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Achever l’osmose naturelle (François Perin)

Rien de ce qui se passe en France ne nous est étranger. Ceci n’est pas une déclaration de francophilie aveugle. Idéaliser la France n’a pas plus de sens que d’idéaliser l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, l’Europe, la Chine ou les USA !

La géographie, la langue et les mœurs ont, depuis des siècles, créé une osmose entre les Wallons et les francophones du Nord qui n’existe pas au même degré avec les voisins les plus proches : allemands, hollandais et anglais. Cette réalité de fait ne résulte d’aucun décret, d’aucune volonté délibérée. La fixation de la frontière sud est le produit des aléas de plusieurs siècles de guerres et de traités auxquels les populations concernées n’ont jamais eu aucune part. Après la première défaite de Napoléon en 1814, l’état-major allié ne laissait aucun doute à ce sujet : en ce qui concerne les habitants, « il ne pouvait être question ni de les consulter ni,  s’ils parlent, de les entendre ».

Les puissances victorieuses fixèrent les frontières de la France en les rabattant sur celles de 1714 malgré les nombreuses fluctuations entre cette dernière date et la défaite finale de la France. Peu importe leur caractère artificiel : pas un centimètre de cette frontière n’a de sens, ni géographique, ni humain, ni économique. Cette frontière est purement politique : c’est une arête d’un Etat belge surtout voulu par les autres. Aujourd’hui, elle n’est même plus monétaire.

Cette osmose naturelle n’avait aucun besoin d’institution. Paradoxalement, la « Communauté française de Belgique »  créée depuis la réforme constitutionnelle de 1970-1971 ne s’est formée que par déduction en raison de la volonté flamande de s’octroyer sa propre autonomie culturelle. Alors que celle-ci s’est voulue flamande au point d’éliminer le terme « belge » (voyez la VRT), la « nôtre » persiste à se vouloir belge, engendre une « belgitude », terme que l’on n’aurait jamais eu l’idée d’inventer avant 1970, et essaie par sa « spécificité introuvable » de prendre ses distances à l’égard de la réalité culturelle française. Sa dénomination officielle juridiquement intouchable est remplacée, par l’usage, par la « Communauté (on ferait mieux de dire « association ») Bruxelles-Wallonie », ce qui fait bien deux et non un.

Notre « Communauté » n’est finalement plus rien : ni française, ni wallonne, ni bruxelloise; elle se caractérise par sa confusion, son perpétuel malentendu avec la Région wallonne et met enfin son point d’honneur à dresser en vain une cloison plus étanche freinant ainsi plus ou moins maladroitement l’osmose naturelle avec la France.

La coupure d’Etat n’a pas été neutre; elle a été nuisible. Le quadrillage scolaire homogène de la République nous a manqué. Nous parlons plus lourdement, nous pensons moins vite, les accents locaux restent plus incrustés. Si d’aventure, les Flamands mettaient fin à l’existence de la Belgique par une déclaration unilatérale d’indépendance, avec une crise brutale due au refus des Bruxellois d’être des « nationaux flamands », ne serait-il pas préférable d’être intégrés ou associés chacun à sa manière dans l’Hexagone et d’être finalement Français à part entière ? Notre assimilation en un ou deux temps ne se heurterait à aucun obstacle majeur. Il suffirait d’achever l’osmose naturelle.

                                            François Perin, dans Le Soir du 19 avril 2002