Archives pour la catégorie Revue de presse

Vers les Grands Pays-Bas

« Les pays qui pensent à long terme sont ceux qui réalisent les meilleures performances économiques. » Cette phrase n’est pas d’Elio Di Rupo mais de Kris Peeters et c’est au nom de la Flandre qu’il s’est exprimé. Explication donnée par Dirk Vanoverbeke dans Le Soir d’aujourd’hui :

« Le gouvernement flamand vient d’annoncer les fiançailles entre la Flandre et les Pays-Bas. Le couple porte déjà un nom : les Plats Pays. Prononcez De Lage Landen. (…) L’idylle est née d’une idée qui ressemble assez à la devise de la Belgique : unir les forces des Plats Pays pour les rendre plus performants. « Les Hollandais sont des hommes qui font des plans. Nous, nous tirons très bien notre plan. Nous allons combiner ces deux qualités », explique le chef du gouvernement flamand. »

Pour l’intégralité de l’article : ici.

« Nous sommes en plein magma bouillonnant »

Lu aujourd’hui dans le journal « Vers l’Avenir » :

Les États ont un début et une fin. Ils ne sont pas faits pour durer. Et à l’examen du cas belge, l’hypothèse d’un éclatement y est aiguë. C’est la conviction de Xavier Mabille.

Le président du Crisp, qui étudie à la loupe la décision politique en Belgique depuis 1959, sort une « Nouvelle histoire de la politique de la Belgique ». Son ouvrage démarre en 1780 et se termine le 15 octobre dernier. Avec un point d’interrogation sur les réelles conséquences de la plus longue crise gouvernementale de toute l’histoire du pays. (…)

Pour lui, le retour à une Belgique unitaire est impossible. Et pire : la stabilisation de l’État fédéral dans sa forme actuelle n’est pas plausible. En clair, la Belgique est entrée dans un processus de réforme de l’État sans fin. Pourquoi ? « D’une part, l’autonomie des communautés et des régions revêt un caractère irréversible ; d’autre part, trop de dynamiques sont à l’œuvre et trop de revendications sont encore avancées pour que l’on puisse conclure que l’évolution institutionnelle soit totalement achevée », écrit Xavier Mabille.

Mais alors, où va-t-on ? C’est, pour Xavier Mabille, le quatrième tremblement de terre que vit la Belgique. (…)

« Nous sommes en plein magma bouillonnant »

Pour revenir à ce mois de décembre 2011 qui se prépare à offrir un gouvernement aux Belges, qu’en espérer ? «Il faudra voir ce que les accords institutionnels donneront, comment ils seront financés et surtout quand ils seront mis en œuvre », explique Vincent de Coorebyter, directeur du Crips. Si la réforme de l’État est mise en œuvre dès 2013, cela ôtera un argument massue à la N-VA. Mais si on la renvoie en 2014, alors ce sera l’inverse.

« Nous sommes vraiment à la croisée des chemins. Nous sommes en plein milieu du magma bouillonnant », appuie Vincent De Coorebyter. La perspective d’un gouvernement qui verra le jour dans quelques jours ne sauve pas les meubles de la maison de la Belgique. Il faudra voir à l’usage. Et les historiens ne sont pas devins. Mais ils offrent l’occasion de refaire le chemin qui nous a menés jusqu’ici. (…)

C.Ern.

Le CRIPS (centre de recherche et d’information socio-politiques) est une organisation reconnue d’éducation permanente, soutenue par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

« Nouvelle histoire politique de la Belgique », Xavier Mabille, Crisp, 457 pages, 27,50€

Pour l’intégralité de l’article : ici.

Les communes se consolent à Paris

C’est Eric Deffet qui l’écrit dans le Soir d’aujourd’hui. Sous ce titre, on apprend que le bourgmestre de La Louvière a fait son marché au Salon des maires et des collectivités locales qui se tient à Paris chaque année. On y lit également ceci :

« Désormais président de l’Union des villes et communes de Wallonie, Jacques Gobert a conservé ses habitudes à Paris. L’an dernier, le président des maires de France lui a demandé quand les 262 communes wallonnes rejoindraient l’association française… Il n’en est toujours pas question. Mais un jour, qui sait ? »

Ben voilà. C’est ce qui s’appelle une main tendue.

Le billet dans son intégralité : ici.

Amis du Soir, bonsoir !

La pièce n’est pas finie, aussi n’allons-nous pas nous lever, applaudir, siffler, jeter des tomates ou verser des larmes…

Il nous suffit d’observer la scène où s’agitent les acteurs politiques empêtrés dans les contradictions de la démocratie belge, exposés à l’incompréhension générale, au ras-le-bol d’une opinion publique elle-même divisée, avec une gauche essentiellement wallonne qui refuse les diktats de la droite et une droite flamande qui se crispe à l’idée d’être encore une fois l’otage de la FGTB, alors que l’Europe et le monde de la finance confortent la position de Bart De Wever, prêt à renoncer à de trop maigres acquis communautaires pour boucler un budget rigoureux dont la note serait payée, avant tout, par ces assistés wallons que la Flandre exècre : cela fait 526 jours que cela dure, avec une tension qui s’abîme dans la lassitude.  

Usés, l’optimisme de la volonté, la volonté de l’optimisme, l’autosuggestion, l’autohypnose et  l’euphorie artificielle. Le journal Le Soir, devenu Belgique-Soir au chevet d’un pays malade, en arrive à se demander si, vraiment, la Belgique a encore un sens. L’émotion le dispute à la pédagogie. A la une, un seul titre : un pays brisé, sur fond noir, très noir et très brisé. Béatrice Delvaux, qui alterne avec plus ou moins de bonheur les douches froides et les bains chauds, se lâche : «Assez !!!», écrit-elle avec trois points d’exclamation. «Nous allons en arriver à cette conclusion : la séparation du pays s’impose. Car vous nous donnez désormais la preuve que ce pays est brisé, incapable d’être gouverné, tant ses fractures gauche-droite, francophones-flamands, régionales-fédéral sont béantes. Profondes. Et comme ces clivages se superposent parfaitement, la seule leçon que les hommes politiques démocrates et unitaristes nous forcent à tirer sera donc que ce pays ne peut plus être.»

Si c’est elle qui le dit…

G.R.

Pour l’édito de Béatrice Delvaux : ici.

Ce que pense « Knack » de Di Rupo… Ambiance !

A lire sur le site du Vif/l’Express :

« Elio Di Rupo est incompétent ! »

Pourquoi la construction du budget prend-elle autant de temps ? «Parce que le formateur est incompétent !», assène Rik Van Cauwelaert. Etat des lieux des négociations avec le directeur du magazine Knack… qui taille au passage un costume au vitriol à Di Rupo.

Le budget d’Elio Di Rupo sera-t-il bouclé avant l’échéance dictée par l’Europe ?

Celui qui promet un budget capable de trouver 11,3 milliards d’euros pour réduire à 2,8 % le déficit n’est qu’un farceur. Une intervention d’une telle ampleur ne peut être réalisée que par une coalition composée de partis qui se font une confiance aveugle. Et l’on ne peut pas dire que la confiance règne autour de la table des négociations… Il y a fort à parier que, pour faire passer ces nouvelles taxes qui restent en travers de la gorge de ses partenaires de négociations, le formateur sortira de nouveau de son chapeau l’un de ces moments dramatiques dont il a le secret.

Pourquoi la construction du budget prend-elle autant de temps ?

Parce que le formateur est incompétent ! Personne n’ose le dire à haute voix. Pourtant, tous les négociateurs s’accordent sur ce constat. Même au sein du PS, le doute commence à poindre. Pour l’instant, ce manque de compétence est encore masqué par l’excellent travail du centre d’études du PS, qui fournit quotidiennement au formateur de nouvelles cartouches sur la marche à suivre.

Jusqu’à présent, Elio Di Rupo a pu conclure des accords en faisant payer la note aux autres partis. La scission de BHV a été réglée au comptant par le MR, qui a vu son parti amputé du FDF. La nouvelle règle de financement a été payée par les partis flamands. A présent qu’il doit lui-même sortir du bois pour lancer une grande réforme économique et sociale, Elio Di Rupo est toutefois tétanisé par l’angoisse et se cramponne aux positions du PS.

Quand aura-t-on un gouvernement ?

Voici peu, les rumeurs venant de la table de négociations me soufflaient qu’il y aurait un gouvernement pour Noël. A ceci près que, si c’est effectivement le cas, ce n’est plus vraiment la peine de mettre un nouveau gouvernement sur les rails. Ce dernier, en effet, prendra son envol dans une ambiance préélectorale : les élections communales auront lieu en octobre 2012. Des élections qui ne précèdent que de peu les élections fédérales de 2014. Et l’on aura besoin d’un Premier ministre un peu plus solide qu’un Di Rupo qui agit à la manière d’un David Copperfield.

Le lien vers le site du Vif/l’Express : ici.

Le lien vers le site de Knack : ici.

A rire ou à pleurer

Nous voulons parler du ton employé par le journaliste du Soir pour évoquer le match de football (amical) qui opposera demain la France à la Belgique. On ne lui en veut pas de souhaiter une victoire des Diables rouges, évidemment, mais la suite est pour le moins interpellante :

On voit déjà la Une de l’Equipe, mercredi matin : «La mauvaise blague belge». Ne nous voilons pas la face : pour les Français, même s’ils constatent progressivement que nos meilleurs talents parviennent à s’imposer dans de grands clubs (Kompany, Van Buyten, Vermaelen, Dembélé, Courtois, Vertonghen…) ou à carrément devenir le roi chez eux (Hazard, champion, vainqueur de la Coupe et sacré meilleur joueur de Ligue 1), nous ne sommes que de petits comiques sans gouvernement, sans équipe, avec un accent – souvent mal imité – qui prête à rire, une fois ! Une bonne petite leçon ne leur ferait donc pas de mal. Eden Hazard, pour qui le match sera plus particulier encore, l’a rappelé dimanche : « Du fait de ma présence en France depuis sept ans, je me sens Belge à 99 %, Français à 1 % mais l’idée d’une naturalisation ne m’a jamais effleuré l’esprit ». Pour… une fois, montrons-leur notre talent, notre fierté, bousculons la hiérarchie établie afin que nos voisins d’outre-Quiévrain ne nous regardent plus de haut. Ou en tout cas d’aussi haut !

Ce n’est pas de football qu’il est ici question, mais de fierté nationale. Le ressentiment est le ferment du nationalisme, a écrit Marc Angenot, grand intellectuel d’origine bruxelloise. A force de voir des nationalistes partout, les derniers Belges auraient-ils perdu le sens de la dérision qui, paraît-il, leur va si bien ?

Pour l’article du Soir : ici.

C’est marrant, sur le même sujet, le journal L’Equipe titre « Les meilleurs ennemis », mais c’est pour évoquer les rapports difficiles entre Leekens (le sélectionneur belge) et Eden Hazard. Pour l’article de l’Equipe : ici.

Quand Bart de Wever parle aux nationalistes écossais

 Article de Michel Vandersmissen dans «De Morgen» du lundi 24 octobre

 Bart De Wever a assisté au congrès annuel d’automne du Scottish National Party (SNP).

 Dans son discours en anglais – un anglais bien meilleur que celui d’Elio Di Rupo -, il a expliqué comment les pays européens étaient devenus, via des chemins divers, des Etats souverains.

Pour bâtir une nation forte, il faut également une identité politique. Le nationalisme au 21ème siècle est une force positive et nécessaire quand il est basé sur la démocratie, la solidarité, les lois et les droits du citoyen.

Quand il parle de la Belgique, sa voix se fait plus forte. La Belgique n’est plus une démocratie. Au lieu de construire une démocratie en Belgique, les francophones ont développé une démocratie parallèle au sein de l’Etat belge et contre la majorité flamande. C’est pourquoi la Belgique est maintenant divisée en deux parties, en deux démocraties. Chacune avec ses propres médias, institutions et partis politiques. Nous n’avons plus rien en commun. Et pour donner plus de poids à ses paroles, il cite le commissaire européen Karel De Gucht : La Belgique est devenue une conférence diplomatique entre deux nations.

Le SNP veut organiser un référendum sur l’indépendance. Bart De Wever trouve cela très bien, mais il estime que le SNP joue gros. Et si on obtient un résultat négatif ? On risque de rendre le thème d’une plus grande autonomie inabordable pour des années. Avec le système électoral britannique – où le parti qui obtient le plus de voix obtient également le siège dans une circonscription électorale -, la N-VA aurait également la majorité absolue en Flandre et nous pourrions aussi, en théorie, proclamer l’indépendance ou organiser un tel référendum. Mais je ne pense pas que la Flandre soit prête pour cela. Je sais qu’il n’y a pas actuellement de majorité pour une indépendance flamande. Je suis partisan d’une évolution – accroître progressivement l’autonomie -, au lieu de la révolution. Nous  devons démolir calmement notre vieille maison au lieu de la flanquer tout de suite par terre. Dans le même temps, nous construisons une nouvelle maison en Europe. C’est pourquoi il vaut mieux tendre d’abord à une autonomie fiscale totale.

Lu dans la presse flamande. La confiance règne. Tout va bien !

 « Flamand, fais attention à tes oies ! » – Edito d’Eric Donckier dans « Het Belang van Limburg » du mercredi 28 septembre

Quand le renard prêche la passion, fermier, fais attention à tes oies ! Cela vaut aussi lorsque le ministre-président wallon, Rudy Demotte, prend la parole et déclare que la transformation de la Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles ne peut, en aucun cas, être considérée comme une forme d’agression contre la Flandre. Car c’est ce qu’elle est naturellement.

Il faut que cela soit clair pour tous les Flamands : les francophones préparent à fond l’indépendance de la Wallonie. Ce n’est pas pour demain, ni pour après-demain, mais bien pour le jour où les transferts devraient s’inverser parce que la Wallonie fait mieux, sur le plan économique et financier, que la Flandre suffisante, endormie, où plus rien n’est possible.

Les choses peuvent donc encore durer un certain temps. Selon une étude de la KBC, vingt ans. En attendant, on prépare à fond cette indépendance wallonne.

– L’arrondissement électoral de Bruxelles est définitivement élargi aux six communes flamandes à facilités.

– Bruxelles reçoit de l’argent supplémentaire : 461 millions d’euros pour 2015, montant qui ne cessera après de grimper, car il est lié à l’index et à la croissance économique. La demande flamande, polie, de réformer un tout petit peu les institutions bruxelloises en échange, a été dédaignée.

– Bruxelles devient de plus en plus une Région à part entière, avec également des compétences communautaires. Elle sera désormais compétente aussi pour les allocations familiales.

– La loi de financement favorable à la Flandre sera revue à court terme dans l’intérêt de Bruxelles et de la Wallonie. La Flandre y trouvera son avantage à plus long terme, mais seulement en cas de croissance économique élevée. A la Banque nationale, on a de fortes réserves à l’égard des pronostics des huit partis.

– Les liens entre Bruxelles et la Wallonie sont renforcés par la création de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Bruxelles ne s’est jamais profilée comme la capitale de la Flandre. Rhode-St-Genèse – qui n’est pas par hasard le nouveau chef-lieu du nouveau canton électoral dans lequel les six communes flamandes à facilités sont regroupées – servira de corridor entre Bruxelles et la Wallonie.

Ce sont des faits, rien que des faits. La plupart d’entre eux ont été décidés lors de ces négociations gouvernementales, également par les quatre partis flamands – CD&V, SP.A, Open VLD et Groen – qui sont autour de la table. Et les choses risquent d’être pires encore lorsque, lors de l’assainissement des finances publiques, on travaillera surtout aux nouveaux impôts, à payer par les gens qui travaillent, donc principalement les Flamands.

« C’est étrangement calme en Belgique francophone » – Edito de Paul Geudens dans « Gazet van Antwerpen » du mercredi 28 septembre

(…) On pourrait attribuer cela au fait qu’il n’y a plus d’opposition, à l’exception du minuscule FDF. Tous les partis sont à la table du formateur Elio Di Rupo.

De qui donc la critique devrait-elle venir ? Onkelinx, Milquet, Michel et Javaux ne vont tout de même pas protester contre quelque chose qu’ils ont eux-mêmes bricolé.

Non. C’est exact. Mais avec la scission de BHV, c’était aussi comme cela. Et puis, il y eut beaucoup de réserves à Bruxelles et au sud de la frontière linguistique. Les concessions furent publiquement confessées. Pour les rendre acceptables, on esquissa une perspective à long terme. Louis Michel déclara ainsi qu’il était inscrit dans les astres que les six communes à facilités reviendraient « plus tard » à Bruxelles.

Avec la loi de financement, ce n’est pas le cas. Il faut diablement chercher dans la presse francophone pour trouver une note dissonante. On peut donc supposer que cet accord plaît vraiment aux francophones.

Et c’est curieux. Pendant plus d’un an, tous les partis francophones, Elio Di Rupo en tête, ont claironné que la nouvelle loi de financement appauvrirait la Wallonie. Ils avaient une peur sainte de commencer les négociations, convaincus qu’ils étaient que la Flandre abandonnerait la pauvre Wallonie à son sort. C’est l’une des raisons principales pour lesquelles les discussions ont duré si longtemps.

Et maintenant, vous n’entendez plus rien. Très curieux, mais également inquiétant d’un point de vue flamand.

Le pessimisme de la N-VA serait-il tout de même justifié ? Cela se pourrait-il que la Flandre se retrouverait en 2030 avec une gueule de bois de 2,5 milliard d’euros ?

Aussi longtemps que les textes de l’accord ne sont pas publiés, l’incertitude persistera. Ce n’est que lorsque tous les détails seront connus et analysés par des experts indépendants que nous saurons exactement ce qu’il en est. En attendant, nous retenons notre souffle.