Le président de la Chambre au rapport

Le CD&V se joint à la N-VA pour demander des comptes à André Flahaut, accusé d’avoir dit du mal de la Flandre aux deux députés français venus, l’an passé, s’informer de la situation intérieure de la Belgique : voir l’article du Soir.  

Pour la séquence du JT de la RTBF consacrée au même sujet : voir ici. Pour le JT de RTL : ici.

Pour compléter cette information, lire ici le cri d’indignation d’un élu francophone de la périphérie.

Un peu de vérité… cela fait du bien !

Un instant de vérité qui me semble coller parfaitement à ce que sont une majorité de nos voisins flamands. Indépendantistes, les Flamands ? Non, tout au plus autonomistes. Ils ne veulent même pas la fin de la Belgique, quoique… Ils pourraient se fâcher en 2014 si nous n’acceptons pas leurs nouvelles exigences en matière de confédéralisme. Mais avant tout, ils veulent vivre à la flamande, chez eux, avec un gouvernement flamand bien ancré à droite. Ils veulent la même chose pour Bruxelles, leur capitale. Quant aux Wallons, qui sont minoritaires, ils doivent se plier aux volontés de la majorité. Point barre… C’est simple, non ?

Grosso modo, ils aiment Di Rupo, homme souriant qui fait de gros efforts pour apprendre leur langue, qui va se promener chez eux, serre des mains, caresse les joues des enfants mais ils n’apprécient pas du tout le gouvernement papillon  dirigé par un socialiste, alors qu’eux, Flamands, ont massivement voté à droite. Il faut les comprendre : où est la démocratie dans tout cela ? Alors, ils votent N-VA ou Vlaams Belang (52 % pour ces deux partis selon les derniers sondages) pour bien marquer leur caractère flamand car chez ces gens-là, mesdames et messieurs les Wallons et Bruxellois, on sait ce que l’on veut. Le Flamand est obstiné, coriace, dur au labeur, mais fier aussi. Il a le sens des combats menés par sa Communauté et son éducation a cultivé chez lui le souvenir des moments pénibles de son histoire. Ecoutez-le parler de la guerre 14-18, de ses pauvres soldats flamands qui sont morts parce qu’ils ne comprenaient pas les ordres qu’on leur donnait en français… Je sais, ceci est un mythe, mais allez leur dire et vous verrez leur réaction… !

Côté Wallon et Bruxellois de langue française, on veut que le Flamand soit belge. On veut faire le bonheur du Flamand contre son gré au sein d’une Belgique où tout le monde serait bilingue (?) et solidaire, où tous les Belges seraient appelés à voter pour des candidats réunis en une circonscription nationale. Les médias (radios, télévisions, presse écrite) mais aussi notre éducation nous incitent à affirmer haut et clair que nous sommes et seront éternellement belges. Ils entretiennent largement, à de trop rares exceptions, dont « Le Vif/L’Express », la politique de l’autruche et la naïveté.

Le choix que l’on devrait présenter au Wallon et au Bruxellois me paraît simple pourtant : ou nous acceptons de vivre « à la flamande », ou nous décidons d’enfin dessiner les contours de l’ « Après-Belgique ». Ce qui manque le plus à la Wallonie est la construction d’un projet de société qui tienne la route sur les plans sociaux, économiques et environnementaux, ce qui postule de tisser des liens étroits avec la France : cela s’appelle l’union-intégration de la Wallonie dans la République.

Paul Durieux

L’opinion de Pascal De Sutter, dans le Vif/L’Express, m’a paru terriblement vraie. En voici le texte. 

Des sondages créditent la N-VA de près de 40 % des intentions de vote en Flandre. Si l’on ajoute les 12 % du Vlaams Belang, cela signifie que la moitié des Flamands veulent voter pour des partis ouvertement hostiles aux efforts unitaristes du gouvernement belge. Est-ce vraiment une surprise ?

Cela fait un demi-siècle que j’entends les francophones dire que ce sont tous ces politiciens « extrémistes » qui sèment la zizanie entre Belges qui ne demandent qu’à vivre ensemble. A force de répéter ce mantra on avait fini par oublier que nous vivons en démocratie. Et que c’est le peuple qui choisit ses élites.

Je me souviens d’une conversation privée avec une collègue flamande de l’Universiteit Antwerpen qui s’intéresse comme moi à la psychologie politique. Je lui disais (en anglais et en boutade – je suis trilingue !) : « Pour toi, c’est facile de donner des conseils psychologiques aux hommes politiques flamands. Il te suffit de leur suggérer de dire du mal des francophones pour faire augmenter leur score électoral ! » Elle sourit à ma petite provocation et ne protesta pas le moins du monde. Car elle avait compris depuis longtemps que ce n’est pas Bart De Wever qui a créé le phénomène du nationalisme flamand. C’est le peuple flamand qui a créé le phénomène Bart De Wever. Les francophones bien-pensants me rétorqueront : « Non, ce n’est pas le peuple flamand, ce n’est qu’une minorité ». Or les sondages montrent que l’insubmersible Titanic du « prêt-à-penser-naïf » francophone prend de plus en plus l’eau.

Faut-il en conclure que les Flamands (enfin 50 % d’entre eux) sont devenus des affreux nationalistes, voire des fascistes en devenir ! Certainement pas. Cependant, comme les Catalans ou les Québécois, ils possèdent une identité culturelle forte. C’est leur droit et leur fierté. Les Flamands, à l’image d’autres peuples de la terre, expriment simplement leur souhait de vivre entre Flamands à la façon flamande. Dans une forme d’homogénéité linguistique et culturelle à contre-courant du multiculturalisme ambiant. Par ailleurs, des études scientifiques montrent que les Flamands – y compris ceux qui votent N-VA – aiment les vacances en Wallonie et ne souhaitent pas la scission du pays. Est-ce contradictoire ?

Ceux qui fréquentent les conciliabules des dirigeants flamands savent très bien que la menace de la scission sert essentiellement d’arme de terreur psychologique destinée aux francophones. Et cela marche extraordinairement bien ! Car la peur de perdre la Belgique est l’émotion dominante chez les francophones et leurs élus. Ils sont terrorisés à l’idée de sombrer dans la misère noire sans l’argent des Flamands. Ils sont angoissés, en cas d’autonomie de Bruxelles et de la Wallonie, de devoir se comporter de façon autonome, digne et émancipée.

Or je suis intimement convaincu que les Flamands ne veulent pas réduire leur territoire à la seule Flandre. Ils souhaitent simplement que les Bruxellois acceptent de vivre « à la flamande » dans la capitale de la Flandre. Et que les Wallons minoritaires acceptent aussi de vivre « à la flamande » dans une Belgique démographiquement, politiquement et économiquement dominée par la Flandre. D’ailleurs, les Flamands ont déjà conquis pratiquement tous les postes clés, prestigieux et rémunérateurs de la Belgique fédérale. Tout serait plus simple et les problèmes communautaires disparaîtraient si les francophones acceptaient une fois pour toutes la réalité d’une Belgique flamande (Vlaams België) où il faut apprendre à vivre « à la flamande ».

Une métaphore peut illustrer mon analyse politico-psychologique : si un membre d’un couple n’est plus heureux de la vie commune. S’il ne veut plus partager les dépenses, s’il ne supporte plus la langue de l’autre dans sa chambre, s’il trace une frontière dans la maison et s’il menace de divorcer. Quelles options restent à l’autre ? Soit prendre la menace de divorce au mot. Et entamer la procédure pour prendre son autonomie en main. C’est ce qu’ont fait les Slovaques. Soit sauver le couple à n’importe quel prix. Il faut alors accepter de se soumettre aux desiderata de l’autre. C’est le choix des Bruxellois et des Wallons qui votent massivement pour les partis «unitaristes». Il serait vraiment injuste de ne pas l’assumer et de le reprocher aux Flamands. Mais rien ne vous oblige à penser comme moi…

Pascal De Sutter, psychologue politique, dans « Le Vif-L’Express » (lien).

« Le Monde » découvre à son tour le rapport Lecou-Kucheida

Le rapport français sur la situation politique belge continue à faire parler de lui. Ce vendredi 25 mai, c’est Jean-Pierre Stroobants, correspondant du quotidien « Le Monde » à Bruxelles, qui s’est emparé du sujet.

C’est un rapport de l’Assemblée nationale passé inaperçu en France mais qui fait du bruit au royaume d’Albert II.

Une mission de la commission des affaires étrangères s’est rendue à deux reprises en Belgique, en juillet 2011 et janvier 2012, pour «chercher à comprendre les ressorts profonds de la crise» qu’a connue le pays. Après 541 jours sans gouvernement (record mondial battu), celui-ci a trouvé une issue à la fin 2011 mais il est vraiment «passé au bord du gouffre», écrivent les rapporteurs, Robert Lecou (UMP) et Jean-Pierre Kucheida (PS) dans leur document prudemment intitulé «La Belgique en quête d’un nouvel équilibre».

Ce regard extérieur devait forcément intéresser une population qui, pour être habituée aux interrogations existentielles et aux ressentiments réciproques des Flamands et des Wallons, s’inquiète quand même des divers pronostics quant à son propre avenir. Cette mission officielle qui commençait par souligner qu’elle avancerait «en s’abstenant de toute considération sur les nombreux scénarios qui peuvent être échafaudés» n’annonçait toutefois rien de très neuf.

Erreur ! Dans ce document de 110 pages, les députés brossent non seulement un tableau complet de l’histoire complexe de «ce pays qui mérite bien plus que l’indifférence dans lequel on le tient bien souvent» mais ils formulent des constats qui font mouche.

Comme celui-ci: «Le thème de la séparation est devenu une hypothèse de travail crédible pour les acteurs de la vie politique.» Et donc plus seulement pour les observateurs.

Au total, c’est un panorama assez sombre que la mission a retiré de ses entretiens en Belgique,  «comme si Flamands et francophones n’avaient plus grand-chose à se dire», relèvent les rapporteurs, soulignant le risque de ne lire la société belge qu’au travers du prisme communautaire mais évoquant, en même temps, l’omniprésence de celui-ci.

Echec complet

Pas étonnant, dès lors, que les députés aient cherché à en savoir plus sur le parti qui menace les derniers équilibres de cet Etat fragile, l’Alliance néo-flamande (NVA) de Bart De Wever. Ils ont rencontré ce dernier et concluent que sa formation menace tant le système traditionnel des partis que le système fédéral.

M. De Wever leur a expliqué que la Belgique n’est rien d’autre que «l’addition de deux démocraties» et «un échec complet».

Les proches du président De Wever ont vu rouge en lisant dans un magazine que celui-ci avait été qualifié par le rapport d’«idéologue froid» et que sa formation avait «une composante fasciste».

La première affirmation venait, en fait, d’une conseillère de l’ex-premier ministre Yves Leterme, la seconde d’un autre membre de la commission des affaires étrangères, lors de l’examen du rapport.

Protestant contre «une méconnaissance de la réalité flamande», un sénateur de la N-VA s’est insurgé contre l’image ainsi livrée de son parti. Karl Vanlouwe a cependant fini par donner raison aux députés français. Ils ne croient plus en l’avenir belge ? «Leur analyse est correcte, ils ont raison de se montrer inquiets», a-t-il expliqué au Vif-L’Express.

Jean-Pierre Stroobants

Une charte constitutionnelle pour la Flandre

Le gouvernement flamand a peaufiné son projet de charte pour la Flandre. Info principale : Le mot « nation » figure en préambule de la charte, mais le texte ne se veut pas une véritable Constitution ni une déclaration d’indépendance, selon ses rédacteurs. Fallait-il le préciser ?

Lire ici l’article du Vif/L’Express et celui du Soir.

Pour aller plus loin : l’avis de Christian Behrendt dans  L’Avenir et celui de Marcel Sel sur son blog.

La N-VA réagit au rapport français sur la situation de la Belgique

Sous la plume de Pierre Havaux, le « Vif/L’express » donne la parole au sénateur N-VA Karl Vanlouwe. L’entretien a trait au rapport de deux députés français dont notre site avait donné la primeur (lien). 

vendredi 18 mai 2012 à 10h03

Cette semaine, Le Vif/L’Express dévoile un rapport parlementaire français consacré à l’avenir de la Belgique, et le débat qui s’en est suivi à l’Assemblée nationale. Les Flamands ont pris tous les coups : Bart De Wever dépeint en “idéologue froid”; la N-VA, parti à composante “fasciste”; la Flandre coupable d’ « exactions » sur les francophones. Sénateur N-VA, Karl Vanlouwe prend très mal la chose et crie à l’intoxication francophone.

Bart De Wever et le nouveau slogan de la N-VA : «La force du changement».

La France se fait du souci pour la santé fragile de son petit voisin du nord. A tel point qu’en pleine crise politico-communautaire, l’Assemblée nationale a plongé les mains dans le cambouis belge, en envoyant deux députés sonder l’ampleur de la déchirure entre Flamands et Wallons.

Rapport de mission : la situation de la Belgique est grave, quasi désespérée. Mais les députés de l’Hexagone ont été plus loin. En séance de l’Assemblée nationale, les oreilles des Flamands ont sifflé : égoïstes, ingrats, intolérants, limite fascistes… La N-VA en a aussi pris pour son grade. Un de ses sénateurs, Karl Vanlouwe, riposte.

La N-VA et son chef de file, Bart De Wever, ne sont pas sortis grandis du débat consacré à la Belgique par l’Assemblée nationale française…

Les reproches adressés à la N-VA et à la Flandre, dont j’ai pu prendre connaissance, ne sont pas du tout corrects. Ils sont tendancieux et témoignent d’une méconnaissance de la réalité flamande. Il ne s’agit que de l’opinion d’un ou de deux députés français. Mais cela m’étonne tout de même.

La N-VA, vue de Paris, est dépeinte comme un parti à composante fasciste…

Ce sont des termes inacceptables. Je n’ai pas l’impression que l’effort nécessaire a été fait pour lire notre programme. Nous sommes un parti respectable.

Du travail d’amateur, ce rapport parlementaire censé baliser l’avenir politique de la Belgique ?

Je constate que la situation belge a été trop perçue par les députés français avec des lunettes francophones. Manifestement, les contacts avec les forces vives en Flandre ont été insuffisants pour découvrir correctement la réalité flamande.

Ainsi, les journalistes qui ont été entendus lors de la mission n’étaient que francophones. Même chose avec les politologues : pourquoi ne pas avoir rencontré quelqu’un comme le professeur de la KUL, Bart Maddens ?

Bart De Wever a bien eu droit à la visite des deux émissaires français, en votre présence d’ailleurs : comment s’est déroulé l’entretien ?

De façon très intéressante. Mais il est difficile de pouvoir appréhender correctement les choses en une heure d’entretien.

Le temps suffisant pour que les Français retirent l’impression d’avoir en face d’eux « un idéologue froid »…

Leur jugement est conforme au portrait de Bart De Wever que leur a dressé une de leurs interlocutrices, Mia Doornaert, conseillère au cabinet du Premier ministre Leterme (CD&V)…

Les Français n’ont donc rien compris ?

En fait, j’ai l’impression qu’ils se sont braqués sur la crise qui se déroulait au niveau fédéral, sans chercher à analyser les véritables causes du blocage politique.

Ils auraient pu constater que la N-VA est un parti qui gouverne en Flandre, donc capable de compromis. Pourquoi un ministre N-VA n’a-t-il pas été entendu lors de la mission parlementaire française ? Kris Peeters, ministre-président flamand CD&V, n’a pas non plus été reçu, à l’inverse de Charles Picqué, son homologue bruxellois. Je ne comprends pas.

Les députés français ne croient manifestement plus en l’avenir de la Belgique : sur ce point au moins, vous partagez leur analyse ?

Tout à fait. La Belgique connaîtra encore des crises communautaires et des réformes de l’Etat. L’analyse des députés français est correcte. Ils ont raison de se montrer inquiets.

Entretien: Pierre Havaux

Voir le site du Vif/L’Express.

Lire l’article complet publié dans Le Vif/L’Express : ici.

Le clin d’œil de Kroll

Sollicité par le Standaard, Pierre Kroll va désormais écrire un billet par mois pour des (é)lecteurs flamands. De quoi a-t-il choisi de leur parler la première fois ?

De l’intérêt des Wallons pour l’élection présidentielle française et de la difficulté d’être un militant réunioniste en Wallonie.

Lire son billet : ici (à la date du 10 mai 2012).

Clin d’œil pour clin d’œil, en voici un autre (de Kroll, évidemment) qui ne laisse personne indifférent :

(Dessins parus dans le Ciné Télé Revue du 9 mai 2012, reproduits ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.)