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Les dix stratégies de manipulation des masses

Notre ami Paul Mélot, responsable de l’ A.W.F. pour la Province du Luxembourg, vous invite à réfléchir à ce qui suit :

Les dix stratégies de manipulation des masses

Noam Chomsky

Le linguiste nord-américain Noam Chomsky a élaboré une liste des « Dix Stratégies de Manipulation » à travers les médias. Nous la reproduisons ici. Elle détaille l’éventail, depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie de la dégradation jusqu’à maintenir le public dans l’ignorance et la médiocrité

1/ La stratégie de la distraction
Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l »économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles » (Le foot, les jeux olympiques, Johnny, etc)

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions
Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté.

(Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.)

3/ La stratégie de la dégradation
Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

(Baisse des retraites et allongement de la durée du travail.)

4/ La stratégie du différé
Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

(Laugmentation importante de la pression fiscale ne se fera pas avant les élections de 2012.)

5/ S’’adresser au public comme à des enfants en bas-âge
La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

(Les français sont trop gros, trop gros, trop gros,… les boissons sucrées sont surtaxées : nous les paierons plus cher.)

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion
Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements

(La terre se réchauffe dangereusement du fait des seules activités humaines (sic), ce sera terrible pour nos enfants : les carburants sont encore plus taxés.)

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise
Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

(80 % des élèves des universités ou des grandes écoles sont issus des classes moyenne ou supérieure.)

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité
Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte

(Voir certaines émissions de TV particulièrement populaires.)

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité
Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!..

(Vous êtes au chômage par manque de formation ! Suivez un stage et tout ira mieux.)

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes
Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

(Pourquoi croyez-vous que les grands politiques utilisent et payent largement des instituts importants des sciences humaines ou des grandes sociétés de publicité, ce qui revient au même ?)

Baromètre socio-économique

 

Il y a peu de temps, un de nos membres, Francis Monzée, réagissait à deux articles intitulés «Les Français ont de la chance…». Il m’écrivait ce qui suit :

«  Il est vrai que les tarifs pratiqués en France en matière de télécom et de poste sont largement inférieurs à ceux pratiqués chez nous. Toutefois, il est des domaines où la tendance est inversée (le matériel électronique, informatique et photo, par exemple). Mais aussi les voitures. Un ami français d’une connaissance est venu acheter sa Peugeot à Liège. Il l’aurait payée plus de 4 000 € moins cher que dans l’Hexagone. Comme disait quelqu’un «Les statistiques, c’est comme les bikinis, ça montre tout mais ça cache l’essentiel». Il faut donc rester prudent lorsque l’on diffuse ce genre d’informations. Inutile de prêter le flanc à une source de critiques faciles, me semble t-il. »

 Je trouvai son avis pertinent et le lui écrivis en retour.

Pourtant, après réflexion, je trouve qu’il y a lieu de distinguer ce qui touche le tout un chacun fréquemment (nourriture, coût des énergies,…) des achats exceptionnels dont certaines personnes n’ont d’ailleurs pas les moyens de se les permettre (tout le monde n’a pas la possibilité de s’acheter une Peugeot neuve). La première consommation est une consommation de proximité pendant que la seconde demande une réflexion souvent longue où le consommateur peut être amené à acheter loin de chez lui.

Rappelons quand même ici que l’alimentation est 8 % moins chère en France (source : test-achats) par rapport à la Belgique. Je relève d’autre part un constat récent (octobre 2011) : un chauffeur de car a acheté un ordinateur portable à la FNAC-Paris qui pratiquait pour celui-ci un prix nettement inférieur à n’importe quelle enseigne liégeoise.

 Un autre membre et ami, Jacques Monville, m’envoie une étude comparative intitulée «Baromètre socio-économique 2011». Elle émane de la F.G.T.B. et me semble d’autant plus intéressante que l’organisation syndicale reste toujours attachée actuellement à une mythique Belgique fédérale.

Voici les chiffres publiés :

 Salaire minimum brut (euros/mois) – 2011

  • Belgique : 1.415,24
  • France : 1.365

 Salaire annuel moyen brut – 2007

  • Belgique : 38.659
  • France : 32.413

 Commentaire de l’ A.W.F. : la fiscalité (Impôt des personnes physiques), étant beaucoup plus faible en France, le «salaire-poche» (ce que perçoit réellement le citoyen) est plus élevé en France pour les revenus des citoyens des classes moyennes et des classes moins favorisées. Par contre, les citoyens fortunés ont tout intérêt à choisir de venir se domicilier en Belgique afin de bénéficier d’une fiscalité beaucoup plus légère.

 Pension moyenne brute – 2008

  • Belgique : 2.019
  • France : 2.845

 Commentaire de l’ A.W.F. : les pensions belges ne sont pas parmi les plus hautes d’Europe, contrairement à une légende qui a la vie dure.

 Frais de logement en % du revenu disponible (prix du marché) – 2009

  • Belgique : 30,6
  • France : 10

 Commentaire de l’ A.W.F. : l’étude de décembre 2011 résumée par «L’écho», avait pris Paris comme référence du logement, l’une des villes les plus chères d’Europe après Londres !

Pour l’ensemble de la France, la part des frais de logement est largement moins élevée en France qu’en Belgique.

 Pauvreté en % de la population (seuil 60% du revenu médian) – 2009

  • Belgique : 14,6
  • France : 12,9

Commentaire de l’ A.W.F. : l’étude prend en compte la population belge. Si nous avions les chiffres régionaux, il est hélas bien certain que la différence serait encore bien plus nette.

 Taux de remplacement net (en %) des allocations de chômage en première période (2 ans) – 2011

  • Belgique : 75
  • France : 82

 Commentaire de l’ A.W.F. : la durée maximum du chômage en France est de 2 ans. En Belgique, il est de durée illimitée, mais cette situation est de moins en moins vraie (voir l’application des accords du gouvernement Di Rupo). De plus en plus de travailleurs sont exclus du chômage et se retrouvent au C.P.A.S., ce qui va poser de gros problèmes aux communes dans les mois et années qui viennent.

 Part en % des dépenses de santé à charge des patients

  • Belgique : 21,75
  • France : 6,93

 Commentaire de l’ A.W.F. : le prix du même médicament en pharmacie n’est qu’un exemple qui intervient dans cette différence de pourcentage.

 Commentaire général : loin de moi l’idée qui consiste à dire que la France est le paradis sur terre. Nos concitoyens wallons s’intéressent assez aux informations diffusées par les médias français que pour savoir que la France a aussi à répondre à d’importants défis.

 Je veux pourtant tordre le cou à la légende qui voudrait que la Belgique, et la Wallonie en particulier, soit, au niveau social, un pays de cocagne par rapport aux régions françaises qui n’accorderaient que des services sociaux de moindre qualité. Trop souvent, nos médias taisent le rôle important que jouent les régions, les départements et les municipalités dans le maillage social français.

 Les statistiques les plus récentes que j’ai pu trouver en ce qui concerne la part des dépenses de protection sociale dans le P.I.B. des Etats de l’ U.E. donne 30,5 % pour la France et 27 % pour la Belgique, loin des clichés perfidement répandus. (source : eurostat)

Paul Durieux

J-C Marcourt persiste, précise et signe.

Dans le quotidien « Le Soir », J-C Marcourt persiste dans sa volonté et sur l’urgence de mettre sur pied un groupe de travail visant à avoir un projet pour la Wallonie.

Il précise en outre sa volonté de voir un partenariat fort s’établir avec la Région de Bruxelles. Cette façon de voir les choses : concevoir un avenir fort pour la Wallonie et renforcer le partenariat avec la Région de Bruxelles sont aussi au nombre des objectifs de l’ A.W.F.

P. Durieux

L’aventure c’est l’aventure, Elio

Très sollicité, Elio Di Rupo était hier l’invité d’Internationales sur TV5Monde/RFI. Il ne fallait pas s’attendre à des déclarations fracassantes, eu égard à la fonction de Premier ministre endossée par le Montois. Difficile, toutefois, de ne pas l’interroger sur l’avenir de la Belgique.

Xavier Lambrechts, de TV5Monde : On a quand même l’impression que les Flamands se vivent comme un peuple, se vivent comme une nation et donc, peut-être un jour, se vivent comme un Etat… N’est-ce pas inéluctable que la Flandre devienne indépendante ?

Elio Di Rupo : Non, et ne dites pas les Flamands. Il y a un certain nombre de néerlandophones, en effet, qui ont une forme de radicalité, qui ont une volonté de plus grande autonomie, voire l’indépendance, mais il y a aussi une Flandre solidaire, généreuse…

Jean-Pierre Stroobants, du Monde : Quand on vit en Belgique, on s’en rend bien compte, l’opinion francophone est inquiète… Elle se pose des questions sur l’étape d’après. Vous faites le pari que le succès de votre gouvernement pourra contenir cette montée de l’ultranationalisme flamand… Et si ça ne marche pas ?

Elio Di Rupo : Vous n’allez pas demander à un Premier ministre qui entre en charge, dont la responsabilité est de faire réussir des réformes, qu’il envisage que ces réformes ne réussissent pas. Ces réformes doivent réussir et je mettrai toute mon énergie et toutes nos capacités politiques pour faire en sorte que ça réussisse. Les circonstances de demain, personne ne les connaît mais une chose est certaine, c’est que si on ne réalise pas les réformes telles qu’elles sont là, singulièrement les réformes institutionnelles, eh bien nous allons vers l’aventure…

Elio Di Rupo bientôt à l’affiche de L’aventure c’est l’aventure ?

Di Rupo sur TV5Monde : ici .

Johnny Hallyday chante L’aventure c’est l’aventure : ici.

A propos du plan W

Jeudi soir, à l’invitation de la Maison de la Laïcité de Ste Walburge (Liège), dans une salle pleine à craquer, Jules Gazon a pu démontrer, chiffres à l’appui, que le choix de la France est le seul qui puisse garantir l’avenir des Wallons. La qualité de son expertise  a produit un effet certain. Economiste et pédagogue, professeur honoraire de l’Université de Liège, Jules Gazon a aussi fréquenté le monde politique. Il lui reproche d’enfermer la Wallonie dans la « stratégie du perdant », celle qui nous condamne à aller de concessions en concessions sans autre issue que d’aller droit dans le mur. A l’origine de cette inertie, il dénonce avec force une culture politique basée sur l’assistanat, le clientélisme et la prolifération des structures publiques au profit de quelques-uns, culture dont la Wallonie peine à se dégager. Puisque des changements sont inévitables, il donne raison à Jean-Claude Marcourt quand celui-ci provoque un débat sur l’avenir de la Wallonie au risque de fragiliser la croyance en un plan B francophone. Jules Gazon ne croit pas en la viabilité d’un Etat wallo-bruxellois. Par contre, il croit en la nécessité de remuer les consciences en Wallonie.

Nous vivons dans la société de l’esprit critique, de l’engagement, de la citoyenneté responsable, mais il y a une tendance réelle à brandir ces mots comme des fétiches et puis à les vider de leur sens. La confrontation des points de vue, au regard des faits, dans le respect mutuel : voilà tout ce que réclame une saine démocratie. Alors que la Wallonie est à la croisée des chemins, le devoir des élus n’est-il pas de sortir les citoyens de leur torpeur ?

Notons que la fronde régionaliste (puisqu’il faut l’appeler ainsi au vu des réactions courroucées de l’establishment politico-médiatique) est surtout incarnée par des personnalités liégeoises. A côté de Marcourt, Bodson, Wesphael… et de professeurs de l’Université de Liège, citons ici Marc Bolland, député-bourgmestre de Blegny, président de la cantonale PS de Fléron et sans doute futur ministre. Voici comment il a, sur son blog, réagi à la polémique suscitée par les propos de Jean-Claude Marcourt :

Si les Wallons ne réfléchissent pas à leur avenir et ne se prennent pas en mains, on dit qu’ils sont inactifs : c’est le syndrome wallon de l’inertie ! Par contre, si les Wallons parlent de leur avenir, on leur reproche une volonté de repli sur eux-mêmes. Il faut savoir ce que l’on veut ! Arrêtons la politique de l’autruche et constatons que nous n’avons pas le choix : il faut activement réfléchir à l’avenir wallon, pas dans 20 ans mais maintenant. Pour des raisons très simples :

  • la crise économique : sur ce plan, les Wallons ont déjà avancé avec notamment le plan Marshall et l’esprit qu’il a développé autour de lui, mais ce n’est pas suffisant. Pour agir efficacement, il faut des cohérences au niveau des compétences, cohérences qui doivent être améliorées notamment dans la question de l’emploi et de l’enseignement. Autre exemple : quand les conditions de crédit aux entreprises wallonnes se durcissent, pensez-vous que les entrepreneurs ne souhaitent pas un outil de financement wallon qui les soutienne davantage, sur le modèle de ce que la KBC a fait pendant des années en Flandre ? Ne pas y réfléchir, est-ce décemment préparer l’avenir ?

La crise économique est lourde et ne permet pas de reporter la réflexion. Rien que pour cela, ne pas réfléchir à notre avenir serait une faute.

  • la révolution copernicienne des accords fédéraux : les négociations fédérales ont accouché d’une révolution copernicienne. Sur le plan du financement des Régions, celles-ci ont 10 ans pour se trouver face à elles-mêmes. 10 ans, c’est très peu. Ne pas réfléchir aujourd’hui à l’avenir de la Région wallonne, ce serait une lourde faute ! Il faut arrêter la méthode « coué » et la politique de l’autruche. Il y a beaucoup à faire. En avant.
  • les échéances politiques de 2012 et surtout de 2014 seront sans pitié pour les francophones. Il est vraisemblable que la volonté flamande d’obtenir davantage d’autonomie ne s’arrêtera pas. Ce n’est pas uniquement par l’action au fédéral que l’on parviendra à maintenir l’unité du pays. Si les autonomistes flamands renforcent leur score en 2014 (élections régionales et fédérales conjuguées), et qu’à ce moment, les Wallons et les Bruxellois ne sont pas prêts dans des compétences régionales fortes, nous nous retrouverons devant un mur et il sera encore plus difficile de le franchir que ce ne fut le cas après les élections fédérales de 2010.

Réfléchir activement à l’avenir wallon est donc une nécessité pour ne pas nous retrouver enfermés demain : la Wallonie a toujours été, culturellement et économiquement, une terre ouverte ; c’est lié à sa position géographique, à son histoire et à son état d’esprit. Son avenir doit être ouvert. Réfléchir à notre avenir activement aujourd’hui, c’est tout le contraire d’une politique de repli sur soi !

Pour l’intégralité du texte de Marc Bolland : ici.

Cela bouge en coulisse

A la suite du journal Le Soir (ici), nous reproduisons un article que Béatrice Delvaux a publié hier dans le quotidien flamand De Standaard. Il y est question d’un « plan W » sur lequel plancheraient des Wallons influents. Cet article a, selon les termes du Soir, « créé un certain émoi en Flandre ».

Les Wallons sont de retour. C’est une des découvertes de l’enquête Soir-Standaard «Chroniques d’un état critique» publiée entre Noël et Nouvel an. Et ça, c’est de la dynamite. Là où certains en sont encore à évoquer l’existence d’un plan B, c’est d’un plan W comme Wallonie, qu’il faut désormais parler. Les Wallons en route pour l’indépendance ? C’est trop fort ou… trop tôt pour le dire. Qui que vous interrogiez à ce sujet, vous le démentirait. Mais que des Wallons haut placés soient à la manœuvre et préparent leur futur sans la Flandre et sans… Bruxelles, c’est certain.

A l’origine de ces mouvements, on trouve une conviction née côté francophone de ces derniers mois : la Belgique est sauvée mais très provisoirement. Il faut se préparer à l’étape d’après, régionale. Des socialistes wallons occupent le peloton de tête de ces réflexions. Avec l’intention de sortir du bois dans quelques temps, pour donner un nouveau cap au destin collectif wallon. Etats généraux wallons et bruxellois, Assises Wallonie 2020, prises de parole successives d’interlocuteurs politique, universitaire, syndical, culturel wallons : les idées sont imprécises. Mais un mouvement est enclenché, convaincu de la nécessité de nourrir « l’identité wallonne », le terme est souvent prononcé.

Qui va rédiger, qui serait au destin wallon ce que fut le rapport du Warande au mouvement nationaliste flamand actuel ? Ils sont plusieurs auteurs potentiels mais la première manifestation de ce revival sudiste est venu de Guy Spitaels. Dans une interview accordée au Soir en septembre dernier, l’ex-président du PS, ex ministre-président wallon, nous disait devoir sortir impérativement de son silence politique pour prendre ses responsabilités. Spitaels ne croit plus à la Belgique : Spitaels dit alors tout haut ce que tout le monde pense mais n’ose exprimer : la Belgique est foutue et cela ne prendra pas longtemps pour devoir miser sur une autre entité (18 mois selon Spitaels, 2014 ou pour les plus optimistes 2019).

Quelques mois après Spitaels, c’est Jean-Claude Marcourt qui se félicite que Di Rupo ait sauvé le pays mais il indique que désormais le PS, qui n’est pas le Premier ministre, devra préparer l’avenir. Samedi, dans le Soir, c’est au tour de Thierry Bodson, le syndicaliste qui pèse de plus en plus en plus lourd, président de la FGTB Wallonne, de défendre un Etat belge basé sur quatre régions, sans fédération Wallonie-Bruxelles : «Il faut qu’on arrête avec tout cela». Il se dit inquiet : on arrive à l’os au fédéral, si on remet tout cela sur la table en 2019, que fera-t-on ? «Se préparer à autre chose ?» l’interroge-t-on. «Nous devons être conscients que l’on va toucher en 2019 à l’essentiel de la mission de l’Etat», se borne-t-il à répondre mais faut-il en dire plus quand il conclut : «Je me sens wallon et malheureusement, je trouve que ce sentiment n’existe pas assez aujourd’hui».

Bodson fait partie des noms cités dans le think tank totalement informel du devenir wallon -répartis en cercles diffus et multiples, sur base souvent d’affinités-, au même titre que Bernard Rentier (recteur de l’université de Liège), Jean Pascal Labille (Mutualités socialistes et SRIW), Olivier Vanderijst ( SRIW), Jean Claude Marcourt, ministre wallon de l’économie, Bernard Thiry (Ethias) Edouard Delruelle (Ulg), Domb (Pairi Daiza). On cite également Alain Mathot (bourgmestre de Seraing), mais surtout Anne Poutrain. On dit que si elle est restée à la tête de l’Institut Emile Vandervelde, c’est parce que le PS désormais a besoin de cette machine de guerre intellectuelle et de négociation, non plus pour sauver la Belgique mais pour préparer cet avenir «autonome» wallon, bruxellois, germanophone.

Hors PS ? On dit l’Ecolo Jean Marc Nollet de plus en plus acquis au fait régionaliste. On espérait le CDH Lutgen de la partie, avant qu’il ne se découvre une fibre chevaleresque belgicaine. Le monde universitaire, lui, vient d’entrer dans la danse wallonne, via une étude de l’université de Liège publiée par l’Ires. Les auteurs y tirent le signal d’alarme sur les difficultés du marché de l’emploi, des performances économiques et surtout la qualité de l’enseignement en Wallonie. Ils prient les politiques d’agir rapidement, quel que soit l’avenir institutionnel du pays. Quand on vous disait qu’ils étaient en marche.

Vers les Grands Pays-Bas

« Les pays qui pensent à long terme sont ceux qui réalisent les meilleures performances économiques. » Cette phrase n’est pas d’Elio Di Rupo mais de Kris Peeters et c’est au nom de la Flandre qu’il s’est exprimé. Explication donnée par Dirk Vanoverbeke dans Le Soir d’aujourd’hui :

« Le gouvernement flamand vient d’annoncer les fiançailles entre la Flandre et les Pays-Bas. Le couple porte déjà un nom : les Plats Pays. Prononcez De Lage Landen. (…) L’idylle est née d’une idée qui ressemble assez à la devise de la Belgique : unir les forces des Plats Pays pour les rendre plus performants. « Les Hollandais sont des hommes qui font des plans. Nous, nous tirons très bien notre plan. Nous allons combiner ces deux qualités », explique le chef du gouvernement flamand. »

Pour l’intégralité de l’article : ici.

Au PS, cela commence à chauffer

Historien, militant wallon, conseiller de Guy Spitaels pour les affaires wallonnes puis chef de cabinet de Robert Collignon, Freddy Joris est revenu, dimanche passé, sur « l’action wallonne de Guy Spitaels », à l’occasion d’un colloque organisé à Ath. Dans le contexte actuel, son discours avait clairement des airs de réquisitoire à l’encontre de ceux qui, aujourd’hui, tiennent les rênes du PS.  

Morceaux choisis :

« Les premières années de Guy Spitaels en politique, au cabinet de Louis Major en 72 mais surtout comme chef de cabinet d’Edmond Leburton en 73, seront l’occasion d’un deuxième choc d’importance qui allait affermir sa conscience wallonne, après la grande grève de l’hiver ’60, puisqu’il se rendit compte à quel point on faisait sentir à Leburton qu’il n’était pas normal qu’un Wallon occupe encore le poste de Premier Ministre, à quel point donc les Wallons comptaient pour rien, ou pour si peu, dans la conduite de la maison Belgique. 

(…)

« Quand Guy Spitaels choisit de devenir président de l’Exécutif régional wallon, c’est au prix du renoncement à la fonction de président de parti comme l’y obligent les statuts et donc aux pouvoirs inhérents à cette fonction. Compte tenu de son aura à ce moment, de son poids politique et du fait qu’il jette tout ce poids exclusivement dans la balance régionale, il est évident qu’il confère au poste de Ministre-Président un prestige qu’il n’avait pas jusque-là et, au-delà du prestige, qu’il modifie les équilibres entre les divers pouvoirs exécutifs du pays en tendant vers une équipollence jusque là très théorique comme on l’avait encore bien vu en ’88.

« Lorsque d’octobre ’99 à avril 2000 et d’octobre 2005 à juillet 2007, un de ses successeurs choisira de cumuler les fonctions de président de parti et de Ministre-Président wallon en ramenant de facto la seconde à un travail à temps partiel, je ne pense pas, pour ma part, que cela renforçait ni cette dernière ni la lisibilité d’un système fédéral déjà trop complexe pour le plus grand nombre de nos concitoyens.

« Enfin… Guy Spitaels renonce aussi en ’92 à un retour au Gouvernement fédéral. Depuis 1973, il sait quel est le prix à payer pour accéder dans ce pays à la fonction de Premier Ministre et il n’entend pas faire payer ce prix aux Wallons et aux Bruxellois. Il n’entend pas non plus redevenir n° 2 en Belgique quand il est possible de relever d’autres défis en tant que n° 1 en Wallonie. Je note que son état d’esprit quant à la minorisation wallonne dans les instances fédérales n’a pas changé depuis, puisqu’il déclarait au Soir en mars dernier, je cite : « On ne peut pas accepter d’être continuellement sur le siège arrière de la moto. Nous sommes des partenaires, avec des défauts et des qualités, et nous ne pouvons pas accepter un rôle d’auxiliaire. » Fin de citation. J’observe pour ma part qu’après des années d’aveuglement volontaire chez certains devant les revendications institutionnelles de la Flandre, l’actualité n’a pas fini de nous montrer depuis quinze mois et surtout ces derniers jours quel pourrait être le prix que nous pourrions devoir payer pour qu’un Wallon puisse à nouveau tenir quelque temps le guidon convoité de la moto fédérale, fût-elle dégonflée… ou même pour que la moto continue encore simplement à rouler quelque temps. 

(…)

« Dans le recueil de témoignages que j’ai coordonné en 2000, en tant qu’historien cette fois,  pour les vingt ans de la Région, Guy Spitaels épinglait lui-même dans son bilan la reconnaissance de l’éligibilité du Hainaut à l’objectif I, négociée directement par la Wallonie avec l’Europe, ce qui avait permis, pour la première fois, que la Flandre ne s’accapare plus, malgré sa situation économique favorisée, la majorité des aides économiques européennes allouées à la Belgique, et ce qui s’est traduit pour le Hainaut par deux milliards d’euros supplémentaires au total des années ’94 à 2013. 

(…)

« C’est aussi Guy Spitaels qui rebaptisa son Exécutif en Gouvernement et il n’est pas anodin que son action à Namur ait également porté sur des symboles lourds de signification comme savent l’être certains mots, exactement comme ne seraient pas anodins, en ’99, la suppression de la cellule « Identité wallonne » au cabinet du nouveau Ministre-Président et la réintroduction des mots « Royaume de Belgique » sur son papier à lettres.

« Je noterai encore, dans le bilan du Ministre-Président Spitaels, ses efforts pour positionner la Wallonie sur la scène internationale à l’occasion de ses missions économiques notamment mais aussi lorsqu’il rencontra début ’93 à Paris le Président de la République française et son Premier Ministre, et sa volonté affichée de tenir aux Wallons un discours de fierté pour tenter de casser une psychologie sociale culpabilisatrice et défaitiste.

(…)

« Je ferai néanmoins une autre remarque sur les années 88 à 92, pour ne pas occulter qu’un des pires maux wallons, le sous-régionalisme, put se nourrir sans vergogne des nouvelles compétences transférées alors. Guy Spitaels lui-même, évoquant la répartition des aides de l’objectif I, reconnaîtra en 2005 devant son biographe, je cite, « ce n’était pas du sous-régionalisme, c’était pire ». Fin de citation. Mais l’exemple venait – et vient toujours – d’en haut. Aujourd’hui dans les cabinets ministériels les plaisanteries de ces années-là sur les dossiers athois… ont fait place à celles sur Mons 2015. Je le disais au président dès décembre 1990 en quittant l’IEV et j’en reste convaincu, mais sans aucune illusion après deux décennies de pratique, il n’y aura à cet égard à mon avis rien de nouveau sous le soleil wallon, derrière les dénégations de façade, aussi longtemps que restera possible le cumul de toute fonction, quelle qu’elle soit, entre les niveaux de pouvoir communal et régional.   

(…)

« Pour conclure, je ferai mienne cette appréciation de feu Jean Guy en 1997, écrivant de Spitaels qu’il fut, je cite, « le président de la concrétisation du fédéralisme radical qui apporta l’oxygène à ma Région et quelque sursis à la Belgique. La Wallonie ne sera pas mécontente qu’il l’ait rencontrée pour l’inscrire sur la carte européenne » – fin de citation. Aujourd’hui Guy Spitaels lui-même, à en juger par ses propos au Soir en mars dernier, ne semble plus certain, lui non plus, que l’Etat fédéral belge ait encore un avenir, et que sa désagrégation éventuelle serait un événement majeur à l’aune de l’histoire européenne. Ce n’est pas, ou pas encore, le « Finissons-en » de François Perin, mais je dirais que cela commence à ressembler à un Wallon de plus, et non des moindres, près d’arriver sur le chemin si brocardé des Wallons aspirant à des choses devenues introuvables pour eux dans le cadre politique belge, des choses qui pourraient bien s’appeler la paix, le respect et la dignité. »