Tenaille sur la langue française.

Refuser la contre-révolution linguistique en marche

Par Georges GASTAUD, Albert SALON, Régis RAVAT, Matthieu VARNIER*.

20 ans déjà. 20 ans que la « loi Toubon » du 4 août 1994, disposant que le français est « la langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics », doit nous protéger d’un flot graduel et continuel de « tout anglais », cette langue d’importation que l’on ne cesse de nous proposer, de nous imposer, de nous vendre.

20 ans d’une lutte méconnue où,  garde-fou, elle a pu matérialiser le bon sens d’une société consciente de ses fondations, mais dont chacun peut appréhender actuellement les limites.

Une lutte en accélération rapide, et un tournant politique qu’on ne peut plus ignorer…

Il y avait déjà la substitution galopante de l’anglais au français dans la pub, la chanson, le cinéma, la recherche et les enseignes commerciales – y compris dans celles où l’État est majoritaire (S.N.C.F., E.D.F., Poste, Orange…). Cela ne suffisait pas : nos gouvernants, actuels comme passés, s’acharnent sur la « langue de la République » (art. II de la Constitution).

La Loi Fioraso vient ainsi d’instituer l’anglais langue  de l’enseignement universitaire, dans le sillage de la L.R.U. de V. Pécresse, qui aligne nos Universités sur le « modèle » néolibéral anglo-saxon.

Le C.S.A. –chargé de réprimer l’anglicisation des médias ! – « réfléchit » à un assouplissement des quotas de chanson française.

Le Parlement, lui, est invité à adopter la Charte européenne des langues minoritaires et régionales, qui exige une co-officialité des langues régionales sur certains territoires, sapant par l’ethnicisation les fondements universalistes de la citoyenneté.

Une tenaille politique se resserre sur notre langue. Une stratégie linguistique émanant de l’oligarchie « française » et internationale. On sait que l’U.E. privilégie déjà outrageusement la « langue des affaires et de l’entreprise » (Baron Seillière, alors président de Business Europe) : qu’en sera-t-il dans l’Union transatlantique ?

En réalité, ces tirs croisés illustrent le démontage de l’État-nation, socle du SMIC, des conventions collectives, des diplômes nationaux et de la Sécu. Les plus acharnés à promouvoir la Charte sont d’ailleurs les mêmes qui, dans les périphéries, rêvent d’euro-régions transfrontalières. Le ressaut linguistique y sert de couverture à de nouvelles féodalités, au moment même où M. Hollande veut länderiser la France par la création de quatorze grandes régions, la métropolisation des communes et la suppression des départements**.

Là, le français reculerait, bien plus face à l’anglais qu’en faveur des terroirs ; la loi du profit s’imposerait plus aisément encore qu’elle ne  le  fait aujourd’hui, où la langue commune, premier service public de France, fédère les résistances ; bref, l’euro-balkanisation du pays et de son substrat linguistique permettrait d’abolir les conquêtes du C.N.R., et de deux siècles d’acquis démocratiques et sociaux.

La République une et francophone brisée en un pullulement de fiefs ethnolinguistiques, coiffés par un Empire atlantique monolingue, est l’arme des puissances d’argent pour diviser… et régner.  

Enfin peut-on nier une véritable hiérarchisation sociale et ses discriminations selon que l’on dissertera en English Mother Tongue, baragouinera globish, ou se contentera d’un français appauvri, miné d’anglicismes grossiers ?

La Nation, l’égalité des peuples et la diversité culturelle sont en danger. Et pendant qu’un ministre déclare  que le français « n’est pas menacé », le  gouvernement  contribue activement à son  déclassement ; un colloque officiel prévu  au Sénat le  13 octobre  2014  ne va-t-il pas jusqu’à demander si la loi Toubon « est en adéquation avec les évolutions actuelles » ? 

Nous devons entrer en résistance linguistique. Ne laissons pas le basculement au tout-globish s’opérer en silence. Ne nous laissons pas arracher la langue, celle de la Déclaration des droits de l’Homme et du C.N.R., si nous voulons redevenir un peuple libre !

* Georges Gastaud et Matthieu Varnier dirigent l’association COURRIEL (www.courriel-languefrancaise.org).

Albert Salon préside l’Association A.L.F. (www.avenirlanguefrancaise.fr).

Régis Ravat est un syndicaliste CGT à Carrefour-Nîmes (http://www.petitions24.net/non_a_langlicisation_de_carrefour_de_la_france_et_de_leurope).

**Projet inspiré du Manifeste « besoin d’aire » (MEDEF, 2011) qui appelle à « reconfigurer » le territoire national et transférer la souveraineté aux « États-Unis d’Europe » dans la perspective d’une « Union transatlantique ».

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s