Dès le lendemain du match test de football Belgique-France, le journaliste Olivier Mouton rédigeait un article au titre agressif sur le site du Vif-l’Express : « Les Diables Rouges, arme anti N-VA ? ». Dans la foulée, l’hebdomadaire de langue française le plus lu en Wallonie et à Bruxelles faisait du titre sa page de couverture à une nuance près : le point d’interrogation disparaissait. L’équipe nationale de football belge serait donc une arme pour influencer le vote flamand et le détourner de la N-VA. Cette instrumentalisation du sport le plus populaire mérite que l’on s’y arrête.
Chaque match des footballeurs belges donne lieu à un battage médiatique où chaîne privée et publique s’adonnent à une surenchère virulente. C’est à qui en fera le plus pour créer en Wallonie et à Bruxelles un climat euphorique et sublimer ainsi un sentiment de fierté « nationale » qui se veut unanime.
Pense-t-on un instant à tous nos concitoyens qui se sentent étrangers à tout sport ou encore à celles et ceux qui détestent tout esprit de compétition ? Pense-t-on à tous ces sportifs qui pensent qu’il n’y en a que pour les « fouteux » et ce au détriment de la discipline sportive qui leur tient à cœur ?
Personnellement, je me range du côté des citoyens qui aiment tous les spectacles sportifs. Un beau match de football peut donc susciter chez moi un grand enthousiasme, mais de là à transformer en guerrier politique chaque diable rouge, il y a un pas sinon un gouffre que je me refuse à franchir.
Nous savons qu’aujourd’hui le sentiment belge est soigneusement et honteusement cultivé en Wallonie. A Bruxelles, le sentiment régional devient majoritaire. En Flandre, l’identité flamande est majoritaire et continue à se développer. Trois régions, trois sociétés différentes sont la réalité de la Belgique.
Au-delà du spectacle proprement dit, plusieurs choses ont retenu mon attention dans ce match.
1. La Marseillaise sifflée par le public « belge ». Ce comportement des « supporters » sera regretté le lendemain à la radio par l’entraîneur belge, Marc Wilmots.
2. La Brabançonne chantée en français par le public, ce qui prouve que les Diables rouges trouvent une majorité de supporters en Wallonie et à Bruxelles.
3. La main posée sur le cœur des joueurs belges pendant la Brabançonne. La mise en scène est parfaite, semblable à celle de pays peu démocratiques.
4. Une foule bariolée de noir-jaune-rouge. Coqs wallons et lions flamands sont bannis.
5. Le commentaire du « journaliste » ne manque pas de parler de l’absence du roi et des membres de la famille royale tout en insistant lourdement sur l’attachement de Philippe 1er aux Diables rouges.
6. La majorité des joueurs sont des Wallons ou des Bruxellois entraînés par un asexué linguistique, parfait bilingue, mais Wallon, même s’il ne revendique que sa belgitude.
7. Chacun sait que rien n’est plus versatile que l’engouement d’un public sportif, particulièrement en football. L’équipe belge a du talent, certes, mais elle doit encore se qualifier et un accident est vite arrivé. Les déplacements en Ecosse et en Croatie ne seront pas les parties de plaisir que certains imaginent.
Ivo Belet, eurodéputé CD&V, spécialiste des questions liant football et politique soulignait : « Les succès des Diables réveillent un sentiment belge, c’est indéniable. Dans les tribunes, c’est tout rouge-jaune-noir. C’est évidemment fort embarrassant pour ceux qui n’y croient pas. Je l’ai tweeté plusieurs fois : oui, cet engouement a une signification politique. Ce qui est dérangeant pour ceux qui ne croient plus en la Belgique. »
Rien n’est moins sûr que cet état d’esprit ne soit pas celui d’électeurs séduits par la N-VA. La Brabançonne chantée en français, la foule bariolée en noir-jaune-rouge, une majorité de joueurs « francophones », un entraîneur wallon, la mise en scène belgicaine, tout cela fait resurgir la Belgique unitaire de papa. Cette Belgique mythique n’est-elle pas l’exemple même de ce que déteste une grande majorité de Flamands ?
Récemment, Robert Collignon me disait : « La Belgique a une belle équipe composée d’individualités talentueuses. Je me réjouis de voir l’éclosion d’un Wallon comme Eden Hazard. Pendant le match, l’état d’esprit des joueurs met de côté les appartenances régionales. Mais quand les joueurs flamands rentrent chez eux, ils laissent le rouge à Bruxelles pour ne garder que le jaune et le noir à la différence des joueurs wallons et bruxellois qui restent belges avant tout. »
Paul D.
je suis totalement de votre avis,mais moi je déteste tout sport de compétition
CV
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Cher Monsieur,
Vous écrivez: « La majorité des joueurs sont des Wallons ou des Bruxellois ». Cependant, il n’y a que deux Bruxellois dans le noyeau belge (Kompany et Fellaini). Dans la dernière sélection, il y avait 9 joueurs wallons: Witsel, Van Buyten, Pocognoli, Mirallas, Gillet, Hazard, Chadli, Ciman et Bakkali (le dernier n’a pas encore décidé si il va jouer pour le Maroc ou pour la Belgique). Par contre, il y avait 13 joueurs flamands (Alderweireld, Casteels, Courtois, De Bruyne, Defour, Dembélé, Lombaerts, Mertens, Mignolet, Simons, Van Damme, Vertonghen). A ce nombre, il faut encore ajouter Thomas Vermaelen qui était blessé. Quant à lui, Benteke est né au Congo. Il y a donc 11 joueurs Wallons et Bruxellois contre 14 joueurs Flamands.
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Cher Monsieur,
Je parlais du onze aligné face à la France, à savoir :
joueurs wallons : Van Buyten, Pocognoli, Witsel, Hazard, Chadli
joueurs bruxellois : Kompany, Fellaini, et Lukaku (que vous ignorez)
joueurs flamands : Courtois, Alderweireld, De Bruyne
Je vous laisse faire le compte. La vérité a quand même ses droits.
Mais comme le dit très justement « Valmy » : « bof, il n’y a pas de quoi s’énerver ». Le football ne reste-t-il pas un jeu…?
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Les footballeurs ne sont de nulle part, sauf du côté du fric. Peut-on penser qu »ils ont la moindre idée en politique ? idée (au singulier) étayée par un minimum de culture historique ?
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Je suis assez d’accord avec toi, cher Eustache Daly, du moins en ce qui concerne les footballeurs professionnels. Il est toutefois trop facile de les mettre tous dans le même panier. Un Kompany ou un Hazard me semblent avoir un peu plus de matière grise que beaucoup d’autres.
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Le Vif-l’Express : l’hebdomadaire flamand de langue française le plus lu en Wallonie et à Bruxelles… Soyons précis !
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