Ce qu’indique un sondage est forcément approximatif et sa lecture est plus ou moins orientée, mais il y a le pouvoir des chiffres, auquel nul ne peut échapper.
Bien sûr, le choix d’un titre est loin d’être innocent : Les Wallons moins tentés par le rattachement à la France (Le Soir), cela n’a pas le même effet que Ces Belges qui rêvent d’être français (Le Journal du Dimanche, l’hebdo français à l’origine du sondage de l’Ifop). Bien sûr, avec l’agence Belga, qui a traité cette information, on peut relever que 83 % des Wallons refusent qu’on aille plus loin dans les concessions faites à la Flandre, sans pour autant conclure à la fin du pays, ni même exprimer le plus petit doute. On peut aussi, avec l’agence Belga et tous nos médias, ne pas mentionner que, en trois ans, le nombre de Wallons qui s’attendent à l’éclatement de la Belgique est passé de 22 % à 52 % (chut, c’est trop tôt pour le dire, il faut éviter de provoquer un basculement de l’opinion publique).
N’empêche. Il y a quand même une chose que les Wallons ne pourront plus ignorer : c’est que, oui, les Français leur tendent la main, s’il n’y a plus d’accord possible avec la Flandre. Un tel sondage, dans le contexte actuel, contribue à faire évoluer les esprits.
C’est du reste une nécessité, comme le confirme, à sa façon, Philippe Moureaux himself, dans une interview donnée au journal Le Soir :
« Je ne suis pas sûr [qu’on ait ‘raté des fenêtres’, en 400 jours de négociation]. On est devant un autre phénomène, plus profond : une volonté, côté néerlandophone, soit d’aller jusqu’à la scission, soit d’imposer une Belgique où le peu de choses qui reste au fédéral soit entièrement dominé par la Flandre. Face à cela, les francophones n’ont pas tous bien compris le danger. » Et d’ajouter qu’« il y a toujours une issue », mais que « la mort aussi est une issue. »
Libre à chacun de penser comme il veut. Mais pour penser, il faut commencer par ne plus se mentir.