Epinal n’est pas français

Jean-Luc Lefèvre (Emptinne)

L’alliance Wallonie-France n’a pas bonne presse. Quelle qu’elle soit !

Dans le Grand Livre des Objections à cette Nouvelle Alliance, les thuriféraires de l’état-Belgique en appellent aux autonomies et pouvoirs locaux comme ultimes repoussoirs.

D’un côté, le fier Perron liégeois, de l’autre le Léviathan jacobin. Horreur donc !

Le plat pays qui est le mien a longtemps été, c’est vrai, terre de beffrois et de communautés de feux. Il a longtemps été, c’est vrai, pays où « l’air de la ville rend libres ». Libres et donc rebelles comme l’ont été les bourgeois d’Arras démantelée par Louis XI, l’« Universelle araignée », figure emblématique de la France honnie.

D’un côté donc, un vivier de décentralisation politique, de l’autre, un mouroir de déconcentration administrative.

Et pourtant !

Quand j’entends le Ministre FURLAN, confronté, c’est vrai, à de profondes mais très locales dérives municipalistes, dénoncer l’autonomie communale qui serait aussi un facteur de « chaos » (sic), quand je vois des mandataires locaux s’ »escagacer » de la tutelle étouffante de la Région wallonne, quand je sais le rétrécissement du champ des compétences communales (l’implantation des parcs éoliens et des grandes surfaces commerciales en périphérie urbaine, hier, le « Schéma de développement économique régional et ses noyaux d’habitat », demain), je m’interroge sur la valeur politique ajoutée des terres romanes de Belgique par rapport à la France.

Une France qui, pour rapprocher ses citoyens de la décision politique, a toujours privilégié l’approche des communautés urbaines et rurales à celle des fusions de communes !

Prétendre que les terres romanes de Belgique ne sont pas solubles dans le paysage institutionnel français sous prétexte de la culture hexagonale de la centralisation antinomique de notre culture politique, c’est refuser de prendre en compte nos évolutions les plus récentes; c’est aussi collaborer à l’émergence du mythe d’une structure institutionnelle non bio-dégradable; c’est enfin se regarder dans le rétroviseur au lieu de regarder devant soi.

Serions-nous de nouveaux Narcisse ?

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