante. Si la majorité des Wallons se sentent belges au fond de leurs tripes, il n’y a pas à discuter. Sauf que le débat est toujours salutaire, parce qu’il tient le corps social en éveil.

Donc, même si le temps des feuilles mortes n’est pas celui du renouveau, même s’il ne suffit pas de parler pour être entendu, même s’il ne suffit pas d’écrire pour être lu, la question est posée, au moins ici : quand les Wallons feront-ils le deuil de la Belgique ?

Régulièrement, la presse francophone évoque des petits faits qui en disent long sur l’état d’esprit d’une « certaine » Flandre. Ces articles à hauteur du quotidien, loin des grands discours, ne laissent pas l’opinion wallonne indifférente et, en réaction, il y a toujours des lecteurs pour reprocher aux journalistes de souffler sur les braises communautaires. A quoi bon savoir que Monsieur X qui vit en Flandre depuis 16 ans, a perdu son boulot et n’a pas obtenu un logement social car il a parlé parfaitement le néerlandais mais avec un accent (lien) ? Pourquoi s’intéresser à ce footballeur Y qui pour justifier un mauvais geste, à Tervuren, explique qu’il a été mis sous pression par des cris anti-wallons, lui-même étant pourtant bilingue (lien) ?

Plus intéressante est la façon dont les dirigeants du KRC Genk, puis de l’Union belge de football, ont réagi à la « banderole de la honte ». Pour rappel, quelques supporters montois, choqués d’avoir entendu chanter « les Wallons c’est du caca » lors d’un match européen opposant Genk à… Chelsea, se sont mis en tête de faire la leçon aux supporters de Genk le samedi suivant. A la fin du match Genk-Mons, ils ont déroulé une banderole sur laquelle avait été écrit «Je bent de schaam van België» («Tu es la honte de la Belgique» : lien). Ce message à la fois naïf et provocateur a piqué au vif le président du club de Genk (sans doute irrité par une amende de… 600 € venue sanctionner le « Wallons c’est du caca » lors du match Genk-Standard de Liège arrêté par un arbitre francophone) et la direction montoise a aussitôt condamné l’initiative mal inspirée de ses supporters et présenté ses excuses (on n’a entendu personne, à Genk, s’excuser pour le chant de ses supporters). Les excuses ne suffisent pas, de toute façon : l’affaire est entre les mains de l’Union belge de football (lien). Qu’en pense le camarade montois qui veut sauver la Belgique ?

Ce qu’en retiennent beaucoup de Wallons, c’est qu’un tas de Flamands sont des nationalistes et même des racistes. Dans leur esprit, cela tient de l’évidence, comme le fait d’être belge et pas français. Les médias suivent la même pente naturelle, facile : c’est parce que la Belgique est leur pays que les Wallons sont choqués par ces « mauvais Belges » que sont les nationalistes flamands. La morale est de leur côté, Jacques Brel aussi, leur conscience identitaire est sauve. Ce n’est pas parce qu’ils n’aiment pas les Flamingants qu’ils vont aimer les Français. D’ailleurs, ils ne sont pas non plus très fiers de la Wallonie. Ils sont belges. Ça ne se discute pas. J’ai même entendu, l’autre jour, un monsieur déclarer que la Belgique est naturellement francophone (pas française) et que des « amis flamands » partageaient son point de vue (les autres étant des extrémistes).

Bon, d’accord. Quand les Wallons feront-ils le deuil de la Belgique ?

A toute fin utile, rappelons que les Flamands ont toujours été majoritaires en Belgique et que, depuis le 25 avril 1974, il n’y a plus eu de premier ministre wallon dans ce pays. Si Elio Di Rupo réussit à former un gouvernement au bout de ses interminables négociations, celui-ci ne sera pas soutenu par une majorité d’électeurs flamands sur la base des résultats électoraux de 2010. Bart de Wever est là pour le faire savoir à tout qui veut bien l’entendre (peu de monde en Wallonie mais beaucoup en Flandre) : la Belgique n’est plus une démocratie, il a même été le raconter aux Ecossais (lien). Puisque De Wever est un extrémiste ou à tout le moins un populiste, on sait bien qu’il raconte n’importe quoi, mais on ferait bien de noter que des universitaires flamands ont lavé le leader incontesté de la N-VA du soupçon de populisme (lien). Cet homme est donc respectable en Flandre. On peut évidemment qualifier les universitaires flamands de populistes eux-mêmes. Après tout, c’est un mot facile à utiliser quand il exprime un jugement de valeur. Le populisme est à la démocratie ce que le mal est au bien. Et par définition, le bien est du côté des « bons Belges » : critiquer les Flamands nationalistes est une forme d’hygiène démocratique (attention quand même aux dérives sémantiques et à la confusion des valeurs : en matière de populisme, c’est parfois « celui qui le dit qui l’est »).

La Belgique réelle, et pas fantasmée, est avant tout flamande. Il faut l’admettre une fois pour toutes. Or, en Flandre, waar Vlamingen thuis zijn, il n’est pas certain que les Wallons se sentent encore chez eux. Dans le même temps, la frontière avec la France s’estompe, au vu de ce qu’on peut lire dans la presse  (ici, ici et ici , pour ne prendre que des articles de la semaine écoulée). Mais quand donc les Wallons feront-ils le deuil de la Belgique ?

A les entendre, on y vit bien, dans ce pays de cocagne, et il serait fou d’en changer. Quitte à  donner raison à la N-VA qui dénonce un « fédéralisme de consommation », beaucoup de Wallons seraient avant tout sensibles au confort matériel. La peur de l’inconnu les maintiendrait dans la dépendance économique et psychologique de la Flandre. Argument dont la sentimentalité serait absente, auquel nous répondons par une autre question : la Flandre est-elle un bon placement ? A court terme ? A moyen terme ? A long terme ? Il suffit d’interroger les Flamands sur le sujet, si on ne craint pas les insultes. Il apparaît, au vu de ce qui s’écrit, de ce qui se dit ou de ce qui se chante au nord du pays, que les Wallons seraient bien inspirés de ne plus compter sur l’argent flamand pour assurer leurs fins de mois. Le but de la réforme de l’Etat, c’est de s’attaquer aux mécanismes de la solidarité fédérale, encore et encore. C’est le principal os à ronger de la Flandre. Il est temps pour la société wallonne de se projeter dans l’avenir et de chercher ailleurs le soutien dont elle a besoin pour déployer son potentiel.

Les effets conjugués de la 6e réforme de l’Etat et de la crise financière, avec la liquidation du holding communal, vont peser sur les budgets wallons, c’est une certitude. En attendant, la comparaison avec les pays limitrophes ne justifie pas un quelconque acharnement à rester belge. C’est la leçon à tirer de deux articles publiés la semaine passée. Dans le premier, on révélait que le coût des soins de santé, en Belgique, était plus dissuasif qu’ailleurs (lien) ; le constat était atténué par la satisfaction générale des consommateurs de soins, mais il n’y a pas de raison objective de penser que la médecine est meilleure en Belgique (en 2000, l’OMS a établi un classement selon lequel « la France fournit les meilleurs soins de santé généraux, suivie notamment de l’Italie, de l’Espagne, d’Oman, de l’Autriche et du Japon » : lien). Dans le second article, il était question des prix affichés dans les supermarchés de Belgique : ils sont 10 % plus élevés que dans les pays voisins, indique le SPF Economie (lien). Il ne s’agit pas ici de calculer dans le détail ce qu’on pourrait gagner ou perdre en liquidant la Belgique, d’autant plus que la situation est complexe et (dangereusement) mouvante, mais il est permis de relever le caractère irrationnel des justifications données au maintien d’un pays soumis à des tensions communautaires permanentes.

Bien sûr, la vérité des uns n’est pas la vérité des autres, et puis le cœur a ses raisons que la raison ignore. Il est permis d’avoir un point de vue au-delà de toute logique, surtout quand il est question de sentiment, de repère identitaire. Il n’y a pas d’évidence sans une part de croyance et c’est valable pour nous, bien sûr. Mais on voudrait quand même insister, car la Wallonie avance à reculons, nous semble-t-il : quand les Wallons feront-ils le deuil de la Belgique ?

G. R.

Allocations de chômage plus confortables en Belgique ?

Qu’on se le dise, on va toucher aux allocations de chômage en Belgique. En attendant, Le Vif/L’Express publie cette semaine un intéressant dossier sur le sujet.

A vous de juger…

Une autre question à se poser serait : qu’existe-t-il après la période de chômage dans les autres Etats ?

En France, par exemple, les municipalités, les départements, les régions et l’Etat interviennent à des degrés divers auprès de celles et ceux qui sont victimes du sous-emploi. Ces aides varient en fonction des majorités qui dirigent les différents niveaux de pouvoir.

(La comparaison ne serait pas complète s’il n’était rappelé que les prix à la consommation sont en moyenne 8 % inférieurs en France : voir l’article ci-dessus.)

Histoire de petits sous

M. Didier Rabosée nous envoie cet intéressant article.

Pourquoi « cents » et non pas « centimes » ?

C’est en France, sous le Directoire (1795-1799), que le système décimal fut pour la première fois introduit dans le monnayage par des pièces d’un décime ainsi que de un et cinq centimes. Le terme « centime » y figurait clairement en toutes lettres et se maintint jusqu’à nos jours dans le langage parlé et écrit.

En Belgique, sous le régime hollandais (1815-1830), les divisionnaires du florin étaient marqués d’un « C. » et dénommés « cent » (prononcez « sènt ») comme c’est encore le cas aujourd’hui aux Pays-Bas. Après l’indépendance, selon Didier Snauwaert et Fr. Duquet, la dénomination néerlandaise « sènt » subsista en Belgique dans le quotidien de la population pour les pièces en cuivre d’un et de deux centimes, de même module que les cents hollandais. Cet usage aurait même perduré jusque dans les années 1930 (1). C’est peut-être pour cette raison que, dès 1832, les premières pièces belges en cuivre portaient l’inscription CENTdont il est difficile de dire si c’était une abréviation de « centimes » ou si l’intention était d’éviter une rupture trop brutale avec le cent hollandais accepté par la population et encore largement en circulation. Dès 1861, une petite pièce en argent portait clairement la légende « 50 centimes ». Le terme centimes s’imposa ensuite dans la langue courante jusqu’à la disparition du franc belge. Le français de France et de Belgique restaient alignés l’un sur l’autre. A noter que sur les monnaies à légende néerlandaise, apparues en 1866, figurait « CENT n »   ou « Centiemen », ce dernier terme étant utilisé dans le flamand courant de la fin du XXème siècle.

Puis vint l’euro. Officiellement, un euro est divisé en cent cents (2). Sur les monnaies, pour des raisons liées à une nécessaire uniformité entre les différents Etats de la zone euro, figure « Euro Cent ».

En France, au départ, en vertu d’un avis du Conseil supérieur de la langue française il devait se prononcer comme le nombre cent (comme « sang ») (3). Toutefois, le règlement CE sur l’introduction de l’euro (2) disposait en son deuxième considérant que « la définition du mot « cent » n’empêche pas l’utilisation de variantes dans la vie courante dans les Etats membres ». C’est pourquoi, pour favoriser l’usage commode de la monnaie, la Commission générale de terminologie et le Conseil national de la consommation, ont prescrit que le terme « centime » devait être utilisé (4). Pour sa part, le Code monétaire et financier dispose que « La monnaie de la France est l’euro. Un euro est divisé en cent centimes » (art L111-1). L’emploi du terme « centime »  fut spontané et se répandit dans la population, balayant le mot « cent » (comme sang) ou « eurocentime », un temps toléré durant la période transitoire. Dans les autres pays latins de la zone euro, le même usage prévalu : céntimo en espagnol, cèntim en catalan, cêntimo en portugais (5). En Italie, centimes se disent centesimi.

En Belgique francophone, la position de la Communauté Wallonie-Bruxelles s’aligna sur celle de la France. D’une part, un avis d’avril 1998 du Conseil supérieur de la langue française (de Belgique) sur la dénomination de la monnaie divisionnaire de l’euro disposa que le terme officiel « cent » apparaissant sur les monnaies devait se prononcer comme l’adjectif numéral cent, c’est-à-dire comme « sang ». Toutefois, poursuit le texte, « Dans la communication courante entre francophones, le Conseil supérieur de la langue française recommande d’utiliser le mot centime en lieu et place du terme cent. Ce mot est en effet connu du plus large public et pourra utilement se substituer à cent comme appellation usuelle de la centième partie de l’euro ». Il ajoute « L’avis ici rendu est conforme à la position adoptée, en France, par la Commission générale de terminologie et de néologie, et approuvée par l’Académie française » (6). En outre, une recommandation adoptée le 20 juin 2001 par ce même conseil préconisa de nouveau l’emploi du bon vieux mot centime (7). Le parallélisme franco-belge était assuré. Cependant, en Flandre, le terme cent, prononcé « sènt » s’imposa facilement : respect de l’appellation officielle et proximité linguistique évidente.

Aujourd’hui, paradoxalement, dans l’usage courant en Wallonie et à Bruxelles, l’appellation « cent » est le plus souvent préférée à « centime », et ceci contre l’usage en
France, contre notre propre usage au cours de la circulation du franc belge, contre l’avis des autorités monétaires et linguistiques tant françaises que belges francophones, contre l’usage des autres pays latins. Comment une telle trahison de notre langue est-elle possible ? Une seule explication semble s’imposer : ce nouveau belgicisme, comme tant d’autres, provient de l’influence de la langue flamande, renforcée par le caractère officiel de la légende figurant sur les pièces.

A chacun de choisir !

Didier Rabosée

Mouscron plus que jamais dans la banlieue de Lille

Le LOSC, club de football de Lille où joue encore Eden Hazard, champion de France en titre, entre dans le capital du Royal Mouscron-Peruwelz (ce club a succédé à l’Excelsior Mouscron mis en liquidation en 2009 et il est actuellement premier de la division 3 A). Le communiqué du club français, à découvrir sur son site, indique notamment que « L’optique pour le LOSC, en tant que club frontalier, de s’ouvrir au territoire belge, tant au niveau populaire que commercial, peut également s’avérer stratégique et constructive. Elle est en parfaite cohérence avec l’émergence de l’ « Eurorégion » et le développement des relations économiques transfrontalières entre la France et la Belgique. »

Pour l’intégralité du communiqué : ici.

La bonne impatience

Jean-Alexis D’Heur (Liège)

Il y a deux sortes de nationalistes flamands, les patients et les impatients.

Les patients veulent que la Flandre continue à profiter des avantages nombreux que lui apportent son emprise sur l’Etat belge et son chantage perpétuel à sa disparition auprès des belgicains affolés.

Les patients disent à leurs compatriotes que la somme de ce qui a été ainsi acquis par la Flandre et qui continuera de grossir, va s’approcher de l’indépendance et cela sans renoncer à la « lutte finale » qui est inéluctable et qui se fera au moment le plus favorable que la Flandre choisira, celui où l’Etat belge ne lui rapportera plus rien, coquille vide à jeter.

Les patients disent aux Flamands qu’en attente de cet heureux dénouement, la Flandre peut tout récolter de l’effroi panique des politiciens du Centre et du Sud de voir disparaître le régime qui les nourrit. Et puis, ajoutent-ils, pourquoi la Flandre renoncerait-elle trop vite à ses deux gouvernements de la Belgique et de la Flandre ?

Mais qui sont ces « sages » et raisonneurs patients ? Ce sont ceux qui ont mis la Flandre où elle est aujourd’hui par un combat anti-belge constant tantôt feutré tantôt bruyant mais sans jamais casser le jouet belge tellement manipulable. Ils appartiennent à la génération politique flamande qui disparaît toujours un peu plus avec le temps qui passe. Ses survivants influencent toujours moins la stratégie flamande de moins en moins dissimulatrice de ce qu’elle poursuit. Ils s’appellent et s’appelaient Van Acker, Huysmans, les deux Eyskens, Van Houte, Tindemans, Martens, De Clercq, Dehaene, Verhofstadt, … Leur temps s’achève.

Quant aux impatients, ceux de la nouvelle génération politique flamande, ils veulent tout tout de suite. Pour eux, il est temps que les Wallons cessent de vivre aux grands dépens de la Flandre travailleuse. Boulet pour la Flandre, la Wallonie l’empêche d’être la région la plus riche d’Europe. Que d’argent flamand file chez ces Wallons paresseux, gaspilleurs, ennemis de l’effort, et arrogants. Il faut s’en débarrasser au plus vite, comme aussi de cet Etat avec sa solidarité à sens unique qui coûte beaucoup à chaque contribuable flamand. Et peut-on avoir autre chose que du mépris pour des rampants bêlant leur peur de ne plus être des Belges assistés par la Flandre ?

 ***

Des battements de ses ailes espérées aérantes, le papillon rouge tente de soulager la respiration striduleuse du moribond. Y arrivera-t-il ? La Flandre décidera. Ce serait pour faire quoi ? La Flandre décidera. Il sera là pour longtemps ? La Flandre décidera. Et s’il ne l’est plus ? C’est parce que la Flandre aura décidé qu’elle ne le veut plus. Et si il présidait un des ou… le dernier gouvernement belge ? Ça, la Flandre l’a déjà décidé. Que peut faire un papillon face à un lion ? Comme les hérissons doivent faire l’amour : avec précaution. S’il se pose sur une touffe de poils léoniens, que ce soit loin de la gueule et des griffes. Et ne pas remuer, surtout !

 ***

Les rattachistes disent aux Wallons : décidez vous-mêmes pour vous-mêmes et ne laissez plus les autres décider pour vous. Qui sont ces « autres » ? Les Flamands et ceux qui, chez nous, les courtisent en quémandeurs obséquieux. Wallonnes, Wallons, décidez de sortir d’un Etat dans les mains de la Flandre aidée de sa cinquième colonne en Wallonie et à Bruxelles… Décidez que l’après-Belgique a commencé… Décidez qu’être de la France par le cœur et l’esprit exige d’en être politiquement. Décidez que vous rentrez dans votre véritable patrie. Elle vous accueillera comme la famille accueille l’enfant prodigue…

Wallonnes, Wallons, soyez dans la bonne impatience, dans celle de la France.

500 jours sans gouvernement…

En fait, ce titre est incomplet : lisez « 500 jours sans gouvernement fédéral ». Les gouvernements régionaux et communautaires continuent en effet à gérer avec plus ou moins de bonheur ce qui est de leurs compétences actuelles.

Que lisons-nous dans la presse écrite ?

Pas de gros titre à la « Une » concernant ces 500 jours, mais des titres qui en disent long. Dans « Le Soir », nous lisons : « ça bloque pour l’effort budgétaire en passant par la justice » et « les patrons flamands (le  VOKA) pourfendent la note Di Rupo ». Dans « La Libre » : «  J + 500 , ça use, ça use … » et «  les négociations patinent sur le dossier budgétaire ».

Début janvier 2011, je pariais  une bouteille de champagne avec un ami qu’il n’y aurait pas de gouvernement avant le 31 janvier 2011. La bouteille gagnée, je lui proposai de reconduire ce pari de mois en mois. Il refusa … Dommage !

Plus sérieusement, on nous annonce un gouvernement fédéral de plein exercice pour novembre, décembre ou janvier 2012. Si cela est, il aura, pour autant qu’un accident de parcours ne survienne pas, deux ans devant lui avant de repasser devant l’électeur. N’oublions toutefois pas que lorsqu’il n’y a pas d’accord sur tout, il n’y a d’accord sur rien…

Deux ans pour mettre en application les compromis engrangés tant bien que mal. Deux ans ? Pas tout à fait, car nous savons que la dernière année d’une législature (en 2014) porte en elle  la campagne électorale.

Et après les prochaines élections ? Attendez-vous à voir fleurir de nouvelles demandes de
régionalisation et un nouveau marathon institutionnel. Les gouvernements fédéraux en affaire courante ont un bel avenir au pays du surréalisme.

Cela pose quand même un gros souci au niveau de la légitimité démocratique belge. En 2007, le PS, battu dans les urnes, accédait au pouvoir pour sauver le pays. En 2010, c’était au tour du MR de subir l’échec électoral. Didier Reynders est toujours ministre des finances pour la même raison bien peu raisonnable : sauver le pays (lisez « la Belgique ») … ! Le Citoyen peut logiquement se poser la question : « à quoi bon aller voter ? ».

En fait, la crise actuelle court depuis 2007 et je ne vois pas le bout du tunnel. Il y aura toujours bien un parti flamand (hier le VLD, demain le CD&V allié à la N-VA au gouvernement flamand) pour mettre sur la table une grenade qui fera sauter le gouvernement.

Comme François Perin et bien d’autres Citoyens, je dis : « Assez ! Séparons-nous… » et négocions pacifiquement le divorce d’un Etat en phase terminale.

C’est aujourd’hui la solution de la Raison.

Paul Durieux