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Spitaels, tu es là. Tout va bien !

Ce dessin, je l’ai fait il y a vingt ans…

Cette phrase, reprise en titre par le journal Le Soir, renvoie aux moments difficiles que Guy Spitaels a vécus récemment, mais il est permis de lui donner un autre sens, tant la Wallonie a besoin qu’on l’éclaire sur la situation politique actuelle. On pourrait le surnommer Spitfire, car sa parole est de feu : ce que dit cet intellectuel de haut vol, ancien président du Parti socialiste, ex-ministre-président de la Région wallonne, engagé très tôt dans le combat wallon, c’est qu’il faut arrêter de coller des rustines sur un pays qui n’en finit pas de se dégonfler. Ce discours ne pouvait pas laisser Béatrice Delvaux indifférente, elle lui a consacré son édito : ici .

Pour un aperçu de l’entretien avec Guy Spitaels : ici .

Nous y ajoutons l’essentiel de l’article, avec, surtout, la question que Béatrice Delvaux a eu le mérite de poser  :

Se rattacher à la France ?

C’est une solution défendable, répond Guy Spitaels. Mais si on consultait la population wallonne sur cette éventualité, il n’y aurait jamais de majorité.

Dans le bain médiatique actuel, on ne voit pas (encore) monter la vague du rattachisme, en effet, mais l’inimaginable est devenu envisageable, et le débat sur l’avenir de la Wallonie commence à peine. La classe politique doit cesser de s’accrocher au passé, selon Guy Spitaels.

Di Rupo est à la tâche depuis des mois. Que pensez-vous de son abnégation ?

(…) Elio mesure-t-il bien ce que veut le peuple flamand ? Sa stratégie est-elle de gagner du temps ? Je ne l’accable pas, mais la clarté maintenant n’est-elle pas aveuglante sur l’évolution de l’opinion en Flandre ? Et dès lors le moment n’est-il pas venu de nous demander : que voulons-nous ? (…)

La Belgique n’a plus de sens pour vous ?

(…) J’ai essayé de servir la Belgique comme vice-Premier. Mais y suis-je affectivement attaché ? Je ne cherche pas de subterfuge, ma réponse est non.

Vous êtes quoi, alors, si vous n’êtes pas belge ?

(Il marque une pause.) Comme il n’y a pas de solution, l’urgence est de définir le visage de la Wallonie. Elio Di Rupo et Charles Michel doivent définir comment ils vont gérer ces 3,5 millions de Wallons. Le fatras d’institutions actuel, ce coût, ces doublons ! Cela nuit aussi à notre crédibilité. Je n’entrevois pas ce que va devenir cette structure, cette salle de commande wallonne. (…)

Vous trouvez l’idée d’une Fédération Wallonie-Bruxelles bonne, factice, tactique ?

Je ne sais pas. Personne ne voit le plan B, je vous l’ai dit. Je suis né et j’ai travaillé dans une ville où les gens vivent avec Bruxelles. Physiquement, cette réalité m’est présente. Je suis à deux tiers temps à Ath, à un tiers temps à Bruxelles. Je connais donc beaucoup mieux que d’autres le lien entre Bruxelles et la Wallonie. Est-ce qu’il est assumé par tous ? Pas sûr. Même si je l’appelle de mes voeux. (…)

En conclusion :

La séparation du pays ne vous fait pas peur ?

Je ne sais pasmais il n’y a aucune solution dans le fait de céder toujours. Vivre ensemble, oui, mais avec des efforts des deux côtés. J’ai démarré ma carrière en 73 comme chef de cabinet de Leburton et je suis sorti en 94 avec la levée de mon immunité : j’en ai vu assez. (…)

Le diagnostic de Jules Gheude

Intervention de Jules Gheude à la journée d’études « L’après-Belgique »,
organisée, le samedi 21 avril 2011, à la Salle académique de l’Université de Liège.

 

Celles et ceux qui me lisent n’ignorent pas les efforts que j’ai faits depuis cinq ans pour amener les esprits francophones à réfléchir au contexte « post-belge ». Je me réjouis donc tout particulièrement de cette journée d’études organisée aujourd’hui par le Cercle Condorcet de Liège, que je tiens à remercier et à féliciter.

Ceci répond d’emblée à la première question qui nous est posée : oui, le démantèlement de la Belgique est pour moi inéluctable. Et je vais m’en expliquer dans un instant.

Les Etats généraux de Wallonie, que j’ai présidés le 9 mai 2009, ici même à Liège, ont permis d’analyser, à charge et à décharge, les trois scénarios d’avenir possibles : 1° Un Etat wallon indépendant ; 2° Un Etat Wallonie-Bruxelles ; 3° La réunion à la France.

Ces travaux, qui ont fait l’objet d’une publication, ont démontré que les deux premières options n’étaient ni réalistes ni viables. Pour ce qui est de la réunion à la France, l’option d’un statut particulier d’union-intégration, prônée par le Français Jacques Lenain, nous a paru la plus crédible et nous avons décidé, il y a un an, de l’approfondir en créant le Gewif, le Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France. 8 Cahiers ont été confectionnés à ce jour. Ils ont été largement diffusés et peuvent être consultés sur le site internet du Gewif.

J’ai déploré, en 2009, que le monde politique ait snobé cette initiative citoyenne des Etats généraux de Wallonie. Mais je suis heureux de constater que la réflexion « post-belge » a largement progressé depuis, comme en témoignent les émissions et dossiers que les médias lui ont réservés, ainsi que la participation d’éminentes personnalités académiques et politiques à la journée d’études d’aujourd’hui.

La disparition de la Belgique est inéluctable

Je souhaite rappeler d’emblée les déclarations qui ont été faites, respectivement en 2002, 2006,  et 2007, par trois personnalités flamandes qui n’appartiennent pas à la mouvance nationaliste proprement dite.

La première est Karel De Gucht, qui, alors qu’il était président des libéraux flamands, lâcha sur VTM : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre.

La seconde personnalité est Yves Leterme. Alors qu’il était ministre-président flamand, il confia à Jean Quatremer de « Libération » : Que reste-il en commun ?  Le Roi, l’équipe de foot, certaines bières… (…) La Belgique n’est pas une valeur en soi (…). Elle est née d’un accident de l’histoire, il ne faut pas l’oublier.

La troisième personnalité est Wouter Beke, l’actuel négociateur CD&V, qui, dans une interview accordée au journal québécois « Le Devoir », déclara : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Le problème, c’est qu’il y a une forte identité flamande mais pas vraiment d’identité wallonne. Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. (…) A force de se frapper à un mur, les Flamands se sont radicalisés. Ils ne le savent peut-être pas, mais ils jouent avec une bombe atomique institutionnelle. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Et le journaliste québécois de préciser, à propos de Wouter Beke : C’est lui qui a récrit le programme du CD&V pour lui donner sous couvert de rationalité économique une orientation nettement autonomiste.

Dans « Alice au pays des merveilles », Lewis Carroll a introduit la notion de « non-anniversaire ». S’il vivait aujourd’hui, il pourrait parler, à propos de la Belgique, de « non-pays ». 

Cette Belgique, c’est pourtant son pays, l’Angleterre, qui a insisté avec force pour qu’elle voie le jour en 1830.

Je rappelle brièvement les circonstances. Le séisme révolutionnaire de 1830, dont Bruxelles fut l’épicentre et qui secoua plus tangiblement les régions wallonnes que les régions flamandes, entraîne le démantèlement du Royaume des Pays-Bas de Guillaume Ier.

Composé des Provinces Unies et des départements belges, ce royaume était la conséquence de la défaite de Waterloo. Ici aussi, l’Angleterre avait pesé de tout son poids. Il était exclu que la France puisse encore mettre en péril l’équilibre européen. Londres veilla donc à l’enserrer dans un carcan solide.

Conçu d’un trait de plume diplomatique, cet amalgame hollando-belge n’allait tenir que 15 ans. Ainsi en va-t-il souvent des mariages de convenance, sans aucun amour de part et d’autre…

15 ans après Waterloo, la méfiance britannique à l’égard de la France était toujours si vive qu’il fallut se résoudre à accorder à Palmerston cette « tête de pont » qu’il s’obstinait à réclamer. Voilà donc comment, d’un autre trait de plume diplomatique, naquit le Royaume indépendant de Belgique.

Talleyrand qui représentait la France à la Conférence de Londres, ne croyait pas aux chances de viabilité de cette construction artificielle. En 1832, il confiait à la princesse de Lieven : Les Belges ?… Ils ne dureront pas. Tenez, ce n’est pas une nation, deux cents protocoles n’en feront jamais une nation, cette Belgique ne sera jamais un pays, cela ne peut tenir.

Ce constat prend évidemment tout sens à la lumière de ce que nous vivons aujourd’hui. Paraphrasant Magritte, ne pourrait-on pas écrire, sous une carte de Belgique : Ceci n’est pas un pays ? Car le spectacle auquel nous assistons depuis les élections législatives du 13 mai 2010, dépasse tout ce que l’on peut imaginer en matière de surréalisme.

Le 31 décembre dernier, la Belgique est entrée au Guinness Book des Records pour avoir exercé l’entièreté d’une Présidence européenne avec un gouvernement démissionnaire. Depuis mercredi dernier, elle détient le record mondial de la non-gouvernance, détrônant l’Irak qui avait tenu 289 jours sans gouvernement.

Ce qui me paraît extrêmement dangereux, c’est que d’aucuns  semblent s’accommoder de la situation. Après tout, ce gouvernement démissionnaire ne s’en tire pas trop mal, disent-ils. Et d’envisager même la possibilité d’aller ainsi jusqu’aux élections communales de 2012.

Il faut souligner avec vigueur le déni de démocratie que ce contexte représente.

On reste sur les résultats électoraux de 2007 alors que, depuis, le scrutin de 2010 eu lieu et a changé la donne, explique Pascal Delwit, le politologue de l’ULB. Quant à Christian Behrendt, le constitutionnaliste de l’ULg,  il rappelle que depuis 2007, on n’a pas eu le moindre vote de confiance sur une majorité alternative à celle qui est en place. Et d’ajouter : Cela deviendrait dangereux s’il y avait une volonté de sciemment prolonger cela.

Autre aspect pervers de la situation actuelle : la majorité gouverne sans opposition. L’opposition est d’autant plus neutralisée, pour l’instant, qu’elle ne peut menacer le gouvernement de démission ! Yves Leterme a déjà démissionné…, précise Christian Behrendt.

Enfin, les affaires courantes n’autorisent normalement que la gestion stricte du quotidien, pas la conduite prolongée d’un pays. Le gouvernement Leterme tente bien, avec la bénédiction du Palais et du Parlement, d’élargir le concept – on l’a vu, notamment, avec la confection du budget ou la décision d’intervenir en Libye -, mais de nombreux dossiers restent en rade, comme l’octroi de subsides ou la nomination de fonctionnaires, et les grandes réformes ne peuvent être initiées. On pense, entre autres, au régime des pensions et au développement durable.

Je reviens à présent à la création de la Belgique. Dès le départ, le ver est dans le fruit, car le « Vlaamse mens » se voit réduit à l’état d’infériorité culturelle et sociale. Le suffrage censitaire fait la part belle à la bourgeoisie, laquelle, au Nord comme au Sud, ne s’exprime qu’en français. A l’occasion du 25ème anniversaire du Royaume, voici ce que publie le « Nederlands Kunstverbond » d’Anvers :

Flamands,

Depuis vingt-cinq ans, vous êtes méconnus, opprimés et humiliés. (…)

Depuis vingt-cinq ans, le Wallon est l’enfant privilégié du gouvernement ; le Flamand, lui, est rejeté et méconnu. L’un peut tout obtenir parce qu’il ne connaît, par sa naissance, que le français ; pour l’autre, rien, parce que le sort lui a donné une mère flamande.

C’est précisément pour tenter de réhabiliter la langue néerlandaise qu’une poignée d’intellectuels flamands vont se mobiliser. Ils constitueront l’embryon de ce Mouvement flamand dont l’influence ne cessera de grandir au fil des ans. Aux revendications linguistico-culturelles – la première loi linguistique ne sera votée qu’en 1873 -, vont venir s’ajouter les revendications politico-sociales.

Et l’on arrive ainsi à la fameuse « Lettre au Roi » de Jules Destrée en 1912.  Après avoir reconnu le caractère légitime du Mouvement flamand, Destrée écrit : A l’heure présente, le mouvement flamand, enivré de ses succès et sa force populaire, a atteint son but. Il le dépasse. Il menace la Wallonie. (…) Le Flamand ne recule jamais. Il a la douce obstination têtue du fanatisme.

« Alles voor Vlaanderen en Vlaanderen voor Kristus » (Tout pour la Flandre et la Flandre pour le Christ). Cette devise, qui figura longtemps en première page du « Standaard », ne nécessite aucun commentaire. Comme est tout aussi éloquent le sous-tire que Manu Ruys, l’éditorialiste influent du « Standaard » donna, en 1973, à son livre « Les Flamands » : Une nation en devenir.

Trente-huit ans plus tard, cette nation est bel et bien devenue réalité.

Le terme figure d’ailleurs expressément dans le projet de Constitution flamande qui a été déposé, en 2006, par le cartel CD&V/N-VA. Cette évolution, que les responsables francophones s’obstinent à ne pas reconnaître, est cause de l’échec définitif du fédéralisme et compromet la survie même du Royaume.

Il me faut rappeler ici que ceux qui, comme moi, se sont engagés en faveur du fédéralisme à la fin des années 60, étaient alors qualifiés de dangereux dépeceurs de l’Etat par un PSC qui, à l’instar du CDH actuel, n’avait que le slogan « l’union fait la force » à la bouche.  Il s’est d’ailleurs avéré rapidement que la Flandre ne concevait pas le fédéralisme comme un aboutissement, mais bien comme une étape devant lui permettre de progresser plus vite sur la voie de l’autonomie. Aujourd’hui, Joëlle Milquet prône ce fédéralisme avec l’énergie du désespoir, alors que, comme l’a déclaré Yves Leterme lui-même, il a atteint ses limites. C’est ce qui s’appelle être en retard d’une guerre ou ramer à contre-courant de l’Histoire…

Le dernier baromètre de « La Libre Belgique » indique que la N-VA, la Vlaams Belang et la Lijst Dedecker séduisent ensemble la moitié de l’électorat flamand. Et l’on sait que le CD&V et l’Open VLD ne sont jamais en reste dès qu’il s’agit de défendre les intérêts fondamentaux de la Flandre.

A propos de l’Open VLD, je voudrais rappeler qu’au lendemain de l’échec du pacte d’Egmont, en 1978, François Perin s’efforça vainement de réunir la famille libérale autout d’un projet institutionnel commun. L’intransigeance à laquelle il se heurta de la part des libéraux flamands lui fit prendre conscience que les carottes belges étaient cuites : Tous plus ultra-flamingants les uns que les autres, en surenchère du CVP et de la Volksunie.

Le 26 mars 1980, François Perin démissionna spectaculairement de la fonction sénatoriale : Je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre Etat. (…) La Belgique est malade de trois maux, incurables et irréversibles. (…) Le premier mal, est le nationalisme flamand. Le second, c’est que la Belgique est livrée à une particratie bornée (…) Le troisième mal, c’est que la Belgique est paralysée par des groupes syndicaux de toute nature. (…) Et il n’y a rien, ni homme, ni mouvement d’opinion, pour remettre tout cela à sa place et dégager l’autorité de l’Etat au nom d’un esprit collectif que l’on appelle ordinairement la nation, parce que, dans ce pays, il n’existe plus de nation.

Un an plus tard, ce qu’il écrit dans « La Meuse » cadre tout à fait avec ce que nous vivons aujoiurd’hui : Voilà des années que je pressens ce qui va arriver : les Wallons et les Bruxellois vont se retrouver assez bêtements belges tout seuls. Après d’éventuelles élections qui n’auront qu’exacerbé le malaise dû une crise financière et économique insoluble, le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut disparaître par « implosion ».

Et le 9 mars 1983, il livre à l’hebdomadaire « Pourquoi Pas ? » un article intitulé « Et si les Flamands proclamaient leur indépendance ? ».  23 ans avant le fameux docu-fiction « Bye bye Belgium » de la RTBF !

Jean Gol, qui était à l’époque vice-Premier ministre, tint à lui faire parvenir le petit mot suivant : Je suis d’accord à 100% avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long ; je ne suis pas fonctionnellement en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance et une réponse francophone de survie digne, raisonnable et dans l’ordre.

Pour en avoir maintes fois parlé avec lui à l’époque, je peux attester ici que le regard de Jean Gol était tourné vers la France.

Aujourd’hui, je peux comprendre fort bien la frustration flamande. Voilà douze ans que le Parlement flamand a voté, à une forte majorité, ces cinq résolutions qui s’inscrivent clairement dans un schéma confédéraliste. Elles constituent l’essentiel de la note Octopus de l’actuel gouvernement flamand.

En ayant sous-estimé l’importance  du projet flamand, les responsables francophones portent une écrasante responsabilité. On pensait que tout cela n’était que du folklore, a même lâché Paul Magnette.

Les faits, dit-on, sont plus forts qu’un lord-maire. On peut, certes, pratiquer la méthode Coué en se persuadant, comme Elio Di Rupo, que la Belgique est un pays fascinant et qu’on va y arriver. Mais lorsque le patient est en état de mort clinique, pour reprendre les termes d’Eric Van Rompuy, il est vain de poursuivre l’acharnement thérapeutique.

Eric Donckier, l’éditorialiste du « Belang van Limburg »,  parlait récemment de gescheiden geesten, des esprits séparés. Force est, en effet, de constater que Flamands et francophones évoluent dans deux mondes différents. Même la mort de Marie-Rose Morel a suscité la polémique.

Voilà pourquoi la mission de Wouter Beke, comme les précédentes, ne peut se solder que par un échec. Des élections anticipées ne résoudront rien. La seule solution consiste à acter le caractère inéluctable de la scission et à faire en sorte que la procédure du divorce puisse se dérouler sereinement.

Les divers scénarios d’avenir possibles pour les Wallons et les Bruxellois

J’en arrive ainsi aux scénarios d’avenir possibles pour les Wallons et les Bruxellois.

Je commencerai par le Plan B, évoqué par le président du PS, Elio Di Rupo, à savoir la poursuite d’une « Belgique résiduelle », composée de la Wallonie et de Bruxelles. C’est aussi l’option  défendue par le président du FDF, Olivier Maingain.

Ce projet vise manifestement à rassurer Wallons et Bruxellois en leur disant que rien de fondamental ne changerait pour eux. Mais il est surtout commode pour la classe politique, qui tient à préserver sa rente de situation.

Il nous faut toutefois, par rigueur intellectuelle, verser au dossier toutes les incertitudes juridiques que comporte ce scénario et expliquer en quoi il poserait problème au niveau international.

En droit international, la question de la succession d’Etat est réglée par deux Conventions ONU : celle de 1978 en matière de traités internationaux et celle de 1983 relative aux dettes, archives et biens.

Seule l’application de l’article 35 de la Convention de 1978 pourrait permettre à la Wallonie et à Bruxelles de poursuivre la route commune sous l’appellation « Belgique ». Mais le Royaume de Belgique n’a pas ratifié cette Convention. Elle n’est donc pas en vigueur sur les territoires concernés.

Certains diront que cette convention ne fait que reprendre des règles coutumières. Pourtant, la pratique des Etats postérieure à 1978 contredit les règles de la convention. Pensons aux successions des Etats yougoslave et soviétique en 1991 et 1992 qui, à quelques mois d’intervalle, ont conduit à des solutions opposées. Il n’existe donc pas en la matière une règle certaine et stable.

Par ailleurs, cette « Belgique light », avec Bruxelles enclavée en Flandre, serait susceptible de créer des problèmes sur le plan international, qui pourraient compromettre sa reconnaissance comme « successeur » de la Belgique. Ce genre de précédent serait susceptible de rallumer le feu en ex-Yougoslavie. Pourquoi, en effet, la Serbie ne ferait-elle pas de même avec la Republika Srpska de Bosnie ?

Non reconnue, la « Belgique résiduelle » se retrouverait alors, tout comme la Flandre, en dehors des instances internationales et européennes et hors zone Euro…

Outre ce problème, se pose aussi la question du partage de la dette publique belge.

Aujourd’hui, la succession d’Etat en matière de dettes est réglée par la Convention ONU de 1983, que la Belgique a refusé de signer !

On nous rétorquera que la plupart des conventions internationales ne font que codifier des règles coutumières déjà existantes.

Cet argument ne tient pas la route. Les Etats occidentaux ont voté contre la convention de 1983 précisément parce que les solutions contenues faisaient la part trop belle aux pays décolonisés et allaient contre la pratique jusque 1945. La convention de 1978, elle, a fait un compromis entre la vision occidentale de la continuité des Etats et la vision communiste et du Tiers-Monde prônant le principe de la table rase appliqué de 1945 à 1978. Le vote contre ces conventions par de nombreux pays occidentaux, minoritaires à l’ONU depuis 1975, prouve justement que le contenu n’est pas coutumier.

Un Etat flamand serait-il enclin à reprendre sa part de la dette publique belge alors que Bruxelles lui échapperait et que Wallons et Bruxellois reprendraient l’appellation « Belgique » ? Rien n’est moins sûr. Voilà qui devrait faire réfléchir, lorsqu’on sait que cette dette frôle les 350 milliards !

Une chose est sûre : la « Belgique résiduelle » serait si substantiellement différente de l’Etat prédécesseur qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Par ailleurs, il fait préciser que la mise sur pied d’une «Belgique continuée » entraînerait la modification du Traité de Lisbonne. On voit mal, en effet, un  pays comme le Danemark, qui dispose actuellement de 7 voix au Conseil des ministres de l’UE, accepter que cet Etat résiduaire conserve les 12 voix de l’ancienne Belgique.  Idem au FMI où la « Belgique light » aurait encore 2,10% des votes, alors que le Brésil n’en détient que 1,40%

Il faut aussi souligner que cette « Belgique résiduelle » présenterait un ratio dette/PIB qui dépasserait les 100%. Et la perte des transferts financiers en provenance de Flandre (5-7 milliards) serait loin d’être compensée par la recette (environ 2 milliards) provenant de l’imposition à Bruxelles des 235.000 navetteurs flamands qui y travaillent. On peut d’ailleurs imaginer que ce nombre diminuerait sensiblement avec le départ des administrations flamandes. Un Etat Wallonie-Bruxelles ne satisferait donc pas aux critères de l’euro et sa viabilité financière ne serait nullement assurée.

Enfin, la « Belgique résiduelle » aurait un caractère tout aussi artificiel que celui de la Belgique défunte. Elle ne constituerait nullement une nation. On aurait une Belgique en réduction, aussi médiocre que l’autre, avec les Saxe-Cobourg en prime !, estime François Perin. Outre des espaces géographiques de taille et de morphologie absolument dissemblables et, de surcroît, séparés, on se trouve confronté à des populations sociologiquement et humainement distantes, avec des sensibilités souvent opposées sur bien des sujets.

Des sondages montrent d’ailleurs clairement la volonté des Bruxellois de préserver leur spécificité. Comment, dans ces conditions, organiser les pouvoirs, la répartition des compétences et fixer le poids respectif des deux composantes ? Optera-t-on pour le principe de l’égalité (Wallonie = Bruxelles) ou celui de la proportionnalité  (Wallonie > Bruxelles) ?

Bruxelles pourrait fort bien, par contre, s’y retrouver via un statut de « ville libre internationale ». Certains experts parlent même de « jackpot » !

Pour ce qui est de la Wallonie, il ne fait aucun doute que l’option d’un Etat wallon indépendant, avec un ratio dette/PIB de plus de 150%  et des prestations sociales qui, selon tous les économistes, chuteraient de quelque 20%,  ne tiendrait pas la route. La solution passerait ici par un statut particulier d’union à la France, dispositif que prévoit la Constitution française et qui permettrait de concilier une intégration étatique à la France avec une forte autonomie au sein de celle-ci, tout en garantissant, par l’exercice de la solidarité financière nationale, l’équivalence des services publics et des systèmes sociaux.

Une fois cette intégration réalisée, on peut imaginer que la France conditionnera la reconnaissance de l’Etat flamand au désenclavement de Bruxelles. Et celle-ci, si elle en émettait clairement le souhait, pourrait aussi rejoindre la France.

L’après-Belgique, on le voit, ne serait donc pas, comme d’aucuns voudraient le faire croire, le chaos assuré.

En guise de conclusion, je voudrais reprendre deux extraits.

Le premier est issu de l’interview que Jean Rey, l’un des pionniers de la construction européenne, a accordée à l’hebdomadaire « Pourquoi Pas ? », en 1947 : (…) partout, quand un Etat unitaire est travaillé par un mouvement nationaliste, il est impossible qu’il ne finisse pas par craquer. (…) La sagesse, est de s’en apercevoir à temps.

Le second concerne le conseil que donne José-Alain Fralon, l’ancien correspondant du « Monde » à Bruxelles, au roi Albert II, dans son ouvrage « La Belgique est morte. Vive la Belgique ! », paru en 2009 : Mais si vous aviez une Belgique d’avance ? Si, au lieu de ce baroud d’honneur qui risque de mal tourner, voire même de friser le ridicule, tant il est peu conforme à la philosophie de vos sujets, vous la jouiez plus finement ? En admettant, comme nous le ferons tous tôt ou tard, que rien ne pourra arrêter la marche de la Flandre vers son indépendance, et en accompagnant celle-ci au lieu de tenter en pure perte de la stopper ?      

Je suis, pour ma part, disposé à apporter mon concours pour que la scission puisse se faire d’une manière harmonieuse.

En 2007, le très sérieux magazine britannique « The Economist » constatait : The job is done. La Belgique a fait ce pour quoi elle a été créée. Elle peut donc disparaître.

On ne peut mieux dire !

A Dunkerque, la déglingue de la Belgique fait des heureux

Lu dans la presse locale (Le Phare dunkerquois) :

La crise belge profite au tourisme dunkerquois

Comme partout en France, l’été n’a pas vraiment pointé le bout de son nez sur la côte dunkerquoise. Pourtant les touristes belges, en particulier wallons, sont venus en nombre profiter des équipements…

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Les professionnels du tourisme dunkerquois ne s’attendaient sûrement pas à profiter de la « guerre » qui sépare Wallons et Flamands.

Pourtant, force est de constater que cet été, les touristes « belges », en particulier wallons, ont été plus nombreux : +38 % parmi la clientèle étrangère habituelle. (…) « Les Wallons, apparemment, aiment l’accueil, constate Sabine Lhermet, directrice de l’office de tourisme de Dunkerque. Beaucoup d’hôteliers, toutes catégories confondues, ont fait remonter ces remarques. » L’attrait des établissements maritimes serait donc aussi simple qu’un « Bonjour, que puis-je faire pour vous ? » en souriant ? « Pour eux, l’accueil est effectivement bien meilleur ici qu’en Flandre, assure Stéphane Paganini, gérant de l’Hôtel de la plage. Le contact avec les gens leur est beaucoup plus agréable étant donné qu’avec les Flamands, c’est très compliqué. Ils n’y sont pas bien reçus. » Le divorce est en effet consommé. (…)

Pour l’ensemble de l’article : ici .

Ils ont dit…

* « Maintenant qu’ils ont trouvé un accord sur BHV, il reste à trouver un accord sur ACDEFGIJKLMNOPQRSTWXYZ. » (Claude Semal)

* La phrase de l’année, dite par le prix Nobel de médecine … (l’oncologue brésilien Drauzio Varella).
« Dans le monde actuel, nous investissons cinq fois plus d’argent en médicaments pour la virilité masculine et en silicone pour les seins des femmes que pour la guérison de la maladie d’Alzheimer. Dans quelques années, nous aurons des femmes avec des gros seins, des vieux à la verge dure, mais aucun d’entre eux ne se rappellera à quoi ça sert. »

Le Hainaut en voie de réunification

Ichi, in s'edvise in picard

C’est Eric Deffet qui l’écrit dans le Soir :

« 1 Hainaut + 1 Hainaut = 1 Hainaut ».

Il précise : « la frontière entre France et Belgique n’est qu’une péripétie de l’Histoire ». Ce qui motive son article, c’est que  « le préfet de la Région du Nord-Pas-de-Calais a convaincu le ministre-président wallon Rudy Demotte de travailler sur un projet de développement territorial commun ». En soi, la nouvelle est réjouissante, mais le ton de l’article est inhabituellement positif, et le meilleur est pour la fin : « L’enjeu de tout cela ? L’existence et le renouveau d’une région « au milieu de nulle part » dans une Europe qui s’articule autour de pôles urbains puissants. Sans oublier la préparation à un (hypothétique) rattachement à la France… »

Hypothétique ou pas, le rattachement est pensé, imaginé, presqu’annoncé. Cela fait du bien de lire ce genre de chose dans le Soir, journal dont les positions relèvent parfois de l’émotionnel belgicain le plus consternant. Le jour où M. Di Rupo consacrera, à l’hypothèse française, la même énergie que celle qu’il déploie à une négociation belge sans issue, une sorte de grâce éblouira le Hainaut belge et le reste de la Wallonie.

L’article d’Eric Deffet est à lire ici .

Une Wallonie indépendante, une option insoutenable au plan des finances publiques

Note de réflexion, 8 août 2011.

Jules GAZON, Professeur émérite, HEC, Ecole de gestion de l’Université de Liège.

Pour une version actualisée de cet article : La Wallonie face à un mur (octobre 2015).

Les Francophones de Belgique qui ont franchi le pas pour considérer que la fin de la Belgique est inéluctable, s’interrogent sur les options possibles et s’engagent, sans toujours avoir analysé si le choix préférentiel est politiquement réalisable et économiquement soutenable. Un tel choix ne ressortit pas uniquement au rationnel mais aussi au vécu, à notre histoire personnelle et à l’histoire de notre pays telle qu’elle nous a été enseignée, et, en définitive à l’intensité du lien identitaire à notre région : à la Wallonie, à Bruxelles.

Ce conditionnement  peut influencer le diagnostic du « politiquement réalisable » sans faillir à la raison tant l’appréhension du fait politique peut être subjective. Mais souvent, l’argumentation  relève davantage d’une préférence a priori que l’on cherche à justifier que de l’objectivité, par ailleurs illusoire sur ce point. Par contre,  un diagnostic économique doit se soumettre à l’objectivité d’une analyse chiffrée se fondant sur des données observées. Sachant toutefois que dès lors qu’il s’agit de prévoir l’avenir économique, on n’est jamais certain de la réaction des acteurs par rapport à une situation donnée.  Seule, la référence à des situations passées similaires permet d’appréhender l’avenir avec un certain degré de certitude.

Préambule méthodologique

Je me propose de  chiffrer les besoins de financement d’une Wallonie obligée d’assumer seule ses finances publiques sans transfert solidaire en provenance d’une autre entité. Parmi les scenarii institutionnels possibles engendrant cette situation, il y a, soit le confédéralisme belge avec rupture du lien solidaire entre les entités confédérées, soit l’indépendance de la Wallonie, soit encore une union à la France limitée à une association de type confédéral avec la France, c’est-à-dire sans lien solidaire entre cette Wallonie autonome et la France.

Au risque de paraître professoral, je voudrais préalablement rappeler un principe logique essentiel. Tout qui prend parti pour un scenario déterminé concernant par exemple  la Wallonie, doit  le faire sur base de ce qu’il estime être le meilleur possible pour les Wallons, et doit se plier, par honnêteté intellectuelle, aux conditions nécessaires à la réalisation de son objectif, ce qui implique :

– un minimum de modestie consistant à accepter  que l’ensemble des conditions nécessaires retenues supposées rencontrées,  puissent ne pas  représenter la condition suffisante pour que se réalise le scénario défendu suivant l’objectif poursuivi ; autrement dit dans une matière aussi complexe que l’indépendance ou l’autonomie wallonne, il subsistera très probablement a priori un degré d’incertitude par rapport à la pertinence de l’argumentation qui conclut à ce choix, comme pour tout autre scenario d’ailleurs.

– le rejet de l’option choisie si une condition nécessaire à l’objectif poursuivi ne peut être satisfaite. Autrement dit, en focalisant l’analyse sur la pertinence d’une condition nécessaire, le scenario doit être rejeté s’il apparaît que cette condition nécessaire ne peut être satisfaite.

Je me limiterai à analyser une condition nécessaire essentielle : vérifier si les besoins de financement d’une Wallonie autonome ou indépendante permettraient, sur base des données disponibles aujourd’hui, d’assurer  la pérennité du bien-être actuel de la population wallonne.

Solde net à financer d’une Wallonie
indépendante

Depuis plusieurs années, on évoque les transferts Nord/Sud pour souligner le soutien financier de la Flandre à la Wallonie. Généralement, la théorie économique se réfère aux travaux de Wishlade et al. (1996)[i] pour le calcul des transferts interrégionaux. C’est ainsi que le Cerpe[ii] des Facultés ND de Namur[iii] aboutit à un transfert en 2005 de 6,2 mia en faveur de la Wallonie, soit 5,6 mia en provenance de la Flandre et 0,6 mia en provenance de Bruxelles. Le calcul du Cerpe se fonde sur la méthode dite du « juste retour » initiée par Whislade. Cette méthode est parfaitement adaptée à l’estimation des transferts interrégionaux d’un Etat soucieux de la solidarité entre ses Régions. Mais dès lors que l’on se place dans la perspective d’une scission de cet Etat, ce qui compte, c’est de connaître quel serait le solde net à financer pour chaque Région si celle-ci devenait autonome pour ses recettes et ses dépenses publiques, sécurité sociale comprise. Ce solde net à financer est constitué du solde primaire net à, financer (différence entre les recettes et les dépenses primaires[iv]), auquel il faut ajouter les intérêts de la dette publique, sachant que ces intérêts dépendent du critère qui prévaudra pour le  partage de la dette, au moment de la scission. Cette statistique ne fait pas l’objet d’une publication officielle. En avril 2011, enfin, le Cerpe[v] publie un article présentant le solde primaire à financer de la Flandre, de la Wallonie et de Bruxelles en cas de défédéralisation des recettes et dépenses primaires de l’entité fédérale. Je reprends ces données, notées F, dans le tableau ci-dessous. Pour appréhender le solde primaire à financer pour les trois Régions, il faut ajouter à ces données F, les soldes primaires des entités fédérées, notées f[vi].

Soldes primaires à financer

En millions d’euros 2006 2007 2008 2009 2010
Bruxelles
F :1953
f :-58
T :1895
F:1231
f :10
T :1241
F:1070
f :-76
T :994
F:-338
f :-349
T:-687
F :276
n.d
n.d
Flandre
F :12786
f :585
T :13371
F :11661
f :1040
T :12701
F :10780
f :-29
:10751
F:1914
f:-1051
:863
F :4350
n.d
n.d
Wallonie
F :-1780
f :17
T :-1763
F:-2710
f :258
T:-2452
F:-3546
f :-6
T:-3552
F:-6906
f :-897
T :-7803
F:-6264
n.d
n.d

F : Solde primaire à financer (-) ou capacité de financement (+) de l’Etat fédéral réparti entre les trois entités : Région bruxelloise, Région wallonne, et la Région flamande .

f : Solde à financer (-) ou capacité de financement (+)  propres aux Communautés et Régions. (total)= F+f

Dans l’attente des chiffres 2010 qui devraient être disponibles d’ici quelques mois, je me propose de me référer à l’année 2009, en soulignant toutefois qu’il s’agit d’une année de récession qui aggrave le déficit des finances publiques par rapport aux années de croissance soutenue.

Aux soldes primaires (T) de chaque Région repris dans le tableau, il faut ajouter les intérêts de la dette publique calculés sur base de la dette publique qui leur sera dévolue et qui dépend donc du critère de répartition retenu après négociation de la scission du pays. En 2009, le PIB wallon était de 79,741 mia pour un PIB national de 339,162 mia, soit une proportion de 23,5%. La dette publique belge fin 2009 se chiffrait à 326,371 mia.
Une scission du pays fin 2009, aurait donc engendré pour la Wallonie, la prise en charge de  0,235x 326,371 mia, soit 76,697 mia de dette si on retient le PIB comme critère de répartition, ce qui constitue une hypothèse optimiste. Sachant que les intérêts sur la dette publique nationale de 2009 se chiffraient à 11,865 mia, soit un taux d’intérêt moyen de 3,5%, en appliquant, dans un premier temps, ce taux d’intérêt à la dette dévolue à la  Wallonie, les intérêts pour 2009 se seraient chiffrés à 0,035x 76,697 mia = 2,685 mia.

Le solde net à financer par la Région wallonne autonome se serait donc élevé en 2009 à 7,803 mia + 2,685 mia, soit à 10,488 mia.

A défaut de disposer de ce que serait le total des dépenses publiques de la Wallonie autonome[vii] en 2009, si on applique à la Wallonie le pourcentage des dépenses publiques belges par rapport au PIB belge qui en 2009, avoisinait les 50%, on pourrait considérer que les dépenses publiques de la Wallonie autonome en 2009 auraient été de 0,5 x 76,697 mia, soit 38,349 mia.

En conséquence, sous l’hypothèse optimiste du partage de la dette publique suivant le critère du PIB, le solde net à financer d’une Wallonie autonome en 2009, intérêts de la dette publique wallonne compris, soit , 10,488 mia, eût été d’environ 27% des dépenses publiques wallonnes et de 13,5% du PIB wallon pour un objectif de la zone euro fixé à 3%.

Processus infernal d’amplification du solde à financer

Toutefois, une telle réalité en cas de scission déclencherait un processus infernal du type de celui que connaît la Grèce aujourd’hui, car dans le calcul qui précède, on considère implicitement que le taux d’intérêt appliqué à la dette wallonne est celui appliqué à l’Etat belge unitaire, soit, en moyenne 3,5% en 2009[1].

Le processus infernal annoncé résulterait du désarroi et de la spéculation des marchés financiers qui feraient monter les taux d’intérêt du refinancement de la dette wallonne à un niveau conduisant probablement à la faillite de l’Etat wallon. Pour donner une idée de l’ampleur du drame, en s’inspirant de ce qui s’est passé en Grèce, supposons que la Wallonie autonome puisse se financer à 12%. La charge financière de la Wallonie monterait dès lors à 0,12 x 76,697 mia = 9,204 mia.

Dans ce cas, le solde net à financer de la Wallonie autonome sur base des données 2009 se chiffrerait à 7,803 mia (déficit primaire) + 9,204 mia (charges d’intérêt) = 17,007 mia, soit 22% du PIB wallon !

Indépendance wallonne et appauvrissement du peuple wallon

 L’année 2009, choisie pour les besoins des statistiques les plus récentes disponibles, est une année de référence de basse conjoncture, voire de crise, ce qui pèse sur  les chiffres de ma simulation. Mais ce qui s’annonce aujourd’hui n’est pas mieux. De toute manière on ne peut prédire l’avenir financier d’une Wallonie qui choisirait l’indépendance. Mais de toute évidence, les  besoins de financement seraient gigantesques à un point tel qu’il faudrait envisager une cessation de paiement : annuler une partie de la dette avec pour conséquence une perte de crédibilité que la Wallonie devrait porter pendant de nombreuses années, même si elle amorce son redressement.

Pour rester dans la zone euro, il lui serait imposé de rétablir l’équilibre budgétaire sur un terme à négocier. On ne pourrait trop l’espérer d’une augmentation des impôts qui sont déjà très élevés comparativement aux autres pays de la zone euro. Malgré la nécessité de s’attaquer aux positions fiscales privilégiées, ce sont les dépenses publiques qu’il faudrait drastiquemen diminuer.
Sans effacement d’une partie importante de la dette, une réduction des dépenses de plus de 40% s’imposerait si on doit rétablir l’équilibre. Mais une réduction d’une telle ampleur de la masse salariale de la fonction publique, des interventions dans les soins de santé et des allocations[2] est de fait impossible.
Outre le climat insurrectionnel qui s’ensuivrait, la demande intérieure s’effondrerait, handicapant d’autant le redressement. Une nouvelle politique économique devrait ménager l’intérêt des créanciers de la Wallonie tout en assurant une stimulation de l’activité. Mais elle ne pourrait échapper à la nécessité de  générer un solde primaire à financer, non seulement positif mais supérieur à la charge d’intérêt de la dette publique afin d’amorcer son remboursement en évitant  l’ « effet boule de neige ».
Ce ne serait possible qu’en demandant plus d’efforts, plus de productivité tout en réduisant drastiquement la masse salariale dans la fonction  publique et les allocations. Un changement, une révolution de la gouvernance qui paraît inaccessible.

Bien que difficilement concevable d’un point de vue politique, la Wallonie pourrait ou devrait (?) quitter la zone euro et frapper monnaie. Je ne développerai pas ici cette option. Mais, il ne faut pas être économiste pour comprendre que l’on ne peut effacer un déficit de 22% du PIB par simple artifice. De dévaluation en dévaluation du franc wallon par rapport aux autres monnaies et singulièrement par rapport à l’euro, monnaie de nos principaux partenaires commerciaux, c’est le pouvoir d’achat en euros qui se détériorerait dans un ordre de grandeur tel que le pouvoir d’achat réel des Wallons en terme de services et de marchandises diminuerait dans une proportion sans doute proche de celle imputable à la diminution obligée des dépenses qui serait imposée en restant au sein de la zone euro. De plus, probablement obligée de se déclarer en faillite en renonçant à rembourser sa dette, la Wallonie, dans un premier temps tout au moins, éprouverait d’énormes difficultés à se financer tant sur le marché intérieur que sur les marchés internationaux.

En définitive, si la Wallonie devait faire le choix de l’indépendance ou d’une formule institutionnelle (confédéralisme à quatre Régions autonomes ou association à la France réduite à une forme confédérale) qui lui imposerait d’assumer seule le solde à financer imputable à son autonomie, elle devrait affronter sans aucun doute un climat insurrectionnel et une perte de crédibilité nécessitant un effort de longue durée considérable, le sacrifice d’une génération, celle de nos enfants.

Le meilleur choix parmi les solutions alternatives

La solution consistant à créer un Etat wallo-bruxellois mériterait aussi une analyse chiffrée que je ne présenterai pas dans cette note. Disons toutefois qu’elle est plus viable au plan économique que l’indépendance wallonne en raison du PIB/habitant de Bruxelles qui est un des meilleurs des Régions d’Europe, un potentiel, s’il devait contribuer à résorber le déficit wallon, qui se heurterait toutefois à l’opposition des Bruxellois obligés ainsi de subir une importante perte de revenu.

Mon analyse pourrait accréditer l’idée que l’intérêt de la Wallonie passe par la continuité de la Belgique. Mais on sait que le passage par le confédéralisme qui se prépare n’est que l’anti-chambre du séparatisme. S’ils le peuvent, dans un premier temps – l’accord du prochain gouvernement (?)- la Flandre s’en accommodera en maintenant même le lien solidaire avec les Wallons, qu’ils n’auront pourtant de cesse de vouloir rompre le plus tôt possible. Car l’intérêt financier des Flamands au séparatisme, l’amélioration de leur niveau de vie déjà bien supérieur à celui des Wallons, se mesure par l’importance du solde à financer par la Wallonie indépendante évoqué plus haut, non pas celui du processus infernal, mais bien ce pourquoi la Wallonie est responsable annuellement aujourd’hui dans les besoins de financement de l’Etat, soit en chiffres 2009, 10,448 mia, pour lesquels les Flamands n’auraient plus à se porter garants.

J’ai évoqué en introduction qu’une condition nécessaire du choix institutionnel futur, postule de rejeter toute option qui compromettrait le bien-être du peuple wallon. J’ai démontré que l’indépendance de la Wallonie ou toute autre forme d’autonomie wallonne engendrerait, en raison du déficit gigantesque de ses finances publiques, un tel appauvrissement qu’il convient de rejeter cette option institutionnelle. S’y accrocher en connaissance de cause sans s’interroger sur l’alternative revient aujourd’hui à prendre le risque de spolier le peuple wallon.

L’alternative passe par une union de la Wallonie à la France, mais pas  n’importe laquelle. Pas celle d’une simple association qui postulerait que la Wallonie s’unisse à la France sous une forme confédérale, sans que les Wallons ne soient citoyens français, donc sans bénéficier du lien solidaire avec la France notamment pour le financement de la sécurité sociale.

Pour reprendre la typologie du haut fonctionnaire français, Jacques Lenain[viii], il faudra choisir entre ce qu’il appelle l’assimilation, proche de l’option défendue par Paul-Henry Gendebien[ix], et l’intégration particulièrement portée par Jules Gheude et les cahiers du Gewif[x]. Et pourquoi pas, un mélange des deux dans une perspective qui allie le meilleur de la République française et de l’autonomie wallonne, en étant  citoyens français dans la France solidaire. Sachant toutefois, que si elle permet d’éviter le drame -la réduction drastique des dépenses et des salaires de la fonction publique ainsi que des pensions de retraite- cette option imposera aussi aux Wallons d’assumer l’avenir au sein de la République française par un dynamisme et une gouvernance qui équilibrent les finances publiques de la Wallonie en tant que Région française.

Enfin, il convient de souligner que les besoins de financement public de la Wallonie intégrant la France présentent une perspective bien différente au sein de la France que dans l’indépendance.

D’abord, la Wallonie ne devrait pas affronter le scénario infernal du refinancement de la dette à des taux usuraires[xi].
D’autre part, à l’échelle de la France, le déficit wallon se marginaliserait.
En effet, si on se réfère à l’année 2009, le PIB et la dette publique français étaient respectivement de 1889,231 mia et 1492,746 mia, soit  une dette publique égale à 79% du PIB. Si la Wallonie avait intégré la France en 2009, les nouveaux PIB et dette publique[xii] français seraient respectivement de 1968,972 mia et 1569,443 mia, soit 79,7%, donc une augmentation de la dette de moins de 0,7% en terme de PIB.

D’autre part, les besoins de financement de la France de 142,540 mia en 2009, soit 7,5% du PIB seraient portés, avec le rattachement de la Wallonie, à 152,988 mia, soit 7,77% du PIB, donc une augmentation de 0,27%.

Ces impacts marginaux expliquent pourquoi la France ne refuserait pas le rattachement de la Wallonie en raison de ses finances publiques aujourd’hui catastrophiques.

Ce n’est pas le but de cette note d’expliquer pourquoi la France serait intéressée à s’adjoindre la Wallonie pacifiquement, ni de reprendre les multiples intérêts qu’aurait la Wallonie à cette union.

L’essentiel à retenir, c’est que l’option française pour la Wallonie en cas de scission de la Belgique est la seule voie qui puisse sauver le peuple wallon d’un appauvrissement majeur, de l’insurrection et de l’éclatement de la Wallonie qui s’ensuivrait probablement.

L’union à la France constitue le choix de raison à défaut d’être pour certains le choix du cœur.

Puissent nos responsables politiques sociaux et économiques en être convaincus et s’y préparer. Puissent-ils ne pas sacrifier les générations futures de la Wallonie.

Aux régionalistes et indépendantistes wallons, je dis que, comme eux, j’ai d’abord été favorable à l’indépendance wallonne et que parce qu’étant, comme eux, profondément attaché à ma région, je souhaite  son rattachement à la France, la fin de la Belgique étant inéluctable.


[1] Rappelons que récemment le taux d’intérêt des obligations à 10 ans est monté pour l’Etat belge à environ 4,5%.

[2] Certes, on pourrait concevoir, en principe, que les pensions de retraite antérieures au moment de la scission, (un des postes le plus important des dépenses) devraient être financées par un pot commun alimenté solidairement par les entités post-belges. Ceci pour rassurer les retraités vis-à-vis desquels c’est l’Etat belge qui est débiteur. Mais les nouveaux retraités wallons de la Wallonie autonome verraient leur pension de retraite diminuer au même titre que les autres dépenses publiques.

Toutefois, comme je l’ai aussi suggéré par ailleurs  pour la dette publique, cette proposition du pot commun vis-à-vis duquel les entités ex-belges se porteraient solidairement débitrices, si elle peut rassurer les retraités et les créanciers, elle ne supprime pas l’alimentation du pot commun par ces entités,  dont les montants seront négociés  lors de la scission du pays.


[i] Whislade, J.,D. Yuil, S. Taylor, L.Davezies, B-H Nicot et R. Prud’homme (1996), Economic and social cohesion in the European Union: the impact of member states’own policies, Final report of the European Commission (DGXVI).

[ii] Cerpe : Centre de recherche en Economie Régionale et Politique économique de la Faculté des sciences économiques, sociales et de gestion (Facultés universitaires ND de Namur).

[iii] Meunier, O., M. Mignolet et M-E Mulquin (2006) « Exagérez , exagérez, il en restera toujours quelque chose…, les transferts interrégionaux en Belgique : Discussion du manifeste pour une Flandre indépendante en Europe. » Cahiers de la Faculté des sciences économiques, sociales et de gestion de Namur. Points de vue 35, 2006/3

[iv] Dépenses, recettes et solde primaires à financer sont les dépenses, les recettes et le solde (dépenses-recettes) d’une entité publique avant prise en considération des charges d’intérêt.

[v] Lannoy, M, M-E. Mulquin, M. Mignolet (2011) Transferts interrégionaux et soldes nets à financer régionaux belges : quelques considérations arithmétiques et les réalités 2006-2010. Cerpe :Cahier de recherche 53.

[vi] Ces soldes notés f, intègrent les charges d’intérêt propres aux comptes régionaux et communautaires : Source BNB,Belgostat, tableau : Détail du solde de financement des communautés et régions. De plus, ces soldes à financer des entités fédérées ne sont actuellement pas disponibles pour 2010. A ce jour,  BNB Belgostat n’a publié  le solde 2010 que pour la totalité (-2586 Mio), des Régions et Communautés sans ventilation.

Comme les soldes f comprennent les charges d’intérêt supportées par les entités fédérées, ils ne correspondent pas à proprement parlé aux soldes primaires. Il eût fallu que je puisse soustraire ces charges d’intérêt, mais celles-ci n’apparaissent pas dans les statistiques officielles. Toutefois, Belgostat publie ces charges d’intérêt pour la totalité des entités fédérées sans les ventiler (voir le tableau intitulé Recettes, dépenses et solde de financement des communautés et régions). Ce montant avant ventilation qui est par nature intégré dans la dette publique- à la quelle je me réfère pour la suite du raisonnement- est néanmoins très faible (2006 : 365Mio), (2007 :461 Mio), (2008 : 521 Mio), (2009 :596 Mio), (2010 : 727 Mio) eu égard à l’importance de la dette et aux ajustements statistiques nécessaires pour ce genre de calcul. En considérant les soldes f comme les soldes primaires, on n’altère donc pas fondamentalement la réalité et certainement pas les conclusions que je tire de mon analyse. Enfin, ajoutons
que dans mes calculs, la communauté germanophone est comptabilisée au sein de la Wallonie, tandis que les soldes des communautés et des commissions communautaires sont répartis entre les trois entités suivant le critère de la population.

[vii] On ne peut que regretter cette insuffisance dans les publications statistiques, qui, à ce niveau d’agrégation, ne peut avoir pour but que d’occulter une réalité. Toutefois, comme le rapport des besoins de financement au PIB est éloquent en soi pour conclure, ceux qui estiment que les rapporter aux dépenses publiques sous l’hypothèse mentionnée peut biaiser la réalité, peuvent se limiter au % par rapport au PIB.

[viii] Voir son site internet : http://www.belgique-francaise.fr

[ix] Gendebien P-H, (2001), Le choix de la France. Un avenir pour la Wallonie et Bruxelles. Edition Luc Pire, Collection politique.

Gendebien P-H , (2011), La raison et le cœur . Oui à la France. Edition Mols

[x] Gheude J, (2010), Le petit guide de l’après-Belgique, Edition Mols.

Gheude J, (2011), On l’appelait Belgique, Paris, Mon petit éditeur.

Gewif : Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France.

[xi] Il va de soi que l’on ne peut prévoir à un horizon de plusieurs années ce que la finance internationale nous réserve et par conséquent la position relative future des pays en terme des besoins de financement. Toutefois, cette remarque prudentielle, n’entrave pas l’essentiel du raisonnement ci-dessous, car il subsistera toujours un effet d’échelle entre les chiffres wallons et les chiffres français, le PIB français étant, aujourd’hui,  plus ou moins 24 fois supérieur au PIB wallon.

[xii] Comme pour l’analyse de l’indépendance wallonne, on suppose que la dette belge serait répartie sur base du PIB.

Appel à signer une pétition

06 février 2011

Date de parution: 06 septembre 2011

Il faut sauver le patrimoine de la
Compagnie Internationale des Wagons-Lits

Selon notre confrère La Dernière Heure, le groupe Accor, qui en est propriétaire, a décidé la vente du patrimoine de la Compagnie internationale des wagons-lits, qui fêterait cette année ses 135 ans. Il s’agit entre autres d’une collection d’objets, de tableaux et d’affiches qui ont été conservés au fil des ans depuis l’origine de la Compagnie. La date de vente aurait fixée au 27 septembre, chez Christies. La dispersion de cette collection unique devrait faire rentrer moins de 1.500.000 euros dans les
caisses d’Accor. Cinq affiches vaudraient à elles seules
500.000 euros. Une goutte d’eau dans le bénéfice du groupe hôtelier qui, comme on le sait, est occupé à recentrer ses activités sur l’hôtellerie, quitte à vendre les « bijoux de famille ».

La CIWL avait été fondée par le
banquier liégeois Georges Nagelmackers, et quelques
collectionneurs espèrent encore convaincre le groupe Accor de céder à une fondation, une ville ou à la Région wallonne cette
collection unique, liée à l’histoire politique, culturelle et
sociale de la fin du XIXe et du XXe siècle. Ils ont lancé une pétition, déjà signée par près de 500 personnes :

http://www.lapetition.be/en-ligne/Sauver-le-patrimoine-de-la-Compagnie-Internationale-des-Wagons-lits-10266.html

Claude Boumal

Tél (France) : 00 33 (0)3 29 83 40 87
GSM (Bel) 00 32 (0)486 59 03 61

« Maintenant, la France, au secours ! »

Au Congrès National Wallon d’octobre 1945, une majorité relative avait d’abord voté la réunion de la Wallonie à la France. Ce fut le vote dit sentimental. Avant le second vote, dit de raison, en faveur du fédéralisme, le poète et romancier montois, Charles Plisnier, applaudi par l’assemblée debout qui chanta la Marseillaise, avait terminé en ces termes un discours prémonitoire : «Lorsque nous auront fait cette expérience ultime [celle d’une Belgique fédérale] et si, comme je le crains, cette expérience avorte, alors –j’entends le dire aujourd’hui – nous serions justifiés à nous tourner vers la France et aucun reproche ne pourrait nous être adressé, car cette expérience nous la ferons en toute loyauté et sans arrière-pensée d’aucune sorte.  Alors nous lui dirions : “Maintenant, France, au secours !” et, croyez-le bien, elle viendra ! »

Par la volonté des nationalistes flamands, désormais de plus en plus majoritaires, l’expérience ultime de la Belgique fédérale a avorté. Seuls l’ignorance, l’aveuglement partisan,  la mauvaise foi, l’intérêt lié à une rente de situation poussent encore certains Wallons à arborer le drapeau belge. Lorsque les Flamands auront obtenu leurs frontières nationales grâce à la scission de BHV, il ne fait aucun doute qu’ensuite ils dénonceront les transferts fédéraux. Oublieux que les Wallons les ont puissamment aidés jusqu’au milieu des années soixante, les Flamands ne veulent plus payer pour ceux qu’ils considèrent désormais comme des parasites.                                                            

Or, comme l’a prouvé le professeur Jules Gazon, la Wallonie indépendante n’est pas viable. Son marasme serait pire que celui de la Grèce. Faute d’avoir eu le courage d’anticiper, non seulement nous serions largués par les Flamands, dans le déshonneur, mais nous plomberions l’avenir de nos enfants.

La seule solution, celle du cœur et de la raison, celle de l’honneur et de la dignité, est la réunion de la Wallonie à la France.

                                   L’ALLIANCE WALLONIE-FRANCE

L’AWF veut regrouper des citoyens d’horizons politiques différents qui ont en commun de vouloir la réunion de la Wallonie à la France. Elleveut rassembler tous les réunionistes, quelles que soient leurs sensibilités politiques, pourvu qu’ils soient amis de la démocratie. L’AWF n’est donc pas un parti politique mais un mouvement qui se dissoudra une fois son objectif atteint.

L’AWF engage tous les réunionistes à s’unir quelles que soient leurs préférences sur le type d’union. Une fois le principe de l’union à la France acquis, il appartiendra aux Wallons de choisir puis de négocier avec la France un type d’union qui pourra aller de l’assimilation pure et simple à un statut prévoyant le maintien de certaines spécificités fédérales ou régionales wallonnes et, pourquoi pas, belges, comme le permet la constitution de la République française. Dans tous les cas de figure, la France reprendrait notre dette, assurerait la sécurité sociale et, au minimum, tout ce qui relève du fédéral.

L’AWF récuse tout projet de réforme des institutions belges, qui prolongerait de façon malsaine un État moribond. Un peu de dignité : finissons-en !         

L’AWF affirme que notre rang dans le monde, à nous Français, dépend de la force de notre rayonnement culturel, de celui de notre langue. Il faut maintenir le français comme langue de l’université, comme langue internationale de travail dans les institutions européennes, notamment à Bruxelles. Notre patrie, c’est la langue française.

L’AWF s’engage, pour les élections à venir, à soutenir tous les partis démocratiques et tous les candidats de n’importe quel parti démocratique qui auront dans leur programme la réunion dela Wallonie à la France.