Et si Albert II devait être le dernier monarque belge?

Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique, à lire aussi sur le site de La Libre.

Tandis que l’Union européenne peine à sortir du marasme financier, de fortes poussées indépendantistes s’expriment çà et  là : en Écosse, où un référendum sur l’indépendance sera organisé en 2014, au Pays basque et en Flandre. Fort de son triomphe électoral à Anvers, le 14 octobre, Bart De Wever n’a pas tardé à adresser un signal clair aux responsables francophones : « Négocions dès à présent le confédéralisme ! », que ceux-ci se sont empressés de rejeter aussitôt : « Ce n’est pas à l’ordre du jour. Le gouvernement va s’employer à sauver la Belgique en terminant le chantier de la 6e réforme de l’Etat ! » Il y a, au Sud, une obstination suicidaire à refuser de voir la réalité en face. Charles Michel déclarait récemment à « La Libre » : « L’apaisement (communautaire) est indiscutable et la N-VA radote avec un discours simpliste. »

En invitant les francophones à faire un pas supplémentaire, Bart De Wever ne fait pourtant que reprendre le discours tenu au Parlement flamand en 1999, lorsque celui-ci adopta, à une large majorité, ces fameuses cinq résolutions qui s’inscrivent clairement dans un schéma confédéraliste.

« Une 7ème réforme de l’État viendra un jour »

C’est la révolution copernicienne, chère au ministre-Président flamand, Kris Peeters, lequel se profile d’ailleurs de plus en plus à l’étranger comme le chef d’un véritable État-nation souverain (le terme nation figurant expressément en préambule de la Charte que le Parlement flamand a récemment adoptée). « Je constate que le CD&V a loyalement appliqué ce qui était prévu dans la réforme de l’Etat «  , ajoute Charles Michel.

A cet égard, le président du MR devrait relire l’interview accordée par Wouter Beke, le patron du CD&V, au « Soir », le 23 juin dernier : « Personne ne niera qu’une 7e réforme viendra un jour. L’approfondissement de la réforme de l’État est irréversible. Une série de compétences devront encore être attribuées aux Régions : impôt des sociétés, services d’incendie, police Nous étions aussi, comme le PS, pour la régionalisation de la Justice. Nous voulons qu’on tienne compte, en matière communautaire, de pensions, de sécurité , de ce que ce que veulent 57 % de la population belge, donc les Flamands. » Bref, le confédéralisme, avec un échelon central réduit à l’état de coquille vide et une gestion paritaire de Bruxelles.

On a ressorti le Plan B

Pour ce qui est de l’apaisement communautaire, on verra sous peu ce qu’il en est. Car l’accord intervenu à propos de BHV n’est pas dépourvu de pièges, notamment en ce qui concerne la nomination des bourgmestres. Wouter Beke a d’ailleurs été très clair à ce sujet: « Ce décret, valable pour la nomination de tous les bourgmestres de Flandre, était connu depuis le début des négociations fédérales. Et la réforme de l’État n’a rien changé aux compétences flamandes. [ ] La meilleure façon de pacifier, c’est de respecter les lois et règles. C’est la Flandre qui est compétente ! Les circulaires flamandes doivent donc être respectées. » A bon entendeur, salut !

N’est-ce pas d’ailleurs parce qu’ils perçoivent bien le risque d’une scission imminente que plusieurs responsables francophones ont récemment ressorti l’idée du « Plan B », lequel consiste – ne tournons pas autour du pot – à affirmer la Fédération Wallonie-Bruxelles pour la transformer, le moment donné, en une Belgique seconde ou continuée ?

WalloBrux écartée au niveau international?

Si, comme l’a dit Francis Delpérée, « le confédéralisme est le fédéralisme des cons » , on peut dire que le WalloBrux est le mirage des nostalgiques unitaires et monarchistes, qui espèrent ainsi sauvegarder leur rente de situation. Pour reprendre l’expression de François Perin : « Ce serait une Belgique en réduction, aussi médiocre que l’autre, avec les Saxe-Cobourg en prime dont la Flandre aurait fait l’économie ! »

La chose ne serait d’ailleurs pas aussi simple. Une adhésion de plein droit de ce WalloBrux aux traités internationaux comme successeur de l’ancienne Belgique pourrait être contestée juridiquement par d’autres États, par exemple par le nouvel État flamand. Celui-ci se mettrait de facto en dehors des organisations internationales, que la déclaration d’indépendance soit jugée légale ou non par la Cour internationale de Justice. Mais, par là même, la Flandre mettrait aussi la Belgique résiduelle hors du jeu international, l’exclurait des organisations internationales de jure. Ce fut d’ailleurs le cas pour la « Yougoslavie continuée » (Serbie-et-Monténégro) lors des sécessions croate et slovène de la Fédération yougoslave.

Cette Belgique résiduelle serait d’ailleurs si substantiellement différente de la première qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Enfin, se pose la question de savoir comment, au départ de relations qui, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, ont toujours été empreintes d’une certaine méfiance, organiser les pouvoirs et fixer le poids respectif de la Wallonie et de Bruxelles au sein de l’État commun. Un beau casse-tête en perspective

Et si la Belgique devait se scinder?

Le livre « Question(s) royale(s) » que Frédéric Deborsu vient de sortir, évoque une possible abdication d’Albert II en 2013.

Et si les choses devaient se précipiter, rendant la scission de la Belgique inéluctable ? Nous détiendrions alors un double record : celui du premier État membre de l’Union européenne à être resté le plus longtemps sans gouvernement de plein exercice; celui du premier État membre de l’Union européenne – de surcroît l’un des pays fondateurs, abritant le siège des institutions – à se disloquer.

On va me rétorquer : « Avec des si  » Toujours est-il que la force de la mouvance nationaliste flamande est une donnée bien réelle et qu’Albert II pourrait rentrer dans l’Histoire comme le dernier monarque belge !

Une réflexion sur « Et si Albert II devait être le dernier monarque belge? »

  1. Si pour Francis Delpérée, « le confédéralisme est le fédéralisme des cons », c’est – je l’espère pour lui, sinon, ce n’est pas le fédéralisme qui est con – qu’il a parfaitement compris que ce serait la fin de la Belgique. Donc, vive le confédéralisme ! A condition bien entendu que ce ne soit pas sur base communautaire mais territoriale. Les choses seront alors plus facile pour nous, Wallons.
    Il est essentiel de répéter qu’il n’y a pas de peuple francophone, c’est un mirage.

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