Retour sur une enquête consacrée à l’avenir de la Wallonie

La Meuse, tableauxAu cours du mois de mai, le groupe « Sud Presse » consacrait une enquête à la Wallonie. Elle avait pour ambition de dire ce que voulaient les Wallons. Dans son éditorial, le directeur en chef adjoint, Demetrio Scagliola titrait : « Les Wallons veulent du changement… maintenant ».

Le fait est trop rare que pour ne pas y revenir. Que disait le journaliste ?

« A un an d’élections qui risquent de bouleverser le visage du pays, nous avons posé plus d’une centaine de questions aux habitants de la Wallonie. Sans tabou, sans éviter les questions qui fâchent et sans se limiter aux seules intentions de vote. Pour la première fois, un journal regarde les Wallons dans les yeux en écoutant leurs avis sur la monarchie, la politique, la Flandre, l’école, les syndicats, la santé, la religion, les services publics, l’économie, l’industrie,… Les résultats de ce sondage sont pour le moins surprenants. Et s’il est possible de résumer ce travail titanesque, nous dirions que les Wallons sont lucides sur la situation actuelle de leur région, convaincus que le pays va changer profondément et que la Wallonie pourrait tirer son épingle du jeu à condition de se remettre en question. Mais ce que veulent surtout les Wallons, c’est un changement en profondeur, de la nouveauté au niveau des hommes, des partis, des idées et des pratiques… Les Wallons veulent qu’on leur dise la vérité, qu’on leur présente un projet fédérateur… »

Les résultats de cette enquête faisaient apparaître :

a) que 31 % des Wallons se prononçaient pour un rattachement avec Bruxelles, solution rêvée par la grande majorité du personnel politique qui garderait ainsi ses rentes de situation. Cette solution est largement relayée par les médias, mais comment retenir ce « Wallobrux » qui est rejeté par 95 % des Bruxellois ? Ne confondons pas ici  » Wallobrux », sorte de Belgique résiduelle et collaboration étroite entre les régions wallonne et bruxelloise.

b) la bonne santé de la réunion à la France (24 %) malgré la volonté des médias d’écarter cette solution dans les débats sur l’avenir de la Wallonie. Rappelons le sondage du « Soir »-« La Voix du Nord » de 2009 où l’option du réunionisme remportait 49 % des sondés wallons en cas de scission de l’Etat belge. Plus de 60 % des Français étaient pour une intégration de la Wallonie à la France.

c) que 16 % des Wallons se prononçaient pour l’indépendance de la Wallonie, mais cette solution tient-elle la route à la lumière des chiffres avancés par nos économistes ?

d) que 25 % des Wallons faisaient les yeux doux au Luxembourg, mais comment imaginer que les 500 000 Grands-Ducaux accepteraient de partager la dette publique qui serait celle de la Wallonie ?

e) que 50 % des Wallons se déclaraient républicains. Ce résultat est surprenant au regard du battage médiatique qui ne cesse de vanter aux Wallons les vertus de la monarchie.

Paul D.

4 réflexions sur « Retour sur une enquête consacrée à l’avenir de la Wallonie »

  1. Mais il faut que le message passe et ce n’est toujours le cas que d’une minorité! Il y a toujours beaucoup de malvoyants en Wallonie.

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  2. Rappel et résumé utiles… de Paul D.

    Il ne faut pas confondre, non plus, trois choses, touchant à « l’opinion » :
    – Une opinion de maintenant, quand le Royaume est encore là, et ce que sera cette opinion quand il sera en voie de dislocation…Cette opinion évoluera alors à la vitesse de la lumière.
    – l’opinion populaire et celle des élites, dirigeantes notamment. Ainsi, pour les milieux politiques, le souhait dominant reste bien celui d’un avenir commun pour la Wallonie et pour Bruxelles. Mais lequel ?
    – une opinion comme « rêve » et une opinion comme « intention ». Ainsi de l’hypothèse luxembourgeoise », mise en avant alors qu’elle est absolument impossible.

    Les Wallons, population comme élites, savent que l’option indépendantiste ne tient pas la route. Reste à convaincre la population wallonne que l’Etat wallo-bruxellois n’est pas plus viable, ce qui sera fait quand une fraction des milieux dirigeants franco-belges osera le dire.

    L’option française s’imposera alors, non par la seule force de son attrait, mais par défaut…L’adhésion du cœur s’imposera tranquillement après la réunion (comme il en fut pour la Lorraine, la Franche-Comté, etc.).

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  3. De cette enquête, le camarade Demotte n’a tenu aucun compte…à moins que, doté d’un volontarisme extrême, son appel au « nationalisme » identitaire wallon soit un premier pas pour renverser l’ordre des choses !

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  4. L’essentiel est de rompre des lances en faveur de la sortie de la Wallonie de l’ensemble belge.
    Tout deviendra alors évident. Et Lenain enfonce ci-dessus des portes ouvertes. Le tout, c’est de sortir de l’ambiguïté tellement favorable au maintien de la Belgique. Peu importe donc le choix proposé actuellement, indépendance ou rattachement. Le résultat sera le même. Sauf si l’option fédéraliste bruxello-wallonne l’emporte, c’est donc elle qu’il faut combattre et démontrer encore et encore la perversité.
    Il manque peut-être une réflexion sur la nationalisme belge haineux à l’égard de ceux qui sortent du rang. J’en veux pour preuve les photos de supporteurs de footballeurs et autres sportifs en équipe (reds lions, reds panthères… en attendant les « reds rollmops » en water-polo ?) affichant de grandes banderoles stigmatisant le président d’un parti démocratique flamand ou encore l’écho donné par la presse aux propos du père d’une triplette de coureurs à pied bruxellois (aux prénoms anglo-saxons). Ou encore ce directeur des programmes sportifs de la RTB(f) qui prépare une série d’émissions à la gloire d’une équipe de foot et qui se réjoui que les moments les plus porteurs d’un nationalisme belge soient diffusés en pleine campagne électorale en 2014. Il est curieux que personne ne dénonce ce nationalisme là qui correspond bien à la seconde définition du Robert citée dans le texte ci-dessous : «Exaltation du sentiment national, attachement passionné à la nation à laquelle on appartient, accompagné parfois de xénophobie et d’une volonté d’isolement » (Siffler l’hymne national d’un pays voisin, n’est-ce pas un peu ça ?)

    Ceci dit, si j’ai apprécié les propos de Demotte jusqu’à un certain point (la nation n’est pas un gros mot !), qui nous dit qu’il ne pratique pas cette vieille technique qui consiste à sortir le coq en période pré-électorale pour le remettre en poche dès les élections passées ?
    Mais laissons-lui le bénéfice du doute.
    Voici, pour alimenter le débat, un texte reçu cette semaine :

    Nationalisme : Une malhonnêteté intellectuelle (enfin !) dénoncée

    Nous n’étonnerons personne en disant que les propos de Rudy Demotte, à propos du « nationalisme wallon » furent pour nous un vrai bonheur.
    Cette satisfaction porte sur 2 aspects de ces déclarations.
    En premier lieu, et en toute logique, nous ne pouvions qu’applaudir à un discours prônant l’émergence d’une « identité nationale wallonne », comme fondement d’une politique volontariste de développement de la Wallonie. L’affirmation et la consolidation de cette identité constituent, en effet, la pierre angulaire de notre association.
    Notre seconde raison de contentement est d’une autre portée. En se déclarant chaud partisan d’un « nationalisme wallon », le ministre- président de la Wallonie a porté un coup sévère, frontal, à la diabolisation du mot et de la notion de nationalisme.
    Voilà des années que nous nous insurgeons contre cette malhonnêteté intellectuelle consistant à assimiler le nationalisme, au mieux à un repli identitaire, au pire à une manifestation d’une idéologie xénophobe, d’extrême- droite.
    Il a fallu une sacrée dose de courage politique à Rudy Demotte pour affronter les manipulateurs d’opinion qui, jusqu’ici, tenaient le haut du pavé, faisant régner une sorte de dictature idéologique clouant au pilori tout qui n’acceptait pas ces amalgames nauséabonds.
    Même si les réactions aux propos du ministre- président furent soit indignées, soit atterrées – comme il fallait s’y attendre – il n’en reste pas moins qu’un débat d’importance est lancé de la sorte et qu’il ne sera plus question de se contenter d’asséner des contrevérités « idéologiquement correctes » pour dresser un barrage aux revendications d’autonomie de la Wallonie.
    En fait, le nationalisme est une notion neutre au départ. Elle n’implique aucune attache avec des opinions de gauche ou de droite. La définition qu’en donne le Robert en est la preuve :
    « Doctrine, mouvement politique qui revendique pour une nationalité le droit de former une nation »
    Les nationalistes irlandais qui menèrent une guerre d’indépendance âpre et sanglante contre la Grande Bretagne, puissance occupante, étaient loin d’épouser des positions gauchistes. Au contraire, la religion catholique – en tous cas son aile la plus conservatrice- n’a cessé d’exercer une influence prépondérante dans ce pays, avant et après sa victoire sur un occupant barbare. Dira-t-on, pour cela, que ce combat n’était pas juste ?
    A l’opposé, dans la vague de luttes d’indépendance menées par les peuples d’Afrique et d’Asie dans la seconde moitié du siècle dernier contre les puissances colonisatrices, il est clair que prédominait une influence « de gauche », voire marxiste. Cela enlève-t-il quoi que ce soit à la légitimité du rejet du colonialisme ?
    La gauche et la droite peuvent d’ailleurs partager ce désir d’affirmation du sentiment national. La Catalogne en est un exemple actuel.
    La hantise du « national- socialisme » hitlérien
    Il est vrai qu’une seconde définition du Robert peut donner quelques semblants d’arguments aux pourfendeurs du nationalisme :
    «Exaltation du sentiment national, attachement passionné à la nation à laquelle on appartient, accompagné parfois de xénophobie et d’une volonté d’isolement »
    Oublions le « PARFOIS » et nous voilà disposant d’une justification de la mise à l’index du nationalisme. Au prix du caviardage volontaire d’un texte. Pas très joli…
    Il est vrai qu’aujourd’hui, des groupes et partis porteurs de la nostalgie du nazisme, se livrent sans vergogne à des attaques xénophobes au nom du nationalisme flamand. C’est le cas du Vlaams Belang et, plus encore, de quelques groupuscules d’activistes haineux. Et si l’on s’en réfère à leurs maîtres à penser hitlériens, la doctrine qui sous-tend leur discours avait pour nom, inventé pour la cause, de « national – socialisme », d’où est venu, d’ailleurs, le terme « nazi »
    Et il est bien vrai que l’Allemagne nazie a porté à ses dérives extrêmes, l’exaltation du « peuple des seigneurs » dont le destin était d’asservir le monde entier, transformant les autres peuples en valets ou bêtes de somme au service de la grandeur allemande.
    C’est là, évidemment, le prototype caricatural d’un « nationalisme » proclamant la supériorité d’un peuple, le mépris des autres, comme « justification » aux conquêtes militaires et aux pires atrocités.
    Faut-il, au vu de l’horreur de ce « nationalisme » agressif, dominateur, criminel, condamner toutes les manifestations de fierté nationale ? Si l’on suit ce raisonnement, nous nous permettons de faire remarquer que la dénomination de la doctrine hitlérienne est un terme composé dont la 2ème partie est « socialisme ». Doit-on donc également vouer le socialisme aux gémonies du fait de son utilisation hitlérienne ?
    Il nous semble qu’il est aisé de distinguer les 2 espèces, diamétralement opposées de nationalismes. Et le nationalisme wallon, lui, ne véhicule aucune phraséologie de haine, de rejet. Et non plus de repli sur soi, car il est bardé de principes humanistes dont le moindre n’est pas l’attachement à des formes vivaces de solidarité. Avec tous les peuples. Revendiquer la reconnaissance de son identité nationale n’est qu’une manifestation de dignité, de la part d’un peuple duquel on a toujours nié la spécificité et jusqu’à la culture.
    Le droit des nationalistes flamands à envisager la séparation
    Et le nationalisme flamand ? Ici, nous nous devons d’exprimer notre désaccord avec Rudy Demotte. Nous comprenons d’ailleurs malaisément comment et pourquoi le ministre président a pu choisir ces points de comparaison.
    Interrogé par Le Soir sur la signification exacte de ses propos sur le « venin » que serait le nationalisme du Nord, le ministre- président a cette explication étonnante :
    « L’identité positive wallonne va dans le sens de cette Belgique moderne. Au contraire, des franges du mouvement nationaliste flamand corrodent la structure de l’Etat, les attaquent comme de l’acide. C’est destructeur pour la Belgique. Notre identité wallonne est, elle, consolidante pour la Belgique »
    Ainsi donc, devrait être considéré comme positif une identité renforçant l’Etat Belgique et comme négative (du venin !!!) celle qui prône la séparation ?
    Nous attendons avec curiosité que l’on nous démontre cette « logique ».
    Nous réaffirmons que la volonté de rupture de l’Etat et de création d’une république flamande indépendante est une aspiration tout à fait légitime et répond, comme les autres, aux exigences démocratiques. Tout comme n’importe quel individu peut se réclamer de la déclaration des Droits de l’Homme, le nationalisme flamand peut justifier ses options séparatistes en se basant sur l’un des éléments clefs du droit des Nations : celui pour les peuples de disposer d’eux-mêmes.
    Si l’on veut trouver un aspect négatif au nationalisme flamand, ce n’est pas dans ses options indépendantistes qu’il faut le chercher mais dans ses prétentions à annexer Bruxelles à la Flandre. Là aussi, que le Nord comme le Sud laissent aux Bruxellois la totale liberté de choisir leur destin.
    Ce qui, par ailleurs, va également à l’encontre de la création d’une Fédération Wallonie- Bruxelles bricolée de toutes pièces. Car les sondages d’opinion du début de l’année, parus notamment dans le même Soir fournissent des résultats sans équivoque : si éclatement de la Belgique il y a, les Bruxellois, à une écrasante majorité, refusent l’union avec les Wallons comme avec les Flamands.
    Cette agressivité conquérante jette, elle, une ombre sinistre sur un nationalisme flamand que, en ce qui nous concerne, et mise à part la restriction – importante – exprimée ci-dessus, nous considérons avec le respect dû à des individus attachés à bâtir ce qu’ils considèrent comme l’avenir de leur peuple.
    Dans ce sens, Rudy Demotte doit, également être remercié pour le brûlot qu’il a lancé dans le ronron bon chic bon genre dans lequel se complaît une bonne partie du monde politique wallon.
    Il a rendu à la cause wallonne un service dont l’importance se mesurera dans un avenir plus proche, peut-être, que l’on ne l’imagine.
    « Vivre en Wallonie » ASBL
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