Vingt ans après

21 juillet 2013Albert II se retire en souhaitant que la Belgique garde sa cohésion.

Place aux réjouissances. Soleil radieux pour le couronnement de Philippe en ce dimanche de fête nationale. Avec l’avènement d’un nouveau roi, la Belgique voudrait se persuader qu’elle échappe à ses démons communautaires, à l’emprise du temps, qu’elle se renouvelle à mesure qu’elle écrit son histoire en noir-jaune-rouge. Mais l’inquiétude est palpable.

Vingt ans ont passé. Quand Albert II est monté sur le trône de Belgique, il y avait la même incertitude. L’exemple donné par les Tchèques et les Slovaques, séparés d’un commun accord le 31 décembre 1992,  donnait une résonance particulière aux accords de la Saint-Michel transformant la Belgique en Etat fédéral. Au printemps, 60 000 personnes défilaient contre le séparatisme à Bruxelles, en chantant les exploits des Diables rouges à Mexico, avec des « olé, olé, olé, we are the champions ». Cela n’empêchait pas Luc Van den Brande, le ministre-président flamand, d’annoncer que l’étape suivante était le confédéralisme.

La Flandre sait où elle veut aller. Sa position dominante en Belgique l’engage à rester patiente.

En ce 21 juillet 2013, tandis que des milliers de drapeaux noir-jaune-rouge battent l’air surchauffé, à la façon d’un cœur qui s’emballe, à la recherche d’un nouveau souffle, Albert II cède le trône à son fils, mais il est bien conscient que c’est la population flamande, majoritaire et majoritairement peu enthousiaste, qui détient les clés du royaume. La fête sera de courte durée. A charge, pour Di Rupo, de prolonger le charme. Et les Diables rouges, olé, olé, olé.

De grandes émotions collectives ont pu faire croire en l’ »invincible unité » du peuple belge, mais jamais très longtemps. Les images accompagnant l’ultime discours officiel d’Albert II, hier, ont rappelé combien la mort soudaine du roi Baudouin, survenue le 31 juillet 1993, avait ému les Belges, une foule compacte enserrant le palais royal dans l’attente d’un dernier hommage au défunt. Trois ans plus tard, la tension communautaire était pourtant montée si fort que Claude Eerdekens brisait le tabou du rattachisme en séance plénière de la Chambre : « Nous, Wallons, sommes fiers de nous trouver à côté d’un grand pays comme la France. Si vous voulez que la France se trouve aux portes de Bruxelles, alors allez-y… ». Les médias se sont engouffrés dans la brèche et la question de l’existence de la Belgique a été posée comme jamais auparavant. Il a fallu le retentissement de l’affaire Dutroux pour calmer le jeu, sans rien changer sur le fond, la Flandre maintenant la pression pour de nouvelles réformes.

Certes, un imprévu peut infléchir le cours des choses. En 1999, la crise de la dioxine a rejeté le CVP dans l’opposition, privant Luc Van den Brande de son grand rendez-vous avec l’histoire en 2002. Lui repoussé dans les coulisses, le 700e anniversaire de la bataille des Eperons d’or, annoncé comme le grand soir du nationalisme flamand, s’est dégonflé. La 5e réforme de l’Etat, adoptée un an plus tôt, n’a pas fait chanceler le royaume de Belgique.

Les chrétiens flamands ne sont revenus au pouvoir qu’avec la N-VA dans leurs bagages. Alors que le confédéralisme était désormais sur toutes les lèvres en Flandre, les partis francophones ont utilisé la seule force qu’ils détenaient encore : la force d’inertie. A leurs électeurs, ils ont dit qu’il fallait s’occuper des « vrais problèmes des gens ». Mais, en Belgique, ce discours est trompeur, mensonger. Les choix politiques prennent vite une dimension communautaire. Le communautaire est partout. Depuis les élections de 2007, la Belgique est en état de crise communautaire permanente. Les francophones ont dû négocier une nouvelle réforme qui va leur faire mal dans les années à venir. En dépit de ces concessions, la tension retombe à peine, car voilà que se profile une nouvelle échéance électorale à haut risque, avec un Bart De Wever qui capitalise sur une certaine impatience de la Flandre.

Georges R.

Sur le même sujet, lire aussi Ô Belgique, ô mère chérie.

9 réflexions sur « Vingt ans après »

  1. Heureux de constater que je suis loin d’être le seul à ne pas vouloir participer à ce grand cirque grand guignolesque des belgicains royalistes. J’eusse espérer un « vive la République » en français ou en flamand mais il eut lieu à l’extérieur par un courageux anonyme que je salue au passage si jamais il arrivait sur cette page, en espérant pour lui qu’il ne lui est rien arrivé de fâcheux… Lorsque je vois Philippe Ier en Roi, je ne le trouve pas crédible. Donc, l’habit ne l’a pas transformé non plus. Aujourd’hui 21/07/2013, c’est la liesse belgicaine. Ils ont raison d’en profiter, elle durera ce que dure les cerises. 2014 n’est déjà plus très loin Madame… Le temps passe vite et les lampions des festivités d’un moment toujours éphémères, s’éteindront vite, très vite. La crise est là. Communautaire, économique et sociale. Surtout sociale, accessoirement communautaire… En me promenant dans Nivelles, je regardai les tricolores aux fenêtres des particuliers. Il y en a certes, mais je m’attendais à en voir bien d’avantage vu la propagande non stop des médias aux ordres. Comme quoi … Je ne crois pas que la NV-A ait encore longtemps à attendre … Par contre, si nous ne sommes plus loin de 2014 et des élections à venir, je voudrais encore croire que rapidement vu les enjeux, les rattachistes vont enfin se réveiller et préparer unis dans ce court laps de temps, les défis à venir. Après avoir échoué en 2010, s’ils ne le font pas sérieusement pour et en 2014, ils disparaîtront. C’est en tous cas mon opinion. Espérons que je me trompe car notre idée mérite bien mieux qu’une chute aux oubliettes de l’histoire …

    Repasse t’elle les plats ? …
    Vive la France !

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    1. http://www.lesoir.be/294172/article/actualite/belgique/politiclub/2013-08-06/un-nouveau-bras-fer-annonce-autour-bhv
      KPMG… « : pour assurer le service, il faudrait en réalité 34 % de juges flamands au tribunal du travail. Au tribunal civil, il en faudrait également 35 %. Et pour le tribunal de première instance dans son intégralité, il en faudrait 29 %. Seule la situation au tribunal de commerce aurait été plus ou moins correctement évaluée : elle prévoit 40 % de néerlandophones, alors que les besoins sont évalués à 42 % par KPMG. »

      Mais qui fait donc encore partie de KPMG ?

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  2. Bravo pour ton analyse, cher Georges. Que ces heures de flagornerie ambiante ont été difficiles à supporter. Et ça continue. « C’est vous qui le dites » de Benjamin Maréchal sur Viva dégouline de servilité et de brosse à reluire.

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  3. Une journée au final très francophone, oserais-je dire très bruxelloise…? Pour les nombreux « Vive la Belgique », combien de « Leve België » à Bruxelles en ce 21 Juillet?
    Le réveil après les élections sera très difficile pour les afficionados de la Belgique éternelle, riche de sa diversité et tout le blabla habituel. La presse flamande était beaucoup plus mordante dans ses éditoriaux au lendemain de ce jour « historique » alors que la presse francophone nous ressortait la brosse à reluire dans des articles sirupeux, à la limite du mystiques, sur les personnalités d’Albert et Philippe (Filip?).

    @ Laurent Brogniet: je vous encourage à joindre le geste à la parole et à essayer de fédérer (au sein du RWF ou autre) l’ensemble des chapelles réunionistes et régionalistes wallonnes pour les élections de 2014… J’ai déjà posé la question sur ce site mais quid, par exemple, d’un Robert Collignon sur les listes pour les élections futures? Vu la conscience politique régnant actuellement en Wallonie, tout est question de visibilité dans les médias. Des personnalités marquantes sont donc nécessaires… Bon courage à vous et au RWF!

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    1. Exact, comme d’habitude, le public est majoritairement bruxello-brabanço-francophone. De toute manière Paris applaudissait encore Louis XVI très peu de temps avant de lui couper la tête et de changer le régime en place. Au fond, après l’avalanche médiatique « francophone » digne d’une dictature, le résultat citoyen semble faible par rapport aux onze millions d’habitants. Je n’ai pas écrit « populaire » en fonction des « kermesses » annexes à l’objet officiel du jour. Effectivement peu ou pas de « Leve » par rapport aux « vive » et pourtant, aujourd’hui, les Flamands ne se taisent plus par complexe en milieu francophone ou étranger.
      Une question, pourquoi les politiques francophiles actuellement retraités n’osent-ils pas encore servir de « tête d’affiche » d’un parti réunioniste, unissant pour l’occasion toutes les tendances existantes ? Lorsque Bart De Wever s’écrie « Flandre libre », personne ne lui répond: « Wallonie libre ». Pourtant cela devrait l’intéresser.

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