On peut supposer que nos subtilités institutionnelles n’intéressent pas plus les Japonais que les Américains. Puisque la Flandre entend se faire une place dans le monde, il ne faut pas s’étonner des libertés qu’elle prend pour assurer sa promotion à l’étranger. Que la même carte, déjà contestée, serve encore aujourd’hui, cela montre seulement que les autorités flamandes ne tiennent pas compte des réactions francophones. Plus grave, sans doute, est la manipulation des chiffres en matière de nouvelles technologies : il semblerait que, sur ce marché, la Wallonie et Bruxelles n’existent tout simplement pas, la Flandre ayant outrageusement tiré la couverture à soi. Voir l’article de La Libre.
Archives pour la catégorie Revue de presse
La Wallonie plus forte avec la France
Et c’est l’Union wallonne des Entreprises qui le dit !
A lire sur le site de la Libre.
Le pays de la frontière
Vu dans le Vif/L’Express. La frontière linguistique sous l’objectif d’Alban Biaussat, photoreporter français fasciné par les frontières. Entre expression artistique et reportage.
Voici le mur de chicon (« façon surréaliste de célébrer ce que l’auteur définit comme un divorce inéluctable« , écrit Le Vif).
Le Moustique qui pique…
Vincent Peiffer, le toujours inspiré chroniqueur du (Télé)Moustique, revient sur la façon dont certains, en Flandre, ont réagi au rapport qui explique aux députés français pourquoi la Belgique a eu tant de mal à se trouver un gouvernement…
Voici son texte (qu’on peut lire aussi sur le site du Moustique).
Maintenant, c’est sûr : il y a complot international contre la Flandre ! Une ultime preuve ?
Ces deux députés français envoyés en mission chez nous par leur Assemblée nationale, afin de comprendre pourquoi la Belgique a mis 542 jours à former un gouvernement. Leur rapport, intitulé « La Belgique en quête d’un nouvel équilibre », vient de sortir. Et vous savez quoi ? Ces Frans sont eux aussi des gens qui ne comprennent rien à rien.
Je dis « eux aussi » parce que d’autres rapports de l’ONU et du Conseil de l’Europe avaient déjà dénoncé l’attitude de la Flandre politique, notamment sur le plan linguistique. Des carabistouilles, natuurlijk. Et là, re-re-re-belote, les deux députés français écrivent que les Flamands « ne pourront être satisfaits que si le cordon belge est coupé ou, tout au moins, largement distendu ». Ils parlent d’« égoïsme flamand » et aussi de « certaines méthodes fascistes utilisées aujourd’hui en Flandre ».
Et donc, c’est bien normal que d’honorables députés de la N-VA réagissent pour rétablir la vérité vraie. Pour le député Van Overmeire (membre du Vlaams Belang jusqu’en 2010), les deux Français « montrent leur mépris à l’égard de la Flandre ». C’est connu : la France passe sa vie à mépriser la Flandre. Et d’ailleurs, leur rapport ne reflète que « l’opinion de journalistes et d’académiciens francophones ».
La paire de députés a pourtant interrogé autant de politiques, d’universitaires et de journalistes flamands que de francophones. Mais mal, faut croire. Pour l’ex-Belang de la N-VA, ce rapport n’est qu’un tas de « préjugés francophones connus ». Donc total : ONU + Europe + députés français = gros complot international genre CIA-KGB-Mossad-MI6 fomenté contre la Flandre. C’est évident.
Un complot qui, bien évidemment, bénéficie de collusions internes ! Une preuve irréfutable ? Les propos tenus en marge du rapport par le président de la Chambre, André Flahaut, qui déclare aux comploteurs français que « tout l’appareil de l’Etat est flamandisé ».
Et qui qualifie la non-nomination des bourgmestres francophones de la périphérie bruxelloise de « déni de démocratie ». Deux lapalissades qui valent une sortie de l’artillerie lourde N-VA, c’est-à-dire de Bart De Wever soi-même : « Le PS chante son amour pour le mariage belge mais, derrière le dos des Flamands, vient dire que son partenaire est fasciste, raciste et égoïste ». Pas bien.
Sauf que, dans ce rapport ou dans ses annexes, ni Flahaut ni « le PS » n’ont traité qui que ce soit de fasciste, de raciste ou d’égoïste. M’en fous ! De Wever envisage quand même la démission du président de la Chambre. Quant aux caniches du CD&V, ils veulent des excuses.
Donc voilà, Monsieur Flahaut, c’est comme ça : il est permis de penser dans sa tête que l’Etat est flamandisé ou que la Flandre ne respecte pas la démocratie en périphérie. Mais chuut, on ne peut pas le dire tout haut ! On le garde pour soi. Pour pas gêner le « partenaire ».
Par exemple moi, je pense très fort en mon moi intérieur que les bourgmestres flamands qui organisent des bureaux de délation anti-francophones dans les communes flamandes autour de Bruxelles sont des vrais fachos. Et ça me débecte que ces gens soient mes « partenaires ». Mais chuut, je peux pas le dire ! Surtout pas à des visiteurs étrangers ! Sinon je participe au complot.
Mais qu’allons-nous faire dans cette galère ?
La Flandre a bien le droit de regretter la révolution belge et de vouloir se rapprocher des Pays-Bas. A l’entendre, en 1830, elle avait perdu toute conscience d’elle-même, elle s’est laissé faire. Il lui a fallu du temps pour se reconstruire, avec une identité forte et une économie performante. Au tour des Wallons de ne plus exister.
La N-VA plaide pour une armée belgo-hollandaise et le ministre belge de la défense, le CD&V De Crem, pousserait dans ce sens. L’armée, le drapeau, ce n’est pas anodin. Pas plus que le football, d’ailleurs, compte tenu de son pouvoir structurant : en créant un championnat commun à la Belgique et aux Pays-Bas, on ferait un pas vers un confédéralisme belgo-hollandais. Mais qu’allons-nous faire dans cette galère, nous, face à 22 millions de néerlandophones sûrs d’eux-mêmes et bien décidés à gérer les choses à leur avantage ?
Voici l’article du journal La Meuse où apparaît cette information (5 juin 2012) :
Le Soir organise un débat public pour les Français du Benelux
Face à face, Philip Cordery (PS) et Marie-Anne Montchamp (UMP). L’enjeu : un siège à l’Assemblée nationale. L’organisateur du débat : le journal Le Soir, qui rend compte aussitôt de ce qui s’y est dit : c’est ici.
OK pour la scission
Bien sûr, cela ne va pas changer le monde, mais la dernière fédération sportive encore unitaire en Belgique a été scindée aujourd’hui. L’équipe nationale dames de hockey sur gazon a pourtant réussi l’exploit de se qualifier pour les jeux olympiques de Londres, comme les hommes, et il paraît que les joueurs et les joueuses qui composent nos deux équipes nationales sont à peu près tous bilingues. Cela ne suffit pas à enrayer le processus de divorce à l’œuvre en Belgique. Certains sont tristes. Mais rien ne résiste à la strangulation financière. Lire l’info sur le site de 7sur7.
Le président de la Chambre au rapport
Le CD&V se joint à la N-VA pour demander des comptes à André Flahaut, accusé d’avoir dit du mal de la Flandre aux deux députés français venus, l’an passé, s’informer de la situation intérieure de la Belgique : voir l’article du Soir. 
Pour la séquence du JT de la RTBF consacrée au même sujet : voir ici. Pour le JT de RTL : ici.
Pour compléter cette information, lire ici le cri d’indignation d’un élu francophone de la périphérie.
La N-VA fâchée par le rapport Lecou-Kucheida
Un peu de vérité… cela fait du bien !
Un instant de vérité qui me semble coller parfaitement à ce que sont une majorité de nos voisins flamands. Indépendantistes, les Flamands ? Non, tout au plus autonomistes. Ils ne veulent même pas la fin de la Belgique, quoique… Ils pourraient se fâcher en 2014 si nous n’acceptons pas leurs
nouvelles exigences en matière de confédéralisme. Mais avant tout, ils veulent vivre à la flamande, chez eux, avec un gouvernement flamand bien ancré à droite. Ils veulent la même chose pour Bruxelles, leur capitale. Quant aux Wallons, qui sont minoritaires, ils doivent se plier aux volontés de la majorité. Point barre… C’est simple, non ?
Grosso modo, ils aiment Di Rupo, homme souriant qui fait de gros efforts pour apprendre leur langue, qui va se promener chez eux, serre des mains, caresse les joues des enfants mais ils n’apprécient pas du tout le gouvernement papillon dirigé par un socialiste, alors qu’eux, Flamands, ont massivement voté à droite. Il faut les comprendre : où est la démocratie dans tout cela ? Alors, ils votent N-VA ou Vlaams Belang (52 % pour ces deux partis selon les derniers sondages) pour bien marquer leur caractère flamand car chez ces gens-là, mesdames et messieurs les Wallons et Bruxellois, on sait ce que l’on veut. Le Flamand est obstiné, coriace, dur au labeur, mais fier aussi. Il a le sens des combats menés par sa Communauté et son éducation a cultivé chez lui le souvenir des moments pénibles de son histoire. Ecoutez-le parler de la guerre 14-18, de ses pauvres soldats flamands qui sont morts parce qu’ils ne comprenaient pas les ordres qu’on leur donnait en français… Je sais, ceci est un mythe, mais allez leur dire et vous verrez leur réaction… !
Côté Wallon et Bruxellois de langue française, on veut que le Flamand soit belge. On veut faire le bonheur du Flamand contre son gré au sein d’une Belgique où tout le monde serait bilingue (?) et solidaire, où tous les Belges seraient appelés à voter pour des candidats réunis en une circonscription nationale. Les médias (radios, télévisions, presse écrite) mais aussi notre éducation nous incitent à affirmer haut et clair que nous sommes et seront éternellement belges. Ils entretiennent largement, à de trop rares exceptions, dont « Le Vif/L’Express », la politique de l’autruche et la naïveté.
Le choix que l’on devrait présenter au Wallon et au Bruxellois me paraît simple pourtant : ou nous acceptons de vivre « à la flamande », ou nous décidons d’enfin dessiner les contours de l’ « Après-Belgique ». Ce qui manque le plus à la Wallonie est la construction d’un projet de société qui tienne la route sur les plans sociaux, économiques et environnementaux, ce qui postule de tisser des liens étroits avec la France : cela s’appelle l’union-intégration de la Wallonie dans la République.
Paul Durieux
L’opinion de Pascal De Sutter, dans le Vif/L’Express, m’a paru terriblement vraie. En voici le texte.
Des sondages créditent la N-VA de près de 40 % des intentions de vote en Flandre. Si l’on
ajoute les 12 % du Vlaams Belang, cela signifie que la moitié des Flamands veulent voter pour des partis ouvertement hostiles aux efforts unitaristes du gouvernement belge. Est-ce vraiment une surprise ?
Cela fait un demi-siècle que j’entends les francophones dire que ce sont tous ces politiciens « extrémistes » qui sèment la zizanie entre Belges qui ne demandent qu’à vivre ensemble. A force de répéter ce mantra on avait fini par oublier que nous vivons en démocratie. Et que c’est le peuple qui choisit ses élites.
Je me souviens d’une conversation privée avec une collègue flamande de l’Universiteit Antwerpen qui s’intéresse comme moi à la psychologie politique. Je lui disais (en anglais et en boutade – je suis trilingue !) : « Pour toi, c’est facile de donner des conseils psychologiques aux hommes politiques flamands. Il te suffit de leur suggérer de dire du mal des francophones pour faire augmenter leur score électoral ! » Elle sourit à ma petite provocation et ne protesta pas le moins du monde. Car elle avait compris depuis longtemps que ce n’est pas Bart De Wever qui a créé le phénomène du nationalisme flamand. C’est le peuple flamand qui a créé le phénomène Bart De Wever. Les francophones bien-pensants me rétorqueront : « Non, ce n’est pas le peuple flamand, ce n’est qu’une minorité ». Or les sondages montrent que l’insubmersible Titanic du « prêt-à-penser-naïf » francophone prend de plus en plus l’eau.
Faut-il en conclure que les Flamands (enfin 50 % d’entre eux) sont devenus des affreux nationalistes, voire des fascistes en devenir ! Certainement pas. Cependant, comme les Catalans ou les Québécois, ils possèdent une identité culturelle forte. C’est leur droit et leur fierté. Les Flamands, à l’image d’autres peuples de la terre, expriment simplement leur souhait de vivre entre Flamands à la façon flamande. Dans une forme d’homogénéité linguistique et culturelle à contre-courant du multiculturalisme ambiant. Par ailleurs, des études scientifiques montrent que les Flamands – y compris ceux qui votent N-VA – aiment les vacances en Wallonie et ne souhaitent pas la scission du pays. Est-ce contradictoire ?
Ceux qui fréquentent les conciliabules des dirigeants flamands savent très bien que la menace de la scission sert essentiellement d’arme de terreur psychologique destinée aux francophones. Et cela marche extraordinairement bien ! Car la peur de perdre la Belgique est l’émotion dominante chez les francophones et leurs élus. Ils sont terrorisés à l’idée de sombrer dans la misère noire sans l’argent des Flamands. Ils sont angoissés, en cas d’autonomie de Bruxelles et de la Wallonie, de devoir se comporter de façon autonome, digne et émancipée.
Or je suis intimement convaincu que les Flamands ne veulent pas réduire leur territoire à la seule Flandre. Ils souhaitent simplement que les Bruxellois acceptent de vivre « à la flamande » dans la capitale de la Flandre. Et que les Wallons minoritaires acceptent aussi de vivre « à la flamande » dans une Belgique démographiquement, politiquement et économiquement dominée par la Flandre. D’ailleurs, les Flamands ont déjà conquis pratiquement tous les postes clés, prestigieux et rémunérateurs de la Belgique fédérale. Tout serait plus simple et les problèmes communautaires disparaîtraient si les francophones acceptaient une fois pour toutes la réalité d’une Belgique flamande (Vlaams België) où il faut apprendre à vivre « à la flamande ».
Une métaphore peut illustrer mon analyse politico-psychologique : si un membre d’un couple n’est plus heureux de la vie commune. S’il ne veut plus partager les dépenses, s’il ne supporte plus la langue de l’autre dans sa chambre, s’il trace une frontière dans la maison et s’il menace de divorcer. Quelles options restent à l’autre ? Soit prendre la menace de divorce au mot. Et entamer la procédure pour prendre son autonomie en main. C’est ce qu’ont fait les Slovaques. Soit sauver le couple à n’importe quel prix. Il faut alors accepter de se soumettre aux desiderata de l’autre. C’est le choix des Bruxellois et des Wallons qui votent massivement pour les partis «unitaristes». Il serait vraiment injuste de ne pas l’assumer et de le reprocher aux Flamands. Mais rien ne vous oblige à penser comme moi…
Pascal De Sutter, psychologue politique, dans « Le Vif-L’Express » (lien).
