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Combien de temps ça va durer ?

KaaFaut-il être iconoclaste pour ne pas croire aux idoles nationales ? Un peu rabat-joie pour ne pas céder à l’exaltation du « génie belge » ? Quand on habite un pays qui ressemble à Stromae : sympa, talentueux, métissé, polyglotte, ouvert sur le monde et donc merveilleusement belge, on n’est pas loin du paradis. Mystification passagère ou naissance réelle d’un « homo belgicus » qui préfigure l’humanité joyeuse de demain ? Le noir-jaune-rouge annonce-t-il des lendemains qui chantent ? Combinaison réussie du nationalisme et du politiquement correct ? Feu de paille allumé par un régime aux abois ? Dynamique nouvelle ?

Trop tôt pour le dire. On juge une politique sur ses résultats. Et ce qui se passe actuellement relève incontestablement de la politique, sans contradiction ni débat. Rien qu’une mise en condition de l’opinion. L’offensive médiatique, à la faveur de succès plus ou moins remarquables auxquels d’autres pays sont habitués, verse dans la propagande et le populisme, mais nul ne se risque à le dénoncer car, une fois que la machine s’emballe, il vaut mieux souffler dans le sens du vent. Après la couverture et l’espèce de publi-reportage du Nouvel Obs qui, pour le seul marché belge, s’est enflammé pour « le génie des Belges », après une overdose de noir-jaune-rouge dans la presse quotidienne, après la télé, la radio et les collègues de bureau, voilà que Le Vif/L’Express entonne à son tour l’hymne à la mode en Belgique francophone : « Belgium is beautiful ».

L’argument, toujours le même : « Et si les Diables rouges… étaient le reflet d’une nouvelle Belgique qui se lève, décomplexée, sûre de ses qualités et prête à conquérir le monde ? » De quoi nourrir un « Belgium dream » qui justifie à lui seul tous les superlatifs, car le nationalisme est là qui menace : « De Destrée à De Wever, un même credo », titre ainsi Le Vif/L’Express, après avoir publié, voici quelques semaines, un dossier à charge contre les « nationalistes wallingants ». Le noir-jaune-rouge dégage une autre impression, cela va de soi. Le succès des Diables rouges n’est pas dû au hasard, décode le magazine, « il a été voulu et construit, dans un secteur hautement concurrentiel, qui exige une discipline de fer –individuelle et collective-, un encadrement archi-professionnel (s’agissant de l’Union belge de football, cela prête à sourire)… «  Bref, ce succès est celui du « modèle belge qui vaut de l’or ». Stupéfiant. Gageons que Di Rupo n’oserait pas aller si loin dans la récupération politique, mais puisque c’est un magazine d’information qui le dit…

« Le Belge : un Français qui ne râle pas, un Néerlandais qui n’est pas arrogant et un Allemand qui n’est pas rigide. » Ben oui, c’est tout simple après tout. Le Belge est meilleur parce qu’il est belge, telle est la leçon du Vif/L’Express qui accusait précédemment Robert Collignon d’avoir voulu « mettre la Wallonie dans la tête des Wallons » quand il occupait la fonction de ministre-président de la Région wallonne. Avec la Belgique, on touche à l’universel, c’est quand même autre chose. Il est vrai que les Wallons ne sont rien sans la Belgique. Ils sont des Belges qui vivent en Wallonie, cela doit suffire à leur fierté. Mais des Belges incomplets s’ils ne parlent pas le flamand, car le vrai Belge est au moins bilingue. Cette leçon-là, c’est Stromae qui nous l’a donnée. C’était sa façon à lui de fêter la Communauté française de Belgique. On applaudit.

Cette déferlante de messages allant dans le même sens, cet enthousiasme populaire, cet optimisme retrouvé, c’est donc la vérité d’aujourd’hui. Peut-être avons-nous tort de penser autrement. Peut-être est-il faux de penser que la Wallonie a besoin de s’affirmer pour se donner un avenir. La Belgique EST son avenir, punt aan de lijn. La Belgique est indispensable à l’Europe et au monde, il y a même des Français pour le claironner dans nos oreilles. Arrêtons d’agiter les démons communautaires. Il n’est pas sûr que la Flandre envisage encore d’assécher la Wallonie et, de toute façon, puisqu’elle est majoritaire et plus riche, il lui revient de peser davantage en Belgique. Pour l’économie wallonne, il suffit de regarder comment fait la Flandre. Ne mélangeons pas tout. Belge un jour, Belge toujours. Quand il s’agit de son pays, penser le divorce est criminel. Bien sûr, ensemble avec les Flamands, on peut se rapprocher des Pays-Bas. C’est un peu la vocation de la Belgique, après tout. Tant pis  si les révolutionnaires de 1830 voyaient les choses autrement. Nous sommes en 2013. Ce qui importe à présent, c’est de montrer l’exemple à l’Europe. Une confédération belgo-hollandaise, avec une armée commune, un championnat de foot commun, c’est peut-être un bon plan pour les Wallons du XXIe siècle.

La France, elle doit seulement nous servir de faire-valoir. Car les Français ne sont pas comme nous. Ils sont mal dans leur peau, mal dans leur pays sclérosé. Peut-être avons-nous tort d’imaginer de nouvelles formes de collaboration avec la France. Il y en a déjà trop sur le plan culturel. Fort heureusement, les choses bougent. « La RTBF et la Communauté française veulent créer une industrie de la fiction télé chez nous… Comme ailleurs, l’enjeu est économique mais surtout identitaire. » C’était dans Le Soir de mercredi, avec l’explication suivante : « C’est ce que l’on pourrait considérer comme un effet… de la mondialisation : plus on nous montre sur tous les écrans du monde la même chose, plus le public ressent la production locale comme une affirmation et une reconnaissance de son identité et les plébiscite. Les cas de la Flandre, de la Scandinavie, d’Israël, du Québec sont les exemples les plus marquants d’une industrie des médias au service d’une identité minoritaire culturellement et linguistiquement. » Ce sont les Wallons qui sont minoritaires en Belgique, pas les Flamands. Mais sans doute qu’on a mal compris. C’est l’identité belge qu’il faut entretenir auprès du public belge francophone (ben oui, nous ne sommes pas français). D’ailleurs, la RTBF a déjà réalisé une série (A tort ou à raison) qui pourrait lui servir de modèle. L’action se passe à Bruxelles. Avec Stromae, pourquoi ne pas suggérer de produire une série « made in Belgium »  complètement bilingue, authentiquement belge ? Après tout, c’est très tendance en Communauté française de Belgique, à Liège aussi.

Combien de temps ça va durer ?

On espérait un débat ouvert sur l’avenir de la Wallonie et, à la place, on a une condamnation sans appel du Mouvement wallon, quelque chose qui ressemble à une chasse aux sorcières, à une révolution nationale engagée au nom des plus hautes valeurs morales. Il faut bien montrer aux électeurs flamands que la chasse aux démons communautaires est ouverte en Wallonie aussi. Dans un esprit de réconciliation nationale, on devrait peut-être oublier ce qui nous a divisés. Peut-être oublier la réalité. Croire et communier.

Combien de temps ça peut durer ?

Georges R.

Rencontres CNRS jeunes

Lors d’une conférence-débat que l’ A.W.F. organisait le samedi 15 juin au Château Mondron à Jumet, j’eus le loisir de développer tout ce que nous avions dès maintenant de commun avec la France. A la fin de son exposé, M. Robert Collignon enchaîna dans la même direction en insistant sur la chance qu’avaient les Wallons d’avoir un joyau dont ils ne semblaient guère se soucier : la langue française, seule langue avec l’anglais à être présente sur tous les continents. Nous pouvons imaginer, avec le réalisme qui les caractérise, de ce que feraient nos voisins flamands d’un tel trésor ajoutait l’ancien Président du parlement wallon.

Faire partie de la francophonie n’est pas rien et nous voudrions que ce caractère soit développé aussi bien qu’il l’est par les 54 Etats anglophones unis dans le Commonwealth pour défendre leurs intérêts communs.

A l’heure où, en France-même, certains voudraient imposer l’anglais comme langue scientifique, j’ai été agréablement surpris de constater que l’école d’une de mes filles qui est en dernière année du secondaire (Lycée Léonie de Waha) allait participer aux « 23èmes Rencontres Sciences et Citoyens » organisées par le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) du 18 au 20 octobre 2013 sur le site du technopole du Futuroscope de Poitiers. Le programme proposé aux étudiants est riche tant par les thèmes abordés que par les noms des scientifiques qui animeront les ateliers-débats. Pas moins de 500 étudiants européens participeront à ces journées. Je n’ai qu’un regret : que cette activité soit réservée aux seuls étudiants européens. Il eut été beau de voir des écoles tous les Etats de la francophonie invités à ces 23èmes rencontres, mais j’ai conscience de la difficulté organisationnelle d’un tel rassemblement.

Je ne puis que vous inviter à rendre visite au site du CNRS qui vous dit tout sur ces « 23ème Rencontres Sciences et Citoyens ». Je pense que vous en apprendrez aussi beaucoup sur cette institution qu’est le CNRS.

Paul D.

Dernier sondage en Flandre

Ce sondage a été commandé par le quotidien « De Standaard » et la « VRT ». Il donne les intentions de votes suivantes :

N-VA                         CD&V               Open-VLD                   Vlaams Belang

28 %                            19 %                    13,8 %                           10,6 %

SPa                               Groen                           PTB

13,4 %                            10 %                             3,9 %

La presse francophone voudrait nous faire croire à un effet « Diables rouges – Roi Philippe – Prix Nobel de physique » parce que la N-VA descend à son score historique des dernières élections fédérales.

Or que pouvons-nous observer ?

1. Une porosité des intentions de vote entre les 4 partis de droite et d’extrême droite.

2. La N-VA qui descend pendant que le CD&V et l’Open-VLD remontent et que le VB est stable.

3. Un score de 71,4 % pour ces quatre partis qui ont en commun de vouloir un Etat confédéral et une 7ème réforme de l’Etat. Retirons les 10,6 % du V.B. avec qui les trois autres partis de droite ne veulent pas gouverner, il n’en reste pas moins 60,8 % des intentions de votes qui vont à des partis qui veulent imposer aux Wallons et aux Bruxellois leur imbuvable mixture d’un confédéralisme où la Flandre aurait la main sur toutes les manettes.

4. Les excellentes relations qui existent entre Kris Peeters, Bart De Wever et Alexander De Croo.

5. La même porosité existe à gauche entre le SPa et Groen. Ensemble, ils recueillent 23,4 % des intentions de vote. Lorsque l’un monte, l’autre descend.

6. Pour la petite histoire, le P.T.B. arrive à 3,9 % et n’atteint pas le seuil des 5 %. De toute façon, ce parti belgicain n’a pas pour vocation de gouverner.

Nous sommes loin des entreprises de communication d’Elio, le roi de la mise en scène,  dont on entend parler chaque jour dans les médias « francophones ».

Ce sondage n’empêche pourtant pas le journaliste Thierry Fiorelli de trouver que la Belgique est un Etat FORMIDABLE. Humour, surréalisme, méthode Coué… Allez savoir…!

Paul D.

Mercatique belgicaine quand tu nous tiens

MERCATIQUE* BELGICAINE QUAND TU NOUS TIENS

ADNQuand il s’agit de promouvoir un nouvel album du Chat, Philippe Geluck sait faire l’âne pour avoir du foin. Ainsi, à l’émission Mise au point de la RTBF de ce dimanche, vient-il de déclarer que les victoires des Diables Rouges** font « ressortir notre ADN commun » à nous Belges. Ah ! Marc Wilmots**, sauve-nous ! Di Rupo, toi le roi de la com’, mets-y le paquet : apprends donc la samba au roi Philippe ! Tu la danseras avec lui à Rio, quand nos valeureux guerriers recevront la Coupe du Monde. Tu remettras ça sur le tarmac de Zaventem. Et les Belges sortiront du tombeau.

Hier soir, j’ai assisté au nouveau Théâtre de Liège à la pièce qui l’inaugure : Roméo et Juliette de William Shakespeare. Version bilingue, grande innovation dans le goût patriotique : les Montaigu parlent français, les Capulet flamand. Et parfois même ils sont bilingues. Le prologue, affiché sur le tableau lumineux, donnait le ton, qui ne devait rien au génial anglais, n’évoquait pas Vérone, mais un « plat pays ». Alléluia ! une fois disparus les amants de Vérone, les deux familles ennemies se réconcilient. Capulet et Montaigu n’étaient que des prénoms, Belge était leur nom de famille. Enfin ! Flamands et Wallons réunis grâce à des bateleurs. Bons Belges, réjouissez-vous : bientôt, comme avant 1932, les théâtres de Gand et d’Anvers vont accueillir ce spectacle où l’on parle français et néerlandais, cet hymne à notre chère Belgique de grand-papa. Embrassons-nous, Folleville !

Le sauve-qui-peut belgicain nous promet encore des trouvailles mercatiques bien réjouissantes.

Louis Nisse

* C’est le mot français pour marketing.

** Les Diables Rouges c’est le surnom de l’équipe nationale belge de football, dont Marc Wilmots est l’entraîneur. Cette excellente équipe vient de se qualifier pour la prochaine  Coupe du Monde qui aura lieu au Brésil.

Vers l’infini et au-delà

Le Premier ministre a dansé dans le vestiaire des Diables rouges. On le comprend. Les joies collectives, le bonheur de la victoire, cela donne un moral d’enfer. En tout cas, cela transcende le quotidien. Le nouveau sketch de François Pirette, on aime bien. Rêver d’un impossible rêve, pourquoi pas. Dominer le monde, en toute modestie, on s’en réjouit déjà. Mais la politique, c’est aussi l’art de prévoir. Bon, ce n’est pas le moment de le dire, mais il est possible que les Diables rouges ne gagnent pas la coupe du monde et que la Belgique plonge dans une nouvelle crise existentielle après les élections de mai prochain. Dans cette hypothèse, il est amusant de lire ce qui suit, publié dans le Vif/L’Express de cette semaine. (G.R.)

L’OPA du PS belge sur le PS français

Di Rupo au PS françaisImaginez : Elio Di Rupo président de la République, Paul Magnette à la tête d’un gouvernement dont Martine Aubry, Manuel Valls, Jean-Pascal Labille et Rudy Demotte sont les principales figures. Cela relève, bien sûr, de la science-fiction. Quoique… Un important responsable socialiste, en guise de boutade, imagine ce moment où les p’tits Belges phagocyteront les camarades d’outre-Quiévrain. « Le PS français compte 200 000 membres, c’est un parti organisé en cinq ou six courants très structurés. Le PS belge totalise 90 000 affiliés. Si un jour la Wallonie était rattachée à la France, on formerait le principal courant à l’intérieur du Parti socialiste, et on prendrait le pouvoir. »

Les fleurs du Nouvel Obs

La rédaction du Nouvel Observateur a produit un livret de douze pages intitulé « Le génie des Belges » et encarté dans sa dernière édition belge. On n’est pas tout à fait sûr que ce « spécial Belgique » soit destiné aux lecteurs français du magazine. Aucune trace de ce dossier dans le sommaire, ni sur le site nouvelobs.com. Couverture différente, aussi, bien entendu. Quoi qu’il en soit, Georges-Henry Simonis s’est empressé de réagir.

nouvel obsAinsi donc, avec son numéro « spécial Belgique » de ce 10 octobre 2013, et son article intitulé « Sans frontières » (sic), le Nouvel Observateur est lui aussi tombé dans le panneau de cette logorrhée de belgitude qui envahit tout ce que la Belgique compte dans le domaine de la presse écrite, parlée ou télévisée.

Il nous avait habitués, en son temps, à plus d’esprit critique et d’analyse objective.

En Belgique, aujourd’hui, tout y passe dans le domaine d’une glorification permanente de l’Etat belgicain  : d’une monarchie à peine reliftée au pavoisement des édifices publics aux jours qui conviennent à la Royauté, à la béatification d’un chanteur qui a parlé flamand sur la place de Bruxelles le jour de la fête de la Communauté française, ou évidemment à la glorification d’équipes sportives vénérées comme si elles faisaient autre chose que de gagner du pognon dans les stades internationaux… Et un prix Nobel par-dessus le marché ! (comme si la science de haut niveau avait encore des frontières nationales…)

Sans oublier la quasi-sanctification d’un ancien premier ministre à qui on offre des funérailles nationales assurément méritées pour cet homme qui a tant fait pour la cause flamande nationaliste… L’éviction de Louvain, l’Etat C.V.P., les détournements de subventions wallonnes par la Flandre… :  c’était lui ! L’ami du Roi Baudouin, le fondateur du Parti Populaire Européen « attrape tout »…

François PERIN, brillant professeur, politique engagé, homme libre entre tous, n’a pas eu ces honneurs factices. Tant mieux : il ne les eût pas appréciés. Mais il restera à jamais en nos cœurs et nos esprits.

Et puis, après tout, si le Nouvel Observateur a décidé sans originalité de glorifier quelques figures  belges, pourquoi ne pas nous en réjouir ? Il pourra peut-être sensibiliser ainsi le Président François HOLLANDE, qui n’a pas l’air de comprendre grand chose à la situation de la Belgique, des Wallons, des Flamands, de Bruxelles. Un Président sous influence du gouvernement belge en place, assurément. Mais sans le moindre souffle ni la moindre originalité : son interview au Nouvel Observateur et au journal Le Soir est singulièrement creuse.

Où est passé le souffle Gaullien de l’époque du Québec Libre ? Après Jean-Pierre Chevènement, qui avait compris, ne nous restent que les déclarations de Jean-Luc Mélenchon et de prudentes marques d’attention de quelques  hommes politiques français…

Défense et illustration de la Belgique ? Après tout, le catalogue du Nouvel Obs  aidera peut-être à convaincre dans l’hexagone que les francophones de Belgique peuvent apporter beaucoup à la France : une culture audacieuse, un redressement économique considérable, une recherche fondamentale de très haut niveau, un patrimoine d’exception, des valeurs partagées, une langue aimée que nous voulons défendre.

En Wallonie, l’idée du rattachement à la France progresse avec constance, plus dans les esprits éclairés et lucides que chez des supporters de foot hyper-conditionnés, ou que dans les cénacles politico-financiers jaloux de leurs privilèges.

Ainsi, l’Alliance Wallonie-France, mouvement de citoyens et non parti politique, qui accueille à sa tribune des anciens ministres, des professeurs, des historiens, pour qui une alternative française est devenue une nécessité pour la Wallonie.

Dans une perspective plus politicienne et à courte vue, les responsables politiques francophones feignent de ne pas voir se lever la vague flamande nationaliste qui, dès 2014, sera majoritaire en Flandre comme en Belgique.

Toute solution confédérale sera nécessairement dominée par la Flandre et ses 60 % d’habitants du Royaume. Et ses sirènes droitières risquent de tenter les milieux francophones les plus conservateurs qui y trouveront un moyen d’accéder au pouvoir pour y conforter leurs privilèges.

Pour la Wallonie, l’heure de l’émancipation a sonné, et avec elle celle de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité.

Dans cette mesure, merci au Nouvel Observateur.

Georges-Henry SIMONIS

François Perin, une personnalité hors du commun

Par Jules Gheude, essayiste politique

Perin, GheudeDes multiples casquettes qu’il porta, c’est sans conteste celle de professeur que François Perin préféra. Son humour caustique et son talent oratoire faisaient recette.

Bien plus que la politique, c’était la question des origines et fins dernières qui captivait cet esprit voltairien.  En 1996, il fit paraître « Franc-parler – Témoignages sur la double crise du christianisme et du rationalisme ».  Il y plaidait pour une rénovation de la pensée humaniste.

Le verbo-moteur, comme il se qualifiait lui-même, était aussi une plume. L’une des meilleures du Royaume, selon Jean de la Guérivière, l’ex-correspondant du « Monde » à Bruxelles.

Sa hantise ? Ce qu’il appelait l’illusoire ego. Là  se situait toute la différence avec feu Jean Gol, son ancien assistant.

En 1970, le franc-maçon fut séduit par la discipline de la méditation et l’univers bouddhiste. Devenu ministre de la Réforme des Institutions en 1974 – le jour le plus horrible de ma vie ! – il se trouva confronté aux sarcasmes du socialiste flamand Jos Van Eynde. Mais il demanda à un huissier de lui apporter un verre d’eau, qu’il se mit à fixer intensément. Le résultat fut surprenant : Monsieur le Premier ministre, avez-vous donné un sédatif à M.Perin ?, demanda Jos Van Eynde…

Curieux rapports que ceux de François Perin avec la politique.

Le fait est qu’il ne vibra jamais d’amour pour la Belgique. Dès la fin de l’adolescence, il sentit naître en lui ce malaise d’être Belge qui ne le lâcha pas.

Durant la guerre, l’étudiant François Perin s’engagea dans un mouvement de résistance à un niveau modeste (la presse clandestine). Il se souvenait fort bien d’avoir écrit à cette époque un article intitulé « La Belgique sera fédérale ou ne sera pas ». Ainsi, à l’âge de 22 ans, la question de la réforme de l’Etat le hantait déjà et le fédéralisme lui apparaissait comme la seule issue.

On a dit de lui qu’il était l’homme des convictions successives. En fait, son pragmatisme lui permettait de s’adapter aux circonstances. Il se situait au-dessus des partis, dont il avait une conception gaulienne : Les partis sont des instruments d’action (…) et non des tribus auxquelles ils faut être fidèle jusqu’à la mort et de génération en génération.

François Perin, c’est aussi l’aventure du Crisp, inspirée du personnalisme de Mounier.

L’homme s’est toujours méfié de l’emprise de l’argent. Lorsqu’il  toucha son premier billet de mille francs, il en fit une cocotte, en se disant : Toi, mon ami, tu ne deviendras jamais esclave de l’argent. De fait, toute sa carrière fut marquée par le désintéressement total.

Ses premiers pas en politique, François Perin les fit aux côtés du syndicaliste socialiste liégeois André Renard, dans le combat pour le fédéralisme et les réformes de structures que celui-ci entreprit au lendemain de la grande grève de 60-61, via l’aventure du Mouvement Populaire Wallon.

Très vite, le MPW se heurta à l’immobilisme du Parti Socialiste. Lorsque le PSB décréta l’incompatibilité entre la fonction de membre du parti et celle de membre du MPW, François Perin n’hésita pas. Les cadres socialistes ne lui pardonnèrent jamais.

Il fonda alors le Parti Wallon des Travailleurs avec Robert Moreau et se retrouva député en 1965.

François Perin expliqua comment, il perdit peu à peu ses illusions d’homme de gauche : Les espoirs naïfs de libéralisation des régimes communistes se sont évanouis (…) dans le silence glacé de l’univers concentrationnaire.

Survint ensuite le « Walen buiten » de 1968, véritable gifle pour les francophones. François Perin saisit l’occasion pour fondre les forces fédéralistes de Wallonie dans le Rassemblement Wallon. Avec une ténacité peu commune, il contraignit le gouvernement Eyskens à réviser la Constitution, avec la reconnaissance des Communautés et des Régions. François Perin conduit le bal au « Groupe des 28 », titra « La Libre Belgique », en octobre 1969.

Devenu ministre de la Réforme des Institutions en 1974, François Perin fit adopter à la cravache le projet de loi mettant en route la régionalisation préparatoire. Le processus était engagé de façon irréversible.

A la suite de la crise survenue au sein du RW fin 1976, François Perin démissionna de la fonction ministérielle. S’il n’avait tenu qu’à lui, il aurait alors mis la clé sous le paillasson et rejoint l’université. Mais il avait le souci d’assurer l’avenir de ceux qui l’avaient fidèlement suivi, tel Jean Gol. Sentant que le cœur de ce dernier battait en direction des libéraux, François Perin accepta de  fonder avec eux une nouvelle formation réformatrice, le PRLw.  Après l’adhésion des libéraux bruxellois, le parti devint le PRL, l’ancêtre du MR actuel.

En 1978, le Premier ministre Tindemans saborda le Pacte d’Egmont, qui avait le mérite de mettre la Volksunie et le FDF d’accord. François Perin fustigea cet acte d’une déloyauté incroyable. Il essaya alors vainement d’aboutir à un accord institutionnel au sein de la famille libérale : Pendant trois ans, je n’ai cessé de tenter cela, élaborant des documents avec un excès d’imagination que m’ont parfois reproché certains de mes amis. J’ai des dates, des rendez-vous annulés unilatéralement, sans motif. Lors d’une séance de rencontre, Vanderpoorten est venu, toujours aussi gentil, muet comme une carpe, entrant à 9 heures et sortant à midi, sans piper un mot !

C’est cette intransigeance des libéraux flamands qui l’amena à démissionner du Sénat en 1980 :

Il est difficile de rester parlementaire d’un Etat auquel on ne croit plus et dont le système politique paraît absurde, et représentant d’une nation (…) qui n’existe plus. (…) La Belgique est malade de trois maux, incurables et irréversibles. Le premier mal, (…) est le nationalisme flamand, qu’il s’avoue ouvertement ou non. Le second, c’est que la Belgique est livrée à une particratie bornée (…). Le troisième mal (…), c’est que la Belgique est paralysée par des groupes syndicaux de toutes natures (…) Voici, Monsieur le Président, ma démission de sénateur. Je reprendrai, en conséquence, en solitaire, le chemin difficile des vérités insupportables.

Les qualificatifs que l’on trouve dans les commentaires de presse de l’époque traduisent bien la personnalité de l’intéressé : courage, clairvoyance, dignité morale, rectitude intellectuelle, indépendance d’esprit,  sagesse, volonté de changement positif, imagination, éloquence… Au fond, François Perin possédait toutes les qualités d’un homme d’Etat. Le problème est qu’il évoluait dans un non-Etat.

Au sein du PRL, François Perin se sentit de moins en moins à l’aise.

Il s’en écarta en 1985, car l’Européen convaincu qu’il était n’y trouvait pas son compte.

Sa dernière interview, il la donnera au « Soir », le 6 août 2011.

Après avoir rappelé que depuis 1919, on a assisté à l’affirmation du mouvement flamand qui, d’étape en étape, a gagné sur toute la ligne, il conclut : Bart De Wever est dans la ligne, et logiquement, il dit : « Nous voulons un Etat flamand indépendant ». (…) Et moi, personnellement, je le souhaite aussi ! 

Et de fustiger l’aveuglement des responsables francophones : Il n’y a plus qu’une issue, à laquelle les politiques ne se résolvent pas : devenir une région de France, graduellement. Quel est l’intérêt à vouloir un gouvernement belge ? C’est que cela fournit un grand nombre d’emplois de ministres, et de cabinets ministériels. Alors, on tire sur la corde.

Tout est dit. Ce 27 septembre, François Perin s’en est allé discrètement, sur la pointe des pieds. Avec son départ, c’est un peu de la grande tradition qui se meurt, avait écrit le journaliste André Méan, à l’occasion de sa démission du Sénat, en 1980.

A lire aussi sur le site du Soir

Lettre ouverte au Président de la République

Le 10 octobre 2013

                                               A Monsieur le Président de la République

                                                               François HOLLANDE.

Concerne : interview aux journaux belges et au Nouvel Observateur.

Monsieur le Président,

Suite à votre intervention dans le journal LE SOIR de ce jour, je ne puis m’empêcher de vous faire part de ma déception et de mes regrets de ne vous avoir pas vu évoquer d’aucune façon l’hypothèse d’une scission de la Belgique.

Cette hypothèse est néanmoins plus que probable dès les élections de 2014 : c’est le souhait d’une Flandre majoritaire, et de nombreux Wallons et Francophones s’en réjouissent également.

L’avènement d’un pouvoir flamand indépendantiste et très à droite ne manquera pas de séduire quelques politiques francophones de droite avides de pouvoir… Il y a là, selon moi,  un risque considérable pour des centaines de milliers de Wallons.

J’appartiens à un mouvement de citoyens pour qui le retour – ou le rattachement – à la France, constitue une espérance magnifique, tant pour la France que pour la Wallonie.

Pour l’Alliance Wallonie France, Il s’agit d’un choix de cœur et de raison : quatre millions de Français de plus renforceraient considérablement la place de la France en Europe.

Actuellement, après le général de Gaulle in illo tempore, puis Jean-Pierre Chevènement, Jean-Luc Mélenchon est presque seul en France à se prononcer publiquement en ce sens, et j’espérais une ouverture de votre part dans cette direction, malgré les liens amicaux qui vous lient au gouvernement belge actuel et au Premier Ministre Elio Di Rupo, à la tête d’une difficile coalition gauche/droite et nord/sud, bien obligé de tenter de sauver une Belgique fédérale et monarchique complètement dépassée.

L’Etat belge se livre actuellement à un barnum médiatique de tous les instants en vue de requinquer l’image de la Belgique Unitaire.

Ce n’est pas le souhait de quelques centaines de milliers de francophones qui espèrent rejoindre la République Française dans des délais rapprochés et selon des modalités transitoires raisonnables. Leurs apports à la France seront considérables.

Ils renforceront en outre la place de la francophonie dans le monde, insuffisamment présente actuellement.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma plus haute considération.

Georges-Henry SimonisGeorges-Henry SIMONIS

Membre de l’Alliance Wallonie France

31, rue de la brasserie- B.5651 GOURDINNE     – ghsimonis@voo.be –