Le diktat des présidents de partis

particratieRappelez-vous : Francis Delpérée parlait du confédéralisme en le définissant comme étant le fédéralisme des cons. La 6ème réforme de l’Etat va pourtant aboutir à ce confédéralisme tant décrié par le sénateur constitutionnaliste. Il restera seulement à lui donner la forme désirée : confédéralisme positif pour le CD&V, confédéralisme radical pour la N-VA, fédéralisme d’union (sic) pour l’Open-VLD (voir notre article), fédéralisme flamand  pour le SPa et Groen, confédéralisme indépendantiste pour le Vlaams Belang, confédéralisme d’union pour le MR, prêt à sauter dans le bon wagon « belge ». D’autres, en Wallonie et à Bruxelles, veulent encore parler de fédéralisme d’union (P.S., C.D.h, Ecolo, PTB) feignant de ne pas savoir qu’à la sixième réforme de l’Etat suivra la 7e voulue par la droite et l’extrême droite flamande (plus de 70 % du corps électoral flamand). Cette 7e réforme touchera le cœur des matières sociales et la solidarité entre nord et sud.

Les véritables contours du confédéralisme seront donnés par le résultat des prochaines élections législatives. Le dernier sondage confirme le double phénomène de vases communicants (N-VA, CD&V, Open-VLD d’une part, N-VA et Vlaams Belang de l’autre) et la constance du fait que plus de 70 % des Flamands souhaitent voter à droite ou à l’extrême droite. Jusqu’où iront les élus wallons pour accepter ou refuser que leur région devienne une véritable colonie de la Flandre ? Jusqu’où iront les élus bruxellois pour accepter que leur région perde son statut de région à part entière ? Jusqu’où iront-ils pour accepter que Bruxelles soit gérée conjointement par la Flandre et la Wallonie ?

Donner un bulletin d’indigné à M. Delpérée me semble déplacé.  Il découvre soudain la particratie, le pouvoir absolu des présidents de parti qui débouche, en Wallonie surtout, sur le mythe de l’élection, sur une démocratie malade … « Elections, piège à cons » revient sur le devant de la scène. De nouveau, il est question de cons…

L’analyse de M. Delperée que nous livre Pierre Havaux sur le site du « Vif » est pourtant excellente, mais quel crédit accorder à M. Delpérée ? Ne sommes-nous pas en campagne électorale ? Alors, paroles, paroles…

M.Delpérée suivra comme d’habitude les ordres donnés par son président de parti, les mains sur la couture du pantalon comme le font tous les  élus des partis wallons sous peine d’être relégué, par les tout-puissants présidents de parti, en position non éligible lors de la confection des listes des prochaines élections. Le système particratique wallon a ses lois.

A moins que… Imaginons que le P.S. de Di Rupo passe en Wallonie sous les 30 % des votes exprimés, comme le dernier sondage Ipsos-RTL-Le Soir le laisse présager, et que la conséquence de ce vote soit le passage du P.S. dans l’opposition. Ce serait la révolution au Boulevard de l’Empereur et nous verrions nombre d’élus P.S. sortir du bois pour dire tout le mal qu’ils pensent du bilan de celui qui a voulu porter haut le belgicanisme et une politique sociale qui a creusé les inégalités entre les possédants et celles et ceux qui vivent, soit de leur travail, soit d’allocations sociales. Frank Vandenbroucke, socialiste flamand, sort dès maintenant de sa réserve et nous informe qu’un enfant wallon sur quatre vit aujourd’hui dans une famille confrontée à la pauvreté (en Flandre, un enfant sur dix est dans cette même situation). L’ancien ministre des affaires sociales enfonce le clou en dénonçant la médiocrité de l’Etat fédéral belge s’agissant de lutter contre la précarité. Cette courageuse information tranche avec les beaux bulletins accordés à Di Rupo à longueur de journées par les médias de langue française.

2014, mère de toutes les élections fédérales, de loin celles qui auront le plus d’impact sur l’avenir de la Wallonie. Une N-VA à 30 %, conjuguée à un P.S. qui descendrait sous les 30 % en Wallonie, donnerait tous les ingrédients qui déboucheraient sur une nouvelle crise majeure de l’Etat fédéral belge.

En Flandre, la situation sera différente. Bart de Wever a déjà annoncé la primauté qu’il accordait aux élections régionales. Dans le cas d’une nouvelle crise pour former un gouvernement fédéral, N-VA, CD&V et Open-VLD auront tout loisir de démontrer que ce que réalise la Flandre seule porte le sceau de la qualité.

Paul D.

Francis-DelpéréeLa démocratie connaît un inquiétant coup de mou. Francis Delpérée rallie le camp des « indignés ». Le sénateur CDH et constitutionnaliste au long cours pointe « le pouvoir disproportionné » des présidents de parti. Et décode « le mythe de l’élection».

Lire ici la suite de l’article du Vif/L’Express.

4 réflexions sur « Le diktat des présidents de partis »

  1. A quoi donc rêvait Monsieur Delpérée en entrant en politique ? Comme constitutionaliste et professeur réputé de l’Université de Louvain, il devait tout de même connaître non seulement l’Histoire de Belgique, l’Histoire politique de Belgique mais aussi les dessous des cartes. Il ne faut quand même pas oublier que l’université de Louvain (avant sa scission) rassembla des acteurs politiques majeurs (flamands, bruxellois et wallons) du Royaume. Quand il fut recruté au CDH, il n’était pas un « bleu » en la matière. Ou alors, jamais il ne se douta, comme beaucoup d’autres, du ressentiment du peuple de Flandre à l’encontre du système belge; peuple qui semble suivre ses « guides populaires » et non plus ses bourgeois manipulateurs.

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  2. La sixième réforme de l’Etat: « confédéralisme radical pour la N-VA »,
    « confédéralisme indépendantiste pour le Vlaams Belang » ?
    Mais ces partis sont contre cette réforme.

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  3. Le présent article analyse « Le diktat des présidents de partis » mais personne n’ignore que les présidents obéissent en coulisses à d’autres présidents: ceux de la finance et ceux du pouvoir économique.Ces derniers présidents agissent en réalité comme les véritables régents des Etats ( royaumes ou républiques, peu importe). A l’époque de la Générale, les pontes de cette « mémorable institution » n’hésitaient pas à donner de la voix ( pardon: des avis éclairés) quand leurs « intérêts supérieurs » nécessitaient un rappel à l’ordre du monde politique. Mais aujourd’hui, la Générale à disparu dans les derniers chapitres des livres d’Histoire de Belgique pour laisser, notamment, la place à BNP Paribas et Suez. En fait, l’Etat belgique se voit chapeautée par deux régents français, même si leurs états-majors se composent majoritairement d’auxiliaires flamands.
    La question qu’on ne pose pas mais qui se pose quand même: Quel est ou quel sera le degré d’influence de ces deux présidents dans le cours prochain des événements en Belgique ?

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