Turbulences en vue

magma 2Par Georges Régibeau

Mittal bouscule nos sociétés riches et de moins en moins solidaires. Turbulences en vue. Il ne suffit pas de s’accrocher pour que rien ne change. Ce qui s’annonce, au-delà de l’horizon 2014, c’est la mise à l’épreuve de nos capacités d’adaptation, individuelles et collectives.

« Je crains que l’opinion publique soit en déphasage total par rapport aux risques que nous courons. » L’aveu de Rudy Demotte, une semaine avant l’annonce d’un nouveau coup dur pour la sidérurgie wallonne, est d’autant plus lourd de sens que lui-même, avec le pouvoir qu’il exerce, a peu fait pour secouer l’opinion publique en Wallonie. Celle-ci, poussée vers plus d’autonomie, avance à reculons, sans se détacher mentalement de la Belgique et de la Flandre, à la façon d’un somnambule.

Attention au réveil. Tandis que la Belgique se décompose, l’économie globalisée opère une vaste redistribution des cartes au niveau mondial. Face à un Lakshmi Mittal qui protège au mieux ses intérêts sur un marché planétaire, l’impuissance de la classe politique est ressentie comme une forme d’abandon, de démission. Reproche en partie justifié car l’effacement de la puissance publique a été voulu ou, du moins, consenti par celles et ceux qui ont la responsabilité de gouverner dans l’intérêt de tous.

Quand les forces économiques ne rencontrent aucune résistance, ne laissant aux élus que le choix entre l’insulte et le profil bas, c’est la démocratie, fragilisée, qui se met en danger. L’Union européenne elle-même, appelée à répondre aux défis du XXIe siècle, semble indifférente aux drames sociaux. Ce qui est en jeu, c’est la légitimité de ces différents niveaux de pouvoir. Désillusion, sentiment de trahison : le rappel des années 30 est pertinent s’il nourrit vraiment la réflexion politique, pas s’il sert d’argument moral pour ne pas répondre aux angoisses des gens, et encore moins s’il ne vise que la N-VA.

di rupo, mittalLe danger, c’est que la classe politique soit décrédibilisée. La confiance rompue. Avec cette photo d’Elio Di Rupo auquel Mittal « n’a rien promis », le groupe Sudpresse traduit l’impression générale. Kroll fait la même chose dans le journal Le Soir (voir ci-dessous). Une autorité impuissante. Piteuse et pitoyable. Une fois que les difficultés arrivent, l’exercice du pouvoir se complique. Être au pouvoir, c’est assumer des responsabilités.

En Wallonie, n’en déplaise à Rudy Demotte, on est plutôt du genre à ignorer voire à nier les problèmes aussi longtemps qu’ils ne « vous pètent pas à la g… ». On a peur de forcer le débat sur les changements qui s’annoncent. On manque de vision. Maintenant, Jean-claude Marcourt s’entretient avec Arnaud Montebourg pour « préparer une riposte au niveau européen » : pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus tôt ? Est-on bien certain que l’UE voit les choses de la même façon que la Wallonie et la France ? L’intérêt de la Wallonie n’est-il pas au moins de s’appuyer sur la France, dans ce cas précis comme dans beaucoup d’autres ?

La politique du court terme obéit à des calculs électoraux. Gagner du temps, se ménager une porte de sortie au cas où cela tournerait mal, noyer le tout par des discours trompeurs… Gare à l’explosion, car le plus dur reste à venir.

Se réjouir avec Jan Peumans, le président (N-VA) du Parlement flamand, qu’une nouvelle collaboration prend forme entre la Flandre et la Wallonie, c’est comme offrir des intérêts notionnels à Mittal pour lui permettre de tuer la sidérurgie wallonne en dégageant du bénéfice. (Et on ne peut même pas accuser Jan Peumans de mentir sur les intentions de la N-VA : lire sa récente interview sur apache.be.)

A quand le sursaut ?

kroll, arcelor

3 réflexions sur « Turbulences en vue »

  1. Les seules choses positives que j’ai trouvé dans cette affaire, c’est de voir cette impuissance manifeste d’Elio Di Rupo sur le plateau du JT de RTL TVi. Pour peu, tel un enfant auquel l’on aurait cassé son jouet, il aurait pleuré et nous avec. Image saisissante d’un premier ministre complètement « impuissanté », échec et mat. Quel contraste avec un Arnaud de Montebourg, n’est-il pas ? … Et oui, c’est là toute la différence entre être une « petite, toute petite région naine et être une grande puissance. Je me rappelle encore le mayeur Magnette dire qu’il préférerait être allemand que français. Pauvre c.. . Nous n’avons en tant que francophone ou wallon, RIEN, strictement RIEN à attendre de cette classe politique juste capable de pondre plan sur plan quinquennaux dignes de l’époque soviétique et de ses célèbres réformes agraires. Pauvre Wallonie. Je suis bien désolé de la voir si mal servie. Mais dans toute cette histoire, souvenons nous aussi que si ce personnel politique est en place, ce sont les wallons qui les y ont mis. Et non seulement ils les y ont mis mais ils se sont acharnés à les mettre là où ils sont pour gérer, diriger et faire prospérer notre belle région… Ah oui, une chose dont ces politiques ont été capable, c’est de diriger les auto pompes contre ceux qui viennent de perdre leur job à Liège… Quel classe, quelle grandeur ces hommes-là ! … Sûrement qu’ils rentreront dans l’Histoire …

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  2. Le Roi a oublié de mentionner que « les années 1930 » surgirent suite à l’incurie des politiques « démocrates ». Il aurait pu ajouter que la désaveu de la Société des Nations pourrait à terme s’appliquer à Commision européenne.
    Mais, navré, la NVA ne sera pas la coupable. Ce dimanche,au cours des émissions télévisées de midi (RTBF et RTL) il fut fait mention d’un sondage en France au travers duquel les Français réclamait un CHEF ! Eloquent!

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  3. iaorana bonjour autant que tahitienne Tahiti je ne comprend pas pourquoi les flamands ne respecte pas les wallons , la Wallonie vue par la population tahitien est un moitié de la France coupé par le congres de vienne et c’est dégueulasse . le peuple tahitien soutiens nos frère wallon et j’espère un jour qu’on serra réunie dans notre pays qui s’appelle France .
    fait attention a vous peuples wallons et bonne année 2013 a bientôt et ne baisser pas le bras dans vos combats .

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