Jean-Alexis D’Heur (Liège)
Il y a deux sortes de nationalistes flamands, les patients et les impatients.
Les patients veulent que la Flandre continue à profiter des avantages nombreux que lui apportent son emprise sur l’Etat belge et son chantage perpétuel à sa disparition auprès des belgicains affolés.
Les patients disent à leurs compatriotes que la somme de ce qui a été ainsi acquis par la Flandre et qui continuera de grossir, va s’approcher de l’indépendance et cela sans renoncer à la « lutte finale » qui est inéluctable et qui se fera au moment le plus favorable que la Flandre choisira, celui où l’Etat belge ne lui rapportera plus rien, coquille vide à jeter.
Les patients disent aux Flamands qu’en attente de cet heureux dénouement, la Flandre peut tout récolter de l’effroi panique des politiciens du Centre et du Sud de voir disparaître le régime qui les nourrit. Et puis, ajoutent-ils, pourquoi la Flandre renoncerait-elle trop vite à ses deux gouvernements de la Belgique et de la Flandre ?
Mais qui sont ces « sages » et raisonneurs patients ? Ce sont ceux qui ont mis la Flandre où elle est aujourd’hui par un combat anti-belge constant tantôt feutré tantôt bruyant mais sans jamais casser le jouet belge tellement manipulable. Ils appartiennent à la génération politique flamande qui disparaît toujours un peu plus avec le temps qui passe. Ses survivants influencent toujours moins la stratégie flamande de moins en moins dissimulatrice de ce qu’elle poursuit. Ils s’appellent et s’appelaient Van Acker, Huysmans, les deux Eyskens, Van Houte, Tindemans, Martens, De Clercq, Dehaene, Verhofstadt, … Leur temps s’achève.
Quant aux impatients, ceux de la nouvelle génération politique flamande, ils veulent tout tout de suite. Pour eux, il est temps que les Wallons cessent de vivre aux grands dépens de la Flandre travailleuse. Boulet pour la Flandre, la Wallonie l’empêche d’être la région la plus riche d’Europe. Que d’argent flamand file chez ces Wallons paresseux, gaspilleurs, ennemis de l’effort, et arrogants. Il faut s’en débarrasser au plus vite, comme aussi de cet Etat avec sa solidarité à sens unique qui coûte beaucoup à chaque contribuable flamand. Et peut-on avoir autre chose que du mépris pour des rampants bêlant leur peur de ne plus être des Belges assistés par la Flandre ?
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Des battements de ses ailes espérées aérantes, le papillon rouge tente de soulager la respiration striduleuse du moribond. Y arrivera-t-il ? La Flandre décidera. Ce serait pour faire quoi ? La Flandre décidera. Il sera là pour longtemps ? La Flandre décidera. Et s’il ne l’est plus ? C’est parce que la Flandre aura décidé qu’elle ne le veut plus. Et si il présidait un des ou… le dernier gouvernement belge ? Ça, la Flandre l’a déjà décidé. Que peut faire un papillon face à un lion ? Comme les hérissons doivent faire l’amour : avec précaution. S’il se pose sur une touffe de poils léoniens, que ce soit loin de la gueule et des griffes. Et ne pas remuer, surtout !
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Les rattachistes disent aux Wallons : décidez vous-mêmes pour vous-mêmes et ne laissez plus les autres décider pour vous. Qui sont ces « autres » ? Les Flamands et ceux qui, chez nous, les courtisent en quémandeurs obséquieux. Wallonnes, Wallons, décidez de sortir d’un Etat dans les mains de la Flandre aidée de sa cinquième colonne en Wallonie et à Bruxelles… Décidez que l’après-Belgique a commencé… Décidez qu’être de la France par le cœur et l’esprit exige d’en être politiquement. Décidez que vous rentrez dans votre véritable patrie. Elle vous accueillera comme la famille accueille l’enfant prodigue…
Wallonnes, Wallons, soyez dans la bonne impatience, dans celle de la France.