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La rentrée politique 2012 de l’AWF

 Georges-Henri SIMONIS

L’Alliance Wallonie France, qui n’est pas un parti politique mais un mouvement de citoyens, entend néanmoins sacrifier au rite de la rentrée politique, après le temps de recul, de lectures, et de réflexions qu’autorisent généralement les vacances d’été. Elle entend aussi se pencher sur l’actualité politique de cette rentrée.

L’AWF pensait s’exprimer et réunir ses membres à l’occasion des fêtes de Wallonie qui lui tiennent particulièrement à cœur. Plusieurs évènements importants la conduisent à reporter cette rentrée après les élections communales du 14 octobre 2012.

Les élections communales : elles occupent entièrement le terrain médiatique et ont des enjeux importants.

Côté nord, l’AWF entend sans surprise les propos de la N-VA qui illustrent la persistance de la volonté d’autonomie de la région flamande. L’élection à Anvers a une dimension particulièrement emblématique, mais elle ne masque pas les lignes de forces fondamentales du mouvement flamand.

Côté sud, d’importants changements sont prévisibles dans de nombreuses communes, et entraineront des modifications au sein des exécutifs fédéraux et régionaux. Les élections locales ne permettent guère aux rattachistes de s’exprimer. L’AWF restera attentive aux prises de position des candidats, quels que soient leurs partis, qui s’exprimeront pour le retour à la France, voire pour l’adoption urgente d’un « plan B ».

Pour l’AWF, l’hypothèse d’une autonomie totale de la Wallonie et de Bruxelles est totalement à rejeter : la preuve est faite que ce serait économiquement insupportable; l’AWF rejette aussi un confédéralisme qui ne pourrait que maintenir la position dominante de la Flandre. Par contre, l’AWF persiste à penser que les conditions d’un retour à la France sont de plus en plus manifestement réunies : c’est la meilleure des alternatives au niveau historique, économique, culturel, et politique; et ce tant pour la France que pour la Belgique.

Du côté de la région Bruxelloise, l’AWF regrette que le débat sur la possibilité d’une région autonome risque d’être occulté par les enjeux locaux particuliers, malgré le fait que plusieurs voix importantes, comme celle du président Charles Piqué, aient rejoint celles de feu Guy Spitaels ou autre Pierre Hazette pour dire leur scepticisme en ce qui concerne l’avenir de l’État belge actuel. Quant au F.D.F., dont certaines thèses se vérifient, force est de constater qu’il n’a pas encore fait son deuil d’un certain unitarisme et d’une monarchie belge dépassée.

L’AWF constate que le sentiment national des Belges ne se mesure plus guère qu’à l’aune des résultats sportifs des équipes nationales de football, de basket ou de hockey, et ce grâce à des journalistes sportifs particulièrement rouge-jaune-noir… Les jeux olympiques furent pour ces nationalistes inconditionnels un terrain d’exercice magnifique.

« Quand les medias vont-ils aider les Wallons et les Bruxellois à sortir du sable où ils les ont plongés…? Quand vont-ils cesser de rêver à cette Belgique fédérale dont les Flamands ne veulent plus…? » a demandé Paul Durieux, président de l’AWF, sur ce même site.

Le droit pénal et pénitentiaire.

L’AWF prend connaissance avec effroi de l’accord politique intervenu au sein du gouvernement DI RUPO en ce qui concerne la modification de la loi sur les libérations conditionnelles. Elle espère que cette réforme conjoncturelle, qui fait fi de l’avis de tous les spécialistes, ne franchira pas l’étape parlementaire heureusement encore nécessaire… Elle regrette des enjeux électoralistes évidents, qui masquent l’absence de toute réflexion en profondeur sur les problèmes pénaux et pénitentiaires cruciaux : l’AWF souhaite notamment l’amorce d’un dialogue en profondeur avec la France, qui partage avec la Belgique ces douloureux problèmes. Une approche nouvelle, s’inspirant des modèles scandinaves, pourrait avoir pour cadres l’Ecole de la Magistrature en France et le Conseil Supérieur de la Justice de Belgique.

La situation actuelle des prisons belges est pour l’AWF intolérable.

La domiciliation de Français en Belgique pour des raisons financières.

Pour l’AWF, mouvement rattachiste, la demande de nationalité belge introduite par Monsieur Bernard ARNAUD, a quelque chose de surréaliste et même d’amusant, d’autant qu’elle a été rendue publique au sortir d’une audience de l’intéressé avec le Président de la République François HOLLANDE.

Certes, il n’est pas nouveau que des Français célèbres se tournent vers la Belgique, de Louis XVIII à Paul VERLAINE ou Arthur RIMBAUD…

Le fait que les grosses fortunes de l’hexagone se tournent vers la Belgique, phénomène de plus en plus fréquent en région bruxelloise, mérite une réflexion approfondie.

Au fil des années, la notion de domicile, considérée par le code civil de 1807 comme « le lieu du principal établissement », est restée commune à la Belgique et à la France. Elle détermine notamment le lieu de l’imposition fiscale. Ou le lieu de vote, et, dans certains cas, d’éligibilité. Ainsi, situation de droit, le domicile est unique, au contraire de la résidence, situation de fait, qui peut être multiple.

En ces temps de libre circulation des biens et des personnes (physiques ou morales), peut-on tolérer les formes de « shopping fiscal », en Europe ou ailleurs dans le monde, pour des raisons exclusivement financières ?

S’agit-il d’un préalable à une domiciliation au paradis fiscal monégasque, cher à certains belges nantis, et interdit aux Français ? Au risque de déplaire à certains de ces Belges devenus champions de l’évasion fiscale à Monaco, l’AWF souhaite que la Belgique suive à bref délai l’exemple français et mette fin à cette pratique moralement inacceptable.

S’agit-il d’autres outils financiers, comme en matière d’intérêts notionnels ?

L’AWF appréciera les enjeux du débat à intervenir en fonction de ses propres idéaux de liberté, d’égalité, de fraternité et de solidarité.

L’AWF observe enfin, à ce sujet comme dans tant d’autres, l’étroitesse des liens qui unissent la Belgique à la France dans tous les domaines puisque, en l’espèce, il est de notoriété publique que la personne en cause est proche du président évincé, et hostile au nouveau… La politique française a ainsi de facto pénétré en Belgique.

Les enjeux économiques du rattachement.

L’AWF entend une nouvelle fois souligner les importantes différences entre le coût de la vie en France et en Belgique dans de nombreux domaines : électricité, assurances, informatique, biens de consommation courants, panier de la ménagère… D’après des enquêtes journalistiques (cfr « On n’est pas des pigeons », de la RTBF) ou économiques (cfr dernières enquêtes du CRIOC), la vie est moins chère en France qu’en Belgique, et ce n’est pas dû à un différentiel de T.V.A. de 1,5 % : l’a t’on dit à Monsieur Bernard Arnaud ???

En guise de conclusion, l’Alliance Wallonie France persiste en ses analyses sur la situation de l’État Belge, et propose dès que possible le rattachement à la France de la Région Wallonne (et de la Région Bruxelloise si ses habitants en manifestent le souhait).

Elle y voit les perspectives d’un avenir plus heureux pour tous.

Elle souhaite pour la Wallonie un vrai plan d’avenir chiffré pour 2014.

Elle lance un appel à tous les citoyens de bonne volonté, belges et français, de tous horizons, et spécialement aux responsables politiques et aux candidats aux futures élections, pour que son message de retour à la France soit largement diffusé et débattu dans les mois qui viennent.

Elle espère que les électeurs tiendront compte, dans leurs votes, des propositions des candidats sur le rattachement à la France.

Belgique : jusqu’ici, tout va bien.

Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles du quotidien « Libération », a fait le point sur l’état de la Belgique. « Jusqu’ici, tout va bien », écrit-il. Dans ce titre, le « jusqu’ici » pèse plus lourd que le « tout va bien ». Nous reprenons l’intégralité de son texte. Nous renvoyons également à son blogue où, dans un autre article, il pose la question suivante : 

Est-il normal que le président du Conseil européen participe à des manifestations nationalistes ?

Belgique : jusqu’ici, tout va bien

En Belgique, tout va désormais très très bien. Après cinq années de crises et de fureur, du conflit communautaire qui oppose depuis la naissance du pays la majorité flamande à la minorité francophone, il n’est plus question, ni dans la classe politique, ni dans les médias, ni dans la population. Enfin, côté francophone où on veut à toute force croire que, depuis que le socialiste francophone Elio Di Rupo a pris les rênes du pays, en décembre dernier, la « question flamande » a fondu aussi rapidement que le leader nationaliste, Bart De Wever (au sens propre : il a perdu 60 kg en quelques mois, de 142 kg à 83 kg) .

Les Francophones, trop heureux d’avoir évité la scission du pays et d’avoir placé l’un des leurs à la tête de l’État pour la première fois depuis trente ans, font comme si la sixième réforme de l’État qu’ils ont dû consentir sous la pression des nationalistes (en réalité un dépeçage supplémentaire de l’État fédéral et la fixation définitive de la frontière entre la Flandre, d’une part, et la Wallonie et Bruxelles, d’autre part, grâce à la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Hal-Vilvoorde) avait réglé tous les problèmes. Les petits faits qui montrent qu’il y a peut-être anguille sous roche, que la passion nationaliste continue peut-être de bouillir au nord du pays, sont systématiquement minorés de peur de réveiller les vieux démons.

Ainsi en est-il lorsque la commune mitoyenne de Bruxelles, Zaventem, qui accueille l’aéroport international de la capitale européenne, exige depuis le printemps dernier que tout le monde parle flamand dans les plaines de jeux. Ou lorsque le Parlement adopte des textes préparés par les nationalistes de la N-VA qui font de la Belgique l’un des pays les plus restrictifs en Europe à l’égard de l’immigration (y compris pour les conjoints non européens de Belges qui ont les plus grandes difficultés à s’installer dans le Royaume). Ou encore lorsque le président du Conseil Européen, Herman Van Rompuy, censé incarner les valeurs européennes, participe au Gordel, cette balade cycliste des nationalistes flamands autour de Bruxelles qui a lieu chaque premier dimanche de septembre afin de protester contre l’extension de la « tache d’huile francophone » à partir de la capitale. On se réjouit même qu’il ait réuni moins de monde que l’année dernière (30.000 personnes quand même contre 43.000), ce qui a permis à Di Rupo, bonhomme, de qualifier une manifestation qui n’avait pourtant plus lieu d’être après la fixation définitive de la frontière linguistique, « d’événement sportif et familial »...

En début de semaine, le premier ministre belge a reçu, off, la presse francophone belge pour lui affirmer que le nationalisme était désormais contenu au nord et que Bart De Wever ne prendrait pas la Belgique en « otage », le tout grâce à lui. Celle-ci a consciencieusement relayé ce message anesthésiant en oubliant de citer ses sources (le pot aux roses a finalement été révélé par Le Soir daté de mercredi). Mais bardaf, c’est l’embardée : la ouate s’est déchirée samedi, avec un sondage publié par Le Soir qui confirme que la fièvre nationaliste n’a nullement diminué en Flandre où l’on ne digère pas de voir le pays dirigé par ce que l’on déteste le plus, un socialiste francophone (donc forcément prodigue des sous flamands si ce n’est corrompu).

Selon cette enquête d’opinion, De Wever est bel et bien en passe de rafler la mise lors des élections municipales d’octobre prochain, contrairement aux espoirs des Francophones : en particulier, le leader nationaliste flamand devrait bien devenir le prochain maire d’Anvers (38 % contre 27,8 % pour l’alliance socialiste-démocrate-chrétien, et une victoire souhaitée par 44 % des Anversois), la première ville flamande, ce qui lui permettra de se constituer un bastion comme Jacques Chirac l’a fait à Paris. À partir de là, la N-VA a toutes les chances d’emporter les régionales et les législatives de 2014, y compris d’atteindre à elle seule la majorité absolue, ce qu’aucun parti belge n’a jamais fait. Car elle a encore des marges de progression tant au sein de l’électorat du Vlaams Belang (extrême droite nationaliste) que de ceux des libéraux du VLD et des démocrates chrétiens du CD&V, deux partis qui courent en pure perte derrière la N-VA depuis six ans (comme le montre la présence d’Herman Van Rompuy au Gordel).

Si la N-VA confirme son OPA sur la Flandre, ce qui semble probable, celle-ci étant quasiment la seule opposition dans ce pays (tous les autres partis, sauf les écologistes, sont dans la majorité), la survie de la Belgique deviendra quasiment impossible. Sauf sursaut flamand qu’on ne voit absolument pas poindre à l’horizon, c’est le scénario le plus probable.

« Je suis prêt à débattre avec Bart de Wever ! »

Notre ami, Jules Gheude,  s’exprime sur le site du « Vif-L’express » (lien).

« Je suis prêt à débattre avec Bart De Wever ! »

Jules Gheude, 65 ans, est écrivain, ex-directeur au Commissariat général aux Relations internationales de la Communauté française, ancien membre du Rassemblement wallon et biographe de François Perin. Il fait partie des membres fondateurs du Parti des Réformes et de la Liberté et a créé il y a deux ans le Groupe d’études pour la Wallonie intégrée à la France (Gewif). C’est lui qui a oranisé, en 2009, les Etats généraux de la Wallonie, qui ont débouché sur un vote pour la réunion de la Wallonie à la France.

Par Jules Gheude
Essayiste politique

Face à l’irrésistible ascension de la mouvance nationaliste en Flandre – le dernier « Baromètre politique » du « Soir » indiquait un potentiel électoral de 50,7% pour la N-VA -, il faut bien s’interroger sur ce qu’il pourrait advenir si, dans un avenir relativement proche, la Flandre venait à faire sécession en invoquant le fameux principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Pour éviter que ne s’ouvre la boîte de Pandore, le droit international a tenu à réduire la portée de ce principe. Il vise essentiellement des cas d’oppression, d’occupation ou de colonisation.

La question est donc de savoir si une collectivité qui ne se trouve pas dans ce type de situation – ce qui est le cas de la Flandre -, peut exercer son droit à l’autodétermination. A cet égard, le droit international reste dans le flou : il ne dit ni oui ni non.

La Cour internationale de Justice a estimé que la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo n’avait pas violé le droit international. Elle a répondu ainsi, de façon stricte, à la question posée par le Conseil de l’Assemblée générale des Nations unies, en octobre 2008.

Pour les juges, aucune règle de droit international n’interdit donc à une collectivité de déclarer son intention ou son désir de constituer un Etat. La Cour s’est toutefois gardée de se prononcer sur les termes et les conditions qui s’appliquent le cas échéant. Elle n’entendait manifestement pas répondre à la question de l’autodétermination externe, en dehors d’une situation de colonisation ou d’occupation.

Dans « La Libre Belgique » du 14 septembre 2010, la journaliste Sabine Verhest écrivait : «Si l’Europe et le monde reconnaissaient une Flandre qui aurait déclaré unilatéralement son indépendance, cette Flandre indépendante vivrait pour la simple raison que la réalité politique sort du champ du droit.»

Un ambassadeur français m’a confié, au début des années 80, que si la Flandre devait larguer unilatéralement les amarres, la France s’empresserait de la reconnaître. Elle pourrait toutefois conditionner l’adhésion de ce nouvel Etat flamand à l’Union européenne au désenclavement de Bruxelles…

Se pose à présent la question du devenir de la Wallonie et de Bruxelles.

D’aucuns, on le sait, évoquent une « Belgique résiduelle » qui, selon eux, resterait automatiquement liée aux traités conclus par l’ex-Royaume de Belgique.

La chose n’est pas aussi simple. Une adhésion de plein droit à ces traités comme successeur de l’ancienne Belgique pourrait être contestée juridiquement par d’autres Etats, par exemple par le nouvel Etat flamand… Celui-ci se mettrait de facto en dehors des organisations internationales, que la déclaration d’indépendance soit jugée légale ou non par la Cour internationale de Justice. Mais, par là même, la Flandre mettrait aussi la « Belgique résiduelle » hors du jeu international, l’exclurait des organisations internationales de jure. Ce fut d’ailleurs le cas pour la « Yougoslavie continuée » (Serbie-Monténégro), lors des sécessions croate et slovène de la Fédération yougoslave.

Cette « Belgique résiduelle » serait d’ailleurs si substantiellement différente de la première qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Quant au scénario d’une Wallonie indépendante, Jules Gazon, professeur émérite à l’ULg, a clairement expliqué, chiffres à l’appui, qu’il n’était pas tenable au plan des finances publiques.

On en vient ainsi aux propos tenus naguère par le général de Gaulle : «J’ai pourtant la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons.»

Une intégration à la France éviterait, en tout cas, à la Wallonie de connaître les problèmes liés à une reconnaissance internationale. L’adhésion à l’Union européenne, à la zone euro et aux grandes instances internationales serait, de fait, automatique.

Reste à savoir ce que souhaiteront les Bruxellois. Mon sentiment est qu’ils tiennent fortement à leur spécificité et ne voudront finalement aller ni avec les uns ni avec les autres. Un statut de « ville libre internationale » n’est donc pas à exclure et n’a rien de fantaisiste.

La dernière bataille belge est bel et bien engagée. Elle se fera en deux étapes : prise d’Anvers par Bart De Wever en octobre prochain et offensive finale aux élections législatives de 2014, si toutefois le gouvernement Di Rupo tient le coup jusque-là…

Car il est illusoire de croire que la nouvelle réforme de l’Etat engendrera la pacification communautaire. Les accords comportent, en effet, des chausse-trappes potentielles. C’est le cas notamment en ce qui concerne la nomination des bourgmestres dans la périphérie.

Le chercheur français Vincent Laborderie indique que seuls 15% de la population flamande partagent aujourd’hui l’option indépendantiste.

Je pense qu’il s’agit, plus fondamentalement, d’une évolution qui est en marche et que rien ni personne ne pourra arrêter. Le programme de la N-VA est clair et ceux qui votent pour ce parti (ils sont plus de 15% !) le connaissent parfaitement. C’est l’envol, à terme, d’un Etat flamand au sein de l’Union européenne. Et, il faut le rappeler, le terme « Nation » figure expressément en préambule de la Charte que le Parlement flamand a tout récemment adoptée. On voit d’ailleurs Kris Peerters, le ministre-président flamand, se profiler de plus en plus à l’étranger comme le chef d’un Etat souverain.

Dans son édito du « Soir » de ce 31 août, Véronique Lamquin écrit : «…les francophones ne sont pas maîtres de leur sort. L’acter ne doit pas être source de résignation, mais bien de détermination. Celle de se préparer au pire, l’éclatement du pays.»

Pourquoi parler du pire ?
Convaincu du caractère inéluctable de la scission, je me suis efforcé, depuis 2007, de préparer sereinement les esprits francophones à l’après-Belgique, en expliquant que ce ne serait nullement l’apocalypse. Je suis prêt, désormais, à débattre de tout cela avec Bart De Wever.

Les sondages font monter la pression

A un mois des élections communales, ce qui agite la presse, ce ne sont pas les enjeux locaux mais les sondages qui, de façon répétée, annoncent une secousse imminente en Flandre et, par extension, dans tout le pays.

C’est Béatrice Delvaux qui l’écrit : « Vous avez aimé « La Muette de Portici » ? Vous adorerez « Les Carabiniers d’Offenbach ». C’est en tout cas la partition que suivent les francophones. Musique agréable, tempo sympathique, Offenbach ! Mais pendant que les cigales francophones gaspillent le peu de temps qu’elles avaient, les fourmis flamandes prennent leurs positions. D’un côté, un Bart De Wever, posé, sans ironie, expliquant aux francophones dans un français qu’on a découvert excellent, comment les choses allaient se dérouler. (…) De l’autre côté, pas un, mais des francophones. Qui, alors que De Wever les invite à venir préparer le confédéralisme dans quelques semaines, ne savent même pas où, de quoi, comment, avec qui ils vont discuter… entre eux. Des francophones qui recommencent à courir comme des poules sans tête, sans plan B. On attend 2014 pour être certain que De Wever gagnera les élections ? Bonne chance, les amis… »

Béatrice Delvaux n’était pas la dernière à vouloir sauver la Belgique mais son édito, dans le Soir (lien), nous confirme qu’elle a changé son fusil d’épaule. Il est vrai que, de sondage en sondage, l’hypothèse de l’éclatement du pays s’impose à tous les observateurs francophones, et d’abord à ceux qui ont la responsabilité de gouverner (ne dit-on pas que « gouverner c’est prévoir »). Au CDh, le slogan populiste et malhonnête de la campagne de 2010 est oublié (« L’union fait la force » : cela nous a bien fait rire… jaune) ;  aujourd’hui, son nouveau président réclame un plan B pour les Wallons et les Bruxellois, pour ne plus subir les événements. Cela ne suffit pas à rassurer des journalistes qui n’hésitent plus à fustiger l’incapacité des politiques à concevoir l’avenir de leur région sans la Flandre. Ainsi, Pierre Havaux écrit sur le site du Vif (lien) :

« Plan B : les francophones au comble du ridicule

La probabilité devient certitude médiatique: Bart De Wever, l’indépendantiste/ confédéraliste, sera bourgmestre d’Anvers. La perspective suffit à plonger les francophones dans l’effroi, à envisager à nouveau le pire. Jusqu’à ressortir un plan B qu’ils ne sont toujours pas capables de commencer à dessiner. Ce syndrome de la feuille blanche frise le ridicule. (…) »

« Pas de panique », semble dire Elio Di Rupo, venu s’informer de ce qui se fait à Namur pour re-re-relancer la Wallonie. On ne peut reprocher au Premier ministre de garder son calme à la veille du prochain match électoral. Comme d’autres iraient à Lourdes ou à Banneux, lui s’est rendu auprès des Diables rouges cet après-midi. Cela suffira-t-il ?

« Y a-t-il un leader wallon dans la salle ? »

Kroll dans le Soir, mars 2012

Le sondage « La Libre – RTBF » donne la N-VA à plus de 40 % des intentions de vote, score qui dépasse l’addition des intentions de vote du CD&V, du S.P.a et de l’ Open VLD (37,5 %). Malgré cela, le Vlaams Belang reste à plus de 10 %… !

Devant ce résultat, le fait que le M.R. devienne le premier parti à Bruxelles, que le divorce F.D.F. – M.R. ait profité aux deux partis (le F.D.F. est à plus de 10 %), qu’en Wallonie, le P.S. reste en tête devant le M.R., qu’Ecolo stagne et que le C.D.h. avec son fameux slogan « L’union fait la force » dégringole ne devient-il pas anecdotique ?

Mais quand nos médias vont-ils aider les Wallons et Bruxellois à sortir la tête du sable, là où ils les ont plongés ?

Quand vont-ils cesser de rêver à cette Belgique fédérale dont les Flamands ne veulent plus ?

Quand les responsables politiques de Wallonie et de Bruxelles vont-ils penser à un véritable plan d’avenir qui tienne compte de l’arrêt, à court terme, de la solidarité de la Flandre ? A quand un vrai projet chiffré pour la Wallonie et pour Bruxelles ?

Il y a urgence plus que jamais à voir des dirigeants wallons et bruxellois courageux se lever pour parler vrai à leurs concitoyens et agir en conséquence. Et que M. Deleuze, co-président d’Ecolo, cesse de nous servir son plat de collaboration avec « Groen ». Que représente  ce dernier parti dans le paysage politique flamand ?! 

Un plan pour 2022 n’est-il pas surréaliste ? Ce qu’il faut dès maintenant, c’est établir un plan pour 2014, date des élections fédérales et régionales car là, les conséquences du vote flamand  auront un impact autrement sérieux pour notre avenir que ne le seront les résultats d’élections communales et provinciales. 

                                                                                                 Paul Durieux 

La réaction de BEATRICE DELVAUX au dernier sondage politique

Chronique publiée à la fois dans le Standaard et dans le Soir.

« Elio mesure-t-il bien ce que veut le peuple flamand ? La clarté maintenant n’est-elle pas aveuglante sur l’évolution de l’opinion en Flandre ? Et dès lors le moment n’est-il pas venu de nous demander : que voulons-nous ? Il faudrait avoir peur de perdre 15 % de richesse en cas de rupture ? Quel sens y a-t-il à proférer cette menace ? La question que nous devons nous poser reste politique : vers quoi allons-nous ? » Cette incantation, c’est Guy Spitaels, Dieu aujourd’hui défunt, ex-patron tout puissant du PS et ensuite de la Wallonie, qui l’a prononcée il y a un an exactement.

A 80 ans, alors qu’il souffrait d’une tumeur au cerveau, il était sorti de son silence politique pour dire dans une toute dernière interview au Soir, aux francophones, socialistes et libéraux en particulier, qu’il était temps qu’ils se bougent. Son idée à lui, c’était que la Belgique avait fait son temps et qu’il fallait passer à autre chose pour les Francophones dès lors que, pour les Flamands, ce ne serait jamais assez. Spitaels avait d’ailleurs mis en garde Elio Di Rupo, alors en pleine négociation comme formateur : « Ça va recommencer dans un an et demi. Vous achetez l’armistice pour 18 mois : c’est non ! »

Depuis ? Spitaels est mort, sans que son testament politique ait trouvé d’exécuteur. Quelques essais de « Plan W » – Plan Wallon –, ont bien été tentés, par le groupe Marcourt & Co, provoquant plus de disputes et autres chamailleries intra socialistes, wallons et bruxellois, que de réunions stratégiques pour l’avenir. Rudy Demotte, président de la Région Wallonne, embraye aujourd’hui avec son plan Wallonie 2022. Mais au delà, rien.

Ils sont plus d’un à s’en inquiéter off the record. D’autant plus lorsqu’ils constatent la « monarchisation », la posture royale d’Elio Di Rupo. Ce commentaire est né dans la bouche de l’analyste politique Vincent De Corebyter, directeur du Crisp, qui n’est pas du genre à lancer des boutades. Depuis, il est repris partout. Jusqu’au caricaturiste Kroll qui a remis symboliquement dimanche à Di Rupo un dessin le représentant avec le drapeau belge en guise de traîne, une couronne sur la tête. Di Rupo lui s’agace : « Un Roi, nous en avons un et il remplit très bien son rôle. Moi je fais mon travail ».

Reste que pour beaucoup, le fait que Di Rupo fasse littéralement corps avec ce pays, permet de conclure : 1) qu’il ne sera pas prêt de travailler à son détricotage, ou en tout cas au plan « Larguons les amarres » des Francophones, Wallons et/ou Bruxellois ; 2) que pas grand monde au PS n’osera commettre un crime de lèse Belgique qui devient désormais un crime de lèse majesté puisque c’est un crime de lèse Elio.

Mais qui, alors, va prendre en main le futur des Francophones sans les Flamands-qui-ne-veulent-plus-de-nous ? Personne en vue et cela commence à en inquiéter plus d’un. Car le temps passe et pour beaucoup, au sud du pays, le 10 octobre 2012 nous rapprochera d’un grand coup de 2014. Et, dans les deux cas, du méga risque de la méga bombe nucléaire : le sacre de la N-VA et de son leader Bart De Wever qui, on le sait, n’a pas mis la Belgique au menu de son régime minceur.

Tous en coulisses s’accordent à reconnaître que la seule initiative jouable doit venir d’un président fort du Parti socialiste. Autant dire pas le virtuel (Thierry Giet), pas l’ »actuel » (Elio), pas non plus le trop wallon (Marcourt). Un seul nom émerge et recueille les suffrages, dans et en dehors du parti : Laurette Onkelinx. Elle aime le pays mais n’a pas peur des réformes. Elle comprend les enjeux bruxellois et wallons et peut, si elle est convaincue d’un projet, se battre comme une lionne pour le faire advenir. Elle seule, pourrait assurer ce boulot sans donner l’impression de poignarder le Roi Elio. Et elle a gagné la confiance d’autres présidents de parti. Onkelinx est de parole : cela s’entend beaucoup ces derniers temps.

Alors debout, les Francophones ? Les mois qui viennent diront qui de Spitaels ou des Belgoptimistes ont eu raison.

Cela sent la rentrée

Cela sent la rentrée. Mais cela sent aussi un peu la fin.

Sur un mode littéraire, cela donne ceci : « J’ai beau regarder. Il n’y a plus rien. La Belgique a disparu. Sans retour. A-t-elle un jour existé ? Combien de gens sur terre en connaissent l’existence ? Je ne sais où je suis. A quelle époque ? A quel endroit ? La vie est mon pays. Qu’est-il devenu ? Mon pays, c’est moi. Que suis-je sans pays ? Que vais-je devenir ? Comment combler ce vide ? A quoi sert un pays ? »

Ces lignes sont de Patrick Roegiers, cet écorché de la « belgitude », exilé volontaire en région parisienne, qui dédie son nouveau livre, « Le Bonheur des Belges », « à ceux qui partent, parce qu’il faut se sauver du naufrage ! ». « La Belgique demeure ma fantasmagorie créatrice, mais je l’ai quittée pour ne plus revenir », précise-t-il.

Ce livre a fait l’objet d’un entretien avec Patrick Rogiers, à découvrir dans le dernier numéro du Vif/L’Express (lien).

Cela sent la rentrée. Mais cela sent aussi un peu la fin.

Sur un mode politique, cela donne ceci : « Au sud du pays, les francophones attendent, impuissants, devant cette chronique d’une débâcle annoncée. Car, si Bart De Wever sort grand vainqueur, le 14 octobre, tout indiquera qu’il aura course gagnée en 2014. (…) Vu de l’autre côté de la frontière linguistique, ce scénario catastrophe se résume en une phrase : les francophones ne sont pas maîtres de leur sort. L’acter ne doit pas être source de résignation, mais bien de détermination. Celle de se préparer au pire, l’éclatement du pays. Pour cela, il faut d’abord que les présidents de parti fassent taire leurs rivalités et planchent, ensemble, sur l’avenir de la Wallonie et de Bruxelles. »

C’est ce que Véronique Lamquin écrit dans l’édito du Soir d’aujourd’hui (lien).

La Libre, quant à elle, publie une interview de Rudy Demotte qui voudrait sans doute nous rassurer sur sa détermination à redresser la Wallonie d’ici à 2022. L’impression qu’il donne est pourtant de brasser des mots pour en faire une mélasse. On ne sent pas le souffle d’un projet. Que l’on en juge par ce lien. Si projet il y a, c’est celui de travailler dans la continuité. Point.

Bien sûr, en France aussi, le pouvoir doit se montrer à la hauteur des problèmes actuels. Mais convenons que la situation de la Wallonie est particulière. Il lui faudra bientôt ne plus compter que sur elle-même, sous l’oeil pas toujours bienveillant de la Flandre.

Cela sent la rentrée. Mais cela sent aussi un peu la fin.

Le rail wallon à petite vitesse

« Décidément, les projets ferroviaires ont du mal à se réaliser du côté wallon », écrit-on dans La Libre. « Après le coup de sang d’André Antoine (CDH) au sujet du report à 2022 de la finalisation du RER, voilà que Philippe Henry (Ecolo), ministre wallon de la Mobilité, allume Infrabel au sujet de la ligne Bruxelles-Namur-Luxembourg. »

C’est qu’Infrabel a fait savoir que les travaux de modernisation de cet axe international, permettant de faire circuler les trains à 160 km/h (120 km/h actuellement), étaient reportés de 2013 à 2022. Pourquoi ?

« Une partie de l’explication du comportement étonnant d’Infrabel réside dans la clef historique 60-40 de répartition des budgets entre le nord et le sud du pays », répond Philippe Henry. « Puisqu’il n’y a pas de projet similaire en Flandre, Infrabel ralentit les projets wallons de peur qu’on dépense trop pour la Wallonie par rapport à la Flandre. »

Certes, Infrabel est dirigé par un proche du PS, mais cela n’y change rien. Le rapport de force n’est pas favorable à la Wallonie.

Lire ici l’article complet de La Libre.

Sur les questions d’infrastructure, en particulier du rail, le point de vue du sénateur François Bellot (MR) est toujours intéressant. Bourgmestre de Rochefort, cet ingénieur civil, par ailleurs diplômé de la prestigieuse ENA, la haute école française d’administration, est de ceux qui ont dénoncé le poids excessif de la Flandre au sein de la SNCB (lien).