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Jacques Lenain répond à Edouard Delruelle

Le débat sur la «Belgique française» : ce qu’en pense Jacques Lenain. Citoyen français, jeune retraité, M. Lenain était haut fonctionnaire de la République.

 1. L’article d’Edouard Delruelle, intitulé « Une Belgique française ? » est la transcription de sa chronique audio du 23 mai 2012 à la RTBF, qui traitait du récent rapport de l’Assemblée nationale française, de février dernier, sur « la situation intérieure de la Belgique ». Un rapport qui a eu quelque peine à franchir la « censure belgicaine ».

 2. Le terme « Belgique française » (utilisé par Daniel Ducarme) est un terme qui a mes faveurs. Car il permet à la fois de désigner exactement ce qu’est la Belgique « de langue et de culture française », dans ses deux composantes, wallonne et bruxelloise, en évitant le terme stupide de Belgique « francophone » (la Reine d’Angleterre est une excellente « francophone », ça ne définit pas son identité…). Il permet aussi de manifester de la considération pour l’héritage « belge », y compris dans la perspective du rattachement à la France, et il traite sur un pied d’égalité la Wallonie et Bruxelles, chacune étant libre de choisir son destin, quand le moment sera venu de la séparation d’avec la Flandre. C’est pourquoi c’est le nom du site que je tiens, « www.belgique-francaise.fr » sur lequel se trouve le texte d’un essai consacré au « destin de la Belgique française », et divers autres textes dédiés à la « question belge » et à sa « solution française ».

 3. Dans son commentaire, E. Delruelle présente une distinction qui m’est familière (et à ceux qui me connaissent), entre « assimilation » et « union-intégration », ce second terme ayant été créé par moi, et « popularisé », pour la première fois, aux Etats généraux de Wallonie organisés par Jules Gheude en mai 2009. Dans ma contribution écrite et le texte de mon intervention verbale à la journée organisée par « Le Cercle Condorcet de Liège » avec le professeur Jules Gazon le 02 avril 2011 sur « L’après Belgique ? », auxquels je renvoie, j’explique notamment la distinction à faire entre union-association, union-assimilation et union-intégration. J’en viens maintenant à l’opinion de E. Delruelle.

 4. « En fait, il y a deux scénarios. Premier scénario : une pure et simple assimilation. Nos Provinces deviennent des départements avec des préfets parachutés de Paris, nos députés sont élus au scrutin majoritaire, toute notre législation change, le mariage gay est supprimé, la loi sur l’euthanasie aussi, le pacte scolaire vole en éclats, les cultes ne sont plus subsidiés, etc. Difficilement imaginable… C’est tout le socle de la société belge qui risque de s’effondrer et on verra très vite alors naitre un mouvement nationaliste belge, ce qui serait le comble. »

Ce commentaire fait valoir, à juste titre, la nécessité de ménager les intérêts de la classe politique franco-belge, et de l’ensemble des intérêts des élites franco-belges,   pour pouvoir leur faire accepter, peu à peu, une « solution française », ce que certains réunionistes refusent encore de comprendre. Fort bien.

 5. « Autre option : une sorte d’union-intégration qui laisserait à peu près intact notre mode de fonctionnement juridique et administratif. C’est tout à fait possible dans le droit constitutionnel français qui reconnaît des statuts différenciés pour les territoires d’Outremer. C’est un héritage de l’époque où la France était un empire colonial. Mais assimiler la Wallonie à la Nouvelle-Calédonie ou à l’Ile de la Réunion, ça fait bizarre. Le risque est alors que nous ne soyons des citoyens français de seconde zone, pas vraiment intégrés, pas vraiment respectés. »

 Là, si E. Delruelle débute bien, ensuite il se trompe ou cherche à tromper ses  concitoyens franco-belges (pas « francophones »)… Un détail d’abord : si la Nouvelle-Calédonie dispose d’un statut d’autonomie (et d’autres entités territoriales françaises ultra-marines…), la Réunion, région mono-départementale, est dotée d’un statut de droit commun, identique au statut de la désormais célèbre Corrèze (Tulle), qui fait partie de la Région du Limousin. La distinction qu’il fait entre métropole et outre-mer, qui correspondrait à deux niveaux de citoyenneté, n’a donc aucune réalité… et est un peu méprisante pour mes concitoyens d’outre-mer, mais je conçois bien qu’un Belge (belgicain et européiste) peine à concevoir qu’un pays européen puisse « exister », aujourd’hui, en dehors de la péninsule européenne… Plus globalement, il faut savoir que la Constitution française ne limite pas à l’outre-mer les statuts particuliers et la possibilité d’en créer de nouveaux. La Corse est dotée d’un tel statut particulier, et l’Alsace pourrait amorcer la création du sien bientôt (toujours après le vote référendaire d’approbation de la population concernée, pratique inconnue en Belgique). Et ces statuts particuliers sont différents les uns des autres… Un statut « francais » d’autonomie pour la Wallonie et un statut semblable (mais distinct) pour  Bruxelles seraient donc spécifiques, ce serait une reprise de leur statut « belge » actuel, sous la réserve de quelques ajustements. Dans mes écrits,  j’explique tout cela en détail.

 6. « Mais il y a une raison beaucoup plus terre à terre pour laquelle le rattachement à la France, je pense, ne se fera pas : c’est que, dans la Belgique actuelle, le personnel politique est comme un coq en pâte, avec les 7-8 Parlements et gouvernements et ministres à tous les étages. Ça fait beaucoup de postes et de places. Mais dans une France hyper-centralisée avec un seul gouvernement, un seul Parlement, que deviendrait tout ce petit monde ? Combien de nos 20 ministres francophones auraient une chance de se retrouver aujourd’hui dans un gouvernement de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy ? Deux ou trois tout au plus. Les autres n’ayant pas le niveau, tout simplement. C’est, à mon avis, le plus gros obstacle au rattachement à la France. »

 E. Delruelle pointe là un problème réel, mais lui donne trop d’importance. Tout d’abord, dans mon schéma d’union-intégration (dit aussi « intégration-autonomie »), tous les « postes » locaux (régionaux notamment, mais pas les postes « communautaires ») sont maintenus (donc un Parlement et un Gouvernement wallon identique à aujourd’hui, et de même pour Bruxelles), avec leur statut de « coq en pâte ».  Ensuite, sachant que la République compte 920 Députés et Sénateurs, une simple règle de trois (environ 4,5 millions de Franco-Belges pour 66 millions de Français) permet de voir que la Wallonie et Bruxelles auraient le bénéfice de plus de soixante sièges : la perte ne serait pas trop grande, en nombre, pour ce type de poste (au regard de l’effectif actuel des Franco-Belges au Parlement belge), et le standing ne serait pas moindre… Reste la question des postes ministériels « nationaux ». Un ou deux, certes, et pas plus, pour des politiciens franco-belges au Gouvernement français, c’est exact (et leur niveau n’est pas en cause). Mais quand les politiciens wallons de premier plan seront confrontés, après l’effondrement des transferts financiers inter-régionaux, à l’alternative de devoir  imposer une baisse drastique de niveau de vie aux Wallons ou de pouvoir l’éviter en adoptant la « solution française » (voir l’analyse du Professeur Gazon sur le site de l’A.W.F.), ce petit « handicap » ne pèsera pas lourd (et d’autant moins lourd que nos éminences garderont « tout le reste »). Et quand Bruxelles sera  encerclé par le nouvel Etat flamand hostile, les politiciens bruxellois penseront de même.

 7. « D’ailleurs, un des parlementaires français notait comme une preuve qu’il n’y a pas de volonté de scission du pays le fait que « les responsables politiques du nord et du sud ont l’air de bien s’entendre sur le plan personnel ». On ne saurait mieux dire que les politiques francophones préféreront sans doute longtemps s’arranger avec les nationalistes flamands plutôt que de se fondre dans le moule rigide de l’Etat  français. »

 Non justement, ça ne pourra plus durer bien longtemps, parce que les nationalistes flamands ne le veulent pas… En 2011, on est passé assez près de la « fin », et un sursis a été obtenu au prix du sacrifice des intérêts des Franco-Belges péri-bruxellois et d’une étape de plus dans le démembrement de la structure fédérale (défavorable à la  Wallonie). La prochaine fois sera la bonne (une fois que la fiscalité aura été « régionalisée » et les transferts « épuisés »), comme l’ont compris nos rapporteurs « français ». Mais, diplomatie française et souveraineté belge obligent, ils ne pouvaient  aller plus loin et donc en dire plus… Il s’agissait d’un « rapport d’information », rien d’autre.

 8. Il y a 153 ans, les Savoyards et les Niçois, populations et élites confondues, dirigés de Turin, et qui s’en trouvaient bien, n’imaginaient pas et ne voulaient pas devenir « français » (pourtant ce qu’ils étaient déjà, tout en voulant l’ignorer, comme la plupart des Franco-Belges de nos jours). Deux ans plus tard, en 1860, ils le devenaient, « français », avec leur assentiment, et sans coup férir… puisqu’ils le sont toujours.

                                                                                               Jacques Lenain

OK pour la scission

Bien sûr, cela ne va pas changer le monde, mais la dernière fédération sportive encore unitaire en  Belgique a été scindée aujourd’hui. L’équipe nationale dames de hockey sur gazon a pourtant réussi l’exploit de se qualifier pour les jeux olympiques de Londres, comme les hommes, et il paraît que les joueurs et les joueuses qui composent nos deux équipes nationales sont à peu près tous bilingues. Cela ne suffit pas à enrayer le processus de divorce à l’œuvre en Belgique. Certains sont tristes. Mais rien ne résiste à la strangulation financière.  Lire l’info sur le site de  7sur7

Zaventem n’est pas Bruxelles-National

Nous reproduisons ici, tel quel, le message qu’un élu francophone de la périphérie a récemment diffusé sur le net.

Bonjour à toutes et à tous,

La majorité VLD-CD&V-NVA de Messieurs Vermeiren et Van Rompuy a fait voter, ce lundi 14 mai 2012, un règlement communal concernant les plaines de jeux et garderies.

Ce texte interdit aux… enfants et leurs parents…. de parler toute autre langue que le néerlandais (Article 7). Même entre eux…
Indigné, j’ai demandé à Mr Ockermans, échevin Open (?) VLD, s’il connaissait l’Article 21 dela Charte Européenne des Droits du Citoyen.

Je lui ai même lu, dans son idiome, ce texte qui interdit toute discrimination basée, entre autres, sur la langue.

Silence…

Un peu plus fâché, je l’ai interpellé, toujours dans la langue de Vondel, quant à savoir si l’Article 30 de notre Constitution l’inspirait plus; vous savez, cet article qui consacre le libre choix de la langue…

Silence…

Ulcéré cette fois, j’ai fait usage de ce droit constitutionnel pour lui demander, dans la langue de Voltaire cette fois, ce qu’il comptait faire au cas où deux jeunes enfants de 3 à 4 ans parlaient entre eux en français, …leur donner quelques claques peut-être ?

Alors, là, enfin une réaction … un tollé général, des huées, des onomatopées, …

Mais… pas pour jurer que jamais on ne frapperait des enfants… que nenni… plutôt car j’avais osé m’exprimer dans ma langue maternelle…

Quelle honte !

L’histoire de l’Europe ne leur aurait-elle rien appris ?

Quelle honte !

Tous les partis flamands, VLD… CD&… N-VA… SPa… Leef!… ex-Vlaams Belang, ont approuvé ce texte.

Quelle honte !

Nous votons en octobre; il sera plus que nécessaire de barrer la route à ces partis flamands-là !

J’ai transmis ces règlements honteux à la presse (copie disponible sur demande) et je vous invite à diffuser ce message parmi tous vos amis et connaissances.

Patrick Van Cauwenberghe, Conseiller Communal à Zaventem, Chef de groupe Union des Francophones (UF)

Le président de la Chambre au rapport

Le CD&V se joint à la N-VA pour demander des comptes à André Flahaut, accusé d’avoir dit du mal de la Flandre aux deux députés français venus, l’an passé, s’informer de la situation intérieure de la Belgique : voir l’article du Soir.  

Pour la séquence du JT de la RTBF consacrée au même sujet : voir ici. Pour le JT de RTL : ici.

Pour compléter cette information, lire ici le cri d’indignation d’un élu francophone de la périphérie.

Un peu de vérité… cela fait du bien !

Un instant de vérité qui me semble coller parfaitement à ce que sont une majorité de nos voisins flamands. Indépendantistes, les Flamands ? Non, tout au plus autonomistes. Ils ne veulent même pas la fin de la Belgique, quoique… Ils pourraient se fâcher en 2014 si nous n’acceptons pas leurs nouvelles exigences en matière de confédéralisme. Mais avant tout, ils veulent vivre à la flamande, chez eux, avec un gouvernement flamand bien ancré à droite. Ils veulent la même chose pour Bruxelles, leur capitale. Quant aux Wallons, qui sont minoritaires, ils doivent se plier aux volontés de la majorité. Point barre… C’est simple, non ?

Grosso modo, ils aiment Di Rupo, homme souriant qui fait de gros efforts pour apprendre leur langue, qui va se promener chez eux, serre des mains, caresse les joues des enfants mais ils n’apprécient pas du tout le gouvernement papillon  dirigé par un socialiste, alors qu’eux, Flamands, ont massivement voté à droite. Il faut les comprendre : où est la démocratie dans tout cela ? Alors, ils votent N-VA ou Vlaams Belang (52 % pour ces deux partis selon les derniers sondages) pour bien marquer leur caractère flamand car chez ces gens-là, mesdames et messieurs les Wallons et Bruxellois, on sait ce que l’on veut. Le Flamand est obstiné, coriace, dur au labeur, mais fier aussi. Il a le sens des combats menés par sa Communauté et son éducation a cultivé chez lui le souvenir des moments pénibles de son histoire. Ecoutez-le parler de la guerre 14-18, de ses pauvres soldats flamands qui sont morts parce qu’ils ne comprenaient pas les ordres qu’on leur donnait en français… Je sais, ceci est un mythe, mais allez leur dire et vous verrez leur réaction… !

Côté Wallon et Bruxellois de langue française, on veut que le Flamand soit belge. On veut faire le bonheur du Flamand contre son gré au sein d’une Belgique où tout le monde serait bilingue (?) et solidaire, où tous les Belges seraient appelés à voter pour des candidats réunis en une circonscription nationale. Les médias (radios, télévisions, presse écrite) mais aussi notre éducation nous incitent à affirmer haut et clair que nous sommes et seront éternellement belges. Ils entretiennent largement, à de trop rares exceptions, dont « Le Vif/L’Express », la politique de l’autruche et la naïveté.

Le choix que l’on devrait présenter au Wallon et au Bruxellois me paraît simple pourtant : ou nous acceptons de vivre « à la flamande », ou nous décidons d’enfin dessiner les contours de l’ « Après-Belgique ». Ce qui manque le plus à la Wallonie est la construction d’un projet de société qui tienne la route sur les plans sociaux, économiques et environnementaux, ce qui postule de tisser des liens étroits avec la France : cela s’appelle l’union-intégration de la Wallonie dans la République.

Paul Durieux

L’opinion de Pascal De Sutter, dans le Vif/L’Express, m’a paru terriblement vraie. En voici le texte. 

Des sondages créditent la N-VA de près de 40 % des intentions de vote en Flandre. Si l’on ajoute les 12 % du Vlaams Belang, cela signifie que la moitié des Flamands veulent voter pour des partis ouvertement hostiles aux efforts unitaristes du gouvernement belge. Est-ce vraiment une surprise ?

Cela fait un demi-siècle que j’entends les francophones dire que ce sont tous ces politiciens « extrémistes » qui sèment la zizanie entre Belges qui ne demandent qu’à vivre ensemble. A force de répéter ce mantra on avait fini par oublier que nous vivons en démocratie. Et que c’est le peuple qui choisit ses élites.

Je me souviens d’une conversation privée avec une collègue flamande de l’Universiteit Antwerpen qui s’intéresse comme moi à la psychologie politique. Je lui disais (en anglais et en boutade – je suis trilingue !) : « Pour toi, c’est facile de donner des conseils psychologiques aux hommes politiques flamands. Il te suffit de leur suggérer de dire du mal des francophones pour faire augmenter leur score électoral ! » Elle sourit à ma petite provocation et ne protesta pas le moins du monde. Car elle avait compris depuis longtemps que ce n’est pas Bart De Wever qui a créé le phénomène du nationalisme flamand. C’est le peuple flamand qui a créé le phénomène Bart De Wever. Les francophones bien-pensants me rétorqueront : « Non, ce n’est pas le peuple flamand, ce n’est qu’une minorité ». Or les sondages montrent que l’insubmersible Titanic du « prêt-à-penser-naïf » francophone prend de plus en plus l’eau.

Faut-il en conclure que les Flamands (enfin 50 % d’entre eux) sont devenus des affreux nationalistes, voire des fascistes en devenir ! Certainement pas. Cependant, comme les Catalans ou les Québécois, ils possèdent une identité culturelle forte. C’est leur droit et leur fierté. Les Flamands, à l’image d’autres peuples de la terre, expriment simplement leur souhait de vivre entre Flamands à la façon flamande. Dans une forme d’homogénéité linguistique et culturelle à contre-courant du multiculturalisme ambiant. Par ailleurs, des études scientifiques montrent que les Flamands – y compris ceux qui votent N-VA – aiment les vacances en Wallonie et ne souhaitent pas la scission du pays. Est-ce contradictoire ?

Ceux qui fréquentent les conciliabules des dirigeants flamands savent très bien que la menace de la scission sert essentiellement d’arme de terreur psychologique destinée aux francophones. Et cela marche extraordinairement bien ! Car la peur de perdre la Belgique est l’émotion dominante chez les francophones et leurs élus. Ils sont terrorisés à l’idée de sombrer dans la misère noire sans l’argent des Flamands. Ils sont angoissés, en cas d’autonomie de Bruxelles et de la Wallonie, de devoir se comporter de façon autonome, digne et émancipée.

Or je suis intimement convaincu que les Flamands ne veulent pas réduire leur territoire à la seule Flandre. Ils souhaitent simplement que les Bruxellois acceptent de vivre « à la flamande » dans la capitale de la Flandre. Et que les Wallons minoritaires acceptent aussi de vivre « à la flamande » dans une Belgique démographiquement, politiquement et économiquement dominée par la Flandre. D’ailleurs, les Flamands ont déjà conquis pratiquement tous les postes clés, prestigieux et rémunérateurs de la Belgique fédérale. Tout serait plus simple et les problèmes communautaires disparaîtraient si les francophones acceptaient une fois pour toutes la réalité d’une Belgique flamande (Vlaams België) où il faut apprendre à vivre « à la flamande ».

Une métaphore peut illustrer mon analyse politico-psychologique : si un membre d’un couple n’est plus heureux de la vie commune. S’il ne veut plus partager les dépenses, s’il ne supporte plus la langue de l’autre dans sa chambre, s’il trace une frontière dans la maison et s’il menace de divorcer. Quelles options restent à l’autre ? Soit prendre la menace de divorce au mot. Et entamer la procédure pour prendre son autonomie en main. C’est ce qu’ont fait les Slovaques. Soit sauver le couple à n’importe quel prix. Il faut alors accepter de se soumettre aux desiderata de l’autre. C’est le choix des Bruxellois et des Wallons qui votent massivement pour les partis «unitaristes». Il serait vraiment injuste de ne pas l’assumer et de le reprocher aux Flamands. Mais rien ne vous oblige à penser comme moi…

Pascal De Sutter, psychologue politique, dans « Le Vif-L’Express » (lien).

« Le Monde » découvre à son tour le rapport Lecou-Kucheida

Le rapport français sur la situation politique belge continue à faire parler de lui. Ce vendredi 25 mai, c’est Jean-Pierre Stroobants, correspondant du quotidien « Le Monde » à Bruxelles, qui s’est emparé du sujet.

C’est un rapport de l’Assemblée nationale passé inaperçu en France mais qui fait du bruit au royaume d’Albert II.

Une mission de la commission des affaires étrangères s’est rendue à deux reprises en Belgique, en juillet 2011 et janvier 2012, pour «chercher à comprendre les ressorts profonds de la crise» qu’a connue le pays. Après 541 jours sans gouvernement (record mondial battu), celui-ci a trouvé une issue à la fin 2011 mais il est vraiment «passé au bord du gouffre», écrivent les rapporteurs, Robert Lecou (UMP) et Jean-Pierre Kucheida (PS) dans leur document prudemment intitulé «La Belgique en quête d’un nouvel équilibre».

Ce regard extérieur devait forcément intéresser une population qui, pour être habituée aux interrogations existentielles et aux ressentiments réciproques des Flamands et des Wallons, s’inquiète quand même des divers pronostics quant à son propre avenir. Cette mission officielle qui commençait par souligner qu’elle avancerait «en s’abstenant de toute considération sur les nombreux scénarios qui peuvent être échafaudés» n’annonçait toutefois rien de très neuf.

Erreur ! Dans ce document de 110 pages, les députés brossent non seulement un tableau complet de l’histoire complexe de «ce pays qui mérite bien plus que l’indifférence dans lequel on le tient bien souvent» mais ils formulent des constats qui font mouche.

Comme celui-ci: «Le thème de la séparation est devenu une hypothèse de travail crédible pour les acteurs de la vie politique.» Et donc plus seulement pour les observateurs.

Au total, c’est un panorama assez sombre que la mission a retiré de ses entretiens en Belgique,  «comme si Flamands et francophones n’avaient plus grand-chose à se dire», relèvent les rapporteurs, soulignant le risque de ne lire la société belge qu’au travers du prisme communautaire mais évoquant, en même temps, l’omniprésence de celui-ci.

Echec complet

Pas étonnant, dès lors, que les députés aient cherché à en savoir plus sur le parti qui menace les derniers équilibres de cet Etat fragile, l’Alliance néo-flamande (NVA) de Bart De Wever. Ils ont rencontré ce dernier et concluent que sa formation menace tant le système traditionnel des partis que le système fédéral.

M. De Wever leur a expliqué que la Belgique n’est rien d’autre que «l’addition de deux démocraties» et «un échec complet».

Les proches du président De Wever ont vu rouge en lisant dans un magazine que celui-ci avait été qualifié par le rapport d’«idéologue froid» et que sa formation avait «une composante fasciste».

La première affirmation venait, en fait, d’une conseillère de l’ex-premier ministre Yves Leterme, la seconde d’un autre membre de la commission des affaires étrangères, lors de l’examen du rapport.

Protestant contre «une méconnaissance de la réalité flamande», un sénateur de la N-VA s’est insurgé contre l’image ainsi livrée de son parti. Karl Vanlouwe a cependant fini par donner raison aux députés français. Ils ne croient plus en l’avenir belge ? «Leur analyse est correcte, ils ont raison de se montrer inquiets», a-t-il expliqué au Vif-L’Express.

Jean-Pierre Stroobants

Une charte constitutionnelle pour la Flandre

Le gouvernement flamand a peaufiné son projet de charte pour la Flandre. Info principale : Le mot « nation » figure en préambule de la charte, mais le texte ne se veut pas une véritable Constitution ni une déclaration d’indépendance, selon ses rédacteurs. Fallait-il le préciser ?

Lire ici l’article du Vif/L’Express et celui du Soir.

Pour aller plus loin : l’avis de Christian Behrendt dans  L’Avenir et celui de Marcel Sel sur son blog.