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Pas d’inquiétude…

Il n’y a pas lieu de craindre un éclatement de la Belgique, car celui-ci ne se produira pas, selon un expert de l’UCL interrogé par Francis Van de Woestyne.

Son argument, c’est que l’Union européenne exigerait un référendum dans la partie sécessionniste. En Ecosse, on n’est pas loin de la rupture. Mais il n’y aurait que 10 à 15 % de séparatistes en Flandre. Et si la moitié des électeurs flamands ont l’intention de voter pour la N-VA ou le Vlaams Belang, cela n’y change rien (selon l’expert).

Et puis, jamais les Flamands et les Wallons ne s’entendront sur les termes d’une séparation, ajoute l’expert, qui n’envisage pas l’hypothèse où les Flamands et les Wallons ne s’entendraient plus sur les termes d’une cohabitation, tout simplement. Il a pourtant fallu 541 jours pour former un gouvernement et cela ne s’annonce pas plus facile en 2014.

Pas de raison de s’alarmer pour les crises à venir, insiste l’expert : d’ici à ce que la Belgique devienne une coquille vide, il y a encore place pour de nouvelles réformes de l’Etat. On n’est pas sorti de l’auberge…

L’article est à lire sur le site de La Libre.

Dans un autre registre, Francis Van de Woestyne a aussi interrogé Olivier Maingain. Pour celui-ci, Elio « Di Rupo sera le dernier Premier ministre d’un Etat fédéral ». Cette interview est à lire ici.

Mais qu’allons-nous faire dans cette galère ?

La Flandre a bien le droit de regretter la révolution belge et de vouloir se rapprocher des Pays-Bas. A l’entendre, en 1830, elle avait perdu toute conscience d’elle-même, elle s’est laissé faire. Il lui a fallu du temps pour se reconstruire, avec une identité forte et une économie performante. Au tour des Wallons de ne plus exister.

La N-VA plaide pour une armée belgo-hollandaise et le ministre belge de la défense, le CD&V De Crem, pousserait dans ce sens. L’armée, le drapeau, ce n’est pas anodin. Pas plus que le football, d’ailleurs, compte tenu de son pouvoir structurant : en créant un championnat commun à la Belgique et aux Pays-Bas, on ferait un pas vers un confédéralisme belgo-hollandais.  Mais qu’allons-nous faire dans cette galère, nous, face à 22 millions de néerlandophones sûrs d’eux-mêmes et bien décidés à gérer les choses à leur avantage ?

Voici l’article du journal La Meuse où apparaît cette information (5 juin 2012) :

Jacques Lenain répond à Edouard Delruelle

Le débat sur la «Belgique française» : ce qu’en pense Jacques Lenain. Citoyen français, jeune retraité, M. Lenain était haut fonctionnaire de la République.

 1. L’article d’Edouard Delruelle, intitulé « Une Belgique française ? » est la transcription de sa chronique audio du 23 mai 2012 à la RTBF, qui traitait du récent rapport de l’Assemblée nationale française, de février dernier, sur « la situation intérieure de la Belgique ». Un rapport qui a eu quelque peine à franchir la « censure belgicaine ».

 2. Le terme « Belgique française » (utilisé par Daniel Ducarme) est un terme qui a mes faveurs. Car il permet à la fois de désigner exactement ce qu’est la Belgique « de langue et de culture française », dans ses deux composantes, wallonne et bruxelloise, en évitant le terme stupide de Belgique « francophone » (la Reine d’Angleterre est une excellente « francophone », ça ne définit pas son identité…). Il permet aussi de manifester de la considération pour l’héritage « belge », y compris dans la perspective du rattachement à la France, et il traite sur un pied d’égalité la Wallonie et Bruxelles, chacune étant libre de choisir son destin, quand le moment sera venu de la séparation d’avec la Flandre. C’est pourquoi c’est le nom du site que je tiens, « www.belgique-francaise.fr » sur lequel se trouve le texte d’un essai consacré au « destin de la Belgique française », et divers autres textes dédiés à la « question belge » et à sa « solution française ».

 3. Dans son commentaire, E. Delruelle présente une distinction qui m’est familière (et à ceux qui me connaissent), entre « assimilation » et « union-intégration », ce second terme ayant été créé par moi, et « popularisé », pour la première fois, aux Etats généraux de Wallonie organisés par Jules Gheude en mai 2009. Dans ma contribution écrite et le texte de mon intervention verbale à la journée organisée par « Le Cercle Condorcet de Liège » avec le professeur Jules Gazon le 02 avril 2011 sur « L’après Belgique ? », auxquels je renvoie, j’explique notamment la distinction à faire entre union-association, union-assimilation et union-intégration. J’en viens maintenant à l’opinion de E. Delruelle.

 4. « En fait, il y a deux scénarios. Premier scénario : une pure et simple assimilation. Nos Provinces deviennent des départements avec des préfets parachutés de Paris, nos députés sont élus au scrutin majoritaire, toute notre législation change, le mariage gay est supprimé, la loi sur l’euthanasie aussi, le pacte scolaire vole en éclats, les cultes ne sont plus subsidiés, etc. Difficilement imaginable… C’est tout le socle de la société belge qui risque de s’effondrer et on verra très vite alors naitre un mouvement nationaliste belge, ce qui serait le comble. »

Ce commentaire fait valoir, à juste titre, la nécessité de ménager les intérêts de la classe politique franco-belge, et de l’ensemble des intérêts des élites franco-belges,   pour pouvoir leur faire accepter, peu à peu, une « solution française », ce que certains réunionistes refusent encore de comprendre. Fort bien.

 5. « Autre option : une sorte d’union-intégration qui laisserait à peu près intact notre mode de fonctionnement juridique et administratif. C’est tout à fait possible dans le droit constitutionnel français qui reconnaît des statuts différenciés pour les territoires d’Outremer. C’est un héritage de l’époque où la France était un empire colonial. Mais assimiler la Wallonie à la Nouvelle-Calédonie ou à l’Ile de la Réunion, ça fait bizarre. Le risque est alors que nous ne soyons des citoyens français de seconde zone, pas vraiment intégrés, pas vraiment respectés. »

 Là, si E. Delruelle débute bien, ensuite il se trompe ou cherche à tromper ses  concitoyens franco-belges (pas « francophones »)… Un détail d’abord : si la Nouvelle-Calédonie dispose d’un statut d’autonomie (et d’autres entités territoriales françaises ultra-marines…), la Réunion, région mono-départementale, est dotée d’un statut de droit commun, identique au statut de la désormais célèbre Corrèze (Tulle), qui fait partie de la Région du Limousin. La distinction qu’il fait entre métropole et outre-mer, qui correspondrait à deux niveaux de citoyenneté, n’a donc aucune réalité… et est un peu méprisante pour mes concitoyens d’outre-mer, mais je conçois bien qu’un Belge (belgicain et européiste) peine à concevoir qu’un pays européen puisse « exister », aujourd’hui, en dehors de la péninsule européenne… Plus globalement, il faut savoir que la Constitution française ne limite pas à l’outre-mer les statuts particuliers et la possibilité d’en créer de nouveaux. La Corse est dotée d’un tel statut particulier, et l’Alsace pourrait amorcer la création du sien bientôt (toujours après le vote référendaire d’approbation de la population concernée, pratique inconnue en Belgique). Et ces statuts particuliers sont différents les uns des autres… Un statut « francais » d’autonomie pour la Wallonie et un statut semblable (mais distinct) pour  Bruxelles seraient donc spécifiques, ce serait une reprise de leur statut « belge » actuel, sous la réserve de quelques ajustements. Dans mes écrits,  j’explique tout cela en détail.

 6. « Mais il y a une raison beaucoup plus terre à terre pour laquelle le rattachement à la France, je pense, ne se fera pas : c’est que, dans la Belgique actuelle, le personnel politique est comme un coq en pâte, avec les 7-8 Parlements et gouvernements et ministres à tous les étages. Ça fait beaucoup de postes et de places. Mais dans une France hyper-centralisée avec un seul gouvernement, un seul Parlement, que deviendrait tout ce petit monde ? Combien de nos 20 ministres francophones auraient une chance de se retrouver aujourd’hui dans un gouvernement de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy ? Deux ou trois tout au plus. Les autres n’ayant pas le niveau, tout simplement. C’est, à mon avis, le plus gros obstacle au rattachement à la France. »

 E. Delruelle pointe là un problème réel, mais lui donne trop d’importance. Tout d’abord, dans mon schéma d’union-intégration (dit aussi « intégration-autonomie »), tous les « postes » locaux (régionaux notamment, mais pas les postes « communautaires ») sont maintenus (donc un Parlement et un Gouvernement wallon identique à aujourd’hui, et de même pour Bruxelles), avec leur statut de « coq en pâte ».  Ensuite, sachant que la République compte 920 Députés et Sénateurs, une simple règle de trois (environ 4,5 millions de Franco-Belges pour 66 millions de Français) permet de voir que la Wallonie et Bruxelles auraient le bénéfice de plus de soixante sièges : la perte ne serait pas trop grande, en nombre, pour ce type de poste (au regard de l’effectif actuel des Franco-Belges au Parlement belge), et le standing ne serait pas moindre… Reste la question des postes ministériels « nationaux ». Un ou deux, certes, et pas plus, pour des politiciens franco-belges au Gouvernement français, c’est exact (et leur niveau n’est pas en cause). Mais quand les politiciens wallons de premier plan seront confrontés, après l’effondrement des transferts financiers inter-régionaux, à l’alternative de devoir  imposer une baisse drastique de niveau de vie aux Wallons ou de pouvoir l’éviter en adoptant la « solution française » (voir l’analyse du Professeur Gazon sur le site de l’A.W.F.), ce petit « handicap » ne pèsera pas lourd (et d’autant moins lourd que nos éminences garderont « tout le reste »). Et quand Bruxelles sera  encerclé par le nouvel Etat flamand hostile, les politiciens bruxellois penseront de même.

 7. « D’ailleurs, un des parlementaires français notait comme une preuve qu’il n’y a pas de volonté de scission du pays le fait que « les responsables politiques du nord et du sud ont l’air de bien s’entendre sur le plan personnel ». On ne saurait mieux dire que les politiques francophones préféreront sans doute longtemps s’arranger avec les nationalistes flamands plutôt que de se fondre dans le moule rigide de l’Etat  français. »

 Non justement, ça ne pourra plus durer bien longtemps, parce que les nationalistes flamands ne le veulent pas… En 2011, on est passé assez près de la « fin », et un sursis a été obtenu au prix du sacrifice des intérêts des Franco-Belges péri-bruxellois et d’une étape de plus dans le démembrement de la structure fédérale (défavorable à la  Wallonie). La prochaine fois sera la bonne (une fois que la fiscalité aura été « régionalisée » et les transferts « épuisés »), comme l’ont compris nos rapporteurs « français ». Mais, diplomatie française et souveraineté belge obligent, ils ne pouvaient  aller plus loin et donc en dire plus… Il s’agissait d’un « rapport d’information », rien d’autre.

 8. Il y a 153 ans, les Savoyards et les Niçois, populations et élites confondues, dirigés de Turin, et qui s’en trouvaient bien, n’imaginaient pas et ne voulaient pas devenir « français » (pourtant ce qu’ils étaient déjà, tout en voulant l’ignorer, comme la plupart des Franco-Belges de nos jours). Deux ans plus tard, en 1860, ils le devenaient, « français », avec leur assentiment, et sans coup férir… puisqu’ils le sont toujours.

                                                                                               Jacques Lenain

OK pour la scission

Bien sûr, cela ne va pas changer le monde, mais la dernière fédération sportive encore unitaire en  Belgique a été scindée aujourd’hui. L’équipe nationale dames de hockey sur gazon a pourtant réussi l’exploit de se qualifier pour les jeux olympiques de Londres, comme les hommes, et il paraît que les joueurs et les joueuses qui composent nos deux équipes nationales sont à peu près tous bilingues. Cela ne suffit pas à enrayer le processus de divorce à l’œuvre en Belgique. Certains sont tristes. Mais rien ne résiste à la strangulation financière.  Lire l’info sur le site de  7sur7

Un peu de vérité… cela fait du bien !

Un instant de vérité qui me semble coller parfaitement à ce que sont une majorité de nos voisins flamands. Indépendantistes, les Flamands ? Non, tout au plus autonomistes. Ils ne veulent même pas la fin de la Belgique, quoique… Ils pourraient se fâcher en 2014 si nous n’acceptons pas leurs nouvelles exigences en matière de confédéralisme. Mais avant tout, ils veulent vivre à la flamande, chez eux, avec un gouvernement flamand bien ancré à droite. Ils veulent la même chose pour Bruxelles, leur capitale. Quant aux Wallons, qui sont minoritaires, ils doivent se plier aux volontés de la majorité. Point barre… C’est simple, non ?

Grosso modo, ils aiment Di Rupo, homme souriant qui fait de gros efforts pour apprendre leur langue, qui va se promener chez eux, serre des mains, caresse les joues des enfants mais ils n’apprécient pas du tout le gouvernement papillon  dirigé par un socialiste, alors qu’eux, Flamands, ont massivement voté à droite. Il faut les comprendre : où est la démocratie dans tout cela ? Alors, ils votent N-VA ou Vlaams Belang (52 % pour ces deux partis selon les derniers sondages) pour bien marquer leur caractère flamand car chez ces gens-là, mesdames et messieurs les Wallons et Bruxellois, on sait ce que l’on veut. Le Flamand est obstiné, coriace, dur au labeur, mais fier aussi. Il a le sens des combats menés par sa Communauté et son éducation a cultivé chez lui le souvenir des moments pénibles de son histoire. Ecoutez-le parler de la guerre 14-18, de ses pauvres soldats flamands qui sont morts parce qu’ils ne comprenaient pas les ordres qu’on leur donnait en français… Je sais, ceci est un mythe, mais allez leur dire et vous verrez leur réaction… !

Côté Wallon et Bruxellois de langue française, on veut que le Flamand soit belge. On veut faire le bonheur du Flamand contre son gré au sein d’une Belgique où tout le monde serait bilingue (?) et solidaire, où tous les Belges seraient appelés à voter pour des candidats réunis en une circonscription nationale. Les médias (radios, télévisions, presse écrite) mais aussi notre éducation nous incitent à affirmer haut et clair que nous sommes et seront éternellement belges. Ils entretiennent largement, à de trop rares exceptions, dont « Le Vif/L’Express », la politique de l’autruche et la naïveté.

Le choix que l’on devrait présenter au Wallon et au Bruxellois me paraît simple pourtant : ou nous acceptons de vivre « à la flamande », ou nous décidons d’enfin dessiner les contours de l’ « Après-Belgique ». Ce qui manque le plus à la Wallonie est la construction d’un projet de société qui tienne la route sur les plans sociaux, économiques et environnementaux, ce qui postule de tisser des liens étroits avec la France : cela s’appelle l’union-intégration de la Wallonie dans la République.

Paul Durieux

L’opinion de Pascal De Sutter, dans le Vif/L’Express, m’a paru terriblement vraie. En voici le texte. 

Des sondages créditent la N-VA de près de 40 % des intentions de vote en Flandre. Si l’on ajoute les 12 % du Vlaams Belang, cela signifie que la moitié des Flamands veulent voter pour des partis ouvertement hostiles aux efforts unitaristes du gouvernement belge. Est-ce vraiment une surprise ?

Cela fait un demi-siècle que j’entends les francophones dire que ce sont tous ces politiciens « extrémistes » qui sèment la zizanie entre Belges qui ne demandent qu’à vivre ensemble. A force de répéter ce mantra on avait fini par oublier que nous vivons en démocratie. Et que c’est le peuple qui choisit ses élites.

Je me souviens d’une conversation privée avec une collègue flamande de l’Universiteit Antwerpen qui s’intéresse comme moi à la psychologie politique. Je lui disais (en anglais et en boutade – je suis trilingue !) : « Pour toi, c’est facile de donner des conseils psychologiques aux hommes politiques flamands. Il te suffit de leur suggérer de dire du mal des francophones pour faire augmenter leur score électoral ! » Elle sourit à ma petite provocation et ne protesta pas le moins du monde. Car elle avait compris depuis longtemps que ce n’est pas Bart De Wever qui a créé le phénomène du nationalisme flamand. C’est le peuple flamand qui a créé le phénomène Bart De Wever. Les francophones bien-pensants me rétorqueront : « Non, ce n’est pas le peuple flamand, ce n’est qu’une minorité ». Or les sondages montrent que l’insubmersible Titanic du « prêt-à-penser-naïf » francophone prend de plus en plus l’eau.

Faut-il en conclure que les Flamands (enfin 50 % d’entre eux) sont devenus des affreux nationalistes, voire des fascistes en devenir ! Certainement pas. Cependant, comme les Catalans ou les Québécois, ils possèdent une identité culturelle forte. C’est leur droit et leur fierté. Les Flamands, à l’image d’autres peuples de la terre, expriment simplement leur souhait de vivre entre Flamands à la façon flamande. Dans une forme d’homogénéité linguistique et culturelle à contre-courant du multiculturalisme ambiant. Par ailleurs, des études scientifiques montrent que les Flamands – y compris ceux qui votent N-VA – aiment les vacances en Wallonie et ne souhaitent pas la scission du pays. Est-ce contradictoire ?

Ceux qui fréquentent les conciliabules des dirigeants flamands savent très bien que la menace de la scission sert essentiellement d’arme de terreur psychologique destinée aux francophones. Et cela marche extraordinairement bien ! Car la peur de perdre la Belgique est l’émotion dominante chez les francophones et leurs élus. Ils sont terrorisés à l’idée de sombrer dans la misère noire sans l’argent des Flamands. Ils sont angoissés, en cas d’autonomie de Bruxelles et de la Wallonie, de devoir se comporter de façon autonome, digne et émancipée.

Or je suis intimement convaincu que les Flamands ne veulent pas réduire leur territoire à la seule Flandre. Ils souhaitent simplement que les Bruxellois acceptent de vivre « à la flamande » dans la capitale de la Flandre. Et que les Wallons minoritaires acceptent aussi de vivre « à la flamande » dans une Belgique démographiquement, politiquement et économiquement dominée par la Flandre. D’ailleurs, les Flamands ont déjà conquis pratiquement tous les postes clés, prestigieux et rémunérateurs de la Belgique fédérale. Tout serait plus simple et les problèmes communautaires disparaîtraient si les francophones acceptaient une fois pour toutes la réalité d’une Belgique flamande (Vlaams België) où il faut apprendre à vivre « à la flamande ».

Une métaphore peut illustrer mon analyse politico-psychologique : si un membre d’un couple n’est plus heureux de la vie commune. S’il ne veut plus partager les dépenses, s’il ne supporte plus la langue de l’autre dans sa chambre, s’il trace une frontière dans la maison et s’il menace de divorcer. Quelles options restent à l’autre ? Soit prendre la menace de divorce au mot. Et entamer la procédure pour prendre son autonomie en main. C’est ce qu’ont fait les Slovaques. Soit sauver le couple à n’importe quel prix. Il faut alors accepter de se soumettre aux desiderata de l’autre. C’est le choix des Bruxellois et des Wallons qui votent massivement pour les partis «unitaristes». Il serait vraiment injuste de ne pas l’assumer et de le reprocher aux Flamands. Mais rien ne vous oblige à penser comme moi…

Pascal De Sutter, psychologue politique, dans « Le Vif-L’Express » (lien).

De Wever parle aux Wallons

Le premier ministre de tous les Belges savait qu’en s’exposant comme il l’a fait aux côtés de François Hollande, il donnait du grain à moudre à Bart De Wever. Celui-ci, qui s’est confié à deux journalistes de Sudpresse, « trouve incroyable la façon dont les Wallons regardent la France, Elio Di Rupo en tête ».

Plus loin : Di Rupo « est content que Hollande a gagné en France. Il va le voir en meeting, d’accord, mais qu’il soit le seul chef de gouvernement à Paris, lors de la fête de dimanche, cela va trop loin. S’il veut présenter la Belgique comme le énième département de la France, qu’il le fasse pour les francophones, parce que la Flandre n’en veut pas. »

Evidemment, De Wever n’est pas accroché à la Belgique (nous non plus) : « Oui, je pense toujours qu’elle va s’évaporer » (nous le pensons aussi). Pour Di Rupo, c’est différent. N’en doutons pas, il fera ce qu’il peut pour sauver la Belgique, mais il aurait tort de tout miser sur le ralliement de l’opinion flamande. Gouverner, c’est prévoir. Mieux vaut se ménager une porte de sortie, surtout si, derrière la porte, il y a la France.

Participer à l’élection de François Hollande avec sa casquette de premier ministre belge et goûter à l’ivresse de la victoire et au bonheur de l’amitié, cela valait suffisamment le coup pour ne pas tenir compte, une fois, de l’opinion flamande (et nous ne parlons pas de l’agacement du MR).

« La façon dont la Wallonie regarde la France, c’est incroyable, répète De Wever. « Si on nous laisse tomber, il reste la France ». On va dire que je provoque, mais parfois, j’ai plus confiance dans la Wallonie que les Wallons eux-mêmes. »

Ben tiens… Ne pas lâcher la Wallonie après l’avoir étranglée, on ne doute pas que cela convienne à Bart De Wever (et à ses électeurs confédéralistes, à la fois belges et très flamands). Mais nous, ce qui nous fait espérer, c’est la perspective de nous reconstruire avec la France.

Petit bilan

Né dans le courant du mois de mai 2011 avec 57 visites en un mois, notre site a accueilli 993 visites pour 10 jours de vie en ce mois de mai 2012. Cela traduit bien l’évolution de notre mouvement.

En un peu moins d’un an d’existence, nous atteignons 25 082 visites. Que toutes celles et ceux qui nous font l’honneur de nous lire reçoivent ici nos plus vifs remerciements.

Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que le plus grand nombre de nos lecteurs sont en Wallonie, à Bruxelles et en France. Mais notre site est aussi lu en Flandre, en témoigne le courriel que nous avait envoyé Eric Defoort, un des penseurs de la N-VA. Plus étonnant peut-être est l’intérêt qu’il suscite auprès de lecteurs aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.

La dernière preuve de l’intérêt que provoque notre site nous est envoyée par notre ami Paul Mélot qui nous écrit que David Coppi cite celui-ci dans un petit article du « Soir » du mardi 08 mars. 

 » La Belgique vue de France ».

Après leur périple chez nous l’an dernier, Robert Lecou, député UMP de l’Hérault et Jean-Pierre Kucheida, député PS du Nord-Pas de Calais, ont déposé un rapport de 113 pages à la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française:  » La situation intérieure de la Belgique ». On peut le lire sur le site internet de l’Alliance Wallonie-France. Kucheida écrit ceci notamment: « Quel avenir peut-on entrevoir pour la Belgique? Mon sentiment est que ça va durer ce que ça va durer… J’ai l’intime conviction que les Flamands ne seront jamais satisfaits dans le cadre actuel de la Belgique. » (D.Ci)

Merci à David Coppi de nous lire et encore mieux de faire référence à notre site.

L’intérêt pour l’ A.W.F. ne se retrouve pas que sur la toile. Notre structure s’affermit de jour en jour, particulièrement à Charleroi et à Liège, avec des citoyens qui apprécient le ton qui est le nôtre et qui, en nous rejoignant, vont nous permettre de concrétiser d’autres formes d’actions. Je tiens à rappeler que nous vivons exclusivement des cotisations et des soutiens versés par nos membres. Grâce à ceux-ci, notre Cellule « Communication » qui se réunissait hier, jeudi 10 mai, va pouvoir faire aboutir plusieurs projets dont j’aurai l’occasion de vous parler  prochainement. Qu’ils soient eux aussi remerciés.

Au lendemain des présidentielles

     Une fois de plus, les Wallons et les Bruxellois de langue française se sont passionnés pendant des semaines pour l’élection présidentielle française. La nouveauté a été de constater que les médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont adopté la longueur d’onde de leurs populations. Parfois sarcastiques ou dédaigneux en début de campagne, les commentaires de nos journalistes  ont évolué au fur et à mesure pour atteindre un sommet avec l’éditorial de Béatrice Delvaux intitulé : « Merci la France ! »

     Ce fait ne doit-il pas nous interpeller ? Le Wallon n’est-il pas tout simplement un Français qui s’ignore ?  Cet aspect des choses a toujours été occulté par un Etat belge prompt à construire des barrières entre les Wallons et la France. Le communiqué du R.W. de ce jour ne peut que nous réjouir.

     Nous citons : « Les Wallons ont acquis la philosophie des Droits de l’Homme à la Révolution française et c’est irréversible. Depuis, séparés par les appétits des despotes d’ancien régime et les aléas des guerres et de l’Histoire, ayant intégré les Valeurs universelles de la République, les Wallons ont toujours été aux côtés de la France malgré les errements et vicissitudes des politiques externes des gouvernements belges. L’élection d’un nouveau Chef d’Etat est toujours un moment d’espoir. Le Président de la République française sera attendu sur sa capacité à redonner foi à la vie en commun -en France- et à réorienter l’Europe. »

     Les Français ont choisi leur Président. Tout comme l’a fait, dans la tradition républicaine, Nicolas Sarkozy, l’A.W.F. félicite François Hollande et forme le vœu qu’il soit le Président qu’il a lui-même défini lors du débat du mercredi 2 mai.

Comment l’Etat français voit l’évolution de la Belgique

Robert Lecou, député UMP de l’Hérault, et Jean-Pierre Kucheida, député PS du Nord-Pas de Calais, ont déposé un rapport de 113 pages  à la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale sur “La situation intérieure de la Belgique”.

Si le diagnostic de ce rapport est très correct et si l’analyse est  fouillée, la conclusion, rédigée en 4 §, n’est pas de nature à enflammer les réunionistes wallons : Belgique “conférence de diplomatie permanente”, “démocratie consociative”, “laboratoire de l’Europe” sont des clichés au refrain bien connu. Des mots pour ne pas conclure trop vite à la mort de la Belgique. Il en va de même sur l’estimation à 15 ou 20 % de l’option séparatiste en Flandre en complète contradiction avec les résultats électoraux… Diplomatie oblige !

On aurait tort, pourtant, de ne pas voir, au-delà du devoir de réserve et du souci d’informer, combien la France officielle a intégré l’hypothèse de la fin prochaine de la Belgique. Et combien la France est accueillante. Que les autorités françaises ne forcent pas la main des Wallons, c’est assez normal.

La balle est clairement dans le camp des Wallons. Que l’on en juge par cet échange à l’Assemblée nationale (française) :

Jean-Pierre Kucheida (PS), co-rapporteur

« Quel avenir peut-on entrevoir pour la Belgique ? Mon sentiment est que ça va durer ce que ça va durer… Le principal message de la plupart de nos interlocuteurs était : « on va bien voir ». (…) J’ai l’intime conviction que les Flamands ne seront jamais satisfaits dans le cadre actuel de la Belgique; ils ne pourront être satisfaits que si le cordon belge est coupé ou, tout au moins, largement distendu. J’en veux pour preuve la critique permanente qu’ils adressent aux Wallons, en oubliant que la prospérité passée de la Wallonie a été bénéfique pour la Flandre. »

Jacques Myard (député UMP)

« Ça fait 30 ans que les rapports de fin de mission des ambassadeurs de France en Belgique nous disent que « la Belgique n’existe plus ». La question que l’on doit se poser, c’est : que fera la France ? »

Jean-Pierre Kucheida (PS), co-rapporteur

« La France doit-elle ignorer les difficultés des Wallons ou offrir de les accueillir ? Nous avons posé cette question à nos interlocuteurs wallons, qui n’ont pas exprimé le souhait de rejoindre la France. »

Nous vous invitons à découvrir l’ensemble de ce rapport (facile à consulter) sur le site de l’Assemblée nationale : ici.