Depardieu, la Belgique et la Mordovie

michel lemmensUne nouvelle lettre mystérieuse interceptée par Michel Lemmens

                                                                                                     Bruxelles, le … 2013

Monsieur le Ministre,

Mon cher G…,

Je tiens à vous remercier encore pour votre très aimable invitation à la résidence de cet excellent Vladimir Vassilievitch P…,  qui m’a permis de vous féliciter pour votre nomination à la tête du Ministère de la Culture de …

Que l’occasion vous soit donnée de valoriser ainsi l’héritage culturel de cette grande démocratie, en présence des représentants de la Tch… voisine qui vous doit tant, ne peut que réjouir  tous les amis de la Culture et de la Démocratie.

Je me dois cependant de prolonger notre agréable entretien en vous faisant part des difficultés inattendues, petits effets d’une grande cause, que vos récentes initiatives patrimoniales ont suscitées pour mes collègues du Conseil des ministres.

Nos divers gouvernements, et vous savez combien ils sont nombreux, ont en effet ces dernières années développé avec un certain succès une communication intense et diversifiée en vue de convaincre notre population qu’elle vit dans un petit paradis que le monde entier nous envie.

Or votre délocalisation très médiatisée, certes bien malgré vous, a entre autres révélé à mes concitoyens dûment euphorisés que leur pays est en effet un paradis, mais fiscal et seulement pour les plus nantis.

Et voilà ainsi mis à mal trente ans d’efforts de nos gouvernements qui n’ont cessé d’installer, très démocratiquement et avec le concours de toutes les forces politiques, un régime fiscal dans lequel le modeste salarié peut se voir plus lourdement taxé que son « voisin » milliardaire, ou que la multinationale qui l’emploie, s’il a la chance de n’être pas chômeur.

Cette générosité fiscale envers les rentiers et les propriétaires de capitaux ne devait pourtant pas reposer sur une exceptionnelle prospérité économique, puisque dans le même temps mon pays a dû, pour financer son fonctionnement et donc son régime fiscal, contracter une dette qui a atteint jusqu’à 130% de son PIB, et n’est revenue à « seulement » 100% que grâce à divers artifices « one shot » et à de rares moments de détente sur l’économie mondiale.

Vous comprendrez sans peine qu’il va devenir difficile, pour nous autres pauvres gouvernants, de restaurer la vision idyllique du petit paradis; gageons que les arguments classiques de mon parti ou le « sans nous ce serait pire », dont mes collègues de gauche usent sans modération, n’y suffira pas et que nous allons devoir procéder à une nouvelle et très massive anesthésie avant que le citoyen lambda revienne à une sérénité indispensable à la survie du pays; espérons qu’il survivra à cette intoxication.

Je ne doute pas que votre immense talent, à nouveau investi dans le divertissement du meilleur niveau, ne manquera pas de contribuer à cet apaisement, réparant ainsi le dommage que, bien involontairement, vous avez causé à notre délicate gouvernance.

Ne m’en veuillez pas de ma sincérité et croyez bien que je me réjouis de voir mon pays abriter l’exil, même virtuel, d’un artiste célébrissime qui, faisant mieux encore que Victor Hugo, Charles Baudelaire ou d’autres, a accepté de mettre son talent au service du gouvernement d’une grande démocratie.

En attendant le plaisir de …

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