Il n’est plus sot de vouloir le rattachement de la Wallonie à la France

Jules GAZON, professeur émérite de l’Université de Liège
Carte blanche publiée dans Le Soir, le 8 juin 2010

La Belgique peut-elle survivre ? Oui, si le « vivre ensemble » des communautés flamande et francophone avait du sens dans un Etat confédéral voulu par les Flamands.

Mais quel intérêt pour les Francophones et les Flamands de relever d’un Etat niant tout lien solidaire en matière de sécurité sociale ?
Véritable coquille vide que cet Etat confédéral qui n’assumerait même pas les fonctions régaliennes car ne nous faisons pas d’illusion sur les velléités flamandes quant à notre diplomatie et à notre police par exemple !

En outre, la condition faîtière d’une nation n’est-elle pas que ses citoyens puissent se parler et se comprendre ? Or les Flamands contestant avec raison l’incapacité d’une grande majorité de francophones à s’exprimer en néerlandais, s’opposent par ailleurs à promouvoir le bilinguisme qui passe par un enseignement en immersion dans les deux langues, dans chaque Communauté. Attitude paradoxale qui n’a d’autre cause que la crainte de voir le français faire tache d’huile en Flandre. Complexe d’infériorité linguistique dont la conséquence majeure est la négation même de la Nation Belgique !

La Belgique a déjà raté à deux reprises la possibilité d’évacuer les problèmes linguistiques. Au 19e siècle, les Flamands victimes, comme les Wallons, de l’exploitation ouvrière par une bourgeoisie francophone ont progressivement rejeté la jeune Belgique unilingue en confondant exploitation linguistique et exploitation capitaliste qui sévissait au nord comme au sud dans un français pas davantage compris par les Wallons que par les Flamands. Et, au cours des années 30 du 20e siècle, alors que le néerlandais (que les Flamands ne parlaient pas davantage que le français !) était reconnu comme langue nationale, les Wallons se sont opposés au bilinguisme, craignant l’hégémonie flamande et ne voulant pas imposer aux francophones une langue sans grand intérêt au plan international. Aujourd’hui, les francophones seraient ouverts au bilinguisme s’il s’agissait de sauver définitivement le lien solidaire entre les communautés, mais les Flamands y font obstacle.

Faire perdurer un tel Etat, c’est gaspiller beaucoup d’argent et une énergie qui entrave la relève des défis économiques et sociaux. C’est compromettre notre visibilité à l’extérieur ! C’est supporter une administration devenue inutile et maintenir, voire développer, la pléthore déjà unique au monde du personnel politique, le seul à tirer profit de cet Etat déliquescent et à se complaire dans le vaudeville communautaire par intérêt malgré les discours proférés. L’histoire nous dira que la fin de la Belgique est imputable au manque d’hommes et/ou de femmes d’Etat, responsables, capables de mettre l’intérêt commun, et celui de la Belgique en particulier, au dessus de l’intérêt partisan et personnel.

La Belgique se meurt ! Le décès annoncé postule la préparation urgente d’un avenir pour chaque Région et Communauté sur d’autres bases, dans la clarté et la paix des Braves. Mais le repli des Flamands sur leur territoire exclut que Bruxelles, capitale de l’Europe multilingue et multiculturelle, mais essentiellement francophone, ne tombe dans le giron d’un Etat qui, se référant au principe de territorialité, bafouerait les libertés personnelles pour l’usage des langues, entravant ainsi ce qui cimente le bien vivre ensemble d’une communauté. En conséquence, l’alternative à la Belgique ne se négociera pas seulement dans l’enceinte fermée des anciens Belges ! L’Europe devra intervenir et singulièrement la France, point d’appui naturel de la francophonie, car il y va du sort de millions de francophones.

Cependant, au même titre que la Flandre, un Etat wallon et bruxellois ne serait crédible que s’il est admis d’emblée au sein de la zone Euro. Les incertitudes inhérentes à cette période transitoire pendant laquelle devrait se négocier le partage de la dette publique ne permettraient pas de trouver aux yeux du monde la crédibilité économique nécessaire, mise à mal parfois à tort, parfois à raison, par le discours ambiant. Les marchés financiers ne s’accommoderaient pas de cet état de fait.

C’est pourquoi, l’avenir de la Wallonie et de Bruxelles passe par un progressif rattachement à la France (sauf émiettement vers un autre ensemble !). La transition nécessitera une remise en ordre politique, économique et sociale, mais sera sans danger majeur si l’objectif du rattachement à la France et son cheminement institutionnel sont clairement définis et communément acceptés par les parties.

Reste ouverte, une question essentielle : comment se positionne la France face à cette perspective ? Son silence ne peut s’interpréter comme un refus, ni comme une acceptation d’ailleurs. Pour des raisons diplomatiques, Elle ne peut mettre de l’huile sur le feu ! Elle sait toutefois que l’absorption de la Wallonie et de Bruxelles augmenterait son poids dans le concert des Nations. D’autre part, on ne peut imaginer qu’étant le leader naturel de la francophonie, elle se désintéresse d’une Région francophone limitrophe qui fut française avant que ne se crée la Belgique.

Le rattachement à la France, sans être la panacée, serait un vecteur de renouveau pour les Wallons et les Bruxellois. D’abord politique, car le suffrage à deux tours permettrait de dégager des majorités franches nous sortant des compromis coûteux « à la belge »; économique ensuite, moins en raison d’échanges accrus car nos économies sont déjà largement interdépendantes, que parce que le poids politique de la France, en temps de crise, peut être déterminant ; social aussi, en évacuant tout problème de solidarité interrégionale, culturel enfin, apportant à tous nos créateurs l’immense marché intérieur français tout en valorisant notre spécificité.

Si le rattachement à la France ne serait pas pour tous un mariage d’amour, il est aujourd’hui un mariage de raison pour les Wallons et les Bruxellois.

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