Débat : l’État Wallonie-Bruxelles, une étape nécessaire ou le dernier songe belgicain ?

Pour sauver le caractère francophone de Bruxelles, rien de mieux que d’en faire un territoire français. Reste à voir comment y arriver, sachant que Bruxelles est loin d’être promise à la France. Certains de nos amis bruxellois misent sur le FDF, avec plus ou moins de nuances. Ils ont tort, selon Jacques Lenain. Le débat est ouvert. Nous reprenons ici les termes de la controverse, tels qu’ils ont déjà été publiés dans le magazine France-Wallonie-Bruxelles.

Bruxelles

L’article de Jean-Paul Roos paru dans le numéro de France-Wallonie-Bruxelles du mois de mars 2013 a suscité la controverse, en ce qu’il saluait, toutefois avec réserves, la proposition d’Olivier Maingain de constituer un ‘État Wallonie-Bruxelles’.

Il nous est apparu utile – et même indispensable – d’en débattre dans notre revue. François Detif et Jean-François Goosse, d’une part, Jacques Lenain, d’autre part, ont accepté de se livrer à cet exercice particulier : exposer les mérites et inconvénients de la proposition d’Olivier Maingain, les perspectives qu’un État Wallonie-Bruxelles offre à la cause réunioniste, sa nécessité dans la défense des intérêts wallons et bruxellois alors que la Belgique est en voie de dislocation, ou, au contraire, ses vices rédhibitoires et ses séductions captieuses, propres à détourner Wallons et Bruxellois de la solution française et à les mener dans une impasse.

Au-delà de l’accord sur l’objectif – la réunion de la Wallonie et de Bruxelles à la France –, l’on entre dans la politique-fiction. Il y a donc intérêt – mieux : nécessité – à imaginer et confronter divers scénarios et à évaluer dans quelle mesure ils sont souhaitables mais aussi possibles.

Le débat est donc ouvert. Puisse-t-il enrichir d’arguments nouveaux les réflexions de nos lecteurs. Puissent ceux-ci s’en saisir, car c’est de notre destin à tous qu’il en va.

Le comité de rédaction

L’État Wallonie-Bruxelles, une étape nécessaire

L’État Wallonie-Bruxelles, tel que le conçoit Olivier Maingain, diffère de manière essentielle de la Fédération Wallonie-Bruxelles que promeuvent Rudy Demotte et Charles Picqué :

1.      L’État Wallonie-Bruxelles a une base territoriale exclusive (celle des Régions Wallonie et Bruxelles) ; la Fédération Wallonie-Bruxelles n’écarte pas, voire appelle à des fins ‘d’équilibre’, la constitution d’une ‘Fédération Flandre-Bruxelles’.

2.      L’État Wallonie-Bruxelles s’inscrit donc dans l’hypothèse d’une après-Belgique, tandis que la Fédération Wallonie-Bruxelles pose Bruxelles comme ‘point de cohésion’ d’une ‘Belgique toujours grande et belle’.

3.      L’État Wallonie-Bruxelles dépasse avec élégance l’opposition entre Communauté et Région. S’il advient, il fédérera les régions Wallonie et Bruxelles ; elles en seront donc à l’origine et le primeront. Au contraire, la prétendue ‘Fédération Wallonie-Bruxelles’, soit la Communauté française de Belgique, n’a rien d’une ‘fédération’ : c’est une collectivité publique parallèle aux Régions wallonne et de Bruxelles-Capitale, dénoncée, selon que l’on est régionaliste wallon ou bruxellois, comme un instrument bruxellois de domination sur la Wallonie ou comme un instrument wallon de domination sur Bruxelles. Bref, outre qu’elle détourne l’attention des Wallons et des Bruxellois de la Belgique en tant qu’instrument flamand de domination, la Communauté française de Belgique, parée ou non de la fausse appellation de ‘Fédération’, divise davantage les Wallons et les Bruxellois qu’elle ne les unit. En revanche, l’État Wallonie-Bruxelles a vocation à les rassembler pour faire face aux défis communs : se libérer d’une Belgique en voie de dislocation ou d’évaporation et associer leur destinée à celle de la nation française – notre nation.

Autonomistes wallons et bruxellois sont des alliés objectifs dans la détestation de la Communauté française de Belgique, il est vrai bancale en raison de la contrainte belge. Du reste, ils le savent bien et œuvrent de concert à sa suppression. Qu’ils vouent à de semblables gémonies l’État Wallonie-Bruxelles, nonobstant ses différences objectives essentielles avec la prétendue ‘Fédération Wallonie-Bruxelles’, indique que c’est bien contre toute alliance entre Wallons et Bruxellois qu’ils se dressent. Ont-ils conscience que, ce faisant, ils jouent le jeu des indépendantistes flamands, ravis que Bruxelles, aveuglé par sa lubie de ‘district européen séparé de la Wallonie’, leur soit ainsi abandonné ? Est-ce aux réunionistes wallons et bruxellois d’abonder à leur tour en ce sens, ou, au contraire, de dénoncer cette erreur funeste ?

L’État Wallonie-Bruxelles prépare la fin de la Belgique – une fin heureuse pour les Wallons et les Bruxellois –, autant qu’il la hâte, dans la mesure où il constitue un casus belli, ou plutôt une cause de séparation pour la Flandre. Mais ne nous méprenons pas sur les termes : cet État ne serait que le réceptacle des compétences de l’État fédéral belge défunt. De constitution rapide en ce qu’il répondrait à une urgence, il ne durerait que le temps des négociations d’association avec la France. Celles-ci aboutiraient, grosso modo, en un nouveau transfert desdites compétences, cette fois-ci à l’État français, sans que cela n’empêche une intégration ultérieure plus poussée de la Wallonie et de Bruxelles à la France, sinon leur assimilation pure et simple. Bref, cet ‘État’ serait plus une ‘fédération provisoire’ ou une ‘association publique momentanée’ qu’un véritable État adossé à une nation, gravé dans le marbre d’une Constitution et appelé en conséquence à durer. (On conviendra qu’Olivier Maingain ne peut guère s’exprimer ainsi, sauf à s’exposer aux quolibets belgicains, y compris au sein même des FDF.)

S’il apparaît souhaitable à plus d’un titre, l’État Wallonie-Bruxelles est aussi et surtout nécessaire. Car qui pourrait négocier la réunion et comment ? Certes pas les partis politiques : un État – en l’occurrence, la France – ne négocie pas avec des partis mais avec un autre État – l’État Wallonie-Bruxelles –, même si celui-ci est en formation ou s’il ne s’agit que d’une collectivité publique provisoire. Un gouvernement représenterait l’État Wallonie-Bruxelles et conduirait les négociations avec la France. Le parlement qui appuierait ce gouvernement n’aurait pas pour mission de rédiger une nouvelle Constitution comme en 1830, mais d’approuver en détail les instruments juridiques soumis en gros au peuple par référendum. Les Wallons et les Bruxellois ne seraient donc pas l’objet mais le sujet de leur histoire ; leur réunion à la nation française serait digne du XXIe siècle, et non la conséquence d’un traité d’Ancien Régime.

Mais quel serait ce parlement ? Pas ceux de la Région wallonne, de la Région de Bruxelles-Capitale ou de la Communauté française de Belgique, dont aucun ne représente tous les Wallons et tous les Bruxellois ; le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale serait, en outre, paralysé par le veto de ses élus flamands. En conséquence, un parlement élu représentant sans distinction les Wallons et les Bruxellois est indispensable. Il ne se substituerait pas aux parlements fédérés wallons et bruxellois, qui continueraient à exercer leurs compétences propres, mais succéderait au parlement fédéral belge.

Enfin, il y a lieu de tenir compte du principe de droit international qui reconnaît aux limites administratives internes le caractère de frontières d’État en cas de sécession. Au contraire de la Communauté française de Belgique, l’État Wallonie-Bruxelles serait pourvu d’un territoire, résultant de l’addition de ceux de ses composantes wallonne et bruxelloise ; c’est pour leur réunion simultanée à la France qu’il serait, du reste, institué. Il est possible et souhaitable que cet État provisoire entame les négociations d’association en parallèle à celles portant sur la liquidation de la Belgique ; il est aussi possible qu’il doive, au prix de grandes tribulations, éprouver sa non-viabilité avant de rejoindre la France, mais il appartiendra aux réunionistes wallons et bruxellois de se montrer assez convaincants pour éviter ce purgatoire inutile.

François Detif (avec Jean-François Goosse)

L’État Wallonie-Bruxelles, le dernier songe belgicain

Les Franco-Belges peinent à sortir de l’illusion qu’un avenir commun durable avec la Flandre, même dans un État réduit à sa forme ‘confédérale’, resterait encore possible. Quand ils y parviennent, de plus en plus couramment grâce à l’agressivité flamande, ils succombent aussitôt, sauf exception, à une autre illusion, celle d’une Belgique continuée sans la Flandre. Un Royaume plus petit, mais plus homogène, plus cohérent, et tout aussi ‘belge’. Ce serait l’État Wallonie-Bruxelles souverain, dont les fondations pourraient être posées par anticipation à l’intérieur même du Royaume belge franco-flamand avant qu’il ne disparaisse, tout comme la Flandre y fonde son État national, jour après jour, en utilisant pour ce faire sa maîtrise de l’État central belge. Mais une autre illusion alternative est aussi, pour un nombre substantiel de Franco-Bruxellois (comme l’indique un récent sondage), un État bruxellois souverain, débarrassé à la fois du ‘fardeau flamand’ et du ‘fardeau wallon’, une sorte de ‘Principauté’ de type ‘luxembourgeois’ ou ‘monégasque’, aussi tranquille, prospère et protégée ; la Wallonie, quant à elle, créant aussi son propre État, ou bien rejoignant, seule, la France. Tentons, en quelques lignes, de récapituler les arguments pertinents pour dissiper ce songe sur l’État Wallonie-Bruxelles, et sur l’État bruxellois, pour que puisse se dévoiler la seule et véritable solution, pour Bruxelles, ensemble avec la Wallonie.

1. La Fédération ou l’État fédéré Wallonie-Bruxelles, une première impossibilité

Des années après sa fausse naissance, la ‘Fédération Wallonie-Bruxelles’ n’est toujours que la nouvelle dénomination, purement médiatique car sans traduction juridique, de la Communauté française de Belgique [1]. Pourtant, une proposition toute récente d’Olivier Maingain est de la ‘renforcer’ en la transformant en ‘État fédéré’. Mais comment renforcer une entité qui n’existe pas, même pas sous la forme d’une simple définition ? Et dont la Flandre n’autorisera jamais la création dans le cadre de la Belgique franco-flamande, puisqu’elle la priverait de son contrôle politique sur Bruxelles. Car si la Flandre s’impose encore le carcan belge, c’est essentiellement pour conserver ce contrôle, qui complète le contrôle physique permis par l’enclavement complet du territoire bruxellois en territoire flamand, en espérant arriver à convertir un jour ce double contrôle en annexion. Les politiciens franco-belges, tous, savent donc bien que leur ‘proposition’ d’une structure para-étatique Wallonie-Bruxelles au sein de l’État belge franco-flamand est absolument irréalisable, par simple refus flamand. Ils la défendent cependant par simple posture tactique, attentiste, mensongère ; ils ‘parlent’ à leur cheptel électoral belgicain, lui disent ce qu’il peut et veut entendre, et ils ne peuvent guère faire autrement, sauf à risquer une mort politique prématurée.

2. L’État fédéral Wallonie-Bruxelles, une seconde impossibilité

Une fois la Belgique franco-flamande disloquée, la création d’un État souverain Wallonie-Bruxelles, qui n’aurait donc pu être ‘préparée’, est une question qui s’impose. Y répondre avec honnêteté, courage et lucidité consiste à s’interroger sur sa faisabilité, sa viabilité. Or, sur les plans politique (impossible partage fédéral des pouvoirs politiques entre ses deux membres si dissemblables), financier (impossible répartition des sacrifices entre ses deux membres si différents et si inégaux) et territorial (impossible continuité entre ses deux parties, et échanges entre elles placés du coup sous le contrôle exclusif d’une Flandre hostile et maîtresse du ‘détroit’ qui les sépare), la possibilité d’un tel État bicéphale serait proche de zéro [2]. Pour prétendre le contraire, il faut contre-argumenter… Or, à ce jour, les élites et milieux décisionnels franco-belges n’ont jamais produit le moindre argumentaire étayé sur le concept d’État Wallonie-Bruxelles (ainsi, rien n’est sorti du monde universitaire franco-belge, qui se tait, tétanisé). Pour les politiciens franco-belges, contraints d’occuper le terrain, nul besoin d’y croire, ni même d’en parler pour le moment ; il suffit que leur électorat, lui, veuille bien le croire ou fasse semblant. Pour se rassurer un peu, les faux ‘croyants’ disent que « cet État commun sera libre de développer et d’approfondir ses liens avec la France » (manifeste bruxellois de mars 2008), formule qui n’a aucun sens concret… : c’est ce que fait l’État belge avec la France depuis 1830 ! Ce fantasme d’un État Wallonie-Bruxelles (ou d’un État wallon) qui pourrait être ‘adossé’ à la France pour ne pas succomber est hélas récurrent [3].

3. L’État bruxellois, un rêve sans suite ou un suicide presque parfait

L’idée d’un avenir proprement bruxellois, bien que sans adhésion explicite des milieux dirigeants, habite les esprits. Mais il faut, là aussi, que ses partisans osent affronter la réalité, qu’ils s’activent donc à montrer la viabilité d’un État bruxellois souverain. Or, ils ne s’y risquent pas car ils n’en sont pas capables. En effet, la subordination totale de Bruxelles à la Flandre, du fait que son territoire, minuscule, est enclavé dans le sien, rend cette démonstration impossible [4]. Toute tentative de concrétisation de ce projet irréaliste serait donc suicidaire : le futur État flamand, à l’activisme incessant et multiforme, prolongé dans Bruxelles même par la minorité flamande, minerait la souveraineté de Bruxelles jusqu’à son abolition. Bruxelles ne pourra exister et persister comme elle est, demain, avec son caractère ‘francophone’, après la disparition de l’État belge franco-flamand, que si elle est protégée de la Flandre par une puissance tierce, bien plus puissante que celle-ci. Ce ne pourra pas être la Wallonie. Ce ne pourra pas être l’Union européenne, qui n’éprouve aucune tendresse pour la francité. Ce ne peut être que la France, si elle en a l’envie et le devoir. Double condition qui suppose pour les Bruxellois d’accepter de faire de Bruxelles un territoire français et d’eux-mêmes des citoyens français, comme il en serait pour la Wallonie et les Wallons.

4. La ligne réunioniste pour Bruxelles, stratégie et tactique

C’est une tâche majeure des réunionistes de dire tout ce qui précède. Et, pour un moment encore, eux seuls peuvent le faire. Devant la ‘francophobie’ supposée insurmontable des Franco-Bruxellois et face au risque que Bruxelles soit, après la dislocation du Royaume franco-flamand, phagocyté par la Flandre, soit directement (annexion des 19 communes bruxelloises, dont les habitants francophones seraient ‘contentés’ par quelque ‘statut spécial personnel’), soit indirectement (garrottage physique du territoire et colonisation politique interne d’une fausse entité souveraine bruxelloise), certains ont, cependant, la tentation de défendre ‘à tout prix’ le maintien du lien Bruxelles-Wallonie, en se ralliant au concept fumeux d’État Wallonie-Bruxelles, ‘fédéré’ d’abord, ‘souverain’ ensuite, par conviction (« cette étape, espérée comme éphémère, est inévitable ») ou par tactique (« cet État mort-né servira fugitivement d’instance de négociation avec la France »). Certes, ces réunionistes ont toute raison de penser que l’arrimage de Bruxelles à la France passe par le maintien du cadre wallo-bruxellois. Pour autant, l’évidence que le chemin du salut de Bruxelles vers la France passe par la Wallonie ne justifie en rien ce ralliement opportuniste au concept d’État Wallonie-Bruxelles. Car ce n’est pas un ‘État’ qui négocie, ce sont des forces politiques, des hommes. Ce cadre wallo-bruxellois, à défendre, repose sur l’existence de forces sociales et politiques communes aux deux entités. Ainsi, la légitimité politique pour négocier et décider au nom du couple wallo-bruxellois réside pleinement dans le concert des cinq grands partis politiques franco-belges, tous communs à la Wallonie et à Bruxelles, et chez les parlementaires wallons et bruxellois des deux Parlements régionaux et du Parlement commun de la Communauté française, lequel représente au moins 95 % de la population wallonne et 80 % de la population bruxelloise. Il est donc inutile de s’inventer un État, irréalisable ou mort-né ou éphémère, pour négocier un statut français d’intégration de la Wallonie et de Bruxelles. Nul besoin d’une telle entité juridique qui, si elle parvenait à naître, le ferait dans des conditions catastrophiques (politiques, institutionnelles, financières, territoriales, sociales…), du fait de ses tares constitutives, et dont il faudrait très vite organiser la disparition, dans des conditions encore plus catastrophiques. Nulle nécessité d’un tel travail : nouvelle constitution, nouveau parlement, nouvelles élections, nouveau budget, nouveau partage des pouvoirs et du fardeau financier entre Bruxelles et la Wallonie, etc., toutes choses quasi-infaisables du reste. En tout cas, ce n’est pas aux réunionistes de faire semblant d’y croire ; moult politiciens, bruxellois comme wallons, s’en chargeront, par conviction forcée ou dans l’objectif d’exister pendant cette phase chaotique.

De plus et surtout, invoquer le besoin d’un tel État Wallonie-Bruxelles constituerait moins une ambition dressée contre la Flandre qu’une posture affirmée contre la France. Dès lors, comment des réunionistes pourraient-ils être entendus en parlant de la France comme avenir tout en soutenant ce projet d’État souverain, perspective contraire à toute perspective réunioniste ? En effet, si la création de ce Royaume belge maintenu, plus ‘belge’ que jamais, était perçue comme possible, pourquoi attendre de ses ‘inventeurs’ qu’ils en viennent à le saborder pour le dissoudre dans la France ? Pourquoi la population, les élites et les dirigeants wallons et bruxellois, belgicains, s’ils pensaient pouvoir faire vivre une Belgique sans la Flandre, avec son Roi, sa fiscalité, sa protection sociale, son rang dans l’Union européenne et à l’ONU, etc., envisageraient-ils de l’intégrer à l’ensemble français, alors qu’ils en refusent la perspective malgré les avanies continues venant de Flandre ? Pourquoi accepteraient-ils de passer, presque aussitôt, d’une dépendance à la Flandre, dont ils seraient parvenus à se libérer, à une dépendance à la France, bien que, de toute évidence, et contre tout bon sens, ils préfèrent la première dépendance à la seconde ? Et si la création de cet État Wallonie-Bruxelles était tentée, son échec, après une phase cruelle de tentatives confuses, conduirait à la dégradation du lien entre Bruxelles et la Wallonie ; le temps consacré à cette expérience ratée et ce ratage lui-même seraient alors mis à profit par les milieux ‘indépendantistes’ bruxellois et leurs soutiens étrangers, dont la Flandre, pour tenter de faire prévaloir leur ‘Principauté’ bruxelloise rêvée et mortifère.

Fort heureusement, il n’y aura pas d’État franco-belge, ni durable ni éphémère, pas de phase intermédiaire, sauf celle de liquidation de l’État belge franco-flamand, ce qui n’a rien à voir (phase de brève ‘survie’ qui se situera entre la ‘condamnation’ politique de cet État et son ‘exécution’ juridique). En tout cas, un réunioniste ne doit pas le souhaiter. Après l’acte de décès de l’État franco-flamand, et immédiatement, il n’y aura qu’un seul État souverain qui pourra maintenir ensemble la Wallonie et Bruxelles avec succès : l’État français. Ce sera donc le choix redoutable des Bruxellois que de l’accepter ou de le refuser, après que les Wallons auront ouvert la voie. En attendant, chaque réunioniste bruxellois, aussi solitaire qu’il est, doit faire montre de lucidité et de courage, pour chaque millier de Bruxellois qui en manque. Pendant tout le temps nécessaire. Puis, quand le chaos final sera là, vraiment là, la ‘solution française’ s’imposera d’autant mieux qu’elle aura été bien définie et bien défendue, sans discontinuité. Car le travail du réunioniste est aussi de la rendre acceptable. À cette fin, cette solution doit être la conservatrice d’un certain héritage belge, d’un certain vouloir-vivre belge, bruxellois et wallon. Il appartient donc au réunioniste de définir et de défendre un cadre d’intégration à la France de la ‘Belgique française’ qui soit spécifique et négociable, un statut spécial de grande autonomie, en particulier pour Bruxelles [5]. Au final, informés, les Bruxellois devront choisir entre une dépendance sévère à la Flandre, sans la Wallonie, et une forme de dépendance douce à la France, avec la Wallonie. La première serait mortelle pour le caractère français et l’autogestion de Bruxelles. La seconde serait durablement compatible avec la caractère propre de Bruxelles, comme avec celui de la Wallonie.

Jacques Lenain

[1] Voir ma note sur « la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce non être » (www.belgique-francaise.fr).

[2] Voir la note précitée, ainsi que ma note récente, « Bruxelles, ville internationale ? », point IV, qui donne les sept raisons fondamentales qui rendent la survie d’un tel État bicéphale ‘francophone’ impossible.

[3] Voir ma note sur « les trois conceptions d’une union avec la France », contribution à la journée d’étude sur l’après Belgique d’avril 2011.

[4] Voir « Bruxelles, ville internationale ? », point V.

[5] Voir la note sur « les trois conceptions d’une union avec la France », déjà citée.

4 réflexions sur « Débat : l’État Wallonie-Bruxelles, une étape nécessaire ou le dernier songe belgicain ? »

  1. « Pour sauver le caractère francophone de Bruxelles, rien de mieux que d’en faire un territoire français. Reste à voir comment y arriver, sachant que Bruxelles est loin d’être promise à la France. »
    Toutes les analyses reprises sous ce présent titre ne valent que si et seulement si:1) La France se réveille et revendique le retour de la Wallonie à l’intérieur des frontières de la République afin de clore définitivement le Pré carré au même titre que la RFA réintégra l’Allemagne de l’Est ( les cas sont similaires); 2) les partis politiques wallons cessent de se coucher devant la Belgique alors que la Région wallonne détient des pouvoirs qui lui donne pratiquement la puissance d’un Etat majeur; 3) la population occupant le territoire bruxellois soit française de sang, d’âme et de culture.
    Il faudrait une fois pour toute cesser de confondre francophone et Français. Les Wallons sont des Français; les francophones de Flandre et de Bruxelles ne sont et ne seront jamais des Français (bien au contraire).
    Quand, au 17e siècle, le Maréchal de Villeroy fit bombarder Bruxelles (encore une solution ?), la France faisait face , comme par hasard, aux Hollandais, aux Allemands, aux Anglais (comme d’habitude), aux Espagnols (nos occupants de sinistre mémoire) et aux Suédois. Soyez assuré que les mêmes adversaires (les principaux certainement) se dresseront à nouveau face à la France si elle décidait de traverser la « frontière linguistique ». Il est préférable que la France s’arrête à Waterloo et une fois la ligne de front stabilisée rien n’interdit à la France de proposer une zone métropolitaine sautant les frontières d’Etat. Toutefois, ce n’est pas à conseiller car si Lille et Tournai font face à Kortrijk, Waterloo ne fera pas le poids devant l’agglomération bruxelloise.
    Que Manneken Pis règle ses compte avec Bart ou qu’on appelle Néron !

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  2. Voici quelques extraits de la presse flamande du 10 juillet 2013 traduite par les services de l’ambassade de France à Bruxelles. Comme il est loisible au lecteur de se rendre sur le site précité, je n’ai gardé que les éléments concernant Bruxelles. Apparemment l’avenir de Bruxelles est emballé dans un paquet cadeau flamand. Le meilleur se trouve en fin de texte !
    1) Trop tôt pour se vanter –Bart Sturtewagen – éditorial – DE STANDAARD
    (…) Il y a aussi un accord sur l’intégrité territoriale de la Flandre.(…)
    2) Cela devient trop pour le Premier Ministre – Luc Van der Kelen – éditorial- HET LAATSTE NIEUWS
    (…) L’Etat fédéral est désormais limité à la justice, la sécurité, la sécurité sociale, la politique étrangère et les finances. (…)
    3) La réforme de l’Etat doit stopper les tracasseries Paul Geudens – éditorial- GAZET VAN ANTWERPEN
    (…) Pour parler d’économie, le trafic à Zaventem a diminué de 12% alors qu’il était stable dans les pays voisins et ceci, non pas à cause de la crise, mais à cause des normes de bruit de la Région bruxelloise, bien plus sévères à certaines heures que celles de la Région flamande. Ces règles bruxelloises sont liées à des amendes importantes, ce qui explique l’abandon de l’aéroport par des compagnies aériennes. On ne peut pas parler ici de fédéralisme de coopération.
    Le gouvernement bruxellois lilliputien, aux allures de collège d’échevins, qui en plus est confronté à un chômage terrible dans sa propre ville, veut bien les avantages mais pas les charges de Zaventem. Les politiciens francophones veulent faire plaisir à leurs électeurs, mais auraient intérêt à éviter d’empiéter sur les efforts économiques de la région flamande.
    Quand finiront donc ces tracasseries ?
    publié le 10.07.2013

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  3. Une phrase intéressant dans l’édito du Soir de Bruxelles de ce 6 juillet 2013 :  » Ni, surtout, sur le sort de Bruxelles, troisième ville de Flandre, après Anvers et Gand, que les francophones n’ont aucune intention de céder aux nationalistes ».
    Hé oui, même « Le Swââr » commence à l’écrire. Bruxelles n’est certainement pas la Wallonie.

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