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Alors on danse

panda géantHormis, peut-être, deux pandas géants que le zoo d’Anvers dispute au parc animalier Pairi Daiza, près de Mons, plus personne ne semble douter de la Belgique. Alors on danse. C’est le retour d’une Belgique joyeuse. « Les Belges n’ont plus peur de leurs talents », titrait hier le journal Le Soir, sur deux pleines pages. Ce qui gonfle la voile noir-jaune-rouge, c’est l’émotion du succès. Le miroir tendu par les Diables rouges affole les Belges francophones et les médias participent activement à cet emballement collectif. Parmi « Les cinq ingrédients du ‘Belge is beautiful’ », autre titre de la rédaction du Soir, figurent notamment l’humilité et l’autodérision. Le chauvinisme, c’est bon pour les autres. Attention quand même de ne pas trop se prendre au sérieux. Pour donner plus de consistance à son propos, le journal Le Soir braque le projecteur sur les nombreux Belges francophones qui réussissent à se faire une place dans le paysage audio-visuel français. Cocorico.

Alors on danse.

Dans ce climat de douce exaltation nationale, on a presque été surpris, vendredi, de lire cette question posée à Jean Faniel, le nouveau directeur du Crisp, par le Vif/L’Express : « Le séparatisme est toujours une angoisse des francophones. Le rattachisme à la France semble être une option pour bon nombre d’entre eux. Comment expliquez-vous cette fascination pour le voisin français ? » « C’est vrai qu’on l’entend beaucoup dans les discours ou les conversations. Mais cela ne se reflète pas dans le choix électoral… », a répondu Jean Faniel. C’est toujours une bonne chose d’en parler, de l’option française, alors qu’elle est refoulée tout à la marge du discours politico-médiatique. Il faut toutefois se méfier de la façon dont les questions sont posées.

Il y a peu de francophones, en Wallonie et à Bruxelles, qui éprouvent de la « fascination pour le voisin français ». Mais il reste une évidence. La proximité de la France n’est pas seulement géographique. Les Belges francophones y sont chez eux, dans leur espace culturel, même ceux qui ont sifflé la Marseillaise avant le match amical des Diables rouges contre l’équipe de France. Pour les Wallons, la France n’est tout simplement pas un pays comme un autre. Cette culture commune, nourrie, entre autres, par des générations et des générations de Wallons, c’est un élément essentiel de notre identité. Certes, nous avons nos particularités, mais le besoin conjugué d’affirmer sa différence et d’être reconnu dans les médias français, cela en dit long sur ce qui nous attache à la France. Il n’y a pas lieu de s’étonner, si de nombreux Wallons pensent à se rapprocher de la France à mesure que l’Etat belge se défait. Ce qui est plus étonnant, c’est que l’on s’en étonne.

C.V. et M.L.« Le Belge est vraiment soluble dans la société française. Des Français m’ont déjà demandé si on se réunissait dans un café pour regarder les Diables rouges. Ben non en fait… », c’est Charline Vanhoenacker qui le dit dans La Libre, elle qui s’est fait une place @Pèèèris en se moquant de la France et des Français. Ceux-ci doivent aimer ça car ils ont aussi attiré la très piquante Myriam Leroy, selon laquelle « il existe effectivement une mode des Belges, à la limite de la condescendance inversée… mais gentille. Beaucoup de Français osent dire -et peut-être le croient-ils réellement- que les Belges ont tout compris, que Bruxelles est tellement plus belle que Paris, qu’ils ont des tonnes de leçons à recevoir de notre part. Mon avis est qu’il y a autant d’ordures ici que là-bas. Mais, pour l’instant, je ne contredis pas les Français lorsqu’ils nous complimentent. Le vent a tourné en notre faveur et il m’a portée jusqu’à cette nouvelle collaboration. Je ne cracherai donc dans aucune soupe, même sous la torture. Ce qui me paraît vrai, cependant, c’est que les Belges ont une certaine forme de fraîcheur dans leur regard sur la France. Peut-être les Français vont-ils chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent plus chez eux… »

Cocorico pour les Belges francophones, alors, mais c’est encore un jeu de miroirs où la France regarde la France. Alex Vizorek, un autre transfuge de la RTBF, ne dit pas autre chose dans Le Soir : « Les Français commencent à accepter que l’on se moque d’eux. Mais ils préfèrent que ce soit un Belge qu’un Corse qui le fasse. Comme eux nous connaissent assez mal, ce qui leur plaît et les étonne, c’est que nous  leur ressemblions et les connaissions si bien ! » Le mot de la fin pour Stéphane De Groodt, un autre chroniqueur belge à Paris, toujours cité par Le Soir : « Les Français  ont intégré le Belge comme une espèce de pièce manquante de leur puzzle culturel ! »

stromaeAllez, finalement, tout le monde est d’accord. Et puis… et puis il y a Stromae qui cartonne en France, et tous les autres. Allez, Jef, t’es pas tout seul.

Alors on danse.

Georges R.

Belgique : régime particratique plus que jamais !

L’excellent Thierry Fiorilli, Rédacteur en chef adjoint au Vif/L’Express nous informe des petits jeux de la particratie belge. Plus l’Etat belge s’évapore et plus il s’éloigne de la définition d’un Etat démocratique. Il ne reste au citoyen que l’obligation d’aller voter aux élections fédérales pour des listes mitonnées par les présidents de partis. Ensuite, l’électeur n’a plus droit au chapitre… Circulez, il n’y a rien à voir !

Patrons publics : un peu de justice salariale et pas mal de bonneteau

Le gouvernement a désigné les top- managers des entreprises publiques où le patron arrivait au terme de son mandat. Et confirmé qu’ils ne gagneront pas plus de 290 000 euros par an. Bien joué. Mais pas assez pour dissiper tous les sentiments de malaise.

Didier-Bellens-patron-de-BelgacomLa définition proposée par Wikipedia est un modèle du genre : « Le bonneteau est un jeu d’argent, de l’ordre de l’escroquerie, proposé à la sauvette sur les marchés et dans les lieux publics. Sur le même principe, mais avec des techniques de manipulation un peu différentes, on rencontre parfois des ‘jeux’ consistant à trouver une balle sous trois gobelets ou une fève sous trois coquilles. Cette forme, qui apparaît déjà dans le tableau de Jérôme Bosch, L’Escamoteur, a été reprise par la prestidigitation. Les escamoteurs du Moyen Âge employaient pour cela une petite boule de liège appelée muscade, d’où l’expression ‘passez muscade’. » On pourrait presque l’utiliser pour qualifier l’accord intervenu ce week-end sur les nominations des top-managers des cinq entreprises publiques dont les patrons actuels arrivent au terme de leur mandat : SNCB, Infrabel, Loterie nationale, Société fédérale de participation et d’investissement (SFPI) et Belgocontrol. Sans évoquer l’escroquerie (ce serait faux et calomnieux), on mentirait en ne reconnaissant pas le malaise inspiré par le vaste donnant-donnant qui a une fois de plus présidé à ces nominations, ajouté au fait qu’on y retrouve encore et toujours ce ballet des mêmes noms qui passent d’un gobelet à l’autre. En escamotant le Selor, le pourtant principal bureau de sélection de l’administration, le gouvernement a placé ses hommes à la tête des différentes entreprises publiques : le SP.A Frank Van Massenhove passe du SPF Affaires sociales à la tête de la SNCB ; le SP.A Jannie Haek est écarté du groupe SNCB mais devient patron de la Loterie nationale ; le PS Luc Lallemand reste aux commandes d’Infrabel ; l’Open-VLD Koen Van Loo garde les rênes du SFPI et le CD&V Johan Decuyper, chef de cabinet du secrétaire d’Etat à la Fonction publique (Hendrik Bogaert) dirigera Belgocontrol. Parallèlement, comme Marc Descheenmaecket (Open-VLD) est évincé de la SNCB, lui aussi, il est recasé à la tête de l’aéroport de Zaventem. Jean-Paul Servais (MR) reste, lui, patron de l’autorité de surveillance des banques (FSMA).

Crûment dit : on prend les mêmes, on les mélange et on les fait resurgir à un endroit de la table, jamais le même. Le badaud/contribuable/électeur regarde les cartes qu’on bat et rebat et assiste au grand ballet, au grand défilé, au grand chassé-croisé. Il n’y perd pas forcément sa mise (on ne lui a pas demandé de jouer) mais il a tout de même comme une impression d’être floué, dupé. Parce que, finalement, quel que soit le bilan présenté par ces « top-managers », ils sont toujours là, mais passent d’entreprise en entreprise, pour occuper pratiquement chaque fois le même fauteuil. Comme dans le secteur bancaire, où les dirigeants traversent les époques et les crises, quelles que soient leurs responsabilités.

Pareil pour l’aspect « justice salariale », comme le proclame Jean-Pascal Labille, le ministre PS des Entreprises publiques (et ex-champion du cumul des mandats d’intercommunales) : les patrons ne gagneront désormais pas plus de 290 000 euros par an. Sauf que, dans les faits, des exceptions (taille de l’entreprise, nombre de salariés, intensité de la concurrence…) leur permettront d’aller jusque 319 000 euros. Sauf aussi que Didier Bellens reste (en principe jusque mars 2015) big boss de Belgacom avec une rémunération de… 2,48 millions par an. Parce que, comme pour bpost, où Johnny Thijs empoche 1,1 million annuel, le gouvernement n’a pas voulu appliquer là la règle du salaire plafonné.

Entre les postes attribués sans passer par le Selor, la répartition satisfaisant les partis, la plus grosse part du gâteau accordée à la Flandre, la distribution des mandats aux mêmes têtes et les salaires réduits pour certains seulement et avec des dérogations en prime, il y a de quoi s’estimer spectateur d’un gigantesque jeu d’escamotage, avec les fèves pour les acteurs et les hameçons pour le public. Passez muscade, donc.

(Thierry Fiorilli, le Vif/L’Express)

« C’est le mal belge typique »

top managersDans le Soir d’aujourd’hui, Michel Legrand, le président du Gerfa (Groupe d’étude et de réforme de la fonction administrative), est interrogé sur les récentes nominations à la tête de certaines entreprises publiques. Extraits choisis :

« Les désignations respectant un équilibre politique semblent incontournables pour les entreprises publiques. Voire obligatoires…

« Le problème n’est pas l’intervention du niveau politique, le problème vient de la particratie. Dès qu’il y a un problème décisionnel au niveau politique, il devient un problème de parti. Et là, on sort du cadre démocratique, on entre dans des solutions qui aboutissent toujours à une répartition de pions, de points… Le but de l’opération échappe alors à l’intérêt public pour devenir un équilibrage politique. C’est le mal belge typique (…)

« Ça se passe différemment dans les pays voisins ?

« En France ou en Allemagne, le gouvernement décide aussi mais les choix paraissent plus évidents, font moins appel à des données politiques. En France, par exemple, il n’est pas rare que le gouvernement désigne ou confirme quelqu’un supposé être aux couleurs de l’opposition. On y est plus basé sur des critères de compétence. »

Autre remarque du président du Gerfa : « Il existe… des obligations de parité linguistique et on constate pourtant que chaque fois les francophones perdent des plumes. »

Signalons par ailleurs que le journal Le Soir a également rendu compte de la sortie du dernier livre de Jules Gheude. C’était mercredi passé. Voici l’article de David Coppi (cliquer sur l’image pour l’agrandir) :Jules Gheude, Le Soir

Pierre Hazette à propos du livre « Lettre à un ami français »

Le 19 juin, nous vous annoncions la sortie du livre de Jules Gheude « Lettre à un ami français ». Aujourd’hui, Pierre Hazette nous confie ce qu’il pense de cet ouvrage.

pierre hazette« 2014 est une année électorale importante pour la Belgique qui renouvellera ses parlements régionaux, la Chambre des Représentants et sa délégation au parlement européen. S’il ne fallait lire qu’un livre pour mesurer la portée du scrutin, je recommanderais de se fixer sur La lettre à un ami français de Jules Gheude. Avec un louable souci du détail, de la citation précise et de l’analyse, l’auteur passe en revue les déclarations des leaders d’opinion en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles. Il apparaît clairement que ce que veulent les Flamands, VB, N-VA, CD&V, Open VLD, hormis Verhofstadt, va dans le sens du séparatisme. Seul le rythme de l’opération de déchirure les distingue encore : certains sont plus pressés que d’autres. Certains se contenteront, dans un premier temps, du confédéralisme; les autres les presseront, avec l’appui populaire, d’en finir avec la Belgique. En face d’eux, les Wallons et les Bruxellois font semblant de croire encore et toujours soit au statu quo, soit à une Fédération Wallonie-Bruxelles qui monterait en puissance, soit à deux entités indépendantes. En d’autres termes, les francophones de Belgique ne savent pas ce qui va leur arriver. Ils n’ont qu’une certitude : ils vont devoir diminuer leur train de vie dès 2022, au plus tard. Cette certitude s’appliquera à tous les domaines de leur vie en commun et à leurs revenus propres. Jules Gheude, fidèle disciple de François Perin, ne voit qu’une solution : un rapprochement progressif avec la France, notre patrie culturelle et linguistique, mais aussi un partenaire qui nous permettra de réaliser des économies d’échelle, moins douloureuses et plus riches d’avenir. »

Comment les médias nous trompent

Elio-Di-RupoSous le titre « La cote du gouvernement Di Rupo au plus haut », le « Vif », comme d’autres organes de presse, trompe ses lecteurs et ment effrontément. Il nous dit en sous-titre « Elio Di Rupo (PS) a la cote, avec une majorité des citoyens des trois régions du pays qui souhaitent un gouvernement Di Rupo bis » (lien).

Or, voici comment l’information est détaillée:

« Le gouvernement d’Elio Di Rupo n’a jamais été aussi populaire, dixit les journaux Le Soir et De Morgen, qui reprennent les données d’un sondage Ipsos réalisé pour RTL, Le Soir, De Morgen et VTM.

« Ainsi, la coalition des six partis obtient le score de 5,6 sur 10, contre 4,9/10 au début, le Premier ministre obtenant même aujourd’hui la note de 5,9/10, des cotes qui sont positives dans les trois Régions du pays.

« Ainsi, 53 pc des Belges souhaitent, si le résultat des élections le permet, qu’Elio Di Rupo rempile pour un second mandat de Premier ministre. Les résultats varient toutefois du nord au sud, avec 71 pc des Bruxellois favorables à un gouvernement Di Rupo bis, contre 73 pc des Wallons et seulement 38 pc des Flamands.

« Le sondage a été réalisé auprès de 2.634 personnes entre le 16 et le 25 août 2013. »

A quelques mois de la mère de toutes les élections, j’ai rarement vu les médias se moquer à ce point de leurs lecteurs. En réalité, ce sondage montre une fois de plus le fossé qui ne cesse de se creuser entre les régions belges et ce ne n’est pas l’interview que donne le coach de l’équipe belge de football au journaliste du Vif qui y changera quelque chose. Wilmots a beau confondre politique et sport, ce n’est pas lui qui changera le vote du citoyen flamand.

La réalité du sondage montre que 62 pc des Flamands s’opposent à un gouvernement Di Rupo bis. Faut-il rappeler que ceux-ci sont la majorité dans ce pays  surréaliste appelé à disparaître et qui se nomme « Belgique » ?

Paul D.

Syrie : « les attaques chimiques sont un coup monté »

Voici une interview qui doit faire réfléchir nos dirigeants et les citoyens que nous sommes. Elle émane de Haytham Manna, responsable laïc du plus important mouvement d’opposition non armée au régime de Bassar al Achad.

Nous n’oublions pas le discours exemplaire de Dominique de Villepin aux Nations-Unies qui se démarquait des Etats-Unis de Georges W. Bush en refusant d’engager la France dans la guerre d’Irak. Il serait bon que Laurent Fabius s’inspire de cet exemple.

Paul D.

Lu sur le site du « Vif » (lien) :

Haytham-MannaEn exil depuis 35 ans en France, l’opposant Haytham Manna, responsable à l’étranger du Comité de Coordination nationale pour le changement démocratique (opposition syrienne non armée), s’oppose avec force à toute intervention étrangère contre son pays. 

L’utilisation d’armes chimiques en Syrie pourrait amener les Occidentaux à « punir » le régime. Qu’en pensez-vous ?

HAYTHAM MANNA : Je suis totalement contre, tout comme la coordination que je dirige. Cela ne fera que renforcer le régime. Ensuite, une intervention risque d’attiser encore plus la violence, d’ajouter de la destruction à la destruction et de démanteler un peu plus la capacité de dialogue politique. Le régime est le premier responsable car il a choisi l’option militaro-sécuritaire. Mais comment peut-on parler de guerre contre le terrorisme et donner un coup de main à des extrémistes affiliés à Al Qaeda ?

Les Occidentaux choisissent la mauvaise option, selon vous ?

Depuis le début, c’est une succession d’erreurs politiques. Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont poussé les parties à se radicaliser. Ils n’ont pas empêché le départ de djihadistes vers la Syrie et ont attendu très longtemps avant d’évoquer ce phénomène. Où est la démocratie dans tout ce projet qui vise la destruction de la Syrie ? Et pensez-vous que ce soit la morale qui les guide ? Lors du massacre d’Halabja [commis par les forces de Saddam Hussein en 1988], ils ont fermé les yeux. Je m’étonne aussi de voir que les victimes d’armes chimiques sont bien davantage prises en considération que les 100 000 morts qu’on a déjà dénombrés depuis le début du conflit.

Qui est responsable du dernier massacre à l’arme chimique ?

Je n’ai pas encore de certitude mais nos informations ne concordent pas avec celles du président Hollande. On parle de milliers de victimes, alors que nous disposons d’une liste de moins de 500 noms. On est donc dans la propagande, la guerre psychologique, et certainement pas dans la vérité. Ensuite, les armes chimiques utilisées étaient artisanales. Vous pensez vraiment que l’armée loyaliste, surmilitarisée, a besoin de cela ? Enfin, des vidéos et des photos ont été mises sur Internet avant le début des attaques. Or ce matériel sert de preuve pour les Américains !

Pensez-vous qu’une partie au conflit a voulu provoquer les Occidentaux à intervenir ?

C’est un coup monté. On sait que les armes chimiques ont déjà été utilisées par Al Qaeda. Or l’Armée syrienne libre et les groupes liés à Al Qaeda mènent en commun 80% de leurs opérations au nord. Il y a un mois, Ahmad Jarba [qui coordonne l’opposition armée] prétendait qu’il allait changer le rapport de forces sur le terrain. Or c’est l’inverse qui s’est produit, l’armée loyaliste a repris du terrain. Seule une intervention directe pourrait donc aider les rebelles à s’en sortir… Alors, attendons. Si c’est Al Qaeda le responsable, il faudra le dire haut et fort. Si c’est le régime, il faudra obtenir une résolution à l’ONU. Et ne pas laisser deux ou trois payer fédérer leurs amis, pas tous recommandables d’ailleurs.

Entre Occidentaux et Russes, quelle position vous semble la plus cohérente ?

Les Russes sont les plus cohérents car ils travaillent sérieusement pour les négociations de Genève 2 [sensées mettre autour d’une même table le régime et les opposants]. Les Américains ont triché. Deux ou trois fois, ils se sont retirés, au moment où s’opérait un rapprochement.

Une solution politique est-elle encore possible ?

Tout est possible mais cela dépendra surtout des Américains. Les Français se contentent de suivre. Une solution politique est la seule qui permettra de sauver la Syrie. Mais l’opposition armée ne parvient pas à se mettre d’accord sur une délégation.

Que deviendra Bachar al Assad?

Il ne va pas rester. Si les négociations aboutissent, elles mèneront de facto à un régime parlementaire. Si du moins on accepte de respecter le texte de base de Genève 2 qui est le meilleur texte, avec par-dessus un compromis international. Mais laissez-moi dire ceci : quand on parle de massacrer des minorités, et que le président fait partie d’une minorité, comment peut-on lui demander de se retirer ou ne pas se retirer ? Aujourd’hui, la politique occidentale a renforcé sa position de défenseur de l’unité syrienne et des minorités. Cela dit, personne ne pourra revendiquer de victoire : la violence est devenue tellement aveugle qu’il faudrait vraiment un front élargi de l’opposition et du régime pour en venir à bout.

Affirmer notre identité… française

Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique et coordinateur des travaux du Gewif (Groupe d’Études pour la Wallonie intégrée à la France)

jules gheude 4Une fois de plus, les Fêtes de Wallonie ont fourni l’occasion de rouvrir le débat sur l’identité wallonne.

Cette année, Rudy Demotte, le ministre-président wallon, a lancé le concept de “nationalisme wallon”, lequel, à l’inverse du flamand, serait “positif”.

Dans “nationalisme”, on trouve “nation”. C’est ainsi que la Flandre se considère aujourd’hui, comme le précise le préambule de la Charte adoptée il y a deux ans par un Parlement flamand unanime.

Un atlas historique permet de constater que la Flandre figure sur les cartes depuis le Xe siècle, tout comme l’Ecosse, dont on sait le rôle important qu’elle joua en tant que royaume. Ces deux entités ont toujours développé un profond sentiment d’identité, qui explique qu’elles se retrouvent aujourd’hui à la pointe du combat nationaliste. 2014 verra l’organisation du référendum écossais sur l’indépendance, tandis que la N-VA et le Vlaams Belang pourraient rafler la majorité des sièges flamands à la Chambre, à l’issue des élections législatives du 25 mai.

Cette assise historique fait défaut en ce qui concerne la Wallonie, dont le mot n’apparut qu’à la moitié du XIXe siècle. Jusque-là, l’histoire parlait des Flamands et des Ecossais, pas des Wallons.

Les vicissitudes de l’Histoire ont tenu ces derniers en dehors des frontières politiques de la France (hormis durant la période 1792-1815), alors que depuis le XIIIe siècle, ils avaient adopté spontanément le français et s’étaient placés, avec une fidélité jamais démentie, dans l’orbite intellectuelle et culturelle de Paris.

Pourquoi, dès lors, s’esquinter aujourd’hui à forger une identité qui existe ? Elle est française, tout simplement. Ceci sans méconnaître ou mépriser les particularités locales et les aspects dialectaux, qui caractérisent aussi chaque région de France et ne sont aucunement brimés.

On dénombre chez nous, outre le picard et le gaumais, trois variétés de wallon. Mais ces dialectes, éminemment respectables, ne permettent pas la compréhension mutuelle. Le véritable tronc commun reste la langue française, qui fut d’ailleurs l’unique véhicule d’expression du Mouvement wallon, depuis le Congrès de 1905 jusqu’au Mouvement populaire wallon de 1961, dont le fondateur, André Renard, reconnaissait que “notre cœur reste attaché à la France […], le grand flambeau, […] la grande lumière de culture”.

Le sentiment d’appartenance ne se décrète pas. Il s’entérine.

En 1992, la présidence du gouvernement wallon, confiée à Guy Spitaels, fit paraître dans les quotidiens une pleine page présentant 17 figures de Wallonie, parmi lesquelles plusieurs artistes. Il s’agissait de souligner “la volonté de plus en plus forte d’affirmer notre identité”.

La démarche irrita l’artiste liégeois Patrick Corillon : “N’y aurait-il pas dérive nationaliste ? La récupération d’artistes à des fins politiques est aussi néfaste pour les artistes qui s’y voient réduits, que pour les hommes politiques qui outrepassent leur crédit et discréditent leur action”.

La Wallonie peut certes s’enorgueillir d’un patrimoine culturel et artistique foisonnant. Mais n’est-ce pas Paris qui fit la gloire de Grétry, de Franck, de Rops, de Simenon ou de Michaux, lequel opta d’ailleurs pour la nationalité française ? N’est-ce pas la France qui contribue massivement aujourd’hui à la promotion de nos artistes et créateurs ?

Alors que la scission de la Belgique apparaît de plus en plus inéluctable, les propos de Rudy Demotte sont particulièrement malheureux.

On sait qu’un Etat wallon indépendant ne serait financièrement pas viable et verrait ses prestations sociales diminuer de 10 à 15 %. On sait aussi qu’une majorité des Bruxellois n’est pas favorable à une association avec la Wallonie.

Mais il reste la France, dont nous avons été arrachés par les hasards de l’Histoire mais dont nous sommes si proches, tant sur le plan de la langue et de la culture qu’au niveau des valeurs essentielles. Comme l’indiquent divers sondages, elle serait prête, à 60 % de sa population (75 % dans les régions frontalières), à nous accueillir. Et il y a aussi ce sondage “Le Soir – La Voix du Nord” de 2008, qui révélait qu’un Wallon sur deux opterait pour la France en cas d’éclatement de la Belgique.

Tomber dans la dérive nationaliste c’est rendre le plus mauvais service à la population wallonne. Ce n’est pas l’identité wallonne qu’il convient d’affirmer, mais bien notre identité française !

Imbroglio wallon et charte constitutionnelle flamande

Rudy Demotte, fêtes de WallonieRudy Demotte, président wallon et président de la fédération Wallonie-Bruxelles a suscité bon nombre de réactions en évoquant mardi dernier, en marge de la présentation à la presse des Fêtes de Wallonie, un nationalisme wallon positif qui consoliderait la Belgique, à l’inverse du nationalisme flamand, « venin » pour le pays (lisez pour la Belgique). La réaction la plus virulente est venue du n° 2 socialiste du gouvernement wallon, Jean-Claude Marcourt, qui préfère l’idée d’un patriotisme wallon, « un patriotisme économique » qui serait la « fierté de bien faire les choses ». Ceci ressemble comme deux gouttes d’eau au fameux « Ce que fait la Flandre, la Flandre le fait mieux ». Marcourt continuait son interview au micro de Bel RTL en confirmant que son ambition était d’être tête de liste aux prochaines élections régionales à Liège. De son côté, José Happart se réjouissait des propos de Rudy Demotte qui avait tout compris : « Si on se dit nationaliste dans le sens où l’on souhaite présider à son propre destin, gagner son droit à l’autodétermination, je trouve cela positif… Bart de Wever n’est pas le mauvais, c’est d’abord un autonomiste, comme moi. Pour moi, l’évolution inévitable de la Belgique, c’est la dissolution. »

Que tirer de tout cela… Des effets d’annonce, des slogans, un positionnement politicien à 9 mois de la mère de toutes les élections, un imbroglio, aucun projet précis pour la Wallonie.

Quand donc nos politiciens comprendront-ils que la population wallonne attend tout autre chose d’eux (voir les résultats de l’enquête d’opinion du groupe « Sud Presse »). Leur attitude tranche avec celle des membres du gouvernement flamand qui eux, ont travaillé sérieusement à une charte constitutionnelle pour la Flandre. Lors de la présentation de celle-ci à la presse par le président flamand Kris Peeters (CD&V), point de fausse note. SPa, N-VA, CD&V ont parlé d’une voix. Cette charte reste aujourd’hui plus que jamais la ligne d’horizon de l’ensemble des partis flamands.

Cette charte a été révélée à la presse en mai 2012. A l’époque, nous l’avions mise en ligne. Je pense qu’il est utile de rappeler ce que nous disions et les liens que nous établissions.

Paul D.

Une charte constitutionnelle pour la Flandre

Le gouvernement flamand a peaufiné son projet de charte pour la Flandre. Info principale : Le mot « nation » figure en préambule de la charte, mais le texte ne se veut pas une véritable Constitution ni une déclaration d’indépendance, selon ses rédacteurs. Fallait-il le préciser ?

Lire ici l’article du Vif/L’Express et celui du Soir.

Pour aller plus loin : l’avis de Christian Behrendt dans  L’Avenir et celui de Marcel Sel sur son blog.

A FAIRE SUIVRE SANS MODERATION. L’INFORMATION A SES DROITS. MERCI !

Philippe, nouveau souverain d’une Belgique en crise d’identité

De retour de vacances, je découvre ce regard aiguisé de Jean-Pierre Stroobants, correspondant du quotidien « Le Monde » à Bruxelles, quant à l’accession au trône de Philippe de Belgique. (Paul D.)

Philippe de BelgiquePhilippe de Belgique est devenu officiellement  le septième roi des Belges en prêtant le serment constitutionnel devant le Parlement, une heure et demie après l’abdication de son père, le roi Albert II. « Je jure d’observer la Constitution et les lois du peuple belge, de maintenir l’indépendance nationale et l’intégrité du territoire », a solennellement déclaré Philippe en néerlandais, français et allemand, les trois langues nationales, devenant officiellement à 53 ans le nouveau chef de l’Etat.

Depuis l’annonce de l’abdication du roi Albert II, le 3 juillet, deux questions sont posées un peu partout en Belgique. Son fils aîné, Philippe, est-il capable d’assumer la fonction de chef d’Etat ? Et quel genre de roi sera-t-il ? En clair, comment cet héritier âgé de 53 ans parviendra-t-il à assurer simultanément l’avenir de la dynastie des Saxe-Cobourg, mise à mal par diverses péripéties récentes, et celui d’un pays à l’unité tellement fragile ? Rien n’indique, en tout cas, que la nation belge sera, après les législatives de mai 2014, préservée d’une nouvelle crise de grande ampleur : en Flandre, le national-populisme incarné par le parti indépendantiste de Bart De Wever, le chef de l’Alliance néo-flamande (N-VA), conserve toute sa vigueur.

Ni faste démesuré, ni défilé des têtes couronnées : comme le veut la tradition, Philippe, septième roi des Belges, prêtera serment devant les Chambres – députés et sénateurs – réunies dimanche 21 juillet, jour de la fête nationale. Une cérémonie sobre, en harmonie avec le tempérament tout en retenue du nouveau roi. Un homme timide, réputé peu empathique et parfois maladroit, guère à l’aise avec les médias.

Il attendait, plus que d’autres, cette abdication paternelle, lui qui crut déjà monter sur le trône en 1993, après la mort de son oncle, Baudouin Ier. Mais il fut obligé d’attendre, meurtri d’être parfois présenté comme « le pire héritier d’Europe ». Alors qu’Albert II révélait progressivement qu’il n’entendait pas être un simple souverain de transition, il aurait même souffert de ce qu’un ancien conseiller du palais de Laeken appelle « une véritable crise d’identité ».

Sous le règne de son père, décrit au début comme « le roi par hasard », le prince héritier avait souvent fait connaître son refus d’être un éternel prétendant, façon Charles d’Angleterre. Il voulait, il pouvait, assumer la plus haute fonction et devenir « le guide et le conciliateur » d’un pays tiraillé. Il se sentait capable d’assumer, comme il le disait, sa « mission », un terme qui, pour certains observateurs, renvoyait surtout à ses convictions ultra-catholiques et aux conceptions de son oncle Baudouin et de son grand-père Léopold III, peu enclins à s’accommoder du corset étroit imposé par les règles de la monarchie constitutionnelle qui veut que chef de l’Etat belge « règne mais ne gouverne pas ».

Pour l’immense majorité des Belges, son père, Albert II, qui aura gouverné pendant vingt ans avant de s’avouer épuisé et malade, est un homme débonnaire et bon vivant. Mais, surtout, une sorte de sauveur qui aura évité l’éclatement du pays en s’élevant au-dessus des divergences politiques, linguistiques et religieuses. Pour Philippe, en revanche, ce père longtemps absent et qui, une fois devenu roi, l’aura longtemps tenu à l’écart de la vie de l’Etat, aura surtout été l’obstacle à l’accomplissement d’une ambition longuement mûrie, cultivée par un entourage conservateur.

RAGOTS

Fuyant micros et caméras, le prince héritier a, en outre, dû affronter des ragots et des rumeurs d’autant plus persistants que le palais de Laeken s’est longtemps fait une règle de ne répondre ni aux questions, ni aux critiques, ni aux pires insinuations. Des auteurs ont évoqué ses tentations homosexuelles, son « autisme » ou son absence de vie conjugale, expliquant sa quadruple paternité par un recours aux techniques de procréation assistée… D’autres n’ont pas hésité à décrire ses « limites intellectuelles » ou, du moins, ses « problèmes de communication ».

Même « scandaleusement faux », selon un grand patron qui se vante d’être un intime du palais, ces propos ont marqué les esprits, renforçant les doutes sur les aptitudes du prince héritier. Des deux côtés de la « frontière » linguistique, certains ne cachent pas leur scepticisme, même si l’opinion publique semble accorder le bénéfice du doute à l’héritier du trône. En Flandre, la moitié seulement de la population se dit favorable à l’arrivée du nouveau roi. Et, dans toutes les régions, une majorité aurait préféré qu’Albert II n’abdique pas.

C’était aussi le cas des six partis – et surtout des trois francophones – qui composent la majorité fédérale du premier ministre, le socialiste wallon Elio Di Rupo. Ils ont fait pression sur le roi pour qu’il reste en place au moins jusqu’en 2014, espérant qu’il rejouerait son rôle de médiateur… et de meilleur adversaire de M. De Wever. Le chef de la N-VA avait fait un pronostic : qu’on lui donne un Wallon comme premier ministre, le prince Philippe comme roi, et son projet indépendantiste s’en trouverait grandement facilité… Il aura bientôt les deux et il table déjà sur le fait que l’état de grâce du nouveau roi ne durera que quelques semaines. Pas assez, assure-t-il, pour entamer sa popularité et celle de sa formation, créditée de 30 % à 40 % des suffrages en Flandre.

« L’AVENIR DU PAYS »

Soucieux de ne pas tenter un dangereux quitte ou double, les autres partis néerlandophones (chrétien démocrate, socialiste et libéral), qui soutiennent Elio Di Rupo, ont renoncé à modifier les pouvoirs du roi, qu’ils voulaient pourtant réduire à un rôle purement protocolaire. La Liste civile (les moyens alloués par l’Etat au monarque) a été réduite, et les dotations à la famille royale limitées, histoire de calmer le choc causé par des tentatives d’évasion fiscale orchestrées par la reine Fabiola, la veuve de Baudouin. Pour le reste, la majorité a décidé de renvoyer à plus tard une réforme censée notamment limiter l’intervention du chef de l’Etat dans la formation du gouvernement fédéral. Un député écologiste, Marcel Cheron, résume au mieux le débat actuel : « La question n’est pas celle du maintien, ou non, de la monarchie. Derrière tout cela, il y l’avenir du pays. »

« Les francophones ont intérêt à ce que la Belgique subsiste pour des raisons financières. Et, pour subsister elle aussi, la famille royale a besoin de rester au centre du jeu », renchérit Philippe Moureaux, ancien ministre et ex-numéro 2 du PS francophone.

Davantage qu’un roi désiré, Philippe sera donc surtout un roi nécessaire. Comme ses prédécesseurs, il tirera surtout sa légitimité de la sympathie populaire, explique l’historien Vincent Dujardin. Et, pour la conquérir, il pourra au moins compter sur son épouse, Mathilde d’Udekem d’Acoz : depuis son mariage en 1999, cette jeune aristocrate, ambitieuse et élégante, est devenue le meilleur « coach » du futur roi et le meilleur atout d’un palais qui en manquait cruellement.

Jean-Pierre Stroobants

Les partis politiques s’attribuent 8 millions d’euros supplémentaires

Parlement belgeA lire sur le site du Vif/L’Express : Les partis politiques se sont attribués 8,1 millions d’euros de plus grâce à la nouvelle loi sur le financement des partis.

A l’heure où une grande majorité de citoyens veulent que les  partis politiques de pouvoir tendent vers plus d’éthique et cessent de pratiquer un clientélisme effréné, l’information que nous donnent les quotidiens flamands « De Standaard » et « Het Nieuwsblad » a de quoi surprendre sinon révulser la population.

Cette décision ne fera que creuser un peu plus le fossé qui existe entre  grands partis et partis émergents quant aux moyens donnés à ces derniers pour communiquer avec l’ électeur. Qui dit élargissement de ce fossé dit aussi réduction de la démocratie.