Jeunes de Wallonie, engagez-vous !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Paul Magnette  parlant de « sommet d’hypocrisie  » à propos de Charles Michel et de Didier Reynders, Charles Michel s’en prenant à Joëlle Milquet au sujet de la sécurité : il n’y a pas à dire, la cohésion est belle au sein de la coalition « papillon »…  Et celle-ci n’en est qu’à son troisième mois d’existence !

Quant à la controverse Kris Peeters-Olivier Chastel à propos des « compétences usurpées », elle montre clairement que la pacification communautaire est loin d’être au rendez-vous. On se situe ici dans le domaine du leurre et de l’illusion.

En prônant le « fédéralisme de solidarité », le Premier ministre Elio Di Rupo est en retard d’une guerre. Il semble ignorer que la Flandre s’est résolument engagée, depuis 1999, dans la voie du confédéralisme.

La manière dont le Parlement vient d’adopter la révision « provisoire » de l’article 195 de la Constitution n’est pas digne de ce que l’on peut attendre d’un Etat de droit. En 1978, le Premier ministre Léo Tindemans n’a pas hésité à torpiller le Pacte d’Egmont en déclarant : « J’ai dit que la Constitution n’est pas pour moi un chiffon de papier. Je ne veux pas que des aventuriers de gauche ou de droite puissent invoquer demain un précédent de Tindemans pour justifier leurs actes. »

La récente visite du ministre-président flamand, Kris Peeters, au Myanmar, révèle que l’intéressé entend clairement se profiler à l’étranger comme le chef d’un véritable Etat souverain. Il n’a que faire de l’échelon fédéral et des autres entités fédérées.

Quant aux derniers sondages, ils indiquent que la mouvance nationaliste en Flandre poursuit son irrésistible ascension et que Bart De Wever est en passe de remporter l’ultime bataille belge : permettre, à très court terme, l’envol d’un Etat-nation « Flandre ».

Lors de la mise en place du gouvernement Di Rupo, les observateurs, tant flamands que francophones, ont unanimement reconnu qu’il reposait sur du sable. On en aura très vite la confirmation.

Il suffit de relire certains éditoriaux flamands pour comprendre que la façon dont BHV sera scindé n’agrée pas la Flandre et que les élections communales d’octobre engendreront de nouvelles tensions dans la périphérie. Je n’exclus pas, pour ma part, des actes de violence.

Il ne faut pas être Madame Soleil pour réaliser le caractère inéluctable de la scission du Royaume de Belgique, conçu naguère de manière tout à fait artificielle pour des raisons strictement diplomatiques. René Magritte aurait pu réaliser un tableau « Belgique » intitulé « Ceci n’est pas un pays ! »…

La Wallonie continue à stagner dangereusement et les écarts avec la Flandre ne cessent de s’accroître, notamment au niveau du chômage et du commerce extérieur. En 2010, la Flandre a exporté, hors transit du gaz naturel, pour 164,4 milliards €, contre 38,7 pour la Wallonie. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.

En l’espace de dix ans, la Région wallonne a connu six plans de redressement sans enregistrer de résultats notoires. Les économistes Robert Deschamps (FUNDP Namur) et Pierre Pestieau (ULg) ne constatent que de timides frémissements.

Il ne faut pas tourner autour du pot. La Wallonie souffre fondamentalement d’une hypertrophie politico-administrative, à laquelle le PS est loin d’être étranger. Il est impératif d’entreprendre un vaste chantier de rationalisation, notamment au niveau des organismes publics et des structures de l’enseignement.

Les analyses menées depuis deux ans par le Gewif (voir le site www.gewif.net), avec le concours d’experts avisés, montrent clairement qu’en cas de démantèlement de la Belgique, un Etat wallon indépendant et un Etat Wallonie-Bruxelles ne constituent pas des options réalistes et financièrement viables. De même, une assimilation totale à la République française ne pourrait être envisagée dans un premier temps, en raison de différences notoires notamment au niveau de l’enseignement et des syndicats-mutuelles. En revanche, une union intégration, avec un statut particulier que permet une Constitution française fort souple, serait tout à fait possible, moyennant évidemment un référendum de part et d’autre.

Un tel référendum ne devrait pas poser problème.

Au sein de l’Hexagone, les PME wallonnes, fer de lance du redressement économique, se trouveraient valorisées. Aujourd’hui, toutes les régions françaises connaissent un PIB supérieur à celui de la Wallonie. Quant à la France, elle accroîtrait, de manière tout à fait pacifique, son territoire et sa population. Un élément non négligeable dans le contexte européen actuel.

Le nouveau président du Parlement wallon serait bien inspiré en invitant l’institution à faire ce que son pendant flamand a fait en 1999 : engager un vaste débat sur l’avenir de la Région. Un tel débat, à l’instar des études effectuées par le Gewif, ne pourrait déboucher que sur l’impérieuse nécessité d’approcher au plus vite les Autorités françaises.

Par ailleurs, il convient de noter que la Wallonie manque cruellement de leaders charismatiques, capables de mobiliser la population. Or, sans cette mobilisation, rien de durable ne pourra être entrepris.

Wallonnes, Wallons, indignez-vous ! Contraignez les responsables politiques à prendre d’urgence les mesures nécessaires et à cesser les petits jeux partisans.

Jeunes de Wallonie, engagez-vous pour faire passer par la Wallonie un souffle créateur ! Il y va de votre avenir !

Comme le disait le général de Gaulle : « Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et qui mobiliseront ce qui en reste. (…) Rien n’est jamais définitivement perdu dans la vie des peuples si ses dirigeants ne s’abandonnent pas au faux fatalisme de l’histoire. »

(1) Derniers ouvrages parus : « Le petit guide de l’après-Belgique » (Mols, 2010) et « On l’appelait Belgique » (Mon Petit Editeur, 2011).

Une réflexion sur « Jeunes de Wallonie, engagez-vous ! »

  1. La Wallonie est morte, étouffée sous le poids de la corruption, du clientélisme et de la particratie. Le Région wallonne n’est jamais parvenue à se crédibiliser, ni au sein de la Belgique, ni à l’extérieur des frontières. La Wallonie n’est pas une Nation. C’est ce qui explique en partie son échec. Il n’y a aucune gouvernance wallonne et aucun parlementarisme wallon digne de ce nom. Le Parlement wallon est une enceinte d’élus locaux qui militent pour leurs communes auprès d’un gouvernement ridicule dispensateur de subventions. La Région wallonne pourrait juste être un organe de la décentralisation. Elle est incapable de gérer les véritables attributs d’un Etat.
    Soit la Wallonie devient française, soit elle deviendra une forme de colonie de Flandre.

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