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Et si Albert II devait être le dernier monarque belge?

Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique, à lire aussi sur le site de La Libre.

Tandis que l’Union européenne peine à sortir du marasme financier, de fortes poussées indépendantistes s’expriment çà et  là : en Écosse, où un référendum sur l’indépendance sera organisé en 2014, au Pays basque et en Flandre. Fort de son triomphe électoral à Anvers, le 14 octobre, Bart De Wever n’a pas tardé à adresser un signal clair aux responsables francophones : « Négocions dès à présent le confédéralisme ! », que ceux-ci se sont empressés de rejeter aussitôt : « Ce n’est pas à l’ordre du jour. Le gouvernement va s’employer à sauver la Belgique en terminant le chantier de la 6e réforme de l’Etat ! » Il y a, au Sud, une obstination suicidaire à refuser de voir la réalité en face. Charles Michel déclarait récemment à « La Libre » : « L’apaisement (communautaire) est indiscutable et la N-VA radote avec un discours simpliste. »

En invitant les francophones à faire un pas supplémentaire, Bart De Wever ne fait pourtant que reprendre le discours tenu au Parlement flamand en 1999, lorsque celui-ci adopta, à une large majorité, ces fameuses cinq résolutions qui s’inscrivent clairement dans un schéma confédéraliste.

« Une 7ème réforme de l’État viendra un jour »

C’est la révolution copernicienne, chère au ministre-Président flamand, Kris Peeters, lequel se profile d’ailleurs de plus en plus à l’étranger comme le chef d’un véritable État-nation souverain (le terme nation figurant expressément en préambule de la Charte que le Parlement flamand a récemment adoptée). « Je constate que le CD&V a loyalement appliqué ce qui était prévu dans la réforme de l’Etat «  , ajoute Charles Michel.

A cet égard, le président du MR devrait relire l’interview accordée par Wouter Beke, le patron du CD&V, au « Soir », le 23 juin dernier : « Personne ne niera qu’une 7e réforme viendra un jour. L’approfondissement de la réforme de l’État est irréversible. Une série de compétences devront encore être attribuées aux Régions : impôt des sociétés, services d’incendie, police Nous étions aussi, comme le PS, pour la régionalisation de la Justice. Nous voulons qu’on tienne compte, en matière communautaire, de pensions, de sécurité , de ce que ce que veulent 57 % de la population belge, donc les Flamands. » Bref, le confédéralisme, avec un échelon central réduit à l’état de coquille vide et une gestion paritaire de Bruxelles.

On a ressorti le Plan B

Pour ce qui est de l’apaisement communautaire, on verra sous peu ce qu’il en est. Car l’accord intervenu à propos de BHV n’est pas dépourvu de pièges, notamment en ce qui concerne la nomination des bourgmestres. Wouter Beke a d’ailleurs été très clair à ce sujet: « Ce décret, valable pour la nomination de tous les bourgmestres de Flandre, était connu depuis le début des négociations fédérales. Et la réforme de l’État n’a rien changé aux compétences flamandes. [ ] La meilleure façon de pacifier, c’est de respecter les lois et règles. C’est la Flandre qui est compétente ! Les circulaires flamandes doivent donc être respectées. » A bon entendeur, salut !

N’est-ce pas d’ailleurs parce qu’ils perçoivent bien le risque d’une scission imminente que plusieurs responsables francophones ont récemment ressorti l’idée du « Plan B », lequel consiste – ne tournons pas autour du pot – à affirmer la Fédération Wallonie-Bruxelles pour la transformer, le moment donné, en une Belgique seconde ou continuée ?

WalloBrux écartée au niveau international?

Si, comme l’a dit Francis Delpérée, « le confédéralisme est le fédéralisme des cons » , on peut dire que le WalloBrux est le mirage des nostalgiques unitaires et monarchistes, qui espèrent ainsi sauvegarder leur rente de situation. Pour reprendre l’expression de François Perin : « Ce serait une Belgique en réduction, aussi médiocre que l’autre, avec les Saxe-Cobourg en prime dont la Flandre aurait fait l’économie ! »

La chose ne serait d’ailleurs pas aussi simple. Une adhésion de plein droit de ce WalloBrux aux traités internationaux comme successeur de l’ancienne Belgique pourrait être contestée juridiquement par d’autres États, par exemple par le nouvel État flamand. Celui-ci se mettrait de facto en dehors des organisations internationales, que la déclaration d’indépendance soit jugée légale ou non par la Cour internationale de Justice. Mais, par là même, la Flandre mettrait aussi la Belgique résiduelle hors du jeu international, l’exclurait des organisations internationales de jure. Ce fut d’ailleurs le cas pour la « Yougoslavie continuée » (Serbie-et-Monténégro) lors des sécessions croate et slovène de la Fédération yougoslave.

Cette Belgique résiduelle serait d’ailleurs si substantiellement différente de la première qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Enfin, se pose la question de savoir comment, au départ de relations qui, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, ont toujours été empreintes d’une certaine méfiance, organiser les pouvoirs et fixer le poids respectif de la Wallonie et de Bruxelles au sein de l’État commun. Un beau casse-tête en perspective

Et si la Belgique devait se scinder?

Le livre « Question(s) royale(s) » que Frédéric Deborsu vient de sortir, évoque une possible abdication d’Albert II en 2013.

Et si les choses devaient se précipiter, rendant la scission de la Belgique inéluctable ? Nous détiendrions alors un double record : celui du premier État membre de l’Union européenne à être resté le plus longtemps sans gouvernement de plein exercice; celui du premier État membre de l’Union européenne – de surcroît l’un des pays fondateurs, abritant le siège des institutions – à se disloquer.

On va me rétorquer : « Avec des si  » Toujours est-il que la force de la mouvance nationaliste flamande est une donnée bien réelle et qu’Albert II pourrait rentrer dans l’Histoire comme le dernier monarque belge !

Un élu fouronnais nous écrit après les élections

Michaël HENEN, candidat FDF dans les Fourons, a été élu sur la liste (francophone) Respect @venir Libertés. Il a attendu la fin de la campagne électorale pour réagir à notre questionnaire. Il ne milite pas pour la réunion de la Wallonie à la France, mais son opinion (qui n’est pas la nôtre, on l’aura compris) vient nourrir le débat citoyen que nous appelons de nos vœux.

(…) À l’instar de Monsieur le Député-Bourgmestre de Beauraing, je préfère résumer ma réponse au questionnaire que vous m’avez soumis via le présent courriel. Cette réponse n’engage que moi, et certainement pas les mouvements politiques dont je suis issu, à savoir le Groupe fouronnais Respect @venir Libertés (anciennement Retour à Liège) et les Fédéralistes Démocrates Francophones, dont je suis le représentant dans ma commune.
En ce qui me concerne, j’estime, au contraire de nombreux autres élus, que la Belgique survivra encore longtemps aux éternelles querelles communautaires, car la Flandre a encore beaucoup à perdre au cas où elle déciderait de partir seule en 2014, voire en 2022 et, en tous cas, si les hommes politiques francophones issus des partis de la majorité gouvernementale à la fois aux niveaux fédéral mais aussi régional et/ou communautaire continuent à pratiquer le jeu de dupes auquel nous assistons depuis déjà trop longtemps : il est, en effet, trop facile de présenter au peuple francophone un accord de gouvernement qui allait, soi-disant, pacifier les relations entre les deux principales communautés linguistiques présentes en Belgique puis ensuite, à la vue des discours musclés venus de Flandre et des résultats électoraux qui s’en sont suivis, crier au loup et échafauder un « Plan B » (référence à peine déguisée aux quatre partis francophones qui ont négocié la dernière Réforme de l’État et, plus spécialement, au parti du Premier ministre, qui a accordé de trop nombreuses concessions à la Flandre dans le but avoué de devenir ce qu’il est aujourd’hui)…
Il est tout à fait évident qu’en tant que Fouronnais francophone, il est hors de question pour moi d’évoluer dans une Belgique dite « confédérale » où toute matière régionalisée et/ou communautarisée s’apparente à un Mur de Berlin qui coupe tout lien entre ma commune et ce que j’appellerai « le monde libre », à savoir l’espace belge francophone. Au risque de me répéter, cet état de fait ne serait pas d’actualité si les quatre partis dits « traditionnels » de la Fédération Wallonie-Bruxelles avaient négocié un accord gouvernemental digne de ce nom.
Mon parti a toujours plaidé pour un espace francophone fort qui ne peut donc se décliner que sous la forme de la Fédération Wallonie-Bruxelles et, par conséquent, en un éventuel État Wallo-Bruxellois : je partage totalement cet avis tout en ajoutant que la Wallonie, même en 2022, ne peut envisager un avenir indépendant tant que les partis que j’ai déjà cités plus avant resteront au pouvoir en son sein, même en alternance.
Je suis d’avis que, si une Communauté de destin devait s’établir entre la Wallonie et la France (hypothèse que je n’appuie par ailleurs pas du tout), seul le peuple wallon devrait décider par consultation populaire, éventuellement via les trois concepts que vous proposez, de l’avenir qu’il partagerait avec la République française.
Le sous-régionalisme est un mal typiquement wallon qui ne peut s’éliminer, selon moi, qu’à partir du moment où de vrais hommes d’état seront appelés à y prendre les rênes du pouvoir. Tout comme Monsieur l’Échevin Hupkens l’évoque dans sa réponse, les pratiques françaises n’ont certainement rien à envier aux attitudes quasi bananières que l’on peut rencontrer dans certains endroits en Wallonie…
Paris est une capitale culturelle de grande ampleur et au rayonnement international, mais nous constatons aussi que les artistes wallons et bruxellois francophones contribuent largement à cette aura. Étant moi-même musicien et enseignant de ma discipline, je peux affirmer sans crainte aucune que c’est peut-être la nourriture culturelle typique à nos contrées (composée elle-même d’influences diverses) qui inspire davantage nos artistes que la proximité géographique de la France.
Alors que la France n’est pas vraiment exemplaire en matière de respect des minorités locales et/ou régionales et, par conséquent, des cultures et des langues ad hoc, je plaide plutôt pour une revalorisation interne de nos dialectes et de nos identités culturelles. Je parle moi-même un patois d’influence plutôt germanique (Plattdüütsch) en voie lente de disparition, et pourtant celui-ci est parlé dans plusieurs communes wallonnes, il est vrai, frontalières de l’Allemagne et des Pays-Bas ; par ailleurs, beaucoup de traditions et de folklores (carnaval dit « rhénan », tir Flobert « à l’oiseau » etc.) de ces communes sont issus du monde germanique : je ne pense pas que la France soit à même de (re)valoriser ce patrimoine aux antipodes de sa culture nationale.
Sachez, cher Monsieur, que la situation institutionnelle belge qui ne fait guère la part belle aux Francophones opprimés, tels que les Fouronnais francophones, garde toute mon attention : dans ce cadre, je ne peux qu’exprimer du respect envers votre initiative, même si celle-ci n’entre pas dans le cadre que j’entrevois pour le futur des Wallons et des Francophones.
Bien à vous.
Michaël HENEN

« Les moutons se mangent entre eux »

C’est Thierry Fiorilli qui a signé cet édito pour Le Vif/L’Express :

« En Flandre, vainqueurs et vaincus reconnaissent le verdict de l’électeur et par là, ils le respectent. En Flandre toujours, on élève le débat et l’on parle du confédéralisme que Wallons et Bruxellois vont devoir mettre à leur menu.

« A Bruxelles et en Wallonie, à entendre les présidents de parti, tout le monde a gagné. On égratigne l’adversaire. On règle des comptes. Mais surtout, on se refuse à voir dans ces élections en Flandre le moindre message qui ait valeur au niveau fédéral. »

Lire la suite de l’édito du Vif/L’Express.

Mise en perspective

« Vous avez fait connaître sans ambages qu’il faut qu’on en finisse avec la tyrannie des Wallons et des Bruxellois, enragés pour la France, que la Flandre ne veut pas plus longtemps se laisser faire la loi par des étrangers et des abâtardis. »

Bart de Wever n’a pas prononcé ces mots. Ils sont extraits du discours d’August Borms le soir de sa victoire à une élection partielle à Anvers, en 1928. Borms, le nationaliste flamand le plus emblématique à cette époque, le plus en vue des collaborateurs de la première guerre mondiale, regardé par beaucoup comme un traître immonde et néanmoins plébiscité par les électeurs anversois avec 62 % des suffrages exprimés, ne pouvait pas siéger au parlement belge, puisqu’il était privé de ses droits, mais ce plébiscite était aussi révélateur que choquant dans cette Belgique où dominait le sentiment patriotique autour du « roi-chevalier », le légendaire Albert Ier.

Au retour des Allemands, en 1940,  Borms s’impliqua de nouveau dans la collaboration active. Son combat restait le même. Il fut l’un des 242 collaborateurs à avoir été exécutés en Belgique au lendemain de la seconde guerre mondiale. Évidemment, c’est du passé. Nous sommes en 2012.

Bart de Wever, le nationaliste et l’historien, n’a pas cité Borms ni invoqué les fantômes des collaborationnistes dont le souvenir l’habite encore, mais il porte avec lui la mémoire du mouvement flamand. Le soir de sa victoire à Anvers, il s’est projeté dans l’histoire et, loin de sa rondeur passée, il a montré un visage inquiétant pour beaucoup. Ce qui interpelle, ce ne sont pas tant les mots que le style, même si les références à la seconde guerre mondiale font penser que le mouvement flamand, dans sa composante la plus radicale, anti-belge, tiendrait enfin sa revanche sur un État que personnalise actuellement Elio Di Rupo, francophone et socialiste, à la tête d’un gouvernement qui, ne l’oublions pas, n’est soutenu que par une minorité flamande au parlement.

Bart De Wever a peut-être eu tort de se montrer tel qu’il est. On ne sait trop si cela relève d’un choix stratégique où d’un dérapage incontrôlé. Faute politique ou pas, ce sont les électeurs flamands qui trancheront en 2014, cent ans après le début de la première guerre mondiale (et on sait combien le gouvernement flamand investit dans la commémoration de cet événement auquel renvoie la fameuse tour de l’Yser), cent ans après la trahison de Borms et de ses amis, le mot « trahison » n’ayant de sens, bien entendu, que d’un point de vue opposé à celui des nationalistes flamands.

2014, c’est aussi l’horizon de l’équipe nationale de football et de tous ses supporters. Deux jours après la victoire de la N-VA sur le terrain de la politique communale et provinciale, les Diables rouges ont battu l’Écosse 2-0 et ont fait un pas de plus vers le Brésil, où se déroulera la prochaine coupe du monde de football. Ironie du sort, tandis que la Belgique vacille, jamais le football belge n’a été aussi riche en promesses et l’exaltation, autour de l’équipe nationale, atteint déjà des sommets. Comment s’étonner dès lors si l’avenir de la Belgique semble aujourd’hui se jouer sur les terrains de football autant que sur le terrain politique ? L’entraîneur des Diables rouges et le capitaine de l’équipe, tous les deux francophones mais parfaitement bilingues, ont clairement donné un sens politique au succès de l’équipe nationale.

Au même moment, l’équipe de France de football a fait match nul en Espagne, ce qui n’a rien de nul, puisque l’Espagne domine le football mondial depuis plusieurs années. On n’en parlerait pas, évidemment, s’il ne s’agissait que de football. La réaction de la presse française ne nous intéresse pas non plus : on n’y a pas trouvé l’exaltation qui règne autour des Diables rouges. Ce qui a retenu notre attention, c’est ce texte signé Charline Vanhoenacker, correspondante à Paris de la RTBF et du journal Le Soir :

« D’après les médias français, France-Espagne : 1-1, c’est un “exploit”…Si le Belge était aussi chauvin que le Français, il verrait dans cet “exploit” un peu de Raymond Goethals… Cette chronique lui rend hommage, et célèbre l’emphase de nos voisins français en matière de foot. » (lien)

Bien sûr, il s’agit d’une chronique qui se veut « décalée », mais on pourrait se demander pourquoi cette chronique existe, compte tenu du parti pris qui l’anime. Il n’est pas sûr que Charline Vanhoenacker assume sa mauvaise foi. Il est même à craindre que les Belges qui usent et abusent des clichés pour définir les Français, dans le contexte actuel, ne visent qu’à affirmer une identité belge sur la défensive, crispée sur elle-même, effroyablement chauvine au vu de ce qu’on peut lire sur le net, alors que la Belgique est « en voie d’évaporation », selon la formule de Karel De Gucht.

Faut-il rester belge à tout prix ?

Karel De Gucht, devenu commissaire européen, n’a pas perdu son franc-parler. Lui dont le parti est laminé par la N-VA, il ose dénoncer le discours de Bart De Wever (le contraire serait quand même étonnant) et, dans Le Soir de ce samedi, il met en garde les partis francophones : « Arrêtez de parler du plan B ! ». Extrait de l’interview :

« Je ne comprendrais pas que les partis francophones aient une démarche qui contribue ou profite à la N-VA en 2014. Ils parlent tout le temps du plan B ! Vous ne pouvez pas choisir le plan B, enfin ! En pratique, cela n’a aucun sens ! N’en parlez plus, ce n’est pas une vraie solution pour le pays et, avant tout, pas pour la Wallonie. Les gens raisonnables en Wallonie –il y en a beaucoup- le savent très bien. Croire que parler du plan B, c’est se renforcer face à ce diable de De Wever, renforce surtout la tendance nationaliste en Flandre ! Les francophones doivent rester calmes et essayer de prendre en compte un peu plus ce qu’il faut aux partis flamands pour résister à cette vague nationaliste. Aussi dans le comportement. Quand je vais en Wallonie, je réalise que les Wallons aiment bien les Flamands. Pourquoi ne ressent-on pas cela plus dans les propos des politiciens francophones ? »

En clair, cela signifie qu’il ne faut pas s’arrêter à la 6e réforme de l’État qui sera déjà très lourde à supporter pour la Wallonie. Il y a trop de résistance au PS, au MR, au CDH, chez Ecolo : il faut apprendre à se montrer plus « sympa » avec la Flandre. Pas de plan B. Pas de plan F (qui ose encore en parler dans la classe politique ?). Pas d’alternative à ce que veulent les Flamands « modérés ». C’est ça ou « ce diable de De Wever ».

Il est certain que Di Rupo ira le plus loin possible dans ce sens, lui qui espère rempiler au «16» après les élections de 2014. Comme Albert II (et le prince Philippe), il personnalise une Belgique en sursis. S’il échoue en 2014, il se trouvera sans doute un poste à la Commission européenne, ou ailleurs. Bien sûr, il y a Mons 2015 qui pourrait le retenir en Wallonie, mais il ne faut pas compter sur lui pour incarner une autre politique que celle qui vise à « sauver la Belgique », d’une élection à l’autre, en fermant la porte à toute alternative (forcément peu populaire). Avec lui, c’est toute la Wallonie qui s’interdit de penser au-delà de la prochaine échéance électorale. Le « plan Horizon 2022 pour la Wallonie » donne à croire le contraire, mais c’est précisément à cela qu’il sert.

Quoi qu’il en soit, on ne sait pas comment les partis de gauche, en Wallonie, vont assumer le coût social du maintien de la Belgique, une fois que la Flandre aura obtenu ce qu’elle veut : la fin (brutale ou progressive) des « transferts financiers Nord-Sud ». Tout l’enjeu est là.

Philippe Moureaux s’est exprimé ce midi sur la RTBF. Ce qu’il retient des élections, hormis son éviction du maïorat de Molenbeek, c’est « l’alerte rouge que la Belgique est vraiment menacée, en tout cas dans sa solidarité sur le plan social, qui est pour moi la chose la plus importante, c’est pour moi ce qui fait l’intérêt de la Belgique… La fin d’un système social égalitaire entre les Belges… à ce moment-là, ce serait tout à fait dramatique» (lien).

G.R.

Jeunesse et élections

Nous n’empruntons jamais sur ce site les chemins qui conduisent à stigmatiser l’un ou l’autre en fonction de  sa race, de sa religion ou de sa philosophie. Nous savons que tant la France que notre région sont confrontées au dilemme des problèmes posés par les relations sociétales nées du communautarisme. Il n’entre pas dans nos intentions de prendre position en ce domaine, mais il nous semble que le site du « Vif.be » a eu raison d’ouvrir ses colonnes à une jeune candidate d’origine turque élue dimanche dernier et qui a le courage de dire haut et fort ce qu’elle pense (lien).

A vous de juger !

P.Durieux

« Le PS a perdu son électorat laïque », constate Duygu Çelik, conseillère communale à Verviers, où les socialistes ont perdu les élections. Son parti a délaissé les valeurs de gauche pour jouer la carte de « la nouvelle bourgeoisie musulmane », dénonce-t-elle.

Verviers est la seule grande ville wallonne où les élections du 14 octobre ont provoqué un basculement politique. Le PS y chute lourdement, passant de 38,7 % à 28,8 % en six ans. Conséquence : le PS est rejeté dans l’opposition, détrôné par une coalition CDH-MR. Claude Desama, bourgmestre depuis douze ans, a annoncé qu’il mettait un terme à sa carrière politique.

Au cours des six ans à venir, le PS devra se reconstruire sur les bancs de l’opposition. Mais aussi tirer les leçons de son échec  dimanche passé. Pourquoi un tel désaveu ? Où sont passés les anciens électeurs socialistes ? Dans un message posté sur son profil Facebook, l’une des étoiles montantes du PS verviétois, Duygu Çelik (27 ans) analyse brièvement les raisons qui, selon elle, ont précipité la chute du PS. « Le PS a perdu son électorat laïque », constate-t-elle. Il s’est aussi laissé prendre au piège du « vote ethnique ». Duygu Çelik, elle-même d’origine turque, appelle son parti à se ressaisir, pour montrer qu’il reste « véritablement à gauche, égalitaire, non discriminatoire… et laïque ».

Ce court billet a provoqué un déluge de réactions dans l’ancienne cité lainière. Nous le publions ici intégralement.

« Élue avec 463 voix de préférence, et autant de remerciements que j’adresse à toutes celles et ceux qui m’ont soutenue !!! J’arrive ainsi première des conseillers sortants, avec une progression de 47% par rapport à 2006, dans un contexte difficile pour mon parti, qui perd 8% et 3 sièges. Cette élection a donc un goût amer… Loin d’une victoire personnelle, c’est sur un sentiment de défaite que je me suis endormie hier soir. Le diagnostic personnel que j’en fais m’inquiète et m’attriste énormément : le PS a perdu son électorat laïque, qui s’est déporté vers le MR. Les résultats en termes de voix de préférence manifestent que le vote ethnique a joué de manière importante. Et pas n’importe quel vote ethnique ! Il s’est cristallisé autour des mosquées, encouragé et piloté par un électorat souvent de droite, appartenant à la nouvelle bourgeoisie musulmane, celle qui roule en 4×4 et qui fait porter le voile à ses femmes, celle qui n’a que faire des idées et des valeurs du PS, et qui a mobilisé en masse pour soutenir son/ses candidat/s, pendant que nos électeurs laïques se détournaient de nous. Hier, ce sont les mosquées qui ont triomphé au Parti socialiste à Verviers ! C’est bien pour cela qu’il faut se battre, plus que jamais, pour un PS véritablement à gauche, égalitaire, non discriminatoire, … et laïque !!! »

François Brabant

L’UE hésite sur l’attitude à adopter au cas où…

Publié sur le site du journal Le Monde, un article de Jean-Pierre Stroobants qui a voulu savoir ce que l’Union européenne pensait de la poussée indépendantiste en Écosse, en Catalogne et, bien sûr, en Flandre.

« La perspective d’une Écosse indépendante, une amplification de la revendication autonomiste en Catalogne, l’évocation par Bart de Wever, vainqueur des élections municipales en Flandre le 14 octobre, de la mise en place d’une « confédération » belge qui serait, semble-t-il, le prélude à l’éclatement pur et simple du royaume : ces événements jettent le trouble dans les institutions européennes. Et posent la question – taboue jusqu’ici – de leur attitude face à une région qui proclamerait, demain, son indépendance. »

La suite de l’article : ici.

Sur à peu près le même sujet, les points de vue de Bart Maddens (professeur de sciences politiques à la KUL, proche de la N-VA) et de Vincent Laborderie (UCL, membre du Comité directeur de B Plus) : c’est un article de La Libre.

Le signal clair de Bart de Wever et les œillères francophones…

 Jules Gheude, essayiste politique (1)

 « Qu’on ne se trompe pas d’élections ! Le triomphe de Bart De Wever ne l’autorise pas à dicter le calendrier du gouvernement fédéral. Le confédéralisme n’est pas à l’ordre du jour. »  Telle est la réaction des responsables politiques francophones au discours prononcé, dimanche, par le président de la   N-VA.

Il en va des rodomontades francophones comme des grandes émotions : elles restent sans lendemain ! Tandis que Bart De Wever prépare la Flandre à l’offensive finale – qui pourrait survenir avant 2014… -,  les responsables francophones poursuivent avec leurs œillères et leurs sabres de bois !

En invitant les francophones à négocier sans attendre le confédéralisme, Bart De Wever, le maître incontesté de la Flandre, ne fait que rappeler les fameuses cinq résolutions approuvées par le Parlement flamand en 1999 et qui s’inscrivent clairement dans un schéma confédéraliste.

Que cela plaise ou non, force est de reconnaître que la Flandre est une Nation, comme le stipule d’ailleurs la Charte que le Parlement flamand a récemment adoptée. Une Nation prospère, dynamique, et qui entend bien prendre sa place à part entière dans le concert européen. On voit d’ailleurs, ces derniers temps, Kris Peeters (souvenons-nous de sa « révolution copernicienne » !) se profiler à l’étranger comme le chef d’un véritable état souverain.

Si le confédéralisme devait voir le jour dans les deux à trois ans à venir, la Belgique se verrait réduite à l’état de coquille vide, avec une Wallonie qui serait dans l’incapacité financière de s’assumer. Qu’à cela ne tienne, rétorquent les ultra-régionalistes. Mieux vaut être libre et pauvre que dominé et riche !  Peut-on cependant imaginer un seul instant que la population wallonne accepterait, sans rechigner, de voir ses prestations sociales chuter sensiblement ? Les manifestations violentes en Espagne et en Grèce à propos des plans d’austérité répondent à la question…

Convaincu du caractère inéluctable de la scission, j’ai, depuis sept ans, placé délibérément ma réflexion politique dans l’optique « post-belge ». Mieux vaut, en effet, anticiper les choses que de les subir dans l’improvisation.

Contrairement aux responsables politiques, je n’ai aucune rente de situation à sauvegarder. Car il ne faut pas tourner « autour du plan ». Ce Plan B, que l’on nous sert régulièrement depuis quelque temps, ne vise, ni plus ni moins, qu’à assurer, via une Fédération Wallonie-Bruxelles qui reste à construire et qui peine à pénétrer dans les esprits, le maintien de la Belgique sous une forme réduite, le jour où la Flandre aura décidé de larguer les amarres. Si, comme l’a déclaré un jour Francis Delpérée, « le confédéralisme est le fédéralisme des cons », le WalloBrux est la grande illusion des nostalgiques belgicains et monarchistes. Comme l’a bien dit François Perin : « Nous aurions une Belgique en réduction, tout aussi médiocre que la première, avec le maintien des Saxe-Cobourg dont la Flandre aurait eu l’intelligence de faire l’économie ! ».

J’entends dire qu’une Belgique « seconde » ou « continuée » resterait liée aux traités internationaux auxquels nous avons adhéré.

La chose ne serait  pas aussi simple. Une adhésion de plein droit aux traités internationaux comme successeur de l’ancienne Belgique pourrait être contestée juridiquement par d’autres Etats, par exemple par le nouvel Etat flamand… Celui-ci se mettrait de facto en dehors des organisations internationales, que la déclaration d’indépendance soit jugée légale ou non par la Cour internationale de Justice. Mais, par là même, la Flandre mettrait aussi la Belgique résiduelle hors du jeu international, l’exclurait des organisations internationales de jure. Ce fut d’ailleurs le cas pour la « Yougoslavie continuée » (Serbie-Monténégro) lors des sécessions croate et slovène de la Fédération yougoslave.

Cette Belgique résiduelle serait d’ailleurs si substantiellement différente de la première qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Avec un taux de chômage élevé et une situation qui serait intenable au plan des finances publiques (Bruxelles devrait se montrer solidaire de la lourde dette wallonne…), la viabilité de ce nouvel Etat serait vite compromise.

Enfin, se pose la question de savoir comment, au départ de relations qui, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, ont toujours été empreintes d’une certaine méfiance, organiser les pouvoirs et fixer le poids respectif de la Wallonie et de Bruxelles au sein de l’Etat commun. Optera-t-on pour le principe de l’égalité (Bruxelles = Wallonie) ou celui de la proportionnalité (W > B) ? Un beau casse-tête en perspective…

Comme l’ont démontré les travaux des Etats généraux de Wallonie (www.etatsgenerauxdewallonie.com) et les études du Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net), la seule option d’avenir réaliste et crédible réside dans un statut particulier d’intégration à la France, qu’une Constitution française fort souple pourrait garantir aisément. Un tel statut, dont pourrait également disposer Bruxelles si elle en émettait le souhait, permettrait à la Wallonie de maintenir ses compétences et organes d’auto-administration actuels. Sa spécificité ne serait en rien malmenée.

Pourquoi s’échiner à couper les cheveux en quatre quand la solution est à portée de main ?

En 1958, André Renard, dont on ne peut mettre en doute l’attachement à la Wallonie, ne déclarait-il pas : « Nous avons foi en cette France qui, pour nous, est éternelle. (…) la France reste le grand flambeau et, pour beaucoup d’entre nous, la grande lumière de culture ».

Nous savons, par divers sondages, qu’une majorité de Français seraient favorables à l’option réunioniste. Ne laissons pas passer cette chance unique, gage de notre redressement et de notre prospérité !

(1) Derniers ouvrages parus : « Le petit guide de l’après-Belgique » (éd. Mols, 2010) et « On l’appelait Belgique » (Mon Petit Editeur, 2011).

Un discours royal

dimanche 14 octobre 2012

UN DISCOURS ROYAL

Encore un majordome ?

Un vent favorable (facétieux) a déposé sur mon bureau l’avant-projet d’un discours qui, lorsqu’il sera prononcé par le mystérieux monarque d’un pays voisin, ne manquera pas d’être qualifié d’historique…

Je vous en ai réservé la primeur.

 Michel Lemmens

« Mes chers compatriotes,

« La Reine et toute notre famille se joignent à moi pour vous souhaiter une heureuse et prospère année 20**, dans la paix sociale et institutionnelle et dans un renouveau de l’économie mondiale dont vous avez toujours été capables de recueillir les bienfaits.

« Le protecteur des institutions, sinon Père de la Nation, que fait de moi la Constitution ne peut que se réjouir en constatant que le fossé qui s’est creusé entre la V** et la W** n’a jamais donné lieu aux violences qui ont dévasté tant de nations durant les deux derniers siècles de l’histoire européenne. Sans doute le nationalisme des uns ou des autres n’était t-il pas aussi toxique que le proclamaient ses critiques ?

« On peut en tout cas y voir la preuve du légendaire bon sens des B**, connus mondialement pour leur pragmatisme grâce auquel ils admettent sans peine que la situation est désespérée mais pas grave; avis que je partage entièrement.

« Les nombreux gouvernements dont vous avez, au fil des décennies, doté notre pays ont, suite aux récentes élections, décidé de consulter la population sur la question de l’avenir que vous souhaitez donner à la B***

« Il est en effet désormais parfaitement établi et reconnu que le gouvernement de la V** entend suivre une voie institutionnelle incompatible avec la volonté, tout aussi claire, de la W*** qui veut ne pas renoncer à des garanties indispensables au maintien du niveau de vie de ses habitants.

« La Consultation populaire, rédigée dans des termes actuellement débattus devant vos divers Parlements, permettra de savoir avec certitude si les citoyens de B*** désirent ou non, sont prêts ou non, à accepter une transformation du pays en une confédération de plusieurs États indépendants unis par des traités de portée internationale librement négociés.

« De votre réponse à cette question dépendra l’avenir de la B***, et le mien. Car je ne suis pas seul à penser que les projets des uns et des autres ne sauraient fonder des traités qui restaureraient une union qu’une Constitution plus que centenaire et dix fois réadaptée n’a pu empêcher de se dissoudre et qu’il serait ainsi mis un terme à mon règne.

« Si nos destins devaient se séparer, je renoncerais sans amertume à un trône devenu sans objet et à une monarchie qui ne serait plus désirée que par une minorité nostalgique uniquement intéressée par la conservation de quelques privilèges.

« Je resterais reconnaissant à la B***, à mes prédécesseurs et à ses gouvernements de m’avoir assuré, grâce à leur générosité, la préservation d’un patrimoine qui assure à notre famille une durable prospérité.

« Nous rejoindrions alors l’agréable société des Rois et Princes sans trône, des Romanoff, Hohenzollern et autres Bourbon, sans avoir eu à souffrir des sanglantes péripéties qui ont accompagné certaines fins de règne. Cette fois encore, la B*** aurait su éviter de funestes violences.

« Nous pourrions ainsi envisager l’avenir serein car apaisé dont la B*** a tant manqué ces dernières années et qui lui a coûté si cher en temps et en imagination pour de vains efforts destinés à sauver ce qui ne devait pas l’être.

« Mes chers concitoyens, je vous souhaite à nouveau etc… »

Sans commentaire

« Nous sommes le plus grand parti de Flandre, nous devons défendre cette position de la rue du village à la rue de la Loi. Je fais un appel à Di Rupo et aux francophones : préparez avec nous la réforme confédérale. Car ce gouvernement fiscal qui n’a pas la majorité en Flandre n’est pas soutenu par les Flamands. » (Bart De Wever, au soir des élections communales et provinciales en Belgique…)

Le jeu des coalitions ne va pas étouffer le discours de la N-VA mais va l’amplifier.

La Belgique à l’épreuve des élections

Plus que deux fois dormir et on y verra plus clair. En Belgique, même les élections locales ont valeur de test. Pas seulement pour mesurer la forme des partis politiques et de leurs figures de proue. Non, ce sont les chances de survie de l’Etat qui seront pesées à l’issue du scrutin. Que l’on soit d’Etalle ou de Colfontaine, de Gedinne, de Lasne ou de Juprelle, les enjeux locaux ne dispenseront pas de regarder ailleurs. Nous ne savons pas si, dimanche, se produira ce que De Wever appelle une « révolte démocratique » en Flandre, mais force est de constater que, d’élection en élection, l’Etat belge est en sursis.

C’est la raison pour laquelle l’AWF a envoyé dix questions à de nombreux candidats. Pour nous, la démarche est nouvelle et nous nous promettons déjà de faire mieux la prochaine fois. Forts de cette première expérience, nous ferons la chasse à tous ceux qui éludent un débat devenu indispensable. Il va de soi que le choix de la France est à prendre en considération mais n’est pas la seule option pour la Wallonie. Nous remercions tous les candidats qui ont pris la peine de réagir à notre questionnaire, même quand c’était pour exprimer un point de vue opposé au nôtre (nous invitons à découvrir ici la réaction de Jean-Claude Maene, député-bourgmestre de Beauraing, 1er sur la liste PS de sa commune).

Jean-Pierre Hupkens, échevin de la culture à Liège et 3e sur la liste du PS dans la Cité ardente, a bien voulu, lui,  répondre à nos dix questions, sans trop s’engager toutefois. De ses réponses, on retiendra qu’il n’est pas question, selon lui, de sauver la Belgique à n’importe quel prix. Il ne veut pas du confédéralisme réclamé par la Flandre et se dit favorable à un rapprochement avec la France (lien).

Pour d’autres réactions à notre questionnaire : ici, ici, ici et ici.