Wallonisering

Il y a des mots qui font peur. En associant la fermeture de Ford-Genk à la « wallonisation » de la Flandre, Bart De Wever a martelé son credo nationaliste aux oreilles de ceux qui pens(er)aient que les Wallons et les Flamands sont tout simplement dans le même bateau. Les réactions n’ont pas manqué, surtout du côté wallon, pour s’indigner d’un mot jugé vexatoire. Mais les mots n’ont que le sens qu’on leur donne et ce n’est pas la fermeture de Ford-Genk qui va pousser l’opinion flamande à changer son regard sur la Wallonie. D’un point de vue social, économique et politique, celle-ci sert le plus souvent de repoussoir. C’est cela aussi, la Belgique.

Quand il est question de « Belgique flamande » ou de « flamandisation », cela signifie évidemment autre chose, puisqu’il s’agit de dénoncer l’instrumentalisation de la Belgique en faveur de la Flandre. Il y a ce constat : la Flandre, à la fois majoritaire et plus riche,  a une conscience aiguë d’elle-même et de ses intérêts propres. Elle a un rapport complexe avec la Belgique, qu’elle ne domine jamais assez pour servir au mieux ses intérêts. La minorité wallonne étant peu respectée, on lui reconnaît difficilement le droit d’imposer quelque chose à la Flandre. A cet égard, la situation actuelle est particulière, inédite et potentiellement explosive : le gouvernement belge est dirigé par un Wallon (socialiste de surcroît) soutenu par une minorité de députés flamands.

La présence d’Elio Di Rupo à la tête du gouvernement belge contribue, en Wallonie, à marginaliser le courant « rattachiste ». Elle donne aux Wallons l’impression (l’illusion) que c’est dans le cadre belge et en tant que Belges, qu’ils ont la plus grande maîtrise de leur destin. Rattachistes, nous ne voyons pas les choses comme ça, bien sûr. Ce que nous refusons, c’est d’abandonner notre sort à une Flandre en tout point dominante, de nous laisser enfermer dans une relation trop inégale, avec trop peu de solidarité pour garantir l’avenir de la Wallonie. Dans ce constant rapport de force auquel nous condamne la cohabitation « à la belge », nous voyons de moins en moins les « gains » et de plus en plus les « pertes » : il nous semble évident que le prix à payer pour le maintien de la Belgique est devenu trop élevé.  Nous préférons que la Flandre nous lâche complètement, plutôt que de nous tenir à la gorge.

Pour avoir sa place en Europe et dans le monde, il vaut mieux sortir de ce face-à-face. Et d’abord commencer par se faire à cette idée. Ouvrir le champ du possible. Le contexte international lui-même est déstabilisant. Il faut avoir le courage de tout remettre en question. Pour (se) reconstruire.

G.R.

Quoi qu’il en soit, avec leur charge émotionnelle, les mots « wallonisation » et « flamandisation » sont des symptômes, parmi d’autres, d’un mal profond. Celui d’un pays qui n’est pas un pays (sinon celui du surréalisme, dit-on). Ces mots ont inspiré Marc Oschinsky, dont le regard décalé nous plaît davantage, on s’en serait douté, que celui de Charline Vanhoenacker (Le Soir/RTBF).

Parce qu’il vaut mieux en rire, voici ce qu’en dit Marc Oschinsky dans Le Vif/L’Express d’aujourd’hui :

La petite Belgique illustrée de la semaine :

On le sait depuis longtemps, la bruxellisation, ça consiste à détruire une ville en ne laissant que les façades intactes. On le sait depuis une interview de De Wever dimanche dernier, la wallonisation, ça consiste à fermer toutes les usines et à voter rouge. Reste encore à définir ce qu’est la flamandisation (la manie de coller des lions noirs sur les plaques de rue ?) et on pourra partir à la recherche d’une ville détruite, aux usines fermées et aux lions noirs à tous les coins de rue. Evidemment, ce ne sera pas très joli. Mais ce sera typiquement belge.

Le pas de chance de la semaine :

Durcissement du code de la nationalité : dorénavant, devenir belge sera plus difficile. Et le rester après 2014, un exploit. (…)

4 réflexions sur « Wallonisering »

  1. Il faudra qu’un jour des sociologues, des historiens et des psychiatres se décident d’ étudier l’énigme du comportement et du mental des populations habitant le territoire délimité aujourd’hui par les frontières administratives d’un Etat appelé Belgique. Des siècles durant, ces populations durent se soumettre à des maîtres étrangers et colonisateurs. Comme elles vivaient malheureusement sur le parcours de voies aisées d’invasions soit terrestre d’est en ouest ou soit fluviale du sud vers le nord (la Meuse), elles subirent le joug de tous les conquérants, de tous les condotttieres, de tous les opportunistes princiers et cela jusqu’à pratiquement nos jours. Cela explique peut-être une flexibilité de « roseau » et une patience passive malgré des actes de résistance ou des révoltes qui furent toujours trahis par ceux auxquels elles faisaient confiance. Il faudra aussi étudier l’esprit de collaboration active des « élites » issues de ces populations.  » Rome sweet Rome » nous rappelle Astérix avec humour. Mais plus proche dans le temps, comment réagirent les « élites » sous les Bourguignons, sous les divers dynastes Habsbourgeois ? Pourquoi laissèrent-elles les prédateurs agirent à leur guise pour autant que leurs privilèges soient protégés ? Pourquoi ces « élites » ne menèrent-elles pas ces populations à la révolte, à la résistance contre l’occupant même les princiers ? On peut évidemment comprendre, de ce fait, la haine tenace et viscérale des « élites » (religieuses comme laïques) à l’encontre de la France qui commit le CRIME de raboter leurs privilèges sacrés contrairement aux prédécesseurs! Voilà peut-être pourquoi ni Di Rupo, l’opportuniste patenté, ni les « élites » des gouvernements régionaux (wallon et bruxellois) ne réagissent face aux attaques de la Flandre parce qu’ils espèrent effectuer une conversion de la Belgique fransquillonne à la België sans perte de privilèges comme au beau temps des Bourguignons et des dynastes Habsbourgeois.

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  2. Bonjour,
    C’est gentil de me citer. Moins gentil de m’opposer à mon excellente consoeur Charline V., dont j’apprécie le travail. Enfin, libre à vous de penser que ce pays n’en est pas un, c’est même votre fond de commerce et je m’en voudrais de vous en priver. Je reste, quant à moi, persuadé du contraire. Cette dernière précision ne me semblant pas inutile pour les lecteurs de votre blog.

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