Echange de courriels très constructifs entre Pierre Hazette et Jules Gazon

Mon cher Jules,

Une fois de plus, je regrette que mon billet d’avion ne me ramène au pays que le 27.
J’aurais voulu être parmi tes auditeurs.
Dès à présent, je partage tes conclusions: ce n’est pas dans une Belgique sans la Flandre, ni dans une Fédération Wallonie-Bruxelles débarrassée de la tutelle fédérale qu’il faut chercher un avenir pour les francophones ou les Wallons. Nos regards convergent vers la France.
Nous devons cependant nous garder de tout lyrisme incantatoire ou encore d’une agressivité verbale, inopportune en la circonstance.
C’est pourquoi j’apprécie hautement ta démarche: tu interroges les chiffres et tu conclus.
Une phase préparatoire doit cependant être organisée. Je souhaiterais que tu l’évoques en mon nom.

L’autonomie que réclame Jean-Claude Marcourt existe dans les compétences dévolues aux entités fédérées.
Je propose qu’on en fasse un usage massif dans des accords de coopération avec la France.
Des synergies de fait doivent être organisées institutionnellement, dans l’enseignement supérieur, par exemple.
Mais c’est vrai aussi dans la coopération internationale.
Philippe Suinen vient de révéler que nous pourrions nous appuyer, avec plus de profit, sur un autre partenaire que la Flandre, en ce qui concerne le commerce extérieur.
Dans l’enseignement secondaire, nous pourrions relever le défi de proposer les épreuves du bac à nos grands adolescents.
Dans l’audiovisuel, une collaboration avec France Télévision enrichirait nos programmes en soulageant notre trésorerie.
Dans les matières proprement régionales: agriculture, aménagement du territoire, environnement, économie régionale…, j’aperçois maintes occasions de mieux faire et à moindres coûts ce que nous allons nous époumoner à faire seuls.
La promotion des accords de coopération montrerait progressivement aux Wallons et aux francophones que la France est accueillante et respecte nos particularismes.

On a trop souvent brûlé les étapes. Nous avons besoin d’une approche plus diplomatique, plus calculée, plus prudente qu’elle ne l’a été depuis que la séparation apparaît inévitable. Certains, à Liège en particulier, l’ont compris avant bien d’autres. Grâces leur soient rendues.
Il s’agit seulement aujourd’hui de forger un large consensus.

Ton travail d’analyse et de propositions est exemplaire à cet égard. Je voulais te le dire avant ton discours de Liège.
Bon vent. Et nous savons qu’il n’est de bon vent que pour le capitaine qui sait où il va.
Amicalement tien.

Pierre HAZETTE.

 

Mon cher Pierre,

Merci pour ton encouragement. Tes propositions aussi concrètes que pertinentes montrent comment avec les instruments dont disposent les responsables politiques aujourd’hui, on peut d’ores et déjà se rapprocher de la France. Mais je crains qu’actuellement ceux qui sont convaincus de la fin de la Belgique, veuillent tenter l’indépendance de la Wallonie. Si je me réjouis de ce premier pas dans la bonne direction, car des forces vont enfin se mobiliser pour un meilleur avenir wallon, le chemin à parcourir pour que le monde politique se rallie à l’option française reste immense. L’économique les obligera à réviser leur point de vue mais le temps perdu sera préjudiciable au peuple wallon.
Pourtant, au delà de la raison économique, il n’y a pas de nation wallonne même si l’identité wallonne se construit. Mais celle-ci connaît deux faiblesses substantielles comme le souligne Jacques Lenain: l’une d’ordre interne qui tient à l’espace wallon lui-même, l’autre d’ordre externe qui tient à la France.
Dépourvue d’une véritable capitale urbaine, tiraillée qu’elle est entre Liège, Charleroi, Namur et Mons, la Wallonie est multipolaire en raison de particularismes hérités de son passé historique, politique et économique. Ces antagonismes locaux font qu’aucune ville wallonne ne peut prétendre au rôle de métropole à la fois politique, économique et culturelle reconnue par l’ensemble des Wallons.
De plus, les Wallons sont toujours en butte au sentiment d’appartenance à la Belgique encore persistant, bien plus nettement qu’en Flandre.
Mais avant tout, malgré un millénaire de séparation politique avec la France, les marqueurs identitaires de la Wallonie qui pourraient en faire une nation lui sont extérieurs ; ils sont français. La Wallonie a, comme la France, des racines gauloise, romaine et franque, racines auxquelles il faut ajouter un même référentiel des valeurs, hérité tant du siècle des lumières (liberté, égalité, laïcité) que de la religion catholique.
Cette proximité avec la France, toute la création artistique et littéraire wallonne l’exprime, depuis des siècles. En fait, l’identité wallonne ne s’exprime que sur un mode réduit et «régional», en référence à l’univers national français s’imposant comme une force qui transcende les particularismes wallons. Ne pas vouloir le comprendre est sans doute dû à un conditionnement intellectuel imputable à l’histoire telle qu’elle nous a été enseignée: il fallait éloigner les francophones de Belgique de la France, précisément parce qu’ils en étaient si proches par la géographie mais aussi par l’histoire et la culture.
Mobilisons-nous donc pour ouvrir, comme tu le suggères, autant de chemins de coopération avec la France et préparons un terreau favorable à ce rapprochement.

Je ne manquerai pas d’évoquer ton courriel et tes suggestions lors de ma conférence. Accepterais-tu en plus que l’on publie notre échange de courriel sur le site de l’Alliance Wallonie France. J’adresse copie de nos courriels au Président Paul Durieux.

Avec toute mon amitié,

Jules Gazon

Une réflexion sur « Echange de courriels très constructifs entre Pierre Hazette et Jules Gazon »

  1. Pierre Hazette rejoint les Ducarme, Eerdekens et autres courageux ! Bravo à lui !
    Je suis certain qu’une grande majorité des mandataires pensent comme lui. On ne peut que souhaiter qu’ils parviendront à infléchir leurs partis respectifs, et oeuvrer dans l’intérêt général des francophones ! C’est tellement évident que la France est notre nation, depuis toujours ! Seule la France nous permettra enfin de nous développer, à tout point de vue !

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