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Malaise dans la civilisation

Ce titre est emprunté à Sigmund Freud, mais il ne sera pas question de psychanalyse ici (encore que…).

Mouvement démocratique et pluraliste, l’AWF a pour vocation de jeter des ponts entre la Wallonie et la France et, plus modestement, entre des citoyens de sensibilité différente unis par la conviction que, au regard des faits, le choix de la France est le meilleur qui soit pour la Wallonie.

Il n’est donc pas dans notre intention d’exprimer ici des sympathies pour tel ou tel candidat à l’élection présidentielle française. Ni pour tel ou tel discours de campagne. Au-delà des convictions des uns et des autres, de leur identité politique, de leur idéal ou de leur posture morale, il y a toujours des hommes et des femmes qui s’affrontent pour garder ou conquérir le pouvoir.

Evidemment, la politique est l’affaire de tous. Relayé voire amplifié par les médias, le débat contradictoire tient l’opinion publique en éveil et garantit la circulation des idées, il fait battre le cœur de la démocratie, mais il ne dispense pas le citoyen de réfléchir, sereinement, car les joutes électorales encouragent les outrances, les provocations, les simplismes, les indignations préfabriquées, les réflexes passionnels.

Venons-en aux faits. Les récents propos de Claude Guéant, ministre de l’intérieur de Nicolas Sarkozy («Toutes les civilisations ne se valent pas») ont déclenché une furieuse polémique. C’était prévisible et c’était certainement voulu. Le choix des mots, de la manière, cela relève de la stratégie électoraliste. Il n’en va pas autrement  des réactions fracassantes de l’opposition. Tout le monde est dans son rôle, cela paraît assez convenu, sans enjeu réel. Pour permettre à chacun d’en juger, nous renvoyons aux sites de Libération, du  Figaro  et du Monde.

Si nous prenons le risque d’aborder un sujet qui fait polémique, c’est parce que notre engagement repose sur des valeurs démocratiques et républicaines auxquelles nous sommes attachés. Pour tout ce qui touche à ces valeurs, il n’y a aucun devoir de neutralité qui tienne. Il nous paraît utile de clarifier un « débat » qui laisse une désagréable impression de malaise.

Juger de la valeur d’une civilisation, cela suppose qu’on se mette d’accord sur les critères à utiliser, ce qui renvoie aux différences culturelles et ouvre la porte à un relativisme absolu. Par contre, à partir du moment où l’on se réfère aux droits de l’homme, on fait le choix d’un paradigme culturel bien défini. Le XVIIIe siècle, avec ses idées de progrès, d’émancipation de l’être humain, de liberté, de tolérance, d’égalité des droits, de bonheur terrestre, a voulu croire en la lumière de la raison.

Lorsqu’il écrivait son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, Condorcet ne faisait pas du relativisme culturel. Kant non plus quand il associait la capacité de réfléchir librement à une humanité adulte, sortie de l’enfance. Rousseau lui-même, qui croyait davantage en l’homme «naturel» qu’en l’homme «civilisé», a voulu une république de citoyens unis par un contrat social auquel nul ne pouvait se dérober.

Certes, depuis 1789 et la révolution française, l’esprit des lumières s’est nourri d’expériences et de réflexions nouvelles, mais le paradigme est resté le même. Cet héritage philosophique est inscrit dans notre histoire et dans celle du monde. On lui doit le développement de la science et de la technologie et, sur le plan moral, la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’idéologie du progrès, dont se réclame aujourd’hui l’ONU, reconnaît implicitement qu’il faut éduquer les peuples et les arracher, quand c’est nécessaire, à l’ignorance, à l’obscurantisme, à la superstition.

La panoplie des libertés est large et permet l’expression de la diversité mais, néanmoins, suppose une véritable conversion culturelle. On peut crier à l’acculturation sélective et rejeter les droits de l’homme comme l’expression d’un humanisme bourgeois d’essence chrétienne et européenne. On peut même y voir un avatar de l’impérialisme et rappeler que, trop souvent, la dignité de l’homme a été bafouée par ceux-là même qui s’en faisaient les champions. Mais on ne peut pas entretenir la confusion dans les esprits en utilisant les droits de l’homme contre eux-mêmes.

On ne peut pas confondre, ainsi qu’on le fait bruyamment, les droits de l’homme (en tant qu’individu) et le droit des cultures à rester ce qu’elles sont. Il s’agit même, à bien des égards, d’une contradiction insoluble, car si l’être humain doit s’affranchir de quelque chose, c’est d’abord du poids de la culture. En décrétant que les droits de l’homme sont à géométrie variable en fonction des référents culturels des uns et des autres, on s’interdit de dépasser les identités particulières, on nie que «tous les êtres humains naissent libres et égaux en droit», ce qui revient à vider les droits de l’homme de leur pertinence et de leur contenu. Puisque l’esprit des lumières a une histoire, il est permis d’en contester le caractère universel, mais pas d’en détourner le sens.

Y a-t-il un démocrate un peu sincère qui jugerait que la démocratie ne vaut pas mieux que la dictature ? Il est facile de voir que la démocratie n’est pas un idéal universel, mais cela ne nous empêche pas de la juger préférable à tout autre régime. Penser que tout se vaut, c’est faussement démocratique. C’est une forme de renoncement. La conclusion, nous la laissons à Condorcet, qui misait sur l’instruction pour sauvegarder la liberté publique :

« Généreux amis de l’égalité, de la liberté, réunissez-vous pour obtenir de la puissance publique une instruction qui rende la raison populaire, ou craignez de perdre bientôt tout le fruit de vos nobles efforts. N’imaginez pas que les lois les mieux combinées puissent faire un ignorant l’égal de l’homme habile, et rendre libre celui qui est esclave des préjugés. Plus elles auront respecté les droits de l’indépendance personnelle et de l’égalité naturelle, plus elles rendront facile et terrible la tyrannie que la ruse exerce sur l’ignorance, en la rendant à la fois son instrument et sa victime. » (Cinq mémoires sur l’instruction publique, 1791)

G.R.

Baromètre socio-économique

 

Il y a peu de temps, un de nos membres, Francis Monzée, réagissait à deux articles intitulés «Les Français ont de la chance…». Il m’écrivait ce qui suit :

«  Il est vrai que les tarifs pratiqués en France en matière de télécom et de poste sont largement inférieurs à ceux pratiqués chez nous. Toutefois, il est des domaines où la tendance est inversée (le matériel électronique, informatique et photo, par exemple). Mais aussi les voitures. Un ami français d’une connaissance est venu acheter sa Peugeot à Liège. Il l’aurait payée plus de 4 000 € moins cher que dans l’Hexagone. Comme disait quelqu’un «Les statistiques, c’est comme les bikinis, ça montre tout mais ça cache l’essentiel». Il faut donc rester prudent lorsque l’on diffuse ce genre d’informations. Inutile de prêter le flanc à une source de critiques faciles, me semble t-il. »

 Je trouvai son avis pertinent et le lui écrivis en retour.

Pourtant, après réflexion, je trouve qu’il y a lieu de distinguer ce qui touche le tout un chacun fréquemment (nourriture, coût des énergies,…) des achats exceptionnels dont certaines personnes n’ont d’ailleurs pas les moyens de se les permettre (tout le monde n’a pas la possibilité de s’acheter une Peugeot neuve). La première consommation est une consommation de proximité pendant que la seconde demande une réflexion souvent longue où le consommateur peut être amené à acheter loin de chez lui.

Rappelons quand même ici que l’alimentation est 8 % moins chère en France (source : test-achats) par rapport à la Belgique. Je relève d’autre part un constat récent (octobre 2011) : un chauffeur de car a acheté un ordinateur portable à la FNAC-Paris qui pratiquait pour celui-ci un prix nettement inférieur à n’importe quelle enseigne liégeoise.

 Un autre membre et ami, Jacques Monville, m’envoie une étude comparative intitulée «Baromètre socio-économique 2011». Elle émane de la F.G.T.B. et me semble d’autant plus intéressante que l’organisation syndicale reste toujours attachée actuellement à une mythique Belgique fédérale.

Voici les chiffres publiés :

 Salaire minimum brut (euros/mois) – 2011

  • Belgique : 1.415,24
  • France : 1.365

 Salaire annuel moyen brut – 2007

  • Belgique : 38.659
  • France : 32.413

 Commentaire de l’ A.W.F. : la fiscalité (Impôt des personnes physiques), étant beaucoup plus faible en France, le «salaire-poche» (ce que perçoit réellement le citoyen) est plus élevé en France pour les revenus des citoyens des classes moyennes et des classes moins favorisées. Par contre, les citoyens fortunés ont tout intérêt à choisir de venir se domicilier en Belgique afin de bénéficier d’une fiscalité beaucoup plus légère.

 Pension moyenne brute – 2008

  • Belgique : 2.019
  • France : 2.845

 Commentaire de l’ A.W.F. : les pensions belges ne sont pas parmi les plus hautes d’Europe, contrairement à une légende qui a la vie dure.

 Frais de logement en % du revenu disponible (prix du marché) – 2009

  • Belgique : 30,6
  • France : 10

 Commentaire de l’ A.W.F. : l’étude de décembre 2011 résumée par «L’écho», avait pris Paris comme référence du logement, l’une des villes les plus chères d’Europe après Londres !

Pour l’ensemble de la France, la part des frais de logement est largement moins élevée en France qu’en Belgique.

 Pauvreté en % de la population (seuil 60% du revenu médian) – 2009

  • Belgique : 14,6
  • France : 12,9

Commentaire de l’ A.W.F. : l’étude prend en compte la population belge. Si nous avions les chiffres régionaux, il est hélas bien certain que la différence serait encore bien plus nette.

 Taux de remplacement net (en %) des allocations de chômage en première période (2 ans) – 2011

  • Belgique : 75
  • France : 82

 Commentaire de l’ A.W.F. : la durée maximum du chômage en France est de 2 ans. En Belgique, il est de durée illimitée, mais cette situation est de moins en moins vraie (voir l’application des accords du gouvernement Di Rupo). De plus en plus de travailleurs sont exclus du chômage et se retrouvent au C.P.A.S., ce qui va poser de gros problèmes aux communes dans les mois et années qui viennent.

 Part en % des dépenses de santé à charge des patients

  • Belgique : 21,75
  • France : 6,93

 Commentaire de l’ A.W.F. : le prix du même médicament en pharmacie n’est qu’un exemple qui intervient dans cette différence de pourcentage.

 Commentaire général : loin de moi l’idée qui consiste à dire que la France est le paradis sur terre. Nos concitoyens wallons s’intéressent assez aux informations diffusées par les médias français que pour savoir que la France a aussi à répondre à d’importants défis.

 Je veux pourtant tordre le cou à la légende qui voudrait que la Belgique, et la Wallonie en particulier, soit, au niveau social, un pays de cocagne par rapport aux régions françaises qui n’accorderaient que des services sociaux de moindre qualité. Trop souvent, nos médias taisent le rôle important que jouent les régions, les départements et les municipalités dans le maillage social français.

 Les statistiques les plus récentes que j’ai pu trouver en ce qui concerne la part des dépenses de protection sociale dans le P.I.B. des Etats de l’ U.E. donne 30,5 % pour la France et 27 % pour la Belgique, loin des clichés perfidement répandus. (source : eurostat)

Paul Durieux

La curieuse politique de l’Awex

Jules Gheude 

 Il est permis de s’interroger quant à la crédibilité de la politique wallonne du commerce extérieur.

 Ici aussi, l’écart avec la Flandre est flagrant. En 2010, la Flandre a exporté pour 164,4 milliards, hors transit du gaz naturel. Les exportations wallonnes s’élevaient, elles, à 38,7 milliards.

 Les chiffres qui concernent les exportations vers les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) interpellent tout particulièrement.

Brésil : Flandre, 6,39 milliards / Wallonie, 0,350 milliard ;

Russie : Flandre, 2,07 milliards / Wallonie, 0,394 milliard ;

Inde : Flandre, 6,4 milliards / Wallonie, 0,136 milliard ;

Chine : Flandre, 4,9 milliards / Wallonie, 0,42 milliard.

 Ces chiffres proviennent de la Banque Nationale et ne peuvent être contestés.

 La politique menée par l’Awex (Agence wallonne à l’exportation) va donc à contresens de l’évolution de l’économie mondiale.

 En Russie, la Région wallonne n’a aucun attaché économique et commercial. L’agent en poste à Moscou travaille à la Région Bruxelles-Capitale et celui qui se trouve à Saint-Pétersbourg est issu du FIT (Région flamande). Tout cela sur base d’un accord bi- et tri-régional qui n’a jamais fonctionné.

 En Chine, les AEC de l’Awex n’ont pas la connaissance de la culture chinoise ni du mandarin, contrairement à leurs homologues flamands, qui sont licenciés en Sinologie de l’Université de Gand. En Wallonie, seul l’Institut Confucius dispense des cours du soir en chinois, sans possibilité d’avoir une immersion totale.

 Voyons à présent comme se présente la situation pour le 1er semestre 2011, toujours selon la BNB.

 Flandre : 94,7 milliards d’euros, soit une augmentation de 19,6% par rapport à 2010 ;

 Wallonie : 21,8 milliards, soit une augmentation de 13,3% par rapport à 2010.

 Un tassement de l’augmentation des exportations en Wallonie apparaît clairement par rapport à la Flandre.

 En cette période de crise économique, on peut s’étonner que l’Awex ouvre une antenne en Guinée équatoriale – une «démocrature» -, suite à une mission conduite par son administrateur général, Philippe Suinen, qui n’avait trouvé que 2 ou 3 PME pour l’accompagner.

 La Flandre poursuit une politique autrement dynamique. On a vu dernièrement son ministre-président, Kris Peeters, se rendre en Libye, accompagné de 17 chefs d’entreprise. Objectif : œuvrer à la reconstruction du pays. Du concret ! Et Kris Peeters mise également sur la Birmanie, en voie de démocratisation. Impossible, en revanche, de convaincre l’Awex d’organiser une mission dans ce pays, malgré les marques d’intérêt de nombreuses PME wallonnes.

 Qu’attend le ministre Marcourt pour mettre bon ordre à tout cela ?

 Il faut savoir que, outre une administration centrale (60 agents), basée à Bruxelles, et 7 centres régionaux (44 agents), l’Awex comprend également un réseau de 101 AEC (attachés économiques et commerciaux) répartis aux quatre coins de la planète.

 A titre de comparaison, l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII) dispose de 23 bureaux à l’étranger (environ 90 personnes) et de 65 collaborateurs répartis sur le territoire français.

Wallonie, où vas-tu ?

Le journal Le Soir a publié hier une carte blanche de Jules Gazon (lien). Nous vous en donnons ici une version plus longue, en rappelant que Rudy Demotte a lui aussi reconnu l’urgence d’un nouveau « plan » wallon (son discours : lien).

Jules GAZON – Professeur émérite, HEC Université de Liège

Réjouissons-nous que le ministre J.C. Marcourt, appuyé par le secrétaire général de la FGTB, Th. Bodson, ait rompu dans ses dernières déclarations  avec les discours récurrents refusant d’envisager la partition du pays. Si nous décodons ses propos qui peuvent prendre une portée historique, il est temps d’oser repenser la gouvernance de la Wallonie dans le cadre de l’ « Après Belgique » sans préjuger de son avenir institutionnel. Comme les précédentes, les dernières négociations communautaires ont montré des Francophones s’accrochant à l’idée « Belgique », jouant les prolongations de concessions en concessions pour conserver l’essentiel des acquis sociaux générés par les transferts Nord/Sud tout en masquant l’hypertrophie politico-administrative francophone. Cependant l’accord gouvernemental se donne dix ans pour rompre substantiellement le lien solidaire, rupture programmée depuis longtemps par les partis flamands à l’exception du SP.A et de Groen. Par conséquent, continuer à nier la fin de la Belgique que l’on peut regretter, bien sûr, c’est choisir la stratégie du perdant qui s’engage dans un cul de sac.

L’après Belgique peut-elle réserver un destin institutionnel commun à  la Wallonie et à Bruxelles ? D’abord le lien identitaire entre Bruxellois et Wallons risque fort de  s’amenuiser, quand la Flandre aura obtenu ce qu’elle revendique et que les Bruxellois seront réticents à fournir l’effort solidaire qu’impliquera leur union avec les Wallons. Les Bruxellois ont bien compris qu’ils ne peuvent se substituer à la Flandre pour maintenir le niveau de vie wallon à situation wallonne inchangée, comme le confirment les sondages. Sur base des chiffres 2009, les besoins de financement de l’Etat wallo-bruxellois, supposé indépendant, auraient été de 13,340 Mia [i] (10,51% du PIB wallo-bruxellois), un trou dans les finances publiques d’environ 19% des dépenses publiques [ii]. D’autre part, on sait que Bruxelles sera convoitée par les Flamands qui en feront payer le prix si l’Etat wallo-bruxellois devait se constituer. Il me paraît dès lors inutile de reproduire les problèmes de la Belgique actuelle en constituant par la scission, un nouvel Etat composé de deux Régions où le lien solidaire serait  à nouveau remis en cause. L’intérêt financier de Bruxelles, 3e région de l’Union européenne (UE 27) pour le PIB/habitant à parité de pouvoir d’achat, pourrait être  l’indépendance. Sous cette hypothèse en 2009, les besoins de financement de Bruxelles auraient été de 2,942 Mia, soit 4,5 % du PIB.

On ne peut reprocher à J-C Marcourt de vouloir anticiper le problème et de s’attaquer au redressement wallon sous l’hypothèse, je l’espère, de l’après Belgique et dont le résultat influencera considérablement le champ des options institutionnelles possibles. Le travail est gigantesque, difficile, et requiert un grand courage politique eu égard à l’état catastrophique de ce que seraient les finances publiques d’une Wallonie autonome [iii]. En 2009, ses besoins de financement auraient été de 10,488 Mia, soit 13,5% de son PIB, 24% de ses dépenses publiques, une situation qui déclencherait déjà  le scénario infernal à la grecque par la montée des taux d’intérêt. Il convient d’affronter les deux causes essentielles du mal wallon : le sous-emploi endémique et l’hypertrophie politico-administrative. Ainsi, sur base des chiffres 2008, le Produit intérieur brut/habitant (PIB/H) de la Flandre par rapport à la Wallonie est de 1,37 [iv], ce qui signifie qu’en 2008, les Flamands ont produit par habitant une valeur de 37% supérieure à celle créée par les Wallons. Cette différence s’explique par la multiplication de deux facteurs [v] clefs : les rapports entre les deux Régions du taux d’emploi [vi] (1,16)  et de la productivité globale par travailleur [vii] (1,18). On constate que 1,37 est, aux ajustements statistiques près, égal à 1,16×1,18. Ce qui implique que le handicap de la Wallonie par rapport à la Flandre en termes de création de richesses ressortit à la politique de l’emploi et à sa productivité globale.

Pour le taux d’emploi, on sait que la Wallonie et Bruxelles sont lanternes rouges des régions de la zone euro. Le rapport des taux d’emploi entre Flandre et Wallonie égal à 1,16 signifie que la Flandre utilise la main d’œuvre disponible à raison de 16% supérieurs à ce que fait la Wallonie. Rappelons aussi, qu’en Wallonie, plus de 2/3 des chômeurs sont des chômeurs de longue durée qui, pour beaucoup, ont perdu toute compétence jusqu’à devenir inemployables. Ce n’est pas le chômeur qu’il faut incriminer mais le système (qui n’est pas spécifiquement wallon), d’autant plus que les enfants qui naissent dans ce milieu de non-travail sont programmés dès la naissance pour n’avoir comme horizon que la société d’assistance. Véritable déni de démocratie que maintenir un système qui engendre l’inégalité jusqu’à priver des enfants de l’accès à l’égalité des chances en raison du milieu où ils sont nés. Il faut changer de paradigme pour des raisons éthiques et économiques. Je me suis longuement exprimé sur le sujet [viii]. Malgré l’intérêt du monde scientifique, l’obstacle politique majeur à mes propositions s’explique par le refus d’admettre le principe éthique suivant : dès lors que le droit au travail est garanti par un contrat d’emploi, le devoir de travailler s’impose pour toute personne en âge de travailler et en bonne santé physique et psychique ! C’est le principal mal wallon, d’autant plus dramatique qu’il s’auto-entretient.

En ce qui concerne la productivité globale de l’emploi, le résultat de mon calcul signifie que la valeur de la richesse créée en Flandre rapportée au nombre de travailleurs est en moyenne de 18% supérieure à celle de la Wallonie. Il ne s’agit pas de stigmatiser le travailleur wallon pour une paresse apparente ou réelle. Le handicap de la Wallonie en l’espèce ressortit à de multiples facteurs, comme la spécialisation différente entre la Flandre et la Wallonie, elle-même liée au passé industriel et économique, l’intensité capitalistique de la production des biens et services, les infrastructures, l’organisation  et le management  tant de la fonction publique que de l’activité privée, la qualification des travailleurs et donc la qualité de l’enseignement et de la formation…Tous ces facteurs stimulants de la productivité sont pour la plupart inhérents à des choix politiques. Ce qu’il faut incriminer, c’est l’hypertrophie politico-administrative wallonne, comme vient de le dire le ministre A. Antoine. Vouloir s’y attaquer sans attendre et de manière spécifique à la Wallonie est l’unique voie de salut. On ne peut que se féliciter de cette prise de conscience. Mais l’objectif réclamera courage et perspicacité car ce qu’il faut dégonfler, c’est une organisation mise en place par les tenants du pouvoir qui sont souvent ceux qui en ont la responsabilité.

J.C. Marcourt ne s’est pas prononcé sur le cadre institutionnel de la Wallonie après la disparition de l’Etat belge. Si pour les raisons évoquées, on perçoit qu’un Etat wallo-bruxellois est peu probable, ce qui n’exclut pas  une étroite coopération au sein d’une agglomération,  l’indépendance wallonne ou l’autonomie wallonne dans une confédération avec rupture du lien solidaire sera-t-elle soutenable ?  Si d’ici 10 ans, à l’échéance fatidique, ou après les prochaines élections de 2014 au cas où les indépendantistes flamands auraient une majorité significative au parlement,  les besoins de financement d’une Wallonie autonome ne sont pas drastiquement réduits, la réponse est non avec certitude. L’appauvrissement de la population serait tel que le soulèvement populaire pourrait provoquer l’éclatement de la Wallonie,  d’autant plus menaçant, qu’il existe une forte disparité du PIB par habitant entre provinces wallonnes  et, d’autre part, parce qu’il n’existe pas de nation wallonne, même si une identité wallonne est en construction.

N’en déplaise aux indépendantistes wallons, dont  le souci primordial est de faire prospérer la Wallonie, la seule possibilité deviendrait une union à la France sous une forme à déterminer qui peut allier une large autonomie wallonne et le bénéfice du lien solidaire au sein de la République française, sans que le poids des finances publiques wallonnes n’influence fortement celles de la France à cause de l’effet d’échelle.  A défaut d’être le choix du cœur, ce rapprochement avec la France est un choix de raison. Et il pourrait être le choix du cœur si ces généreux wallons comprennent que l’identité wallonne connaît deux faiblesses structurelles, très substantielles. L’une d’ordre interne tient à l’espace wallon lui-même dépourvu d’une véritable capitale urbaine qui puisse prétendre au rôle de métropole reconnue par l’ensemble des Wallons. Tiraillée qu’elle est entre Liège, Charleroi,  Namur et Mons, la Wallonie est multipolaire en raison de particularismes hérités de son passé historique, politique et économique. L’autre faiblesse tient à la France : les marqueurs identitaires de la Wallonie qui pourraient en faire une nation lui sont français. La Wallonie a, comme la France, des racines gauloise, romaine et franque, racines auxquelles il faut ajouter un même référentiel des valeurs, hérité tant du siècle des lumières (liberté, égalité, laïcité) que de la religion catholique.

Mon analyse n’exclut pas la possibilité pour Bruxelles de s’unir à la France mais elle n’y serait pas obligée car, du point de vue de ses finances publiques, Bruxelles indépendante est tout à fait viable. D’autre part, outre la convoitise des Flamands, sans que cela  ne constitue un obstacle décisif, les grandes puissances européennes montreraient sans doute de la réticence à voir le siège des institutions européennes basculer en France. C’est pourquoi le « timing » du devenir de Bruxelles et de la Wallonie divergerait lors de la sécession du pays. Une raison de plus pour justifier que la Wallonie prenne son sort en main sans que celui-ci ne mette fin à une étroite collaboration entre la Wallonie et Bruxelles, et avec la Flandre d’ailleurs.


[i]  En considérant que la dette publique belge est répartie au prorata des PIB régionaux et que le taux d’intérêt est celui appliqué à la dette belge, soit 3,5%.

[ii] A défaut de disposer des statistiques, j’applique dans cet article à l’ensemble wallo-bruxellois et à l’autonomie wallonne, le ratio dépenses publiques /PIB pour la Belgique qui avoisine les 56% du PIB (voir rapport BNB 2009)

[iii] Les comptes publics d’une Wallonie autonome reprennent  l’ensemble des recettes et des dépenses publiques imputables à la Wallonie, en défédéralisant les comptes de l’Etat fédéral.

[iv] Notons que si on comparait les produits régionaux brut par habitant (la richesse créée d’une entité pendant l’année considérée par les citoyens de l’entité qu’ils travaillent ou non dans l’entité, prenant donc en compte les navetteur vers Bruxelles) le rapport serait 1,29. Mais parce que notre but est de faire ressortir les effets d’une politique, la référence doit être le produit intérieur brut (PIB) qui mesure la richesse créée dans l’entité elle-même.

[v]   Une formulation mathématique simple que les experts peuvent vérifier,  introduit un 3e facteur démographique pour lequel il n’y a pas de différence significative entre la Flandre et la Wallonie.

[vi] Le taux d’emploi est le pourcentage des personnes qui ont un contrat d’emploi à temps plein ou à temps partiel dans la tranche d’âge de 15 à 64 ans.

[vii] La productivité globale par travailleur est le rapport PIB par emploi effectif.

[viii] Le chômage, une fatalité ? Pourquoi et comment l’éradiquer. L’Harmattan, Paris, 2008

J-C Marcourt persiste, précise et signe.

Dans le quotidien « Le Soir », J-C Marcourt persiste dans sa volonté et sur l’urgence de mettre sur pied un groupe de travail visant à avoir un projet pour la Wallonie.

Il précise en outre sa volonté de voir un partenariat fort s’établir avec la Région de Bruxelles. Cette façon de voir les choses : concevoir un avenir fort pour la Wallonie et renforcer le partenariat avec la Région de Bruxelles sont aussi au nombre des objectifs de l’ A.W.F.

P. Durieux

L’aventure c’est l’aventure, Elio

Très sollicité, Elio Di Rupo était hier l’invité d’Internationales sur TV5Monde/RFI. Il ne fallait pas s’attendre à des déclarations fracassantes, eu égard à la fonction de Premier ministre endossée par le Montois. Difficile, toutefois, de ne pas l’interroger sur l’avenir de la Belgique.

Xavier Lambrechts, de TV5Monde : On a quand même l’impression que les Flamands se vivent comme un peuple, se vivent comme une nation et donc, peut-être un jour, se vivent comme un Etat… N’est-ce pas inéluctable que la Flandre devienne indépendante ?

Elio Di Rupo : Non, et ne dites pas les Flamands. Il y a un certain nombre de néerlandophones, en effet, qui ont une forme de radicalité, qui ont une volonté de plus grande autonomie, voire l’indépendance, mais il y a aussi une Flandre solidaire, généreuse…

Jean-Pierre Stroobants, du Monde : Quand on vit en Belgique, on s’en rend bien compte, l’opinion francophone est inquiète… Elle se pose des questions sur l’étape d’après. Vous faites le pari que le succès de votre gouvernement pourra contenir cette montée de l’ultranationalisme flamand… Et si ça ne marche pas ?

Elio Di Rupo : Vous n’allez pas demander à un Premier ministre qui entre en charge, dont la responsabilité est de faire réussir des réformes, qu’il envisage que ces réformes ne réussissent pas. Ces réformes doivent réussir et je mettrai toute mon énergie et toutes nos capacités politiques pour faire en sorte que ça réussisse. Les circonstances de demain, personne ne les connaît mais une chose est certaine, c’est que si on ne réalise pas les réformes telles qu’elles sont là, singulièrement les réformes institutionnelles, eh bien nous allons vers l’aventure…

Elio Di Rupo bientôt à l’affiche de L’aventure c’est l’aventure ?

Di Rupo sur TV5Monde : ici .

Johnny Hallyday chante L’aventure c’est l’aventure : ici.

C’est celui qui l’dit qui l’est

C’est l’histoire de l’arroseur arrosé. La très vertueuse RTBF a été accusée d’avoir mené « une campagne de haine » contre les Flamands pendant la longue crise qui a finalement accouché du gouvernement Di Rupo. Ce n’est pas Bart De Wever qui l’a dit, ni un de ses acolytes de la N-VA. C’est la conclusion d’une étude universitaire consacrée à l’émission dominicale Mise au point.  Origine : l’université d’Anvers.

Cela ressemble à de la provocation, tant cela nous paraît gros, mais… Qu’importe, après tout : il s’agit d’un point de vue, et ce point de vue a valeur de vérité puisqu’il arrive en conclusion d’une étude universitaire. Ainsi les médias flamands ont-ils pu répercuter cette info : la RTBF n’aime pas les Flamands. C’est raciste de caricaturer De Wever qui insulte les Wallons. Bref, c’est celui qui l’dit qui l’est. Voilà un beau sujet de méditation pour la RTBF et tous les médias francophones.

Pour en savoir plus, l’article du Vif : ici.

Ce 25 janvier, Marcel Sel, blogueur et chroniqueur, a publié sa propre analyse de cette étude universitaire : ici.

A propos du plan W

Jeudi soir, à l’invitation de la Maison de la Laïcité de Ste Walburge (Liège), dans une salle pleine à craquer, Jules Gazon a pu démontrer, chiffres à l’appui, que le choix de la France est le seul qui puisse garantir l’avenir des Wallons. La qualité de son expertise  a produit un effet certain. Economiste et pédagogue, professeur honoraire de l’Université de Liège, Jules Gazon a aussi fréquenté le monde politique. Il lui reproche d’enfermer la Wallonie dans la « stratégie du perdant », celle qui nous condamne à aller de concessions en concessions sans autre issue que d’aller droit dans le mur. A l’origine de cette inertie, il dénonce avec force une culture politique basée sur l’assistanat, le clientélisme et la prolifération des structures publiques au profit de quelques-uns, culture dont la Wallonie peine à se dégager. Puisque des changements sont inévitables, il donne raison à Jean-Claude Marcourt quand celui-ci provoque un débat sur l’avenir de la Wallonie au risque de fragiliser la croyance en un plan B francophone. Jules Gazon ne croit pas en la viabilité d’un Etat wallo-bruxellois. Par contre, il croit en la nécessité de remuer les consciences en Wallonie.

Nous vivons dans la société de l’esprit critique, de l’engagement, de la citoyenneté responsable, mais il y a une tendance réelle à brandir ces mots comme des fétiches et puis à les vider de leur sens. La confrontation des points de vue, au regard des faits, dans le respect mutuel : voilà tout ce que réclame une saine démocratie. Alors que la Wallonie est à la croisée des chemins, le devoir des élus n’est-il pas de sortir les citoyens de leur torpeur ?

Notons que la fronde régionaliste (puisqu’il faut l’appeler ainsi au vu des réactions courroucées de l’establishment politico-médiatique) est surtout incarnée par des personnalités liégeoises. A côté de Marcourt, Bodson, Wesphael… et de professeurs de l’Université de Liège, citons ici Marc Bolland, député-bourgmestre de Blegny, président de la cantonale PS de Fléron et sans doute futur ministre. Voici comment il a, sur son blog, réagi à la polémique suscitée par les propos de Jean-Claude Marcourt :

Si les Wallons ne réfléchissent pas à leur avenir et ne se prennent pas en mains, on dit qu’ils sont inactifs : c’est le syndrome wallon de l’inertie ! Par contre, si les Wallons parlent de leur avenir, on leur reproche une volonté de repli sur eux-mêmes. Il faut savoir ce que l’on veut ! Arrêtons la politique de l’autruche et constatons que nous n’avons pas le choix : il faut activement réfléchir à l’avenir wallon, pas dans 20 ans mais maintenant. Pour des raisons très simples :

  • la crise économique : sur ce plan, les Wallons ont déjà avancé avec notamment le plan Marshall et l’esprit qu’il a développé autour de lui, mais ce n’est pas suffisant. Pour agir efficacement, il faut des cohérences au niveau des compétences, cohérences qui doivent être améliorées notamment dans la question de l’emploi et de l’enseignement. Autre exemple : quand les conditions de crédit aux entreprises wallonnes se durcissent, pensez-vous que les entrepreneurs ne souhaitent pas un outil de financement wallon qui les soutienne davantage, sur le modèle de ce que la KBC a fait pendant des années en Flandre ? Ne pas y réfléchir, est-ce décemment préparer l’avenir ?

La crise économique est lourde et ne permet pas de reporter la réflexion. Rien que pour cela, ne pas réfléchir à notre avenir serait une faute.

  • la révolution copernicienne des accords fédéraux : les négociations fédérales ont accouché d’une révolution copernicienne. Sur le plan du financement des Régions, celles-ci ont 10 ans pour se trouver face à elles-mêmes. 10 ans, c’est très peu. Ne pas réfléchir aujourd’hui à l’avenir de la Région wallonne, ce serait une lourde faute ! Il faut arrêter la méthode « coué » et la politique de l’autruche. Il y a beaucoup à faire. En avant.
  • les échéances politiques de 2012 et surtout de 2014 seront sans pitié pour les francophones. Il est vraisemblable que la volonté flamande d’obtenir davantage d’autonomie ne s’arrêtera pas. Ce n’est pas uniquement par l’action au fédéral que l’on parviendra à maintenir l’unité du pays. Si les autonomistes flamands renforcent leur score en 2014 (élections régionales et fédérales conjuguées), et qu’à ce moment, les Wallons et les Bruxellois ne sont pas prêts dans des compétences régionales fortes, nous nous retrouverons devant un mur et il sera encore plus difficile de le franchir que ce ne fut le cas après les élections fédérales de 2010.

Réfléchir activement à l’avenir wallon est donc une nécessité pour ne pas nous retrouver enfermés demain : la Wallonie a toujours été, culturellement et économiquement, une terre ouverte ; c’est lié à sa position géographique, à son histoire et à son état d’esprit. Son avenir doit être ouvert. Réfléchir à notre avenir activement aujourd’hui, c’est tout le contraire d’une politique de repli sur soi !

Pour l’intégralité du texte de Marc Bolland : ici.

Echange de courriels très constructifs entre Pierre Hazette et Jules Gazon

Mon cher Jules,

Une fois de plus, je regrette que mon billet d’avion ne me ramène au pays que le 27.
J’aurais voulu être parmi tes auditeurs.
Dès à présent, je partage tes conclusions: ce n’est pas dans une Belgique sans la Flandre, ni dans une Fédération Wallonie-Bruxelles débarrassée de la tutelle fédérale qu’il faut chercher un avenir pour les francophones ou les Wallons. Nos regards convergent vers la France.
Nous devons cependant nous garder de tout lyrisme incantatoire ou encore d’une agressivité verbale, inopportune en la circonstance.
C’est pourquoi j’apprécie hautement ta démarche: tu interroges les chiffres et tu conclus.
Une phase préparatoire doit cependant être organisée. Je souhaiterais que tu l’évoques en mon nom.

L’autonomie que réclame Jean-Claude Marcourt existe dans les compétences dévolues aux entités fédérées.
Je propose qu’on en fasse un usage massif dans des accords de coopération avec la France.
Des synergies de fait doivent être organisées institutionnellement, dans l’enseignement supérieur, par exemple.
Mais c’est vrai aussi dans la coopération internationale.
Philippe Suinen vient de révéler que nous pourrions nous appuyer, avec plus de profit, sur un autre partenaire que la Flandre, en ce qui concerne le commerce extérieur.
Dans l’enseignement secondaire, nous pourrions relever le défi de proposer les épreuves du bac à nos grands adolescents.
Dans l’audiovisuel, une collaboration avec France Télévision enrichirait nos programmes en soulageant notre trésorerie.
Dans les matières proprement régionales: agriculture, aménagement du territoire, environnement, économie régionale…, j’aperçois maintes occasions de mieux faire et à moindres coûts ce que nous allons nous époumoner à faire seuls.
La promotion des accords de coopération montrerait progressivement aux Wallons et aux francophones que la France est accueillante et respecte nos particularismes.

On a trop souvent brûlé les étapes. Nous avons besoin d’une approche plus diplomatique, plus calculée, plus prudente qu’elle ne l’a été depuis que la séparation apparaît inévitable. Certains, à Liège en particulier, l’ont compris avant bien d’autres. Grâces leur soient rendues.
Il s’agit seulement aujourd’hui de forger un large consensus.

Ton travail d’analyse et de propositions est exemplaire à cet égard. Je voulais te le dire avant ton discours de Liège.
Bon vent. Et nous savons qu’il n’est de bon vent que pour le capitaine qui sait où il va.
Amicalement tien.

Pierre HAZETTE.

 

Mon cher Pierre,

Merci pour ton encouragement. Tes propositions aussi concrètes que pertinentes montrent comment avec les instruments dont disposent les responsables politiques aujourd’hui, on peut d’ores et déjà se rapprocher de la France. Mais je crains qu’actuellement ceux qui sont convaincus de la fin de la Belgique, veuillent tenter l’indépendance de la Wallonie. Si je me réjouis de ce premier pas dans la bonne direction, car des forces vont enfin se mobiliser pour un meilleur avenir wallon, le chemin à parcourir pour que le monde politique se rallie à l’option française reste immense. L’économique les obligera à réviser leur point de vue mais le temps perdu sera préjudiciable au peuple wallon.
Pourtant, au delà de la raison économique, il n’y a pas de nation wallonne même si l’identité wallonne se construit. Mais celle-ci connaît deux faiblesses substantielles comme le souligne Jacques Lenain: l’une d’ordre interne qui tient à l’espace wallon lui-même, l’autre d’ordre externe qui tient à la France.
Dépourvue d’une véritable capitale urbaine, tiraillée qu’elle est entre Liège, Charleroi, Namur et Mons, la Wallonie est multipolaire en raison de particularismes hérités de son passé historique, politique et économique. Ces antagonismes locaux font qu’aucune ville wallonne ne peut prétendre au rôle de métropole à la fois politique, économique et culturelle reconnue par l’ensemble des Wallons.
De plus, les Wallons sont toujours en butte au sentiment d’appartenance à la Belgique encore persistant, bien plus nettement qu’en Flandre.
Mais avant tout, malgré un millénaire de séparation politique avec la France, les marqueurs identitaires de la Wallonie qui pourraient en faire une nation lui sont extérieurs ; ils sont français. La Wallonie a, comme la France, des racines gauloise, romaine et franque, racines auxquelles il faut ajouter un même référentiel des valeurs, hérité tant du siècle des lumières (liberté, égalité, laïcité) que de la religion catholique.
Cette proximité avec la France, toute la création artistique et littéraire wallonne l’exprime, depuis des siècles. En fait, l’identité wallonne ne s’exprime que sur un mode réduit et «régional», en référence à l’univers national français s’imposant comme une force qui transcende les particularismes wallons. Ne pas vouloir le comprendre est sans doute dû à un conditionnement intellectuel imputable à l’histoire telle qu’elle nous a été enseignée: il fallait éloigner les francophones de Belgique de la France, précisément parce qu’ils en étaient si proches par la géographie mais aussi par l’histoire et la culture.
Mobilisons-nous donc pour ouvrir, comme tu le suggères, autant de chemins de coopération avec la France et préparons un terreau favorable à ce rapprochement.

Je ne manquerai pas d’évoquer ton courriel et tes suggestions lors de ma conférence. Accepterais-tu en plus que l’on publie notre échange de courriel sur le site de l’Alliance Wallonie France. J’adresse copie de nos courriels au Président Paul Durieux.

Avec toute mon amitié,

Jules Gazon