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Carnaval et Saint-Valentin

Il se dit, parfois, que la Belgique est au bord du divorce. A voir la façon dont le président Dupriez-PeumansEcolo du Parlement wallon courtise son homologue flamand, rien, pourtant, ne semble annoncer de nouvelles tensions communautaires. On s’attendrait plutôt à des accords de la Saint-Valentin qui obligeraient tous les élus du royaume à participer au festival du film d’amour de Mons. Tout le monde s’aime et c’est merveilleux. Si Patrick Dupriez voulait que le président du Parlement flamand parle de la Wallonie avec amour, il n’était même pas nécessaire de lui sortir le grand jeu de la séduction car, tout nationaliste flamand qu’il soit, Jan Peumans (N-VA) ne cache pas son intention de venir habiter « non loin de l’abbaye de Val-Dieu » quand il aura pris sa retraite (et il a 62 ans).

L’information est donnée par Le Vif/L’Express qui, dans son édition d’aujourd’hui, rend compte de cette belle journée où le cœur de la Belgique a fait des bonds. L’autre jour, Patrick Dupriez avait donc invité Jan Peumans à découvrir la Wallonie autrement, et cela s’est super bien passé entre eux puisqu’ils n’ont pas arrêté de s’échanger des sourires, des plaisanteries, des petits cadeaux, des pastilles à la menthe… Ils ont bien sûr évité de parler de politique, ou alors juste un peu, sans en avoir l’air. Ils sont de bons amis, c’est ça qui compte. Le problème, c’est qu’au moment des adieux, Patrick Dupriez n’était pas tout à fait sûr d’avoir changé le cours de l’histoire. Il se pourrait bien que Jan Peumans garde les idées de Jan Peumans et que la N-VA ne fasse pas campagne pour une Belgique plus solidaire.

Pour en savoir plus sur cette journée, il faut lire l’article qui lui est consacré dans Le Vif/L’Express sous le titre « Un séparatiste N-VA au pays des merveilles ». Article un peu cruel pour les élus wallons qui font tout ce qu’ils peuvent pour adoucir le cœur des nationalistes flamands. Une version raccourcie de ce texte est disponible sur le site du magazine : ici.

Autre article à lire : l’éditorial d’Eric Deffet dans Le Soir d’aujourd’hui. Ce n’est plus d’amour qu’il est question ici mais de grosse rigolade. On se demandait si les participants au carnaval d’Alost se retiendraient de caricaturer Bart De Wever, maintenant que cette SS-VA, carnaval d'Alost 2ville est dirigée par un bourgmestre N-VA. Eh bien non, mais la polémique n’est pas venue d’où on l’attendait, puisque le char assimilant la N-VA et la SS, avec un wagon pour la déportation des Wallons, a surtout indigné la directrice-générale de l’UNESCO, fâchée qu’une manifestation inscrite au patrimoine de l’humanité (eh oui !) banalise ainsi le nazisme et la Shoah.

Si cette farce a beaucoup fait rire en Flandre, elle a plutôt consterné le journaliste du Soir. Voici sa conclusion :

« …Il n’y a plus d’humour belge. Il y a un humour flamand et un humour wallon. Un héritier de Jules Destrée en ferait une lettre au Roi…

« Imagine-t-on un char du même acabit sillonner les rues de Malmedy ou de Stavelot sans s’attirer les foudres collectives ? Imagine-t-on aussi que Bart De Wever et les autres accepteraient d’être ainsi singés en nazis de pacotille par un carnaval du Hainaut ou de Liège ? Dans les deux cas, quel scandale !

« Nous n’avons pas la même langue. Nous avons partagé tant bien que mal le territoire commun. Nous n’aimons pas les mêmes artistes. Nous avons tracé des murs entre sportifs du Nord et du Sud, radios et télés, élus et priorités politiques. Et voici qu’une évidence saute aux yeux : nous ne rions plus des mêmes choses. Faut-il en pleurer ? »

G.R.

Les Misérables

Aujourd’hui, dans le Soir, un supplément de 24 pages sur le film « Les Misérables ».

les misérablesJe ne dirai rien du film avant de l’avoir vu mais nul ne peut échapper à l’immense publicité faite autour de ce blockbuster anglo-saxon. « Les Misérables » (titre en français dans la V.O.), adaptation pour le cinéma d’une comédie musicale à succès, vont permettre à l’œuvre de Victor Hugo de toucher un nouveau public. Le romantisme révolutionnaire va déferler dans les salles obscures du monde entier. Est-ce fuir la réalité que de se laisser prendre encore une fois par cette belle et grande histoire ?

Victor Hugo, consacré par la IIIe République pour sa conscience politique et sociale autant que pour son immense talent, savait donner du souffle aux valeurs dont se réclame la République française. Les Misérables, au-delà d’un spectacle à vocation planétaire, c’est une leçon d’humanité ancrée dans l’histoire et la culture d’un pays. Voir la France ainsi mise en scène est plutôt réjouissant pour nous. Jamais, peut-être, un film n’aura montré autant de cocardes et de drapeaux français mêlés à tant de bons sentiments, comme sur cette image accompagnant le chant final : « Il viendra le jour glorieux où dans sa marche vers l’idéal, l’homme ira vers le progrès, du mal au bien, du faux au vrai. Un rêve peut mourir mais on n’enterre jamais l’avenir. » Rien que pour cette image de la France, thanks a lot à tous ceux qui ont fait ce film. (G.R.)

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Mittal, patron voyou ?

Suite à un courriel  envoyé à mes contacts où je taxais Mittal de patron voyou, deux amies me rendent attentives à l’opinion qu’avance le Président du CRISP dans les colonnes du « Soir ». Pour Vincent de Coorebyter, ce serait le système pervers instauré par la classe politique nationale, régionale et européenne qui serait condamnable. Les gouvernements français (pour Florange) et wallon (pour la région liégeoise) seraient les premiers responsables de la liquidation programmée des sites sidérurgiques lorrains et wallons, sans oublier la responsabilité de la politique de la Commission européenne.
Paul D.

Vincent de CoorebyterVincent de Coorebyter, Président-directeur général du Centre de recherche et d’informations socio-politiques (Crisp)

En quelques jours, Lakshmi Mittal est devenu, en Belgique francophone, le symbole du patron voyou. Alors que sa décision de supprimer sept lignes à froid dans le bassin sidérurgique liégeois est d’abord lourde d’enjeux sociaux, avec 1.300 emplois directs menacés, le débat qu’elle a entraîné a immédiatement pris un tour moral, proche de l’imprécation. Et, de fait, certains comportements choquent. Mais, de la même manière qu’on évitait soigneusement de réformer la condition ouvrière, au XIXe siècle, aussi longtemps qu’on l’abordait sous l’angle moral de l’alcoolisme et de la misère éducative, on voit mal comment éviter d’autres désillusions économiques si l’on se focalise sur les choix de l’homme Mittal plutôt que sur les conditions qui les favorisent.

Dans un contexte de crise durable de la sidérurgie européenne, chaque investisseur qui promet de préserver une partie du potentiel de production est accueilli comme un sauveur. C’est là une métaphore commode pour les responsables politiques et pour les experts en communication, quand ils doivent commenter la bonne nouvelle. Et c’est une réalité pour les travailleurs concernés, qui savent quelles difficultés ils rencontreraient pour retrouver un emploi dans leur secteur ou dans leur région. D’où le fait que lors de son OPA sur Arcelor en 2006, au moment où les Français menaçaient de fermer leurs sites wallons, Lakshmi Mittal a fait figure de sauveur en Wallonie. Mais son ambition de relancer le bassin sidérurgique liégeois en prenant le contrôle d’Arcelor n’a été perçue dans ces termes-là que par ceux qui voulaient y croire. Pour tout groupe industriel, chaque investissement est conçu comme une source de profit lorsqu’il est effectué et devient une variable d’ajustement lorsque l’évolution du marché le commande. Et cela vaut d’autant plus pour le groupe Mittal que le pouvoir de décision y reste concentré dans la famille, alors que son horizon est mondial : au moment où, comme aujourd’hui, il est en proie à une dette colossale et à des surcapacités, la Wallonie n’est qu’un pion sur son échiquier.

Au fil d’une série de chocs successifs, entre OPA hostiles et fermetures d’unités de production de grande taille, le monde politique a intégré la volatilité des investissements industriels et a cessé de tabler sur un ancrage durable des entreprises sur le territoire, a fortiori lorsque leur capital est étranger à 100 %. Au plan régional, fédéral et européen, la politique économique prend avant tout la forme de mesures d’attraction et de soutien des entreprises, non plus, comme ce fut longtemps le cas, en jouant d’abord sur la qualité des infrastructures et de la formation, gage de productivité élevée, mais en misant davantage sur des aides financières directes, des diminutions de charges et des mesures fiscales de plus en plus généreuses puisque chaque pays se sent obligé de tenir compte du dumping exercé par ses voisins. À quoi s’ajoute, depuis la mise en place en 2005 d’un système européen d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre, l’attrait que constitue l’attribution de droits à polluer que les entreprises peuvent revendre à d’autres sociétés si elles n’en ont pas fait usage.

Il est vrai que Mittal ne joue pas le jeu. Les aides à l’investissement et à l’emploi doivent encourager les patrons à prendre des risques et à maintenir des outils performants, tandis que le marché européen du carbone devait inciter les entreprises à moins polluer afin de profiter de la revente de leurs quotas de CO2 restés inutilisés grâce à des techniques plus respectueuses de l’environnement. Lakshmi Mittal, lui, a mis en place une stratégie d’achat à bas prix d’aciéries en difficulté, et a joué sur les rivalités régionales et nationales, sur des promesses d’investissement et sur le chantage à l’emploi pour obtenir des aides publiques. Ne tenant pas ses promesses, restructurant sans moderniser, mettant ses aciéries en veilleuse sans accepter de les vendre à des concurrents, Mittal a déçu les gouvernements européens qui avaient espéré, en l’accueillant, éviter la disparition d’installations anciennes que tous les spécialistes jugeaient condamnées. Quant à la revente des quotas de CO2 non utilisés, Mittal a abondamment usé de cette technique au fur et à mesure de l’arrêt temporaire de ses hauts fourneaux les moins rentables, dont ceux de Charleroi et de Liège. Mittal y a trouvé une source de plantureux bénéfices – surtout en ce qui concerne les quotas mis gratuitement à sa disposition en contrepartie de sa promesse de relancer le haut-fourneau d’Ougrée –, tout en provoquant une chute du prix des quotas de CO2 sur le marché européen, ce qui a permis aux entreprises polluantes de racheter à bas prix des droits d’émettre des gaz à effet de serre.

Pour autant, la dénonciation du comportement de Mittal est loin d’être convaincante. Car en insistant sur l’idée que Mittal aurait abusé du système d’aides aux entreprises, on laisse entendre qu’il y aurait eu une rencontre fortuite entre le système et un profiteur du système. Mais, en réalité, il n’y a pas d’un côté ceux qui recourent au système et de l’autre côté ceux qui en profitent. De la manière dont il est conçu, c’est-à-dire en ne conditionnant pas les aides à des engagements contraignants en matière d’emploi ou d’investissement, le système invite à en tirer profit : il organise la recherche de profit, il la consacre par le droit, il est expressément destiné à séduire les entreprises qui, sans lui, renonceraient à investir.

Prétendre que certains détournent le système revient à occulter le fait que le système n’est pas destiné à empêcher les détournements : s’il ne cherche pas à les encourager, il prend sciemment le risque qu’il en existe. Au niveau belge comme au plan européen, le système des aides et des incitants n’est pas conçu pour des entreprises particulières, dont on aurait vérifié au préalable la vertu et les bonnes intentions, mais pour l’ensemble des acteurs économiques, dont on espère que la volonté de profit les rendra sensibles aux opportunités qu’on leur propose. Loin que les patrons voyous soient des hors-la-loi qui bafouent les règles du système, ce sont des procéduriers qui s’engouffrent dans le système pour en utiliser toutes les ressources et, le cas échéant, pour en exploiter également les failles en les transformant en ressources.

Lorsque Sudpresse a dévoilé, il y a trois semaines, la création d’une fondation privée à l’initiative de la reine Fabiola, le grand public a découvert que le statut de fondation privée peut favoriser des buts non lucratifs, mais peut également servir à gérer un patrimoine ou une entreprise en bénéficiant d’un régime fiscal extrêmement favorable. S’agissant de la reine, il n’y avait pas, ici non plus, rencontre fortuite entre un système vertueux et une intention discutable : c’est le système qui suscite l’intention, c’est l’existence légale d’une opportunité qui incite à l’exploiter et qui donne l’idée d’en profiter, comme en atteste l’activité débordante des cabinets de conseil privés et des cellules fiscales d’entreprise qui cherchent en permanence la manière d’optimiser les mesures en place (obtenir un maximum de subsides et d’aides tout en payant un minimum d’impôts).

Si l’on veut moraliser le système, il ne suffira pas de s’attaquer aux individus ou de dénoncer leurs choix après coup. Il faut réfléchir à des contreparties efficaces, c’est-à-dire, dans certains cas, contraignantes, et donc tenter de les mettre en place au niveau européen, puisque le rapport de force est défavorable aux pouvoirs publics à l’échelle régionale ou nationale étant donné la capacité des entreprises à exercer un chantage à la délocalisation. Et il faut réfléchir, même si le terme est passé de mode, au rôle régulateur des interlocuteurs sociaux et de l’État, qui ont fait la preuve, en Allemagne et en Suède notamment, de leur capacité à faire émerger des groupes nationaux ou mondiaux et à préserver leurs intérêts dans un contexte de globalisation.

Paul Magnette, nouveau messie…

Jules Gheude, essayiste politique

jules gheude 5Paul Magnette fait partie de cette catégorie de personnes que l’on gonfle à bloc dans les centres d’entraînement des partis politiques pour les lâcher ensuite comme des êtres d’exception, dont rien ne pourra venir entraver l’irrésistible ascension.

Avec leurs diplômes, leur maîtrise des langues étrangères, leur look BCBG, leur façon de s’exprimer, ils donnent aisément le change au commun des mortels, admiratif devant tant de qualités et qui boit leurs propos comme paroles d’évangile.

Pourtant, il suffit de gratter très légèrement pour retrouver la réalité crue.

Licencié en sciences politiques, Paul Magnette s’était étonné, il y a quelques années, dans Vers l’Avenir, de la poussée nationaliste en Flandre : « On pensait que tout cela n’était que du folklore ».

N’aurait-il pas dû savoir que tout cela était inscrit depuis très longtemps dans les astres ? N’avait-il pas suivi l’évolution du Mouvement flamand, dont Jules Destrée disait, dans sa Lettre au Roi de 1912, qu’il ne s’arrêterait jamais? N’avait-il pas lu le livre Les Flamands de Manu Ruys, publié en 1973 et dont le sous-titre indiquait qu’ils étaient une nation en devenir ? Ne savait-il pas que François Perin avait démissionné spectaculairement de la fonction sénatoriale en 1980, en déclarant que la Belgique, atteinte d’un mal incurable et irréversible – le nationalisme flamand – n’avait plus d’avenir ? N’avait-il pas compris, en 1999, l’importance de ces cinq résolutions que le Parlement flamand avait adoptées à une large majorité et qui s’inscrivaient clairement dans la logique confédérale ?

Dans une interview accordée au Vif/L’Express, en novembre 2012, Paul Magnette donnait l’impression de posséder un ouvrage rare dans lequel il était écrit que la Belgique avait valeur d’éternité : « Le conflit communautaire fait partie de la Belgique. C’est un trait de son identité. Ce n’est pas une pathologie. » Comme si l’on devait trouver normal, et finalement motivant, d’évoluer dans un contexte où la chamaille, la suspicion, l’agressivité sont des données permanentes…

Paul Magnette se fourvoie aussi lorsqu’il pense qu’une fois la Flandre partie, une « Belgique résiduelle », composée des Wallons et des Bruxellois, pourrait poursuivre la route. C’est le fameux Plan B, sur lequel les responsables francophones, soucieux de préserver avant tout leur rente de situation, fantasment abondamment.

Mais la chose ne serait pas aussi simple.

Une adhésion de plein droit de ce « WalloBrux » aux traités internationaux comme successeur de l’ancienne Belgique pourrait être contestée juridiquement par d’autres Etats, par exemple par le nouvel Etat flamand… Celui-ci se mettrait de facto en dehors des organisations internationales, que la déclaration d’indépendance soit jugée légale ou non par la Cour internationale de Justice. Mais, par là même, la Flandre mettrait aussi la Belgique résiduelle hors du jeu international, l’exclurait des organisations internationales de jure. Ce fut d’ailleurs le cas pour la « Yougoslavie continuée » (Serbie-Monténégro) lors des sécessions croate et slovène de la Fédération yougoslave.

Les analyses fouillées qui ont été menées, tant au niveau des Etats généraux de Wallonie qu’au sein du Gewif (Groupe d’Etudes pou la Wallonie intégrée à la France) ont démontré qu’un Etat wallon indépendant et un Etat Wallonie-Bruxelles ne pouvaient constituer des options réalistes et financièrement viables.

Pour la Wallonie, seule une union-intégration à la France, avec un statut particulier – de façon à permettre d’harmoniser progressivement les politiques en matière d’enseignement, de santé, de législation sociale, de fiscalité et de justice – pourrait garantir un avenir de qualité. Bruxelles, s’il elle en émettait clairement le souhait, pourrait, elle aussi, disposer d’un tel statut.

Mais on sait aussi ce que pense Paul Magnette de la France : « Être rattaché à un pays qui a une culture aux antipodes de la nôtre, c’est ridicule. (…) Il y a une rupture culturelle avec les Français. Si on doit se rattacher un jour, ce sera plutôt à l’Allemagne. C’est plus l’intérêt industriel de la Wallonie. »

Idée que l’intéressé qualifie lui-même de lunaire et que ne partagerait certainement pas André Renard, ce grand pilier du Mouvement wallon, qui écrivait le 13 juillet 1958, à la veille de la Fête nationale française : « Notre cœur reste attaché à la France. Nous avons foi dans cette France qui, pour nous, est éternelle. (…) Elle reste le grand flambeau et, pour beaucoup d’entre nous, la grande lumière de culture. C’est pourquoi nous terminons, comme nous l’avons commencé, en criant : Vive la France ! »

Nul doute que Paul Magnette aura pris connaissance de l’exposé que Hendrik Vuye, le constitutionnaliste des Facultés de Namur, a fait lors de la réception de Nouvel An du Vlaamse Volksbeweging : « La Flandre dispose de la légitimité démocratique nécessaire, via son Parlement flamand, pour se libérer du carcan belge. »

C’est exactement ce qu’écrivait François Perin, en 1981, dans La Meuse : « Qu’est-ce qui pourrait empêcher les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. (…) Jamais l’Europe, ni l’Otan, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils faire : débarquer les Marines pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ? »

(1) A paraître prochainement : Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique

« Belgium is back »

Non la Belgique n’est pas morte, elle était même de retour au Forum économique mondial de Davos : « Belgium is back ». Puisque la bourse est née en Flandre à la fin du Moyen Âge Di Rupo, Davoset qu’à défaut d’une identité véritable, la jeune Belgique s’est affirmée au XIXe siècle par la vigueur de son capitalisme, il était permis à Elio Di Rupo de vanter la soumission des autorités belges au monde des affaires en proclamant « Belgium is back ».

Belgium is back : pas la Belgique de papa mais celle des businessmen du monde entier. Pour rappel, dans son discours d’investiture, le président Reagan avait pour sa part déclaré « America is back ». Avec cette référence ultralibérale et la promesse de quelques avantages financiers, le message du Premier ministre au Forum économique mondial de Davos avait tout pour séduire des investisseurs potentiels, du moins en paroles, certains se réjouissant d’un « breath of fresh air », comme on peut le lire sur le site de l’AWEX.

Il est dommage que Lakshmi Mittal ait choisi le même jour et le même lieu pour annoncer le sien, de message, avec moins de grandiloquence et plus d’effet, malheureusement. Mais le couperet qui tombe sur la sidérurgie liégeoise, c’est une autre histoire. Après tout, Mittal pourra confirmer la bonne volonté des autorités belges. On ne peut pas reprocher au chef du gouvernement de s’adapter au contexte économique international, ni d’attirer l’attention sur le pays qu’il représente (n’en déplaise aux mauvaises augures annonçant la disparition prochaine de la Belgique, « Belgium is back » -à répéter sans modération), ni de vouloir apparaître comme le Premier ministre de tous les Belges, sachant que le socialisme n’a pas la cote en Flandre. Elio Di Rupo relève tous les défis. Cherche à plaire à tous les publics. Fait son chemin dans le monde. Pour un peu, on lui reconnaîtrait la stature d’un homme d’État, car« Belgium is back », vous vous rendez compte ?

G.R.

Quel avenir pour la sidérurgie liégeoise ?

magma 2Plus que jamais, la vidéo vous invitant à écouter José Verdin, expert en sidérurgie, est d’actualité. Nous vous la présentions le 13 septembre 2012…

Cette vidéo vous prendra 45 minutes d’écoute, mais je pense que l’exposé est de grande qualité, loin des slogans faciles ou des incantations.

Alors, si l’avenir de notre région vous intéresse, prenez 45 minutes d’écoute. Après, il vous appartiendra de vous faire une idée sur la question : quel avenir pour la sidérurgie liégeoise ?

Paul Durieux

Turbulences en vue

magma 2Par Georges Régibeau

Mittal bouscule nos sociétés riches et de moins en moins solidaires. Turbulences en vue. Il ne suffit pas de s’accrocher pour que rien ne change. Ce qui s’annonce, au-delà de l’horizon 2014, c’est la mise à l’épreuve de nos capacités d’adaptation, individuelles et collectives.

« Je crains que l’opinion publique soit en déphasage total par rapport aux risques que nous courons. » L’aveu de Rudy Demotte, une semaine avant l’annonce d’un nouveau coup dur pour la sidérurgie wallonne, est d’autant plus lourd de sens que lui-même, avec le pouvoir qu’il exerce, a peu fait pour secouer l’opinion publique en Wallonie. Celle-ci, poussée vers plus d’autonomie, avance à reculons, sans se détacher mentalement de la Belgique et de la Flandre, à la façon d’un somnambule.

Attention au réveil. Tandis que la Belgique se décompose, l’économie globalisée opère une vaste redistribution des cartes au niveau mondial. Face à un Lakshmi Mittal qui protège au mieux ses intérêts sur un marché planétaire, l’impuissance de la classe politique est ressentie comme une forme d’abandon, de démission. Reproche en partie justifié car l’effacement de la puissance publique a été voulu ou, du moins, consenti par celles et ceux qui ont la responsabilité de gouverner dans l’intérêt de tous.

Quand les forces économiques ne rencontrent aucune résistance, ne laissant aux élus que le choix entre l’insulte et le profil bas, c’est la démocratie, fragilisée, qui se met en danger. L’Union européenne elle-même, appelée à répondre aux défis du XXIe siècle, semble indifférente aux drames sociaux. Ce qui est en jeu, c’est la légitimité de ces différents niveaux de pouvoir. Désillusion, sentiment de trahison : le rappel des années 30 est pertinent s’il nourrit vraiment la réflexion politique, pas s’il sert d’argument moral pour ne pas répondre aux angoisses des gens, et encore moins s’il ne vise que la N-VA.

di rupo, mittalLe danger, c’est que la classe politique soit décrédibilisée. La confiance rompue. Avec cette photo d’Elio Di Rupo auquel Mittal « n’a rien promis », le groupe Sudpresse traduit l’impression générale. Kroll fait la même chose dans le journal Le Soir (voir ci-dessous). Une autorité impuissante. Piteuse et pitoyable. Une fois que les difficultés arrivent, l’exercice du pouvoir se complique. Être au pouvoir, c’est assumer des responsabilités.

En Wallonie, n’en déplaise à Rudy Demotte, on est plutôt du genre à ignorer voire à nier les problèmes aussi longtemps qu’ils ne « vous pètent pas à la g… ». On a peur de forcer le débat sur les changements qui s’annoncent. On manque de vision. Maintenant, Jean-claude Marcourt s’entretient avec Arnaud Montebourg pour « préparer une riposte au niveau européen » : pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus tôt ? Est-on bien certain que l’UE voit les choses de la même façon que la Wallonie et la France ? L’intérêt de la Wallonie n’est-il pas au moins de s’appuyer sur la France, dans ce cas précis comme dans beaucoup d’autres ?

La politique du court terme obéit à des calculs électoraux. Gagner du temps, se ménager une porte de sortie au cas où cela tournerait mal, noyer le tout par des discours trompeurs… Gare à l’explosion, car le plus dur reste à venir.

Se réjouir avec Jan Peumans, le président (N-VA) du Parlement flamand, qu’une nouvelle collaboration prend forme entre la Flandre et la Wallonie, c’est comme offrir des intérêts notionnels à Mittal pour lui permettre de tuer la sidérurgie wallonne en dégageant du bénéfice. (Et on ne peut même pas accuser Jan Peumans de mentir sur les intentions de la N-VA : lire sa récente interview sur apache.be.)

A quand le sursaut ?

kroll, arcelor

Message à Paul M.

Un billet de mauvaise humeur signé Paul Mélot (Durbuy).

Cher Pote Paul,

Du haut du pont sur l’Ourthe, à Durbuy, je lance ce message dans une bouteille, persuadémagnette qu’il se trouvera bien un habitant de la vlaamse kust pour te l’envoyer. De plus, ce moyen de transport fluvial est vraisemblablement plus sûr que le chemin de fer, puisque l’avant-dernier ministre des infrastructures publiques ( le même que celui qui a déclaré il y a une quinzaine de jours, peu avant son départ, qu’il n’était pas opposé à la vente d’une partie de ces entreprises…) n’a pas cru bon de recaler les projets SNCB de suppression d’entretien des lignes 42 et 43, soit leur suppression à terme !

Ainsi donc, tu viens de donner au pays entier une bien belle et grande leçon de modestie, toi qui te contentes de n’être qu’1/3 bourgmestre de la plus grande ville du sud, qu’1/3 président du plus grand parti de Wallonie et de Bruxelles, qu’1/3 de sénateur, te privant ainsi des 2/3 d’autres activités tellement emballantes !

Plus modeste que ton liégeois alter ego -qui n’en manque d’ailleurs pas- qui, plus gourmand, se satisfait de n’être qu’1/2 sénateur et questeur du Sénat et qu’1/2 bourgmestre de la deuxième ville wallonne (sans parler de rawettes telles Port autonome, Opéra de Wallonie, Coupole du Holding communal mis en liquidation pour cause de trop bonne gestion… de la Vice-Présidence du P.S. Wallon et de sa Fédération liégeoise…).

Attention: vous êtes l’un et l’autre limités, comme vous le savez, par des gains qui ne peuvent dépasser une fois et demi l’indemnité parlementaire, ce qui ne vous empêche pas d’empocher des traitements complets pour des fonctions exercées à demi ou à tiers temps. Faut pas se gêner, hein !

Mais nom di dju, y a une bulle: les statuts du parti ! Un conseil: ne commets pas la même sottise que ton avant-dernier prédécesseur, Elio Di Rublardo qui avait fait modifier les statuts à son avantage, lors de son accession au trône de l’En-Pire du boulevard du même nom !! Innove, donc ! Ignore-les !

Mais encore, pour les cumuls, hâte-toi lentement: ils seront interdits depuis bien longtemps quand il n’y aura plus de sidérurgie… Comment ? C’est l’inverse ! Oh ! Scusez !

Enfin, « Il y a une rupture culturelle avec les Français. Si on doit se rattacher un jour, ce sera plutôt à l’Allemagne. C’est plus l’intérêt industriel de la Wallonie »: ces paroles prestement énoncées par toi il y a presque deux ans et qui t’ont affublé du sobriquet ALLEMAgnette ne t’ennuient-elles pas, au moment où tu demandes le soutien de la France pour porter à l’Europe les quelques petits problèmes posés par les crapuleuses décisions de Mittal ?

P.S.:  ( P.S., ce n’est pas un sigle. C’est ce qu’on dit au bas d’une lettre quand on n’a plus rien à dire, mais qu’on veut malgré tout le dire ! Et c’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’on ne peut pas le dire ! Comprenez ce que je veux dire: on veut dire qu’on veut le dire, mais qu’on n’a rien à dire, ou si peu ! Donc, faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais !) P.S., donc: ne pas se priver de répercuter ce petit message de colère !!!

La déglingue du rail wallon

SNCB : privatisation d’un service public, simple changement de structure ou volonté délibérée de certains ministres ou partis politiques soucieux de ménager leurs homologues flamands afin de ne pas ajouter un volet au débat communautaire avant les élections de 2014 ?

wesphaelUn communiqué de presse de Bernard Wesphael, Député wallon

Le 1er janvier 2005, la SNCB a été scindée en trois entités pour répondre à la volonté des instances européenne désireuses de libéraliser le rail et de l’ouvrir à la concurrence :

– La SNCB exploite le réseau et est responsable de tout ce qui concerne les services des trains (voyageurs et marchandises) ;

– Infrabel gère ce qui est relatif à l’infrastructure des voies et aux systèmes de sécurité.

– La SNCB-Holding chapeaute ces 2 filiales et gère également les ressources humaines, le patrimoine (les bâtiments de gares par exemple) et la sécurité.

Cette structure tricéphale a été mise en place par les socialistes et les libéraux. Les conflits permanents qui en ont résulté ont lourdement affecté tous les indicateurs de performance : problèmes de ponctualité, de sécurité, de service aux usagers, le poids de la dette…

Sur proposition de M. Paul Magnette, Ministre fédéral des entreprises publiques, le Kern (Comité ministériel restreint) de ce 09 janvier 2013 a renoncé à la structure tricéphale et mis en place deux entreprises indépendantes l’une de l’autre (Infrabel pour la gestion du réseau ferroviaire et SNCB pour le transport des voyageurs), mais dotée d’une filiale commune (HR-Rail), en charge du personnel et garante du statut de cheminot.

Cette décision marque une étape dans un débat qui fait rage depuis des années, mais il est clair que le Gouvernement fédéral a une fois de plus manqué de courage et de la plus élémentaire concertation tant avec les syndicats qu’avec les associations d’utilisateurs.

Le gouvernement fédéral aurait en effet beaucoup mieux fait d’en revenir à une société intégrée, comme l’ont fait l’Allemagne et l’Autriche.

Pour rappel, l’avocat général près la Cour de Justice européenne a invité dans ses conclusions la Commission européenne à renoncer à poursuivre l’Allemagne et l’Autriche qui ont opté pour un modèle unique intégré dans le cadre de la transposition du premier paquet ferroviaire.

La France a également décidé du retour au modèle à une tête que pourraient aussi suivre les Pays-Bas.

Par contre, chacun connaît les difficultés que le rail britannique a connues et connaît encore du fait de sa totale libéralisation dans les années 1990.

D’où une première question : pourquoi le gouvernement fédéral a-t-il fait fi des expériences de nos voisins les plus proches et ignoré l’évolution même des politiques européennes en la matière ?

Il est évident que les Wallons se sont fait rouler dans la farine quand ils ont accepté la clef de répartition des investissements entre le Nord et le Sud. Cette clef budgétaire (60% pour la Flandre et 40 % pour la Wallonie) correspond à une réalité démographique, mais pas à celle du réseau dont 47% se trouve en territoire Wallon. Cela explique, du moins en partie, un bien meilleur état du réseau dans le Nord du pays.

Cette même clef explique aussi pourquoi le pharaonique projet « Diabolo » auquel tenait tant la Flandre est aujourd’hui finalisé alors que le RER est chaque année reportée d’un an, que l’aéroport de Gosselies attend toujours sa liaison ferroviaire, que le train pendulaire adapté aux lignes wallonnes sinueuses dort au fond d’un tiroir depuis … 40 ans, que la modernisation de la ligne Bruxelles-Namur-Luxembourg qui devait être achevée en 2013 est reportée à 2022 et qu’on ne compte plus les gares fermées et les lignes désaffectées ou non entretenues sur le territoire wallon !

Pourtant, un rapport interne de la SNCB a établi en 2006 que les gares wallonnes généraient 45% des revenus contre 55% pour les gares flamandes. Personne ne semble aujourd’hui prêt à le ressortir aujourd’hui….

Selon le fournisseur international d’informations sur le trafic Inrix, la Belgique est le pays le plus embouteillé d’Europe et même du monde, les gouvernements fédéral et wallon semblent oublier que la diminution des modes de transport les plus polluants est indispensable pour répondre aux enjeux climatiques, énergétiques et sociaux de notre société.

Il est par ailleurs surréaliste de constater que l’offre du rail diminue en Wallonie alors même que la demande augmente.

D’où une deuxième question : les ministres fédéraux et wallons oublient-ils que tout est indissolublement lié et qu’il est du devoir des pouvoirs publics de mettre en place des solutions de mobilité alternative satisfaisantes afin de ne pas aggraver encore plus les inégalités sociales ?

Et pourtant… Alors que la Wallonie planche sur un plan de relance économique et espère réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 20% à l’horizon 2020, le plan d’investissements 2013-2025 d’Infrabel, qui s’établissait encore à une quarantaine de milliards d’euros au début 2012, serait réduit à moins de 25 milliards aujourd’hui.

Les investissements ferroviaires dans le Sud du pays seront lourdement revus à la baisse (nouvelle suspension de la ligne Thalys wallonne, suppression des trains qualifiés de peu rentables,…). Les lignes existantes ont été classées en trois catégories, en fonction de leur importance, de l’intérêt et de l’entretien.

Il est clair que le trafic « marchandises » sera touché tout comme le trafic « voyageurs », et que la Région wallonne risque d’être particulièrement visée. On parle notamment d’interrompre tout investissement dans les gares de triage. Les coupes annoncées dans les investissements ferroviaires seront préjudiciables à ses activités industrielles ainsi qu’à son redressement économique. Elles compromettent également les politiques menées pour développement de centres logistiques intermodaux, sur lesquels la Wallonie compte beaucoup pour sa relance économique.

Lorsque la SNCB a mis fin aux activités de la gare de triage Ronet, fin 2011, au profit d’Anvers, on assura aux Wallons que Monceau-sur-Sambre deviendrait une gare de triage internationale au même titre qu’Anvers. Aujourd’hui, tous les investissements destinés à Monceau ont été gelés. On attend encore une réaction du gouvernement wallon…

Il se dit aussi que la SNCB entend prélever deux milliards d’euros sur son prochain plan d’investissements pour constituer une réserve susceptible d’être ristournée au Gouvernement fédéral en cas de besoin : récession économique, destruction massive d’emplois, restrictions budgétaires.

Il est évident que la révision à la baisse des investissements de la SNCB en Wallonie trouve son origine dans la volonté des différents gouvernements de faire des économies dans tous les secteurs, mais tout particulièrement dans les services publics, où la colère commence à monter.

D’où une troisième question : Alors que les économistes du FMI viennent pourtant de reconnaître qu’ils ont dramatiquement sous-estimé les effets dépressifs des politiques actuelles sur l’activité économique, pour quelle raison les différents gouvernements continuent-ils dans la voie du suicide économique ?

En s’obstinant dans une politique sans issue, les différents gouvernements détruisent les services publics, entravent la mobilité de certains (souvent les plus faibles) et se privent d’un levier indispensable à la transition économique au redressement même de la Wallonie.

Quelques exemples en région liégeoise :

Classées en catégorie C, les lignes qui relient Liège au Luxembourg (42) et Liège à Jemelle (43) pourraient disparaître cette année. En effet, le budget d’entretien prévu pour ces deux lignes est nul en 2013, alors que les relais électriques doivent justement être changés cette année, faute de quoi elles devront être fermées.

La simplification de la ligne Ans-Landen (36) est prévue à moyen terme et diminuerait ainsi les capacités entre Liège et Bruxelles, rendant plus compliquées les liaisons avec l’aéroport de Bruxelles-National.

La ligne Kinkempois-Voroux (36A) serait supprimée à court terme. Les conséquences seraient lourdes en région liégeoise. Le projet Liège Carex (réalisation d’une gare TGV fret –Railport sur le site de Liège Airport) deviendrait en effet impossible à réaliser, tout comme la mise en oeuvre d’une desserte de Liège Airport par une navette de voyageurs depuis Liège Guillemins.

La ligne qui relie le Val-St-Lambert à Hermalle-sous-Huy (285) pourrait aussi être supprimée. Or, elle est utilisée par de nombreuses entreprises sérésiennes. Ségal, Eurogal, Palifor et Winters notamment perdraient leur accès au rail.

La ligne Bressoux-Monsin-Chertal (214) est en sursis, car la suppression des entretiens y est envisagée. La suppression de cette ligne mettrait indiscutablement en péril le présent autant que l’avenir économique de la région liégeoise :

– Chertal, qui reste un des derniers fleurons de l’industrie métallurgique de notre région, ne pourrait plus être desservi. Le combat pour conserver la phase à froid à liège deviendra alors vain.

– La plate forme multimodale Trilogiport doit confirmer le titre de Liège comme leader en matière de logistique. Comment pourrait-elle devenir ce leader si elle perdait toute possibilité d’être un jour connectée au rail ? Le Trilogiport deviendrait ainsi un bilogiport, bien moins intéressant.

Le plus grave est que la situation n’est pas meilleure dans les autres parties de la Wallonie et que la province du Luxembourg est tout particulièrement touchée par ces mesures d’économie complètement déconnectées de la réalité.

D’une manière générale, on peut dire que le rail wallon est en voie de désertification et, vu la façon dont les choses évoluent, craindre que la situation va encore s’aggraver dans les mois et les années à venir, surtout dans la perspective d’une régionalisation du rail dans un contexte de continuation des politiques austéritaires !

Au rythme où vont les choses, la Wallonie aura les gares les plus grandes, les plus belles et les plus somptuaires d’Europe (Liège et Mons), mais il n’y aura plus de voyageurs pour les fréquenter parce qu’ils n’y aura plus de train pour les desservir.

D’où une quatrième question : la Wallonie sera-t-elle la grande perdante de la bataille du rail engagée avec le Fédéral et la Flandre ? Ou pire, le développement économique de la Wallonie – peut-être même celui de Bruxelles – ont-ils été sacrifiés hier et le seront-ils encore aujourd’hui et demain sur l’hôtel des ambitions ministérielles ou carriéristes de quelques excellences en mal d’ego insatisfait ?

Plus vaste, plus accidentée et moins densément peuplée que la Flandre qui bénéficie en outre de l’effet d’agglomération et de l’attractivité résultant de la proximité des deux pôles de développement que sont Anvers et Bruxelles, la Wallonie est systématiquement pénalisée par les paramètres de rentabilité à court terme, communément mis en avant depuis trente ans par l’Europe et l’idéologie dominante, qui communient dans une même adoration du privé et une même abomination du public.

Sur le même sujet, La Libre a publié l’opinion de Paul-Henry Gendebien ce 25 janvier : lire ici .